Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 2

Publié le 12 novembre 2025 par Guillaume
13
Analyse des tendances, de l'actualité et de la culture de l'animation

Walt Disney Animation Studios traverse une période charnière : entre nostalgie et stratégie, la firme semble plus que jamais décidée à capitaliser sur son patrimoine. Alors que les suites se multiplient dans toutes les branches du groupe, la question se pose avec acuité pour le studio historique : quelles franchises mériteraient réellement de revenir sur le devant de la scène?

 

Note au lecteur : cette chronique contient des spoilers.

Après avoir parcouru les décennies fondatrices du studio, de Blanche-Neige à Winnie l’Ourson, dans la première partie de cette chronique, nous entrons maintenant dans une période charnière de l’histoire de Walt Disney Animation Studios : celle de la renaissance. Des années 1980 jusqu’à la fin des années 2000, le studio va vivre l’un de ses cycles les plus fascinants : un spectaculaire retour en grâce, suivi d’une lente perte de repères au début des années 2000, jusqu’à la transition définitive vers l’ère numérique.

Cette époque a vu naître une nouvelle génération de chefs-d’œuvre : La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin, Le Roi Lion... Des films qui ont redonné à l’animation Disney sa vitalité artistique, son souffle musical, et son prestige populaire. Mais c’est aussi durant cette même période qu’est née la pratique moderne des suites direct-to-video, produites en marge du studio principal par la branche DisneyToon Studios. Une ironie historique : jamais la créativité n’a été aussi forte, et pourtant, jamais le recyclage n’aura autant proliféré.

 

La Petite Sirène image 4
La Petite Sirène - Ron Clements et John Musker - 1989

 

Ces suites, souvent pensées comme de simples produits dérivés à bas coût, ont terni l’image d’œuvres mythiques, condamnant de fait toute ambition de suite officielle digne de ce nom. Pendant que les équipes de Burbank repoussaient les limites techniques et narratives du dessin animé, les films pensés pour le marché de la vidéo réutilisaient les personnages pour des prolongements mécaniques et calibrés. C’est dans cette contradiction que se joue une grande partie de l’histoire Disney de cette période : l’âge d’or et l’âge du plastique, intimement mêlés.

Dans un contexte où Disney semble vouloir exploiter à nouveau ses grandes licences, certains films pourraient bien refaire surface, qu’on le veuille ou non. Entre nostalgie et lucidité, redécouvrons ensemble l’âge d’or du renouveau Disney, et interrogeons sa postérité : qu’est-ce qui mérite encore une suite, et qu’est-ce qu’il faut, au contraire, laisser tranquille ?

 

Aladdin - Ron Clements, John Musker - 1992
Aladdin - Ron Clements, John Musker - 1992

 

Rox et Rouky 3

Lors de sa sortie en 1981, Rox et Rouky marquait un tournant dans l’histoire de Disney. C’était le dernier film auquel avaient participé certains des « Neuf Sages » du studio, et le premier auquel une nouvelle génération d’animateurs apportait sa patte. Ce passage de flambeau, perceptible à l’écran, conférait au film un ton singulier : plus mélancolique, plus nuancé, presque naturaliste. Loin des contes de princesses, Rox et Rouky était une parabole sur la fin de l’innocence et sur le poids du monde adulte, un récit sur l’amitié contrariée par les lois de la nature et de la société.

 

Rox et Rouky image 1
Rox et Rouky - Ted Berman, Richard Rich, Art Stevens - 1981

 

Adapté du roman The Fox and the Hound de Daniel P. Mannix, le film simplifiait considérablement la noirceur du matériau original. Là où le livre se concluait sur une tragédie implacable, Disney choisissait la voie de la réconciliation, ou du moins, celle d’un respect mutuel teinté de résignation. Cette conclusion, à la fois sobre et bouleversante, fermait l’histoire avec une justesse rare. Tout semblait dit.

C’est pourquoi la suite produite par DisneyToon Studios en 2006 tient presque de l’aberration. Ni suite, ni préquelle véritable, ce second opus n’a d’autre intérêt que de recycler deux visages familiers pour les plonger dans une aventure aussi artificielle que vaine. L’esprit du film de 1981, sa pudeur, sa gravité, sa lenteur contemplative, y est tout simplement absent.

 

Rox et Rouky 2 - Jim Kammerud - 2006
Rox et Rouky 2 - Jim Kammerud - 2006

 

Pourtant, imaginons, ne serait-ce qu’un instant, à quoi pourrait ressembler une nouvelle suite. Le pari serait risqué, mais pas nécessairement impossible. On pourrait retrouver Rox et Rouky plusieurs années plus tard, adultes, confrontés à un monde rural en mutation. La nature se fait plus rare, les humains s’installent partout. Rox, désormais père, lutte pour protéger sa tanière. Rouky, fatigué, accompagne un Amos fatigué, attaché à des valeurs qui ne trouvent plus leur place dans le monde des jeunes. Leurs chemins se croisent une dernière fois, dans une ambiance crépusculaire. Le film pourrait explorer la mémoire, le regret, et la transmission, les thèmes du temps qui passe, du lien qui demeure malgré tout. Visuellement, cette suite imaginaire gagnerait à renouer avec l’animation 2D classique, en assumant une tonalité plus mature, presque contemplative. Un pari audacieux, mais porteur d’une cohérence émotionnelle que la version de 2006 a trahie.

