Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 1

Publié le 12 novembre 2025 par Guillaume
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Analyse des tendances, de l'actualité et de la culture de l'animation

Pixar Animation Studios a officialisé cet été un tournant stratégique majeur : désormais, chaque nouvelle création originale devra alterner avec une suite d’une franchise existante. En juillet, nous nous sommes prêtés au jeu d’imaginer à quoi pourraient ressembler ces futures suites Pixar. Mais qu’en est-il du studio historique, Walt Disney Animation Studios ?

 

Note au lecteur : cette chronique contient des spoilers.

Contrairement à une idée reçue, les studios historiques Walt Disney Animation Studios n’ont jamais été des grands producteurs de suites, la marque des Grands Classiques n’a signé que sept suites officielles en près de cent ans, selon la définition qu’on choisit d’en faire (nous y reviendrons plus loin). C’est dire si l’exercice est resté longtemps marginal.

La production des suites Disney s’est en réalité standardisée assez récemment, à partir de Ralph 2.0 (2018), suivi par La Reine des neiges II (2019), et plus récemment Vaiana 2 (2025). Cette nouvelle orientation n’a jamais été formalisée comme chez Pixar, mais la tendance est désormais bien visible, et il ne fait aucun doute qu’elle va se renforcer, dans le sillage du virage stratégique initié par sa petite sœur.

 

La Reine des Neiges II - Chris Buck, Jennifer Lee - 2019

 

D’un point de vue purement économique, Disney aurait tort de se priver de cette politique des suites. Vaiana 2, malgré son origine opaque (le film est issu du recyclage d’une série télévisée avortée, même si cette information est vérifiable mais officieuse) a été un succès surprenant. La Reine des Neiges II était, de toute façon, un coup immanquable, après l’ouragan mondial du premier opus. Ralph 2.0 s’en est également bien sorti, malgré une réception plus contrastée. Pendant ce temps, les films 100% originaux du studio ne parviennent plus à faire l’unanimité. Wish – Asha et la Bonne Étoile a été largement critiqué (à l’exception de notre rédaction, qui y a vu de bonnes qualités, malgré de nettes réserves). Avalonia, l’Étrange Voyage, sorti discrètement sur Disney+, est passé quasiment inaperçu.

Sur l’autel de la rentabilité, produire une suite est un pari bien moins risqué : si la franchise est appréciée, le succès en salles est quasiment garanti. Pourtant, cette logique commerciale s’accompagne d’un vrai coût créatif. Car Disney s’est construit sur une exigence d’innovation, avec l’idée que chaque « Grand Classique » devait marquer un nouveau voyage, un nouveau monde, une nouvelle vision. Miser systématiquement sur des suites revient à tourner le dos à cette tradition d’excellence, et c’est là que le bât blesse. L’histoire de la firme nous a d’ailleurs déjà montré que la production massive de suites peut entraîner un sévère retour de bâton.

Autre paradoxe : les studios, chez Disney comme ailleurs, se heurtent à une bipolarité manifeste du public. D’un côté, on réclame à cor et à cri plus de nouveauté, moins de recyclage… mais dans les faits, ce sont les suites qui remplissent les salles, même lorsqu’elles déçoivent sur le fond (Vaiana 2 en est un parfait exemple). Difficile dans ces conditions de demander aux géants de l’animation d’être plus audacieux, quand le public lui-même ne suit pas les films originaux. Résultat : tant qu’un chiffre dans le titre garantit des entrées, la tentation sera forte de revoir à la baisse les exigences narratives.

 

Wish - Asha et la bonne étoile - Chris Buck, Fawn Veerasunthorn - 2023

 

Quelles suites Disney mériteraient vraiment de revenir sur grand écran ? Lesquelles portent en elles un véritable potentiel de prolongement narratif ? Et, à l’inverse, lesquelles risqueraient de ternir l’héritage des films d’origine ? C’est à ces interrogations que nous tenterons de répondre ici, avec notre double casquette : lucide et rêveuse. Entre attente et appréhension, espérance et prudence, voici notre projection (souvent spéculative, parfois critique) des suites Disney à attendre… ou à redouter.

Petites précisions méthodologiques: pour établir cette chronique, nous avons sélectionné les films sortis exclusivement sous le label Walt Disney Animation Studios, autrement dit les Grands Classiques. Pas de Pixar, ni de Touchstone Pictures, de Lucasfilm Animation ou autres...

Pour chaque franchise, nous avons tenté d’imaginer comment l’univers pourrait s’étendre, si cela constituerait une bonne ou une mauvaise idée, et si la piste semble réellement probable dans un avenir proche. Nous avons aussi gardé à l’esprit le style actuel des suites Disney : familiales, musicales, marketées, mais souvent ambitieuses, avec de vraies thématiques.

 

Vaiana 2 - David G. Derrick Jr, Jason Hand, Dana Ledoux Miller - 2024

 

Mais impossible d’aborder les suites Disney sans revenir sur un chapitre plus sombre de l’histoire de la marque: celui des productions direct-to-video signées DisneyToon Studios, entre la fin des années 1990 et le début des années 2010. Ce studio était spécialisé dans les longs métrages à petit budget destinés au marché de la vidéo. On lui doit une bonne vingtaine de suites (souvent considérées comme opportunistes, voire gênantes) de Grands Classiques du catalogue : Le Retour de Jafar, Le Bossu de Notre-Dame 2, Kuzco 2, etc. Des productions qui cherchaient à imiter le style des originaux, sans jamais en retrouver l’âme ni le niveau technique. L’objectif était simple : faire du profit rapide auprès d’un public familial, peu regardant, sans investissement comparable aux chefs-d’œuvre maison. Résultat : un affaiblissement de nombreuses licences majeures… et une image dégradée des suites Disney pendant des années. Aujourd’hui, ces suites vidéo ont une conséquence directe, elles rendent très peu probable la création de suites cinématographiques officielles pour ces mêmes films. Pourquoi Disney produirait-il une "vraie suite" d’Aladdin ou de La Petite Sirène alors qu’un second volet (aussi médiocre soit-il) existe déjà et circule encore en DVD ou sur Disney+ ? Impossible de désavouer tout un pan de l'histoire du studio. Mais la firme à trouver une parade: les versions live-action qui, en revanche, contournent habilement le problème. L'exemple le plus frappant est Le Roi Lion. En animation 2D, le film a déjà connu plusieurs suites signées DisneyToon Studios. En live-action, le film de 2019 a droit à une toute nouvelle suite intitulée Mufasa, pensée comme un préquel narratif, qui n’entre pas en contradiction avec les anciens volets vidéo, mais reprend le flambeau sur d'autres bases. Ingénieux, mais cacophonique.

 

Mufasa : Le Roi lion - Barry Jenkins - 2024

 

Cette chronique est longue, forcément car elle couvre toutes les franchises établies de l’histoire Disney. Nous l’avons donc divisée en trois parties. Dans la prochaine chronique NetReport, nous nous pencherons sur les films produits entre les années 80 et les années 2000, et dans la troisième et dernière partie, sur les œuvres les plus récentes, qui, elles, sont bien plus susceptibles de connaître une suite… ou plusieurs. Explorons donc pour commencer le catalogue des Classiques Disney des années 30 jusqu'à la fin des années 70 pour identifier les franchises à fort potentiel, et celles redoutées.

 

Blanche-Neige et Rose-Rouge

Commençons par une vieille arlésienne (fort heureusement) : Blanche-Neige 2. Un projet jamais annoncé officiellement, mais souvent évoqué, parfois fantasmé… et presque toujours redouté.

Récemment, Disney a déjà pris le risque de revisiter son tout premier long-métrage animé à travers une version live-action qui n’a rien d’inspiré. Ratée sur tous les plans, cette adaptation désespérante a provoqué un malaise que l’on partage pleinement. Chez CinéAnimation, on s’est réjouis de ne pas avoir à en faire la critique tant le résultat à l’écran relève du crève-cœur : une trahison de l’œuvre originale, une insulte aux artistes qui l’ont conçue, et un aveu flagrant de l’inconfort créatif d’un projet presque impossible à assumer.

Et pour les mêmes raisons, imaginer une suite directe au film de 1937 semble tout aussi absurde. Une suite ne pourra jamais retrouver l’atmosphère si singulière du premier film. Les chansons, nécessairement plus modernes, trancheraient avec le charme suranné de l’original, et l’histoire ne pourrait plus être aussi naïve ou classique : l’époque a changé. Autant le dire franchement : une suite à Blanche-Neige serait un désastre artistique, un sacrilège qui affaiblirait l’aura créative du studio. Et pourtant… l’exercice ici est de tout imaginer, même le pire.

Ramener la Méchante Reine d’entre les morts ou faire de Blanche-Neige une mère guidant sa fille dans un conte moderne sonnerait artificiel et trahirait l’essence du film original. Une suite cohérente devrait respecter le cadre féerique et pastoral du premier opus. Deux pistes pourraient s’envisager : explorer davantage l’univers des nains, à travers une menace ancienne qui les oblige à quitter leur forêt, ou donner de l’épaisseur au royaume du prince, en introduisant une intrigue plus fantasy. Mais même dans ce cadre respectueux, l’idée d’une suite reste problématique : Blanche-Neige est un film clos, un rêve achevé. Le prolonger, c’est inévitablement altérer sa magie.

 

Blanche-Neige et les sept nains
Blanche-Neige et les sept nains - David Hand, Walt Disney - 1937

 

Il est évidemment impensable de proposer une suite intitulée Blanche-Neige 2 ou encore pire Blanche-Neige et les Sept Nains 2, rien que le titre ferait grincer des dents. Mais en s’inspirant des méthodes créatives de l’époque, on peut envisager un autre chemin. Disney adaptait alors librement les contes populaires, et il se trouve que les Frères Grimm ont écrit un autre conte avec une autre Blanche-Neige, intitulé Blanche-Neige et Rose-Rouge. Ce récit, totalement indépendant du précédent, met en scène deux sœurs qui recueillent un ours parlant, en réalité un prince victime d’un sortilège, et doivent affronter un nain maléfique. Dès lors, on peut imaginer un prolongement possible : les deux contes sont fusionnés en suite logique, Blanche-Neige découvre l’existence d’une sœur cachée, Rose-Rouge, confiée à un royaume voisin dès la naissance. Curieuse et bienveillante, elle part à sa rencontre (conduite par son prince charmant) et se retrouve mêlée à une aventure où un ours mystérieux et un nain cruel jouent des rôles clés.

Mais soyons honnêtes : difficile de s’enthousiasmer pour un tel scénario. Même en s’appuyant sur un conte authentique, le charme ne prend pas. Ce serait une œuvre hybride, bancale, qui tirerait plus sur la caricature que sur l’hommage honorable.

 

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Blanche-Neige et les sept nains - David Hand, Walt Disney - 1937

 

Pinocchio 2

Le deuxième long métrage de Disney n’a, lui non plus, jamais connu de suite, et on peut remercier DisneyToon Studios de l’avoir épargné. Pourtant, s’il y a bien un classique parmi les premiers films de la firme à pouvoir légitimer une suite, c’est sans doute Pinocchio. Pour le comprendre, il faut revenir aux origines de l’œuvre.

 

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Pinocchio - Hamilton Luske, Ben Sharpsteen - 1940

 

Les Aventures de Pinocchio, roman de Carlo Collodi, ne propose pas de suite, mais contient plus d’une trentaine de chapitres épisodiques, dont Disney n’a adapté qu’une partie dans son film. Le pantin y vit des aventures aussi variées que cruelles : pendu par les pieds par des assassins, brûlé par un feu, arnaqué par le renard et le chat au Champ des miracles, poursuivi par des serpents, arrêté par les gendarmes… autant de péripéties laissées de côté, mais qui auraient pu intégrées un nouveau film.

Le problème, c’est que ces épisodes se déroulent avant la transformation finale de Pinocchio en vrai petit garçon. Une suite cohérente supposerait donc un retour en arrière narratif, une pirouette facile, mais incompatible avec la beauté du dénouement original. Disney a eu la sagesse de ne pas toucher à cette conclusion… mais on imagine volontiers que DisneyToon Studios s’y serait risqué si l’occasion s’était présentée.

Difficile aussi d’imaginer qu’une suite puisse voir le jour plus de 80 ans après l’original. Même si l’idée peut s’entendre, un tel projet serait sans doute très mal accueilli, surtout après les échecs retentissants des remakes récents : celui de Blanche-Neige, et celui de Pinocchio réalisé par Robert Zemeckis avec Tom Hanks, tristement raté.

 

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Pinocchio - Hamilton Luske, Ben Sharpsteen - 1940

 

Fantasia 2030

Fantasia est une pépite expérimentale, absolument innovante à sa sortie. Pensé comme un film évolutif, Walt Disney imaginait un « concert vivant » qui s’enrichirait de nouveaux tableaux à chaque projection ou réédition. Un projet follement ambitieux… mais aussi un échec commercial cuisant à l’époque, un gouffre financier pour la firme.

Aujourd’hui, le film est reconnu à sa juste valeur : un chef-d'œuvre salué par la critique comme par le public, considéré à juste titre comme l'œuvre signature d’un maître. Il connaîtra une suite, Fantasia 2000, qui reprenait notamment la séquence de L’Apprenti Sorcier avec Mickey (une fausse bonne idée, tant cette séquence était déjà gravée dans toutes les mémoires).

 

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Fantasia - Ben Sharpsteen - 1940

 

Un Fantasia 3 a bien été envisagé, avant d’être abandonné. Pourtant, une nouvelle suite ne serait pas une idée absurde. Bien au contraire : c’est peut-être le projet le plus légitime de tous. Ces films ne rencontrent jamais un immense succès populaire, mais ils restent l’occasion rêvée pour le studio de faire briller son savoir-faire, en expérimentant de nouvelles formes, en repoussant les limites techniques, et en renouant avec une certaine idée de l’animation comme art total. Avec les outils actuels, un Fantasia 3 pourrait combiner les styles d’animation comme jamais : pourquoi pas y intégrer de l’animation en volume en guise de nouveauté, ou pousser plus loin l’esthétique 2D/3D hybride proposée par Wish ?

Côté musique, l’idée d’un nouveau répertoire est enthousiasmante : du classique bien sûr, ou pourquoi pas du jazz ou des musiques du monde, tant qu’elles permettent d’ouvrir de nouveaux imaginaires.

Concernant le titre, nous avons osé un Fantasia 2030, afin de rester dans la logique initiée avec Fantasia 2000, sorti… en 2000. Certes, Fantasia 3000 aurait peut-être mieux sonné, mais cela impliquerait une attente un peu longue, disons... bien au-delà de notre espérance de vie. Dommage !

 

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Fantasia 2000 - Don Hall - 2000

 

Dumbo 2

Il y a bien un remake live de Dumbo réalisé par Tim Burton en 2019, mais jamais de véritable suite animée. Et pourtant, l'idée n’est pas totalement absurde. Dumbo n’est pas adapté d’une œuvre littéraire précise, bien qu’il partage quelques affinités avec Le Vilain Petit Canard, ce qui laisse une certaine liberté d’imagination pour étendre son univers.