Mais soyons réalistes : Rox et Rouky appartient à cette catégorie rare d’histoires closes, où le silence de la dernière scène vaut mieux que mille prolongements. Son équilibre fragile, entre douceur et fatalité, ne souffre pas d’extension. Imaginer une suite, c’est rompre ce pacte de pudeur qui en fait tout le charme. Comme les héros qu’il dépeint, le film doit rester à sa place : dans le souvenir, quelque part au pays de la nostalgie.

 

Rox et Rouky 2 image 1
Rox et Rouky 2 - Jim Kammerud - 2006

 

Taram et le Royaume des Ombre

Taram et le Chaudron magique est sans doute l’un des films les plus atypiques (et les plus mal-aimés) de toute la filmographie Disney. Sorti en 1985, il symbolise à lui seul une période de transition douloureuse pour le studio : celle où l’animation traditionnelle, en perte de repères après la mort de Walt Disney, cherche à se réinventer dans un monde cinématographique en pleine mutation. Adapté des deux premiers volumes des Chroniques de Prydain de Lloyd Alexander, le film tentait pour la première fois de s’aventurer pleinement dans la fantasy épique, loin des contes lumineux et des fables musicales qui faisaient la renommée du studio.

Le résultat, on le sait, fut un désastre commercial (mais pas un désastre absolu). Car derrière ses maladresses et son ton bancal, Taram et le Chaudron magique laissait entrevoir une ambition réelle : celle de raconter un mythe initiatique, où un jeune garçon, simple gardien de cochon, apprend la valeur du courage et du sacrifice. Visuellement, le film est d’une noirceur rare pour Disney, peuplé de morts-vivants, de sorcières inquiétantes et d’un antagoniste, le Seigneur des Ténèbres, d’une intensité gothique presque inédite dans le canon du studio. Trop effrayant pour les enfants, trop naïf pour les adultes, Taram s’est retrouvé prisonnier entre deux publics.

 

Taram et le Chaudron Magique image 1
Taram et le Chaudron Magique - Ted Berman, Richard Rich - 1985

 

Pourtant, ironie du sort, le matériau littéraire n’a jamais été aussi propice à une vraie suite. Le cycle de Lloyd Alexander comprend cinq tomes. Les aventures de Taram, et ses compagnons se poursuivent, s’assombrissent, et gagnent en ampleur mythologique. L’univers de Prydain, avec ses royaumes, ses divinités et ses créatures mystiques, recèle un potentiel considérable pour une saga. Si le public avait été au rendez-vous à l’époque, Taram et le Chaudron magique aurait peut-être pu devenir la pierre fondatrice d’un univers à la hauteur du Seigneur des Anneaux.

Dans une version contemporaine, une suite intitulée Taram et le Royaume des Ombres pourrait voir le jour. On y suivrait un Taram plus mûr, hanté par les visions du Chaudron Noir, tandis qu’un culte ancien tenterait de ressusciter le Seigneur des Ténèbres à partir de ses cendres. Loin de la légèreté habituelle des studios, le film assumerait une tonalité plus sombre et initiatique, à mi-chemin entre le mythe arthurien et la dark fantasy. Les thèmes du destin, du libre arbitre et de la responsabilité pourraient y trouver un écho puissant, dans une esthétique renouant avec les racines celtiques du récit.

 

Taram et le Chaudron Magique image 2
Taram et le Chaudron Magique - Ted Berman, Richard Rich - 1985

 

D’autres pistes de suites pourraient s’inspirer plus directement des trois derniers tomes du cycle littéraire, afin de composer une véritable trilogie. Le Seigneur des Ténèbres, à l’image d’un Voldemort dans Harry Potter, tenterait de rassembler ses forces pour renaître et reconquérir Prydain. Dans un même temps, la princesse Eilonwy serait envoyée suivre une éducation royale sur une île lointaine. Taram et ses amis l’accompagneraient, mais la jeune fille serait enlevée par un sorcier désireux d’exploiter ses dons magiques (c'est ce qui se passe dans le troisième tome). Cette aventure conduirait Taram à s’interroger sur ses origines : est-il de sang noble, ou un simple fils de paysans ? Il découvrirait surtout que sa valeur ne tient pas à sa naissance, mais à ses actes, une morale chère à l’esprit de Lloyd Alexander (comme raconté dans le quatrième tome). Le dernier chapitre de cette hypothétique trilogie verrait le Seigneur des Ténèbres lancer une guerre totale pour reconquérir Prydain. Les batailles seraient épiques, le ton plus grave, et la dimension mythologique pleinement assumée. Au terme de cette lutte, Taram deviendrait le Roi de Prydain, non par le sang, mais parce qu’il incarne la sagesse, la compassion et la justice : trois vertus fondatrices du cycle original (dernier tome).

 

Taram et le Chaudron Magique image 3
Taram et le Chaudron Magique - Ted Berman, Richard Rich - 1985

 

Une autre voie, plus audacieuse encore, consisterait à réhabiliter Taram à travers une adaptation live action. Ce choix permettrait à Disney de miser sur une franchise originale, propre à son catalogue, tout en renouant avec une veine d’heroic fantasy que le studio n’a jamais vraiment exploitée. L’initiative s’inscrirait dans la continuité de projets comme la série Willow (dont la seconde saison a hélas été annulée). Le pari serait risqué, certes, mais profondément légitime et même honorable : celui de redonner vie à un univers sous-estimé, en assumant un ton plus mature et plus dramatique. Il ne fait guère de doute que les créatifs du studio y ont déjà songé, mais, pour l’heure, le pas n’a pas encore été franchi.

Sur le plan artistique, ce projet offrirait à Disney une rare opportunité : celle de revisiter un de ses plus grands échecs et d’en faire une renaissance. Mais la vérité, c’est que Taram et le Chaudron magique est resté, depuis quarante ans, un souvenir embarrassant dans la mémoire du studio (le film n'est même pas édité en Blu-ray). Son échec a longtemps servi de contre-exemple et c’est sans doute pour cette raison qu’aucune suite n’a jamais été envisagée. Dommage.

 

Taram et le Chaudron Magique - Ted Berman, Richard Rich - 1985
Taram et le Chaudron Magique - Ted Berman, Richard Rich - 1985

 

Basil contre Scotland Yard

Basil, détective privé, 26ᵉ Grand Classique des studios Disney, est sorti en 1986. Inspiré de la série de romans Basil of Baker Street écrite par Eve Titus et illustrée par Paul Galdone, le film transpose l’univers de Sherlock Holmes dans le monde des souris londoniennes. Le principe est d’une simplicité délicieuse : sous les planchers du 221B Baker Street, un petit détective, Basil, résout des affaires parallèles à celles de son illustre voisin humain.

Basil, détective privé fut un succès honnête, salué pour son rythme, son humour et son ambiance victorienne parfaitement rendue. Pourtant, il ne connut jamais la reconnaissance qu’il méritait. Ironie du sort, Taram et le Chaudron magique, son prédécesseur mal-aimé, jouit aujourd’hui d’une aura culte que Basil n’a jamais vraiment atteinte. Et c’est d’autant plus regrettable que ce film avait, dès son concept, le potentiel d’engendrer une véritable franchise. Adapter Sherlock Holmes ouvrait en effet la voie à d’innombrables prolongements. Inutile de forcer la créativité : les aventures originales de Conan Doyle et les pastiches qui en ont découlé forment une matière inépuisable pour de futures enquêtes. Chaque suite pourrait introduire de nouveaux personnages, clients désespérés, criminels retors, ou figures issues du folklore londonien, tout en conservant le trio central : Basil, Dawson et le fidèle chien Toby.

 

Basil, détective privé image 4
Basil, détective privé - Burny Mattinson, David Michener, Ron Clements, John Musker - 1986

 

Une suite intéressante pourrait, par exemple, s’intituler Basil et le Crime du London-Express : une enquête ferroviaire à travers l’Angleterre miniature, où Basil ferait équipe, ou plutôt rivaliserait, avec un autre grand détective, Hercule Poirot version souris, dans un affrontement d’ego et de logique à la manière du Crime de l’Orient-Express. D’autres pistes pourraient mêler espionnage et aventure, avec une enquête au sein de Scotland Yard. Par ailleurs, la série de romans d’Eve Titus compte cinq tomes originaux, publiés entre 1958 et 1982, chacun explorant une enquête indépendante. Ces ouvrages regorgent de situations et d’idées parfaitement adaptables à l’écran, sans qu’il soit nécessaire de trahir l’esprit du premier film. Plus récemment, la série littéraire a connu une résurrection inattendue : depuis 2018, trois nouveaux volumes sont parus, écrits dans le même ton et dans la continuité directe des aventures de Basil. Cette extension ouvre la voie à un possible “Basil nouvelle génération”, qui pourrait à la fois rendre hommage au charme rétro de l’original et embrasser une approche plus moderne du récit policier.

Un tel retour offrirait à Disney une occasion rare de renouer avec la tradition du film policier d’aventure, un genre peu exploité dans son catalogue. Basil, détective privé possède déjà tout ce qu’il faut pour relancer une saga : un univers visuel fort, un ton à la fois drôle et élégant, et un héros aussi charismatique que sous-estimé. Encore faudrait-il que le studio se souvienne que, dans l’ombre de ses princesses et de ses chansons, il a aussi créé un des plus fins détectives du cinéma d’animation.

 

Basil, détective privé image 2
Basil, détective privé - Burny Mattinson, David Michener, Ron Clements, John Musker - 1986

 

Oliver et Compagnie 2

Ici, ça se complique. Oliver et Compagnie s’inspire du roman Oliver Twist de Charles Dickens, publié entre 1837 et 1839 sous formes de feuilletons mensuels. Le film transpose le Londres victorien dans le New York des années 1980, et suit un jeune chaton sans famille qui finit par rejoindre un groupe de chiens errants tentant d’aider leur maître SDF à échapper à un usurier impitoyable. Lors d’une tentative de cambriolage qui tourne mal, Oliver se retrouve adopté par une fillette de bonne famille, ouvrant la voie à une fable moderne sur l’amitié, la loyauté et la survie dans un monde inégalitaire.