La fin du film original laisse entrevoir un départ vers de nouvelles destinations, et surtout de nouveaux spectacles. Le petit éléphant est désormais une star, mais son destin reste lié au cirque, donc à une forme évidente de captivité. Ce point pourrait justement être le cœur d’une éventuelle suite. Une histoire intelligente pourrait s’attaquer à cette injustice de manière subtile, tout en conservant le capital émotionnel de l’œuvre. On pourrait imaginer Dumbo confronté au dilemme de la liberté. Sa mère, Maman Jumbo, nostalgique de la jungle, élabore un plan pour permettre à son fils de découvrir enfin ce monde sauvage dont elle lui parle tant. Incapable de l’accompagner, elle le pousse à prendre son envol une dernière fois, au sens propre comme au figuré. Séparés à nouveau, Dumbo découvrirait alors un monde inconnu, fascinant, mais aussi plus hostile, et apprendrait le prix du sacrifice de sa mère. Le récit pourrait être enrichi de péripéties et de rencontres nouvelles, le tout avec une mise en scène qui ferait le lien entre la fin du film en live-action et cette suite animée, une sorte de pont méta entre les deux versions.

L’exercice d’une suite à Dumbo est stimulant, mais, soyons clairs : ce n’est pas une suite que l’on appelle de nos vœux. Le film original, par sa brièveté, sa simplicité et sa poésie, appartient à une époque et à un style qu’il vaut peut-être mieux ne pas déranger.

 

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Dumbo - Ben Sharpsteen - 1941

 

Bambi 3: Les grands bois

Bambi est un chef-d'œuvre absolu, un sommet de poésie et de finesse, considéré à juste titre comme l’un des plus grands films d’animation jamais réalisés. Il a eu droit à une suite tardive, sortie en 2006 et produite par DisneyToon Studios : Bambi 2 : Le Prince de la forêt. Et contre toute attente, cette suite n’est pas honteuse. Elle parvient même à retrouver une certaine douceur, une simplicité narrative et émotionnelle en cohérence avec l’œuvre originale. Cela dit, elle reste loin de la grâce du premier film, notamment dans ses instants les plus bouleversants. Et malgré un effort sincère, son animation 2D numérique ne soutient pas la comparaison avec les dessins traditionnels de 1942, à l’esthétique riche, peinte, presque sacrée.

 

Bambi image 1
Bambi - David Hand - 1942

 

Bambi 2 soulève ici une problématique centrale de cette chronique : en étant produit pour le marché de la vidéo, le film obstrue la possibilité d’une véritable suite pensée pour le cinéma. Une production haut de gamme, avec le soin habituellement réservé aux grands projets, aurait pu avoir du sens. Mais cela reviendrait à élever Bambi 2 au rang de maillon intermédiaire entre deux Grands Classiques, une position qu’il n’est tout simplement pas taillé pour assumer. Ce cas illustre à merveille l’impasse dans laquelle Disney s’est engagé avec la politique des suites vidéo des années 2000. Ce schéma se répètera d’ailleurs sans doute un jour avec les remakes live-action : difficile de maintenir la cohérence quand les projets s’accumulent sans vision d’ensemble.

Dans ce contexte, il semble peu probable, et peu souhaitable, de voir émerger un Bambi 3. En toute logique, tous les films ayant connu une suite via DisneyToon Studios devraient être écartés de tout prolongement narratif. Ce qui est regrettable, car si ces suites "au rabais" n’avaient pas vu le jour, Disney pourrait aujourd’hui envisager de véritables suites dignes du matériau d’origine, portées par les artistes maison, dans le respect de l’ADN du studio.

 

Bambi 2: Le Prince de la forêt image 1
Bambi 2 - Brian Pimental - 2006

 

Si Bambi 2 offrait une parenthèse touchante sur la jeunesse du faon, centrée sur sa relation avec son père, le Prince de la forêt, il ne s’agissait pas à proprement parler d’une suite, mais plutôt d’un récit intermédiaire. Une tranche de vie insérée entre deux scènes du film original. Dès lors, s’il fallait envisager un Bambi 3, il serait logique d’enfin prolonger le récit, avec une véritable suite cette fois : celle d’un Bambi devenu adulte, assumant pleinement son rôle de gardien de la forêt. L’occasion d’explorer les thématiques de transmission, de filiation et de maturité, en montrant un héros désormais porteur d’une sagesse qu’il a, autrefois, reçue. La boucle serait bouclée. On le verrait porter fièrement ses bois de cerf adulte, guider les plus jeunes, et perpétuer l’équilibre fragile du cycle naturel. Une idée forte, presque inévitable… si seulement Disney n’avait pas obstrué cette possibilité avec une suite vidéo au rendu visuel trop limité pour être pleinement canonisé.

 

Bambi
Bambi - David Hand - 1942

 

Viva América

Il s’agit sans doute de la suite la plus drôle à imaginer… et peut-être aussi la plus improbable. Saludos Amigos et Les Trois Caballeros ne font pas partie des films Disney les plus connus du grand public, et pour cause, ils ont été produits en pleine période de restrictions économiques, en 1943 et 1945, alors que les studios étaient durement impactés par la guerre en Europe. À cette époque, Disney ne disposait plus de ses moyens habituels et devait en parallèle répondre à des commandes de propagande pour soutenir l’effort de guerre américain.

C’est dans ce contexte que Walt Disney s’est envolé pour l’Amérique du Sud, avec quelques animateurs. L’objectif ? Tisser des liens diplomatiques et culturels avec les pays latinos, dans le cadre de la politique du "bon voisinage". De ce voyage naît Saludos Amigos, qui marque l’entrée du studio dans l’ère des films de compilation, puis des Trois Caballeros.

 

Saludos Amigos image 3
Saludos Amigos - Norman Ferguson - 1943

 

Ces deux films ne sont pas à proprement parler des suites mais on les considère comme tels puisqu’ils partagent un format similaire (une compilation de courts), un même cadre spatial (l’Amérique latine), et surtout trois personnages récurrents : Donald Duck, José Carioca et Panchito Pistoles.

Vanter les beautés et le folklore de l’Amérique du Sud était à l’époque un objectif plutôt diplomatique, mais le résultat reste aujourd’hui une curiosité intéressante. Et si l’exercice était alors limité par les contraintes budgétaires du moment, on imagine volontiers un troisième film, qui viendrait clore cette aventure vieille de 80 ans, sur une note aussi nostalgique que décalée. Facile d’imaginer un nouveau voyage en Amérique latine, mais moderne cette fois : une vision mise à jour des cultures locales, toujours enrobée de gags burlesques par nos trois compères à plumes (avec, espérons-le, un Donald un peu moins lubrique). Si on pousse le bouchon, on pourrait même imaginer un gag où les trois compères font exploser le mur de Trump… mais ce serait un message politique très clivant. Même si Disney s’engage de plus en plus sur des sujets sociétaux, on doute qu’ils prennent un tel risque.

Côté titre, il suffirait d’une nouvelle expression locale, dans l’esprit des deux premiers, et l’affaire serait dans le sac. Ce serait un projet totalement inattendu… et pourtant, la série animée La Légende des trois Caballeros, diffusée sur Disney+, nous a prouvé qu’avec la firme aux grandes oreilles, il fallait toujours se méfier de l’eau qui dort.

 

Les Trois Caballeros image 3
Les Trois Caballeros - Norman Ferguson - 1945

 

L'Orchestre fantastique

Imaginer une suite à La Boîte à musique ou Mélodie Cocktail est un peu inutile. Ces films-compilation musicaux, ont été produit dans le modèle de Fantasia, mais sans ses moyens ni son ambition. Pour rappel, ces deux œuvres étaient des assemblages de saynètes musicales, souvent charmantes, parfois inspirées, mais bien en deçà de l’excellence artistique attendue. Elles ont été produites durant la Seconde Guerre mondiale, à une époque où les studios Disney devaient survivre en produisant des formats moins coûteux et plus accessibles.

Comme Saludos Amigos et Les Trois Caballeros, ces films avaient pour fonction première de maintenir le navire Disney à flot, et non de marquer l’histoire du cinéma. Peu connus du grand public, ils n’ont eu qu’une résonance limitée à l’international.

 

La Boite à musique image 3
La Boîte à musique - Jack Kinney, Clyde Geronimi, Hamilton Luske, Joshua Meador, Robert Cormack - 1946

 

Dans la même veine, on retrouve Coquin de printemps et Le Crapaud et le Maître d’école, constituées de moyens métrages réunis sous un même titre. Aujourd’hui, il paraît évident que ce format n’a plus sa place ni en salle, ni même en vidéo.

Et même en prenant les moyens métrages indépendamment, il faut reconnaître qu’aucun d'eux (Bongo, Mickey et le Haricot magique, La Mare aux grenouilles et La Légende de la Vallée endormie) ne semble vraiment capable de justifier une suite narrative. Ce sont des contes clos, souvent simples, qui fonctionnent dans leur format initial et qui n’appellent aucune extension.

Il paraît donc évident qu’un retour à ce format hybride et modeste n’est pas à l’ordre du jour chez Disney. L’époque des films à sketches musicaux sans fil rouge ni star planétaire, et des films compilés, est révolue. Le studio ne prendra probablement jamais le risque de revisiter cette formule.

 

Le Crapaud et le Maître d’École - James Algar, Clyde Geronimi, Jack Kinney - 1949
Le Crapaud et le Maître d’École - James Algar, Clyde Geronimi, Jack Kinney - 1949

 

Cendrillon 4 : Le Cœur du Royaume

Rien que l’idée d’une suite à Cendrillon prête à sourire. Et pourtant, non seulement une suite a vu le jour, mais même deux ! Produites par DisneyToon Studios (Cendrillon 2 : Une vie de princesse en 2002 et Le Sortilège de Cendrillon en 2007), ces extensions du conte n’avaient pas grand-chose à raconter, et encore moins à proposer sur le plan artistique.

Il ne s’agit pas de désastres complets, elles tiennent vaguement debout, mais elles illustrent parfaitement une époque où la stratégie consistait à capitaliser sans vergogne sur le succès des grands classiques. Le problème, c’est que ces productions au rabais, pensées sans ambition, obstruent toute possibilité d’imaginer aujourd’hui une véritable suite cinématographique digne de ce nom.

 

Cendrillon 2 : Une vie de princesse image 4
Cendrillon 2 : Une vie de princesse - John Kafka - 2002

 

Et pourtant, on pourrait très bien imaginer un Cendrillon 4 dans la même veine artificielle : une princesse qui vient en aide aux démunis dans son royaume, une princesse courageuse qui suit son époux dans des contrées hostiles, ou encore une princesse en proie à de nouveaux états d’âme dans les couloirs du palais… mais comme pour les opus précédents, rien ne fonctionnerait vraiment. Car un conte est un conte, et il se doit de se conclure avec sa morale. À trop vouloir le prolonger, on en dilue la magie.

 

Le sortilège de Cendrillon - Frank Niessen - 2007
Le sortilège de Cendrillon - Frank Niessen - 2007

 

Alice de l'autre côté du miroir

S’il est un film du catalogue Disney des années 50 qui aurait légitimement pu connaître une suite animée, c’est bien Alice au Pays des Merveilles. Et pour cause : le film de 1951 est tiré de deux romans de Lewis Carroll, Alice au pays des merveilles et sa suite De l'autre côté du miroir (et ce qu’Alice y trouva). Certes, l’adaptation de Disney piochait déjà dans les deux ouvrages, mais de nombreux passages forts des deux romans n’ont jamais été exploités. On pense notamment à la rencontre d’Alice avec l’arrogant Humpty Dumpty, ou encore à l’effrayante créature du Jabberwocky, restée tristement absente du film alors qu’elle offre un potentiel dramatique et visuel immense.

 

Alice au pays des merveilles
Alice au pays des merveilles - Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske - 1951

 

Un second voyage n’aurait donc rien eu d’incongru. Le matériau littéraire existe, l’univers le permet, et l’auteur lui-même avait imaginé cette suite. Pourtant, rien n’a jamais vu le jour. Tim Burton, lui, ne s’est pas privé d’y revenir dans deux films live-action, mais l’identité visuelle et la tonalité de ces œuvres n’ont évidemment rien à voir avec le film d’origine. Aujourd’hui, relancer une suite directe du Classique de 1951 serait sans doute perçu comme un contresens : entre le style graphique suranné du film original et l’ancrage très fort des versions burtoniennes dans l’imaginaire collectif, difficile de se projeter vers une nouvelle suite retro. Et pourtant, une relecture autour du thème du monde inversé tel que le propose De l’autre côté du miroir aurait pu constituer un prolongement cohérent, stimulant, et fidèle à l’esprit de l’œuvre. Un rendez-vous manqué, assurément.

 

Alice au pays des merveilles
Alice au pays des merveilles - Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske - 1951

 

Peter Pan 3: Le secret des enfants perdus

Toutes les idées de la pièce Peter et Wendy de J. M. Barrie n’ont pas été exploitées dans le Classique de 1953, mais les plus fortes oui. Disney en a extrait l’essentiel pour en faire un film à la fois merveilleux, rythmé et complet. Dès lors, produire une suite nécessitait d’inventer un nouveau conflit… et c’est ce que DisneyToon Studios a fait avec Peter Pan 2 : Retour au Pays Imaginaire. Un prolongement sans génie, mais plutôt honnête dans son exécution, gentiment regardable.

Pourtant, le Pays Imaginaire avait encore tant à offrir. Si Retour au Pays Imaginaire n’avait pas vu le jour, une suite cinématographique ambitieuse aurait tout à fait pu trouver sa place. De nombreuses zones de ce monde fantastique restent inexplorées ou seulement esquissées dans le film original, un potentiel immense, un peu comme avec Zootopie dont l'expansion urbaine semble infinie. Mais voilà : la suite existe déjà. Et comme souvent, ce prolongement sorti pour le marché de la vidéo (même s’il a bénéficié d’une sortie salle dans quelques pays) coupe court à tout espoir de voir un jour émerger une véritable grande suite. D’autant plus que Peter Pan 2 introduit des personnages et des éléments totalement absents de l’œuvre de Barrie, rompant avec sa poésie et son intemporalité.

 

Peter Pan image 2
Peter Pan - Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske - 1953

 

Si l’on suit la logique établie par DisneyToon Studios, un hypothétique Peter Pan 3 devrait introduire une nouvelle génération : l’enfant de Jane, donc le petit-enfant de Wendy. Ce qui nous placerait quelque part dans les années 1950. Un cadre temporel de plus en plus anachronique avec le récit initial. Déjà, le choix d’ancrer Retour au Pays Imaginaire dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale tranchait avec la légèreté rêveuse du film original. Alors imaginez le décalage avec les Trente Glorieuses en toile de fond… difficile de retrouver la magie et l’atmosphère de l’œuvre de 1953 dans un tel contexte.

En réalité, la continuité narrative introduite par Peter Pan 2 est un piège dont il est compliqué de s’extirper.

 

Peter Pan 2 : Retour au Pays imaginaire image 4
Peter Pan 2: Retour au Pays Imaginaire - Robin Budd - 2002

 

La Belle et le Clochard 3: Le règne sauvage

La Belle et le Clochard repose sur une idée entièrement originale, une romance canine aussi simple que touchante, servie par une animation traditionnelle d’une finesse remarquable. C’est un film dont l’équilibre narratif semblait difficile à prolonger. Et pourtant, dans un élan mercantile, DisneyToon Studios a produit La Belle et le Clochard 2 : L’Appel de la rue.

La suite tente une approche miroir plutôt cohérente : cette fois, c’est le fils du couple, Scamp, qui rêve d’échapper à la sécurité du foyer pour goûter à la liberté de la rue. L’idée est défendable, et l’exécution propre, mais on reste loin de l’élégance et de la poésie du film d’origine. Le charme de l’animation traditionnelle de 1955 n’est évidemment pas au rendez-vous, et l’ensemble, bien que regardable, n’a pas marqué les esprits.