Comment développer une suite sans trahir l’héritage de Dickens ? Le film prenait déjà d’immenses libertés avec le matériau d’origine, mais il en conservait les thématiques centrales : l’exclusion, la solidarité et la quête d’un foyer. Revenir là-dessus risquerait d’être redondant ou artificiel. Les épreuves d’Oliver, déjà très marquées émotionnellement, forment un cycle narratif complet, le prolonger reviendrait à dénaturer la complétude de l'histoire.

 

Oliver et Compagnie image 2
Oliver & Compagnie - George Scribner - 1988

 

Et pourtant, jouons le jeu. À quoi pourrait bien ressembler une suite d’Oliver et Compagnie (aussi rédhibitoire que l’idée paraisse) ? La fin du film est un happy end classique, où tout le monde devient ami : Jenny adopte le petit chaton, et les compagnons de ce dernier sont invités chez elle. Difficile, à partir de là, d’imaginer un prolongement crédible. Et pourtant… On pourrait concevoir Oliver et Compagnie 2 comme une nouvelle comédie musicale urbaine, dans laquelle Oliver veille avec Jenny sur une nouvelle génération d'animaux des rues. Parmi eux, un jeune chien trop téméraire, passionné de rap, se rapproche d’un gang d’animaux aux intentions violentes. Chaque membre de la bande incarnerait un style musical différent : jazz, hip-hop, funk, rock. L’ensemble prendrait des allures de fresque rythmée, colorée et sensiblement mélancolique, une véritable déclaration d’amour à la culture new-yorkaise. Bien sûr, les thématiques devraient rester fidèles à l’esprit du premier film : la pauvreté, le choc des classes, et la recherche d’un foyer. Le film pourrait même se lire comme une parabole sociale. Dans ce New York modernisé, où les animaux des rues vivent cachés sous les gratte-ciels et subissent l’indifférence du monde humain, le récit prendrait des allures de réveil collectif, une métaphore du combat pour la dignité et la reconnaissance, dans un élan proche des grandes luttes pour l’égalité. Une fable animée sur la solidarité, la musique comme exutoire, et la nécessité de rester visible dans une ville qui, souvent, ne regarde plus personne.

Cette idée est, reconnaissons-le, tout de même dispensable. Mais si Disney devait un jour tenter de ressusciter Oliver et Compagnie, ce serait sans doute dans une comédie de rue, où la tendresse rencontrerait les rythmes d’une ville qui ne dort jamais.

 

Oliver et Compagnie image 1
Oliver & Compagnie - George Scribner - 1988

 

La Petit Sirène : Le Choeur d’Atlantica

Autant le dire tout de suite : la dizaine de films qui suit relève du même constat amer. Presque toutes les franchises des années 90 ont été vidées de leur substance créative par les productions de DisneyToon Studios. Le plus désolant, c’est que cette liste concerne justement les films les plus aimés du catalogue Disney. Difficile, dans ces conditions, d’imaginer que le studio puisse un jour songer à produire de nouvelles suites sans d’abord désavouer ouvertement les œuvres de DisneyToon Studios (ce qui serait, reconnaissons-le, aussi impensable qu’indélicat, aussi médiocres soient-elles).

Quand on pense à la franchise La Petite Sirène, on ne peut s’empêcher d’y voir un immense gâchis. Le chef-d’œuvre de 1989, librement inspiré du conte d’Hans Christian Andersen, a été littéralement saboté par DisneyToon Studios, avec deux suites faciles. On ne le répétera jamais assez : étendre un film issu d’un conte populaire clos est déjà, en soi, une mauvaise idée. Le Grand Classique de 1989 se suffisait pleinement à lui-même, tant sur le plan narratif que symbolique.

 

La Petite Sirène image 3
La Petite Sirène - Ron Clements et John Musker - 1989

 

L’entreprise des suites, purement mercantile, s’est faite au détriment de toute cohérence artistique. Dans La Petite Sirène 2 : Retour à l’océan (2000), Ariel devient mère, et sa fille Mélodie rejoue (à peine réécrite) l’histoire de sa propre mère. Même quête, mêmes obstacles, même structure, jusqu’à l’antagoniste : Morgana, la sœur “sortie de nulle part” d’Ursula. Le ressort narratif est d’une paresse désarmante, comme si les scénaristes eux-mêmes ne croyaient plus à l’idée de surprise.

 

La petite sirène 2 - Retour à l'océan image 1
La Petite Sirène 2 : retour à l’océan - Jim Kammerud, Brian Smith - 2000

 

Et comme si cela ne suffisait pas, un troisième film viendra encore alourdir le naufrage : Le Secret de la Petite Sirène (2008), préquelle maladroite censée raconter l’interdiction de la musique sous-marine. Une fois de plus, une nouvelle méchante surgit sans subtilité, et la tentative d’émotion tourne au pastiche. Le résultat frôle la parodie et trahit tout ce qui faisait la grâce du film original : la sincérité, la mélodie, l’élan romantique.