 

La Belle et le Clochard
La Belle et le Clochard - Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske - 1955

 

Si une suite a déjà été faite, pourrait-on imaginer un troisième opus, cette fois pensé pour le cinéma ? Une fois encore, difficile à croire. Mais dans l'idée, on pourrait envisager un scénario plus ambitieux, abordant par exemple la maltraitance animale. Lady et Clochard, désormais plus âgés, vivent paisiblement avec leur famille. Un jour, ils croisent la route d’un jeune chien maltraité par son maitre. Le couple tente de l’aider à échapper à son bourreau et à se reconstruire, et découvre au passage un réseau plus vaste de chiens maltraités. Clochard, hanté par son propre passé, décide d’agir avec son fils. L’histoire mêle suspense, émotion, et des messages forts sur l’adoption, la compassion, et la résilience, même si nous sommes un peu loin des thématiques familiales des deux autres films.

Même si le sujet d’un troisième opus abordant des sujets plus matures pourrait sembler pertinent et engagé, il faut bien admettre que La Belle et le Clochard reste une œuvre suffisamment achevée en soi. Chaque tentative de prolongement vient mécaniquement diluer son aura initiale. Une suite socialement consciente ne compense pas une nécessité créative absente.

 

La Belle et le Clochard 2 : L'Appel de la rue image 3
La Belle et le Clochard 2: L'appel de la rue - Darrell Rooney, Jeannine Roussel - 2001

 

La Belle au bois dormant 2

La Belle au bois dormant n’a jamais connu de suite directe, et on ne s’en plaindra pas. Il s’agit de l’adaptation d’un conte populaire qui se suffit parfaitement à lui-même, tant sur le plan narratif que symbolique. L’histoire, construite autour d’un cycle de malédiction et de renaissance, n’appelle aucun prolongement naturel. Cela n’a pas empêché DisneyToon Studios d’essayer d’exploiter le filon avec Les Histoires Merveilleuses : Vis Tes Rêves, un vidéofilm réunissant deux aventures de princesse, Aurore et Jasmine. Le résultat est navrant. Pur produit opportuniste, dépourvu de la moindre exigence artistique.

Du côté des lives action, la franchise a été exploitée différemment, à travers deux longs-métrages centrés sur la figure de Maléfique, avec Angelina Jolie dans le rôle-titre. Le parti pris de réhabiliter la sorcière, autrefois incarnation absolue du mal, n’a rien de fondamentalement mauvais, il s’inscrit dans une tendance contemporaine à nuancer les antagonistes, mais le traitement reste très convenu, et largement formaté par le concept des méchants pas tout à fait méchants.

 

La Belle au bois dormant - Clyde Geronimi - 1959

 

La Belle au bois dormant, en tant que conte clos, ne se prête pas naturellement à une suite. Pourtant, si l’on devait en imaginer une, plusieurs pistes se dessinent, même si aucune ne paraît vraiment nécessaire. Dans une logique à la DisneyToon Studio, on pourrait envisager un récit intime, centré sur la vie de cour d’Aurore, confrontée à ses nouveaux devoirs royaux. Les fées, toujours présentes mais moins enclines à la magie, encourageraient Aurore à gagner en autonomie. Un schéma proche des suites de Cendrillon, avec ses intrigues douces-amères et ses conflits à échelle réduite. Un bébé royal ou une romance secondaire seraient des détours attendus… mais trop convenus pour susciter un réel intérêt.

Dans une approche plus ambitieuse, digne des Grands Classiques, on pourrait envisager le réveil d’une force magique oubliée, liée à Maléfique ou à un royaume endormi dans les bois. L’idée d’un monde invisible qui reprend vie après la chute de la sorcière offre un cadre fantasy séduisant, avec de nouveaux enjeux et un ton plus grave.

Mais au fond, toutes ces spéculations vont à l’encontre de l’essence du conte : une histoire simple, autonome, porteuse d’une morale claire, qui ne nécessite ni prolongement ni élargissement. Par respect pour cette œuvre fondatrice, mieux vaut que la princesse continue de dormir d’un sommeil envouté.

 

La Belle au bois dormant
La Belle au bois dormant - Clyde Geronimi - 1959

 

101 Dalmatiens 3 : Le Retour de Cruella

Les 101 Dalmatiens est à l’origine un roman de Dodie Smith, adapté par Disney en 1961 pour devenir le 17ᵉ Grand Classique du studio. En 1967, l’autrice publie une suite intitulée La Grande Nuit des dalmatiens, mais celle-ci prend une tournure si inattendue (chiens flottants, communication télépathique, humanité plongée dans un sommeil magique, apparition d’extraterrestres canins) qu’elle s’éloigne radicalement de l’univers familier du premier tome. Trop conceptuelle, jamais traduite en français, cette suite littéraire est restée largement méconnue, même des fans les plus assidus.

 

Les 101 Dalmatiens image 2
Les 101 Dalmatiens - Hamilton Luske, Clyde Geronimi, Wolfgang Reitherman - 1961

 

Quant à la suite produite par DisneyToon Studios, 101 Dalmatiens 2 : Sur la trace des héros, elle s’affranchit complètement de la suite littéraire pour inventer une nouvelle intrigue centrée sur Patch, l’un des enfants de Pongo et Perdita. Malgré quelques tentatives d’explorer son désir d’émancipation, le film ne parvient pas à retrouver le charme du premier opus, ni sa justesse de ton. Ce deuxième épisode, raté, ferme en quelque sorte la porte à une suite ambitieuse. Et pourtant, une vraie suite cinématographique, conçue avec soin et portée par une ambition artistique digne des Grands Classiques, aurait pu voir le jour, notamment grâce à la figure de Cruella, l’une des méchantes les plus marquantes de l’univers Disney.

Internée dans un institut psychiatrique, Cruella feint la rédemption. En réalité, elle élabore un plan machiavélique : cette fois, elle ne vise plus seulement les dalmatiens, mais l’ensemble des chiens de Londres, qu’elle considère comme responsables de sa déchéance. Manipulatrice et revancharde, elle parvient à regagner la confiance de certains, tout en organisant secrètement une vaste opération de capture canine. Une course contre la montre s'engage alors, entre les dalmatiens et une société aveugle à la menace, avec en sous-texte la cruauté animale, une réhabilitation douteuse, et une vengeance obsessionnelle.

 

Les 101 Dalmatiens 2: Sur la trace des héros - Kammerud, Brian Smith - 2003
Les 101 Dalmatiens 2: Sur la trace des héros - Kammerud, Brian Smith - 2003

 

Dans un ton plus réaliste, à la frontière du thriller urbain, Anita, désormais journaliste d’investigation, enquête sur un réseau international de trafiquants d’animaux. Très vite, tous les indices convergent vers une certaine Cruella, officiellement internée… mais étrangement présente dans les rouages d’un marché noir tentaculaire.

Un récit plus bucolique, centré sur un refuge ou un élevage de chiens menacé par une entreprise cupide, redonnerait au film une dimension plus simple et plus proche du quotidien. On y retrouverait les descendants des chiots, dans une dynamique collective, rappelant la solidarité du premier film. Bien sûr, en toile de fond, Cruella, encore elle, pourrait tirer les ficelles.

Encore une fois, et aussi improbable que cela puisse paraître, on préférerait que cela reste à l’état de spéculation, pour le respect de l’art.

 

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Les 101 Dalmatiens - Hamilton Luske, Clyde Geronimi, Wolfgang Reitherman - 1961


 

Le Roi Arthur / Lancelot et la Table Ronde

Merlin l’Enchanteur est sans doute l’un des meilleurs candidats à une prolongation canonique parmi les Classiques Disney. Le film est adapté du roman L’Épée dans la pierre de Terence Hanbury White, qui retrace l’enfance d’Arthur sous la tutelle de Merlin, jusqu’à l’extraction de l’épée royale qui le consacre roi d’Angleterre. Sur ce point, le film reste relativement fidèle aux grandes lignes du roman, et plus largement aux codes des légendes arthuriennes.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que L’Épée dans la pierre n’est en réalité que le premier volet d’un cycle en cinq parties, intitulé La Quête du Roi Arthur (The Once and Future King). Un matériau littéraire dense, structuré, et particulièrement propice à une adaptation en plusieurs films. S’il paraît un peu ambitieux d’imaginer quatre suites à Merlin l’Enchanteur (un film qui, rappelons-le, a connu un succès modéré, sans atteindre les sommets d’autres Grands Classiques), il est en revanche tout à fait stimulant d’envisager une trilogie. Si le film avait vu le jour dans le contexte contemporain de narration sérielle, nul doute qu’un tel projet aurait été sérieusement envisagé.

 

Merlin l'enchanteur image 1
Merlin l'Enchanteur - Wolfgang Reitherman - 1963

 

Les tomes suivants se concentrent principalement sur le règne du roi Arthur : ses idéaux de justice, ses dilemmes moraux, ses erreurs, et la montée progressive des tensions au sein du royaume. En toile de fond, une sorcière tapie dans l’ombre… et un destin tragique qui se dessine. On y retrouve notamment Lancelot, le plus grand chevalier du monde, dans sa quête du Graal, mais aussi Mordred, fils illégitime d’Arthur (issu d’une relation incestueuse), bien décidé à détruire tout ce que son père a contribué à bâtir.

Puisque Merlin se fait plus discret à partir du deuxième tome, il serait logique d’envisager une évolution des titres au fil de la trilogie. Par exemple, dans l'esprit de Merlin l’Enchanteur (film original), un deuxième opus intitulé Le Roi Arthur, et un troisième Lancelot et la Table Ronde (pour clore la trilogie).

Bien entendu, certains aspects du matériau d’origine devraient être réinterprétés dans une optique propre à Disney, notamment les thématiques plus adultes ou sombres comme l’inceste, la folie, ou la déchéance morale. L’univers arthurien revisité par Disney se concentrerait plutôt sur les conflits d’honneur, la fragilité du pouvoir, les dilemmes personnels et la quête de justice, avec une mise en scène qui reste accessible au jeune public sans trahir l’esprit épique de l’œuvre.

 

Merlin l'Enchanteur
Merlin l'Enchanteur - Wolfgang Reitherman - 1963

 

Le Livre de la jungle 3

Le Livre de la Jungle fait partie de ces grands classiques Disney à avoir connu une suite produite par DisneyToon Studios. Le Livre de la Jungle 2 retrouve Mowgli cinq jours après son arrivée au village des hommes… mais parce que Baloo lui manque, il retourne dans la jungle. L’idée est terriblement élémentaire, fondée sur un simple principe de répétition. Le film recycle sans vergogne la chanson Il en faut peu pour être heureux, et tout l’univers du premier film, sans jamais lui rendre véritable hommage. Techniquement, la copie est convenable, mais elle reste sans magie. Surtout, la légitimité artistique de ce second opus est plus que discutable.

Et c’est bien dommage, car Le Livre de la Jungle de Rudyard Kipling est un ouvrage dense, riche de nombreux récits et personnages qui n’ont jamais été adaptés à l’écran. Le recueil est d’ailleurs composé de deux parties: Le Livre de la jungle et Le Second Livre de la jungle. Il est incompréhensible que Disney n’ait pas opté pour un titre comme Le Second Livre de la jungle plutôt qu'un trop fade Livre de la jungle 2.

 

Le Livre de la jungle
Le Livre de la Jungle - Wolfgang Reitherman - 1967

Une suite plus respectueuse aurait pu explorer la vie de Mowgli dans le village des hommes, tout en faisant le lien avec les personnages absents du premier film, mais présents dans l’œuvre originale. On pense à Tabaqui, le chacal rusé qui accompagne Shere Khan, et qui aurait pu représenter une menace sourde pour les hommes. L’intrigue aurait mêlé retour du danger, amitié et tensions entre les mondes animal et humain, avec de nouveaux personnages tirés des nouvelles de Kipling : les Chiens Rouges (dholes), Won-Tolla le loup solitaire, Mor le paon, Mang la chauve-souris, messagère de la nuit, Sahi le porc-épic, ou encore Rama et Mysa les buffles.

Une autre piste narrative intéressante aurait été l’introduction d’un jeune garçon britannique et de sa famille (présent dans le roman de Kipling), venue en Inde pour encadrer les opérations de capture d’éléphants sauvages. Mowgli, en se liant d’amitié avec l’enfant, aurait découvert l’enjeu moral de ce conflit et se serait opposé aux ambitions destructrices du père braconnier. Le thème de la cohabitation entre l’homme et la nature aurait alors pris tout son sens.

 

Le Livre de la Jungle image 3
Le Livre de la Jungle - Wolfgang Reitherman - 1967

 

Enfin, une suite plus audacieuse aurait pu s’éloigner totalement de Mowgli et adapter l’une des autres nouvelles du recueil, comme Le Phoque Blanc, située en Alaska, avec un décor glaciaire, des phoques persécutés et une atmosphère tout à fait singulière. Mais un tel changement de registre aurait sûrement déstabilisé le public, malgré sa légitimité littéraire.

Quoi qu’il en soit, l’existence du Livre de la jungle 2, dans sa forme actuelle, condamne toute velléité de suite ambitieuse et constitue à ce titre un vrai gâchis. Le matériau était là, l’opportunité aussi. Mais l’approche mercantile a, une fois encore, pris le pas sur la créativité.

 

Le livre de la jungle 2 image 1
Le Livre de la jungle 2 - Steve Trenbirth - 2003

 

Les Aristochats 2

Les Aristochats est l’une des rares créations entièrement originales de Disney, non adaptée d’un conte ou d’un roman, et qui n’a jamais eu droit à une suite. À ce titre, il figure parmi les candidats les plus légitimes à une éventuelle extension. Cependant, le film de 1970 est profondément ancré dans son époque, tant par son ambiance que par sa direction artistique xérographique, dont le charme réside justement dans les particularités du trait. Revenir dans cet univers sans en dénaturer l'essence serait un défi de taille. Pourtant, on peut rêver : pourquoi ne pas imaginer une suite produite dans un style volontairement rétro, renouant avec l’animation traditionnelle, et pourquoi pas, avec une touche assumée de xérographie ? Un projet aussi audacieux que La Princesse et la Grenouille, qui avait choisi de braver l’ère de la 3D en revenant à la 2D.

Bien sûr, ce genre de choix implique des risques artistiques et financiers importants pour le studio. Mais c’est justement ce genre de prise de risque que l’on aimerait voir plus souvent. Ce qui est certain, en revanche, c’est que personne ne souhaite une suite des Aristochats en animation 2D numérique ou pire en 3D… S’il doit y avoir une suite, qu’elle soit respectueuse de la patte originelle.

 

Les Aristochats image 1
Les Aristochats - Wolfgang Reitherman - 1970

 

Dans une suite digne du studio Disney, respectueuse du ton, de l'époque et des personnages, on imagine naturellement une continuité jazzy, douce et romantique, toujours portée par une esthétique Paris bohème, fidèle à celle du film de 1970. Duchesse et Thomas O'Malley vivent paisiblement auprès de Madame Bonnefamille, qui leur a offert un foyer chaleureux. Mais un jour, cette dernière s’éteint, paisiblement, après une dernière valse au piano. L’épisode, traité avec une grande délicatesse (à la manière du prologue de Là-haut), introduit une question centrale : qu’adviendra-t-il de ses compagnons félins ? Georges Hautecourt, l'ami-amant de la vieille dame, hérite des chats. Refusant cette nouvelle vie imposée, les chatons s’enfuient, et s’ensuit une odyssée parisienne riche en rencontres, et en musique. Thomas et Duchesse se lancent à leur poursuite, rejouant le thème de la famille retrouvée.