 

Le Secret de la Petite Sirène image 1
Le Secret de la Petite Sirène - Peggy Holmes - 2008

 

Face à une telle dérive, difficile d’imaginer qu’un quatrième film puisse un jour émerger, et on l’espère sincèrement pas. Le massacre est déjà assez conséquent. Le simple fait d’imaginer une nouvelle aventure sous-marine relève du casse-tête, tant les deux précédentes suites ont épuisé la moindre once de crédibilité scénaristique. Impossible, cette fois, d’inventer un nouveau méchant venu des abysses, l’idée serait aussi paresseuse que malvenue. Si un tel film devait voir le jour, il devrait rompre avec le cycle des antagonistes interchangeables et revenir à ce qui faisait la force du film de 1989.

Plusieurs pistes pourraient s’offrir à Disney, selon qu’il choisisse d’en faire une fresque mythologique, un conte initiatique ou une comédie sous-marine. Le Choeur d’Atlantica, reposerait sur le thème du savoir ancestral. Une mystérieuse mélodie envoûte les sirènes et les attire vers les profondeurs. Ariel découvre qu’elle provient d’un sanctuaire oublié, abritant la mémoire musicale du peuple des mers. Accompagnée de Sébastien, Polochon et Mélodie, elle entreprend de réveiller le Chœur d’Atlantica, gardien des voix du passé. Ce film, moins dramatique mais empreint de merveilleux, renouerait avec la beauté visuelle et musicale du classique de 1989, dans un souffle mythologique proche de La Reine des Neiges II.

 

Le Secret de la Petite Sirène image 3
Le Secret de la Petite Sirène - Peggy Holmes - 2008

 

Autre possibilité : explorer la transmission du pouvoir et la responsabilité royale. L’Héritière du Trident, mettrait en scène le Roi Triton se retirant du trône, laissant à Ariel le soin de porter le trident. Mais Ariel, désormais attachée à la terre ferme, décline l’offre, provoquant les convoitises de ses sœurs. La tension monte au sein du royaume et dans un final à la fois politique et symbolique, Mélodie, la fille d’Ariel, prouve sa valeur et devient la digne héritière du royaume. Ce scénario, plus solennel, ferait écho aux grandes fresques familiales de Disney : un récit initiatique sur la maturité, la sagesse et le passage de relais.

Enfin, une version plus légère (quoique sans doute plus redoutée) pourrait mettre en lumière le fidèle poisson Polochon, qui explorerait les ruines du domaine d’Ursula, et découvrirait un artefact magique capable d’exaucer les souhaits. Mais, maladroit comme toujours, il provoque sans le vouloir un chaos aquatique monumental, obligeant Ariel et Mélodie à réparer les dégâts.

 

La petite sirène 2 - Retour à l'océan image 2
La Petite Sirène 2 : retour à l’océan - Jim Kammerud, Brian Smith - 2000

 

La Belle et la Bête : L’Ombre derrière le Miroir

La Belle et la Bête est une autre franchise massacrée par des suites mercantiles, symptomatiques d’une époque où l’on croyait encore que prolonger un chef-d’œuvre suffisait à en perpétuer la magie. Le film inspiré du conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont ne méritait pas d’être développé au-delà de son premier opus, magistral et complet à lui seul. Il y a eu d’abord La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté (1997), qui applique la méthode bien connue de la “petite histoire dans la grande” : raconter un épisode inédit, situé entre deux scènes du film original, en l’occurrence pendant les fêtes de Noël au château de la Bête. Sur le papier, l’idée n’était pas absurde : explorer la magie hivernale dans un décor déjà féerique pouvait séduire. Mais dans les faits, le film peine à s’intégrer à la trame principale, notamment à cause de nouveaux personnages-objets surgis de nulle part. Par ailleurs, les protagonistes, figés dans une période trop courte, n’évoluent pas: ils rejouent les mêmes scènes, les mêmes émotions, dans un cadre figé par le scénario du film de 1991. Vint ensuite Le Monde magique de la Belle et la Bête (1998), un assemblage de trois épisodes issus d’un projet de série télévisée avortée. Le résultat, décousu et visuellement pauvre, n’atteint jamais le charme ni la puissance émotionnelle du film original. Son accueil critique et public fut, sans surprise, désastreux, à la hauteur de son absence d’ambition. Une production indigne de l’héritage Disney, et qui aurait mieux fait de rester dans les cartons.

 

La Belle et la Bête image 1
La Belle et la Bête - Gary Trousdale, Kirk Wise - 1991

 

Il est quasi impossible de se prêter au jeu d’une suite dans l’esprit du film de 1991. Les événements finaux rompent le charme : la Bête retrouve sa forme humaine, le château et ses habitants sont libérés, et la lumière transforme les lieux gothique en domaine merveilleux. Le film, par sa conclusion, referme la porte du conte avec une perfection rare. Revenir après cela, c’est courir le risque d’en briser l’équilibre, voire d’en affadir la poésie. Une suite, dans le sens strict du terme, perdrait toute saveur. Elle ne pourrait que diluer la puissance symbolique du film original, et altérer sa cohérence visuelle, son art gothique, ses contrastes, son romantisme tragique. Toute tentative de retour devrait donc se réorienter vers les grandes thématiques fondatrices : le temps, la rédemption, la beauté morale et la nostalgie du merveilleux. Mais il est difficile d’imaginer un scénario qui ne sombre pas dans la paresse, comme une énième parenthèse coincée entre deux scènes du film original.

 

La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté image 4
La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté - Andy Knight - 1997

 

Fait souvent ignoré, le conte original de La Belle et la Bête est bien plus vaste que la version Disney de 1991. Dans le texte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, mais aussi dans la version antérieure de Madame de Villeneuve, de nombreux événements se déroulent après la transformation du prince, que le film a totalement évacués. Belle découvre notamment l’histoire de la Bête : il fut élevé par une fée, tombée amoureuse de lui, qu’il rejeta, d’où la malédiction. Le récit s’étend ensuite sur les origines de cette fée, sur les royaumes enchantés qu’elle a créés, et sur les lois magiques qui régissent leurs serments. Le conte prend alors des allures d’épopée féerique, peuplée de rivalités entre fées, d’amours impossibles et de querelles divines. Ces fragments oubliés offrent pourtant un réservoir narratif immense, que Disney n’a jamais exploré. On y trouve des thématiques fortes, la jalousie, la filiation, la magie comme punition morale, qui pourraient servir de base à une relecture plus ample de l’univers. Un nouveau film, qu’il s’agisse d’un préquel ou d’une suite, pourrait puiser là sa légitimité : non pas en réinventant La Belle et la Bête, mais en réhabilitant les pages effacées du conte.

 

Le Monde Magique de la Belle et la Bête image 1
Le Monde Magique de la Belle et la Bête - Bob Kline - 1998

 

Dès lors, la piste la plus cohérente semble être celle du préquel, seule capable de prolonger cet univers sans l’abîmer. Un tel projet, intitulé par exemple Le Sortilège de la Bête, reviendrait sur les événements racontés dans le prologue du film original, en les développant dans toute leur ampleur tragique. Le jeune prince, Adam, vit dans une cour fastueuse, où la superficialité et la vanité règnent en maîtres. Une jeune inconnue s’introduit au château ; il s’éprend d’elle avant de la rejeter avec cruauté lorsqu’il découvre qu’elle n’est pas de son rang. Cette même inconnue reviendra sous la forme d’une vieille mendiante venue offrir une rose… et l’histoire bien connue suivra son cours en relatant les premières années de la malédiction, lorsque le château s’enfonce lentement dans la nuit, et que ses occupants, Lumière, Big Ben, Madame Samovar, cherchent encore à comprendre la nature du sort. Une tragédie musicale, visuellement somptueuse, qui trouverait sa conclusion naturelle avec l’arrivée d’un visiteur perdu dans la forêt : Maurice, le père de Belle. Une boucle parfaite.

 

La Belle et la Bête image 4
La Belle et la Bête - Gary Trousdale, Kirk Wise - 1991

 

Une suite directe (plus difficile à projeter) pourrait explorer la psychologie du prince délivré, et la part d’ombre qu’il porte encore en lui. Adam, redevenu humain, reste hanté par sa bête intérieure. À chaque accès de colère, son reflet se déforme, comme pour lui rappeler que la métamorphose n’a peut-être été qu’extérieure. Belle, inquiète, comprend peu à peu que la véritable malédiction n’était pas celle du corps, mais celle du cœur. Le film prendrait alors la forme d’une parabole romantique sur la peur de soi, la culpabilité et la fragilité de la rédemption, un conte intimiste, presque symboliste, où la magie agit comme une métaphore des passions humaines. Lorsque survient le pire, que dans un accès de colère volcanique contre Belle, Adam redevient la Bête, le sort se reforme lentement autour de lui, contaminant le château et ses habitants. À mesure que la malédiction regagne du terrain, les murs s’assombrissent, la lumière décline, et les habitants se transforment à nouveau en objets. Le film atteindrait son climax lorsque Belle, dans un ultime acte d’amour et de sacrifice, se métamorphoserait à son tour, devenant, selon l’imaginaire du conte, un objet symbolique, peut-être un miroir élégant. Ce serait alors à Adam de prouver que l’amour n’est pas un remède magique, mais un choix conscient : celui de se battre contre la part monstrueuse de lui-même. Le film se conclurait par l’intervention de la fée, celle-là même qui, dans le prologue du film originel, avait maudit le château. Sa réapparition viendrait conclure la saga : la malédiction n’était pas seulement un châtiment, mais une épreuve destinée à révéler la véritable nature de l’amour et du pardon. Devant la sincérité d’Adam et le sacrifice de Belle, la fée accorderait enfin à ces âmes tourmentées une rédemption définitive, dissipant à jamais l’ombre du sort.
Une fin grandiose et apaisée, fidèle à la poésie gothique et romantique du film original, et peut-être la seule capable de justifier le retour d’un chef-d’œuvre qui, en vérité, n’en a pas besoin.