 

Les Aristochats image 3
Les Aristochats - Wolfgang Reitherman - 1970

 

Une autre idée pourrait avancer le temps. Les années ont passé. Les chatons ont grandi. Marie rêve de devenir chanteuse, inspirée par les sons du jazz qu’elle entend dans la rue. Contre l’avis de ses frères, elle s’enfuit à Montmartre pour vivre son rêve. Là-bas, elle est repérée par un chat charismatique, mais ambigu, un "agent" félin qui l’intègre à une troupe musicale… et commence à l’exploiter. Thomas, Duchesse et les deux frères, inquiets de sa disparition, partent à sa recherche à travers Paris. Deux récits se croisent : la montée en lumière de Marie, séduite par le succès, et le chemin initiatique de sa famille pour la sauver, sans jamais briser son indépendance.

Dans une variation plus aventureuse, une urgence pousse la famille à quitter leur quotidien : Madame Bonnefamille, malade, est transportée à l’hôpital, et les chats, perdus sans elle, décident de partir à sa recherche. N’ayant aucune idée de ce qu’est un hôpital humain, ils s’engagent dans une quête hasardeuse, traversant des quartiers inattendus : les quais de Seine, les marchés, les ateliers, et pourquoi pas, les catacombes de Paris, repaire d’un vieux matou aveugle qui détient peut-être une réponse... L’occasion d’explorer une facette plus mystérieuse de la ville, sans perdre le charme poétique, et d’insister sur les liens qui unissent les personnages au-delà des mots.

 

Les Aristochats
Les Aristochats - Wolfgang Reitherman - 1970

 

Robin des Bois 2

Robin des Bois, 21ᵉ Grand Classique des studios Disney, s’inspire à la fois de la tradition orale des ballades médiévales anglaises et du Roman de Renart, célèbre recueil de récits français des XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. Le lien avec ce dernier est surtout formel : le choix d’animaux anthropomorphes pour incarner les personnages donne au film une allure de fable animée, sans pour autant détourner l’histoire principale de Robin des Bois, traitée avec un certain respect pour le matériau légendaire.

Le film n’a jamais bénéficié d’une suite, et c’est peut-être une bonne chose. Il faut dire que les événements les plus emblématiques de la légende y sont déjà racontés : le vol aux riches pour donner aux pauvres, la romance avec Marianne, les rivalités avec le Prince Jean, etc. Il serait difficile d’envisager une véritable suite sans redite, ou sans trahir l’esprit de l’œuvre.

 

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Robin des Bois - Wolfgang Reitherman - 1973

 

D’un point de vue économique, le film n’a pas été un immense succès à sa sortie, même s’il a gagné une certaine affection au fil du temps. Il n’a pas été oublié, mais il ne fait pas non plus partie des classiques les plus influents du studio. Comme Les Aristochats, Robin des Bois est ancré dans une époque bien précise, tant sur le plan esthétique que narratif : on retrouve le style xérographique, des décors minimalistes, et une narration relativement simple, reflet d’une période de transition au sein du studio, marquée par la perte de Walt Disney et une baisse de créativité globale.

Ce n’est pas non plus le Disney préféré de la rédaction. Le film manque parfois de panache, d’ambition visuelle ou narrative, et ne laisse pas le souvenir impérissable d’autres œuvres de la même décennie. Imaginer une suite aujourd’hui paraît donc peu pertinent, d’autant que le ton du film (léger mais désenchanté) ne se prête guère à une continuation forte ou mémorable. À l’image de son héros, Robin des Bois reste un outsider du catalogue, attachant, mais discret.

 

Robin des bois image 2
Robin des Bois - Wolfgang Reitherman - 1973

 

Même s’il ne s’agit pas du Classique Disney le plus évident à prolonger, Robin des Bois se prête tout de même à l’exercice, à condition de proposer une suite crédible, cohérente avec les enjeux de son univers. Et pour cela, il conviendrait de respecter le cadre monarchique de l’Angleterre et de ses duchés, socle historique, même fantasmé, sur lequel repose la légende. Par exemple: Le roi Richard est mort. Son successeur, jeune et malléable, est manipulé par une cour corrompue. Des tensions surgissent dans tout le royaume, et la paix durement acquise est sur le point d’exploser. Robin, désillusionné par des années de lutte, s’est retiré des affaires du royaume. Mais le voilà contraint de choisir : rester à l’écart ou reprendre les armes, voire même… accepter un rôle qu’il a toujours fui, celui de régent ou de conseiller royal. Une évolution inattendue pour le célèbre renard, qui confronterait ses idéaux de liberté à la réalité du pouvoir.

Autre piste plus légère : un préquel. Et si l’on explorait la jeunesse de Robin, alors qu’il était encore l'héritier d’une famille noble ? On y découvrirait ses premières désillusions, son rejet d’un système inégalitaire, sa fuite dans la clandestinité, et ses premières rencontres avec Petit Jean, Frère Tuck ou Marianne. Une approche initiatique, plus intime, qui donnerait une vraie densité au personnage et permettrait de raconter ce que le film original n’a jamais montré.

Dans tous les cas, ce ne sont pas les idées qui manquent. Ce qui manque, peut-être, c’est la nécessité.

 

Robin des Bois
Robin des Bois - Wolfgang Reitherman - 1973

 

Winnie l'Ourson et la danse des saisons

Les Aventures de Winnie l’Ourson (1977), adapté des personnages créés par A. A. Milne, n’est pas un long-métrage au sens classique, mais un assemblage harmonieux de trois moyens métrages enrichis de transitions inédites, conçues spécialement pour lier les récits. Malgré cette construction singulière, le film est devenu une pierre angulaire de l’univers Disney, inaugurant une franchise particulièrement riche. Par la suite, le personnage de Winnie a fait l’objet d’une multitude de suites et déclinaisons, principalement produites par DisneyToon Studios, telles que Winnie l’Ourson 2 : Le Grand Voyage, Les Aventures de Tigrou, Les Aventures de Porcinet, Les Aventures de Petit Gourou, ou encore Winnie l’Ourson et l’Éfélant. À cela s’ajoutent plusieurs compilations thématiques pour Noël, Halloween, Thanksgiving ou le Nouvel An, toutes pensées pour le marché de la vidéo. Si la qualité de ces productions varie du passable au franchement médiocre, elles ont néanmoins permis d'étendre un univers qui s’y prête particulièrement bien.

 

Les Aventures de Winnie l’ourson - John Lounsbery, Wolfgang Reitherman - 1977
Les Aventures de Winnie l’ourson - John Lounsbery, Wolfgang Reitherman - 1977

 

Le regret principal vient de l’absence de continuité qualitative : ces œuvres s’éloignent du raffinement et de la poésie douce-amère qui faisaient le charme des premiers moyens-métrages. À mesure que la franchise s’étire, elle perd de sa substance. Heureusement, en 2011, Walt Disney Animation Studios reprend la main avec Winnie l’Ourson, film sobre et délicat, qui fait à la fois office de suite et de reboot. L’ambition artistique y est manifeste, et l’on retrouve enfin la tendresse, l’humour et la simplicité qui avaient fait le succès du personnage. Un retour aux sources salué pour sa justesse.

Puis en 2018, Jean-Christophe & Winnie transpose l’univers dans un film live-action plus adulte (mais familial), dans lequel Jean-Christophe, devenu un homme accablé par les responsabilités, retrouve ses anciens amis de la Forêt des Rêves Bleus. Le film explore avec une grande tendresse le passage à l’âge adulte, l’oubli de l’imaginaire, et la nécessité de préserver un coin d’enfance en soi.

 

Winnie l'Ourson - Stephen J. Anderson, Don Hall - 2011
Winnie l'Ourson - Stephen J. Anderson, Don Hall - 2011

 

Alors, après tout cela, Winnie l’Ourson a-t-il encore quelque chose à raconter ? La franchise semble avoir été surexploitée, et l’on pourrait croire qu’elle a épuisé son potentiel narratif. Pourtant, une suite directe au film de 2011, produite avec les standards de qualité de Walt Disney Animation Studios, reste une possibilité séduisante, si tant est qu’on lui accorde le soin, la finesse, et la pudeur narrative qu’elle mérite. L’aventure ne devra pas chercher à être spectaculaire, mais plutôt modeste, sensible, et porteuse d’un message universel, comme toujours avec Winnie.

 

Winnie l'ourson 2 : Le Grand Voyage image 1
Winnie l'ourson 2: Le grand voyage - Karl Geurs - 1997

 

Une idée de suite pourrait par exemple s’intituler Winnie l’Ourson et la Danse des Saisons, et proposer une nouvelle aventure douce et poétique centrée sur le passage du temps. À travers les changements subtils de la Forêt des Rêves Bleus, tantôt éclatante sous le soleil d’été, tantôt figée sous la neige hivernale, le film explorerait la croissance de Jean-Christophe, désormais adolescent, et de moins en moins présent auprès de ses amis. Ce fil narratif offrirait une variation animée du thème déjà abordé dans Jean-Christophe & Winnie, en lui redonnant une forme plus onirique, visuellement marquante, et fidèle à l’esthétique du film de 2011.

Mais difficile de s’arrêter sur une idée de scénario précise tant la Forêt des Rêves Bleus ouvre un champ des possibles infini autour des aventures secrètes que Jean-Christophe peut vivre avec ses amis. Chaque recoin de cette forêt imaginaire recèle une émotion, une découverte ou un souvenir enfoui. Une chose est sûre : la franchise n’a pas fini de nous émerveiller. Et il y a fort à parier qu’un jour ou l’autre, un nouveau film nous y ramènera, pour retrouver, le temps d’une saison ou d’un rêve, la douceur inaltérable de l’enfance.

 

Winnie l'ourson et l'éfélant image 2
Winnie l’Ourson et l’Éfélant - Frank Nissen - 2005

 

Bernard et Bianca au Pôle Sud

Les Aventures de Bernard et Bianca est, à proprement parler, le premier Grand Classique Disney à avoir connu une suite directe. Adapté de la série de romans de Margery Sharp, qui narre les aventures d’une souris aristocrate nommée Miss Bianca, souvent accompagnée de son fidèle ami Bernard, les histoires mettent en scène un duo sauvant des enfants en détresse aux quatre coins du monde. Le premier film reprend fidèlement ce principe en envoyant les deux héros dans les bayous de Louisiane pour venir en aide à une orpheline exploitée par la cruelle Médusa.

La suite, Bernard et Bianca au Pays des Kangourous, sortie en 1990, déplace l’action en Australie. Si l’intrigue est totalement originale et ne s’inspire d’aucun tome de Sharp, elle reste fidèle à l’esprit de la série, tout en hausse de qualité technique. Le film renforce les codes établis dans le premier opus, sans en trahir l’essence.

 

Les aventures de Bernard et Bianca image 1
Les Aventures de Bernard et Bianca - John Lounsbery, Wolfgang Reitherman, Art Stevens - 1977

 

La série de Margery Sharp comprend neuf romans, offrant autant de pistes potentielles pour de futures déclinaisons. Un tome en particulier se démarque : Miss Bianca in the Antarctic, dans lequel le duo se rend au pôle Sud pour venir en aide à un chercheur bloqué dans une station scientifique isolée. Ce cadre original et visuellement riche ferait une excellente base pour une troisième aventure animée. Un tel projet pourrait également marquer un retour attendu à l’animation 2D, comme ce fut le cas avec La Princesse et la Grenouille, une manière de conjuguer nostalgie et savoir-faire artistique.

Dans cette hypothétique suite, Bernard et Bianca, désormais mariés, s’apprêtent à célébrer leur lune de miel. Bernard avait en tête une destination plus… tropicale, mais la nouvelle mission les envoie dans l’exact opposé : les terres glacées de l’Antarctique. Bianca s’en réjouit, évidemment. Sur place, ils viendraient en aide à une famille de chercheurs menacée par une catastrophe naturelle, avec peut-être, en toile de fond, un message écologique discret mais pertinent.

 

Les Aventures de Bernard et Bianca - John Lounsbery, Wolfgang Reitherman, Art Stevens - 1977
Les Aventures de Bernard et Bianca - John Lounsbery, Wolfgang Reitherman, Art Stevens - 1977

 

Ce nouveau voyage pourrait être l’occasion parfaite de relancer la franchise, tout en proposant un film d’aventure classique, en accord avec les standards d’exigence de Walt Disney Animation Studios. D’autant que d’autres tomes de Margery Sharp offrent des décors variés : un manoir norvégien, une abbaye ancienne, ou même l’Asie. L’équipe créative pourrait aussi inventer un tout nouvel environnement, comme l’Afrique, l’Europe de l’Est ou une mégalopole contemporaine.

 

Bernard et Bianca au pays des kangourous - Hendel Butoy, Mike Gabriel - 1990
Bernard et Bianca au pays des kangourous - Hendel Butoy, Mike Gabriel - 1990

 

Panorama des possibles

Au terme de cette première rétrospective, qui couvre tous les films estampillés Walt Disney Animation Studios des années 30 à la fin des années 70, deux grandes catégories se dessinent. D’un côté, les suites crédibles ou espérées :

  • Fantasia 3
  • Nouveau Winnie l’Ourson
  • Bernard et Bianca 3

Et de l’autre, les suites hautement improbables, que nous avons tout de même pris plaisir à imaginer dans cet exercice de projection, tout en sachant qu’elles ne verront sans doute jamais le jour. Non pas faute d’idées, mais parce que la majorité des films concernés sont profondément ancrés dans leur époque, tant sur le plan esthétique que narratif. Y toucher aujourd’hui, même avec de bonnes intentions, c’est risquer de troubler une magie précieuse et de compromettre l’aura patrimoniale qui entoure ces œuvres fondatrices. Voici donc les projets les moins souhaitables :

 

La suite dans la partie 2

Certaines des idées évoquées plus haut peuvent sembler enthousiasmantes sur le papier (notamment un Fantasia 3, qui irait dans le sens du rêve initial de Walt Disney, ou Bernard et Bianca 3, qui se prête grandement à la prolongation) mais dans la grande majorité des cas, nous espérons sincèrement qu’aucune de ces suites ne verra le jour, tant leur existence ne serait justifiée ni artistiquement, ni historiquement.

 

Fantasia 2000 image 1
Fantasia 2000 - Don Hall - 2000

 

Il n’est dans l’intérêt de personne, ni du public, ni des artistes, ni même de la firme elle-même, de prolonger artificiellement des œuvres iconiques pour répondre à une logique purement mercantile, qui fut déjà l’erreur de DisneyToon Studios. Et même si ces prolongements se veulent respectueux, un Blanche-Neige 2 ou Dumbo 2 resterait, à nos yeux, un affront à l’héritage du studio.

Notre position dans cette série de chroniques est claire : imaginer des suites cohérentes, crédibles et compatibles avec les grandes lignes artistiques du studio, sans tomber dans la pure fanfiction ou les extrapolations absurdes. Et si, par un heureux hasard ou une mauvaise surprise, l’un des films cités dans cette chronique finit par voir le jour, alors nous espérons que ce texte tiendra toujours face à la réalité de ce qui nous sera proposé.

 

Cendrillon - Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske - 1950
Cendrillon - Clyde Geronimi, Wilfred Jackson, Hamilton Luske - 1950

 

Sur le même sujet:

Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 2

Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 3

 

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