 

La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté image 1
La Belle et la Bête 2 : Le Noël enchanté - Andy Knight - 1997

 

Aladdin : Le Dernier Vœu

Aladdin est un immense succès de 1992. C'est aussi le film qui a ouvert la porte à l’une des pires décisions artistiques de l'histoire des studios : la production en série de suites destinées directement au marché de la vidéo. Et oui, Aladdin est le film qui a inauguré l’ère DisneyToon Studios.

Le Retour de Jafar (1994), marque le début d’une dégénérescence créative vertigineuse. Sur le papier, la promesse d’un retour du grand méchant pouvait sembler séduisante. Dans les faits, le résultat est calamiteux. Le scénario se contente du strict minimum : Jafar revient pour se venger, point. Visuellement, le film trahit sans vergogne le style somptueux de l’original. L’animation, saccadée et sans profondeur, ne rend justice ni à Agrabah, ni aux personnages. Quant à Aladdin lui-même, il a beau être devenu prince, il semble n’avoir rien perdu de ses habitudes de mendiant, aussi bien dans ses manières que dans son apparence.

 

Aladdin image 1
Aladdin - Ron Clements, John Musker - 1992

 

Véritable carnage artistique, Le Retour de Jafar sacrifie toute exigence au profit d’une rentabilité immédiate, pour le plus grand mal de la réputation de la marque. Il faut toutefois reconnaître une chose : cette politique, aussi discutable soit-elle, était économiquement redoutable. Produire un film pour une fraction du coût d’un long métrage de cinéma, tout en profitant de la notoriété d’un classique adoré du public, garantissait des bénéfices considérables. Mais le revers de la médaille est cruel : à la fin des années 1990, le public associe de plus en plus Disney à une qualité dégradée, où le logo du château précède désormais des productions fades, parfois indignes de l’héritage qu’elles exploitent.

 

Le Retour de Jafar image 1
Le Retour de Jafar - Toby Shelton, Tad Stones, Alan Zaslove - 1994

 

Aladdin et le Roi des voleurs (1996), troisième volet de la franchise, relève légèrement le niveau. Le film tente d’explorer un territoire inédit, les retrouvailles entre Aladdin et son père. Mais malgré de bonnes intentions, l’ensemble reste un produit dérivé sans souffle. La suite est encore plus désolante : Contes enchantés de Jasmine – Le Voyage d’une princesse puis Les Histoires merveilleuses : Vis tes rêves achèvent de réduire la franchise à une collection d’épisodes anecdotiques, sans direction artistique ni cohérence.

Dans ces conditions, peut-on encore imaginer une véritable suite cinématographique à Aladdin ? La tâche, là encore, paraît presque impossible, tant le nom de la franchise évoque désormais la surenchère et la redite. Pour Disney, revenir sur Aladdin (après un remake en live-action, ne l'oublions pas), supposerait sans doute de désavouer toute une décennie de production.

 

Aladdin et le Roi des voleurs - Tad Stones - 1996
Aladdin et le Roi des voleurs - Tad Stones - 1996

 

Avant même d’imaginer une nouvelle aventure, il faut rappeler que Aladdin ou la Lampe merveilleuse n’appartient pas au corpus arabe originel des Mille et Une Nuits. Le récit fut ajouté au XVIIIᵉ siècle par le traducteur français Antoine Galland, d’après les récits oraux d’un conteur syrien, Hanna Diyab. Ce détail est essentiel, car il explique la nature déjà hybride du conte : à mi-chemin entre la tradition orientale et la narration européenne, Aladdin portait dès l’origine une dimension universelle. Surtout, le texte complet contient de nombreux épisodes jamais exploités par Disney. Dans le conte, le héros affronte non pas un, mais deux magiciens, l’un africain, l’autre son frère, qui cherche à venger sa mort. Des passages oubliés, riches en aventures et en magie, offrent un réservoir narratif encore inexploré par les studios. Plus largement, l’univers d’Aladdin pourrait s’ouvrir à d’autres récits des Mille et Une Nuits : croiser la route de Sinbad le marin ou des quarante voleurs ne serait pas une trahison, mais au contraire un prolongement naturel du mythe (d'ailleurs on retrouve cette dernière idée dans le troisième opus). Il y aurait là de quoi bâtir un univers oriental partagé, cohérent et mythologique, renouant avec la véritable ampleur des contes qui ont inspiré la légende, et, pourquoi pas, une nouvelle suite digne de ce nom. Encore faudrait-il qu’elle soit conçue selon les standards de qualité de Walt Disney Animation Studios, et honorant l’identité visuelle initiale.

Disons-le franchement : pourvu que Disney ne touche plus à ce classique. Après tant de déclinaisons opportunistes et de dérives mercantiles, il serait sans doute plus sage de laisser Aladdin reposer dans la splendeur de son tapis volant originel.

 

Les Histoires Merveilleuses: Vis Tes Rêves image 1
Les Histoires Merveilleuses: Vis Tes Rêves - David Block - 2007

 

 

Le Roi Lion : Le Chant de l’Eau

Même constat pour Le Roi Lion, la véritable poule aux œufs d’or de Disney (avec, il faut bien le reconnaître, un peu plus de respect artistique que pour la plupart des franchises exploitées par DisneyToon Studios). Inutile de revenir longuement sur l’histoire : Le Roi Lion est le classique préféré du public, un mythe moderne devenu intouchable. Ce qui nous intéresse ici, ce sont ses multiples prolongements, souvent produits dans l’ombre du film original. Le Roi Lion 2 : L’Honneur de la tribu (1998) a poussé DisneyToon à viser plus haut, sans atteindre pour autant l’excellence. Mais contrairement à d’autres suites, celle-ci ne ternit pas vraiment l’aura du chef-d’œuvre de 1994. Le film reprend même plusieurs chansons écrites pour le premier opus mais restées inédites, ce qui renforce l’illusion de continuité. L’histoire, centrée sur la nouvelle génération et la réconciliation entre deux clans, se tient, sans grande surprise, mais avec sincérité. Disons-le franchement : le public aurait préféré une suite de qualité cinématographique, produite par Walt Disney Animation Studios, mais pour un film de seconde zone, celui-ci s’en sort plutôt honorablement.

 

Le Roi Lion image 1
Le Roi Lion - Roger Allers, Rob Minkoff - 1994

 

Les productions suivantes sont nettement moins glorieuses. Trois vidéofilms à sketches, compilant des épisodes de la série Timon & Pumbaa, voient le jour sans le moindre intérêt narratif. Même Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata (2004), ou plus exactement The Lion King 1½ en version originale, se contente d’une relecture des événements du premier film à travers le regard du duo comique. Amusant, certes, mais totalement dispensable.

La franchise s’est ensuite prolongée avec un remake “live-action” en 2019 (un film d’animation hyperréaliste plus qu’un vrai tournage en prises de vues réelles). Techniquement irréprochable, visuellement bluffant, ce remake n’apporte aucune nouveauté narrative. C’est une redite confortable, mais dénuée d’émotion, qui transforme le souffle du film original en un exercice de virtuosité froide. Le public, lui, a massivement répondu présent, confirmant que l’époque préfère désormais les films qui rassurent plutôt que ceux qui inventent.

 

Le Roi Lion
Le Roi Lion - Jon Favreau - 2019

 

Plus récemment, la franchise s’est alourdie d’un préquel centré sur Mufasa, censé enrichir la mythologie du royaume. Malheureusement, le résultat se montre encore plus inégal, soulevant des incohérences et des contradictions de ton. Pourtant, l’univers du Roi Lion parvient encore à se maintenir dans un équilibre fragile : tant qu’on n'y regarde pas de trop près, la magie opère toujours. Mais le studio s’avance sur une voie périlleuse : à force de décliner un monde adoré en multipliant les styles visuels et les temporalités, Disney risque de fracturer l’unité esthétique et émotionnelle d’un univers pourtant exemplaire à l’origine.

 

Mufasa : Le Roi lion - Barry Jenkins - 2024

 

Imaginer un nouveau Roi Lion, c’est s’aventurer sur un terrain miné : tout a déjà été dit, chanté, pleuré, rugi. Et pourtant, le studio pourrait encore trouver matière à revisiter ce mythe africain, selon deux approches distinctes : le conte musical des Walt Disney Animation Studios, ou la fresque épique de la nouvelle ère “live-action” (plus probable).

Dans la veine du classique de 1994, un nouvel épisode crédible devrait logiquement se concentrer, une fois encore, sur la transmission et la mémoire, en prolongeant la philosophie du cycle de la vie. Simba, désormais vieux roi, voit sa fille Kiara prête à régner, mais le danger ne vient plus de l’extérieur : il vient de la nature elle-même. Après des années de prospérité, la Terre des Lions est frappée par une sécheresse sans précédent. Pour sauver leur peuple, Kiara et Kovu entreprennent un voyage vers des territoires inconnus, à la recherche de l’eau. En chemin, ils découvrent que l’équilibre du monde repose sur un cycle brisé : les lions ont trop longtemps dominé la savane, oubliant qu’ils n’en étaient que les gardiens. Face à la ruine, la meute doit abandonner le Rocher du Lion, symbole de pouvoir devenu stérile, et trouver un nouveau territoire de paix, une “terre de félicité” où la vie pourra renaître.

 

Le Roi lion 2 : L’honneur de la tribu image 1
Le Roi Lion 2 : L'honneur de la tribu - Darrell Rooney, Rob LaDuca - 1998

 

Une suite digne de ce nom devrait à tout prix éviter les redites : ni le spectre d’un Scar ressuscité, ni l’apparition d’un héritier égaré dans la savane, ni la sempiternelle génération de lionceaux. L’arbre généalogique de cette saga est déjà suffisamment touffu ; le prolonger à l’infini reviendrait à l’étouffer. Le seul chemin possible serait celui de la sagesse : clore le cycle avec grandeur, plutôt que de le dénaturer à force de vouloir le relancer.

Si Disney s’entête à prolonger l’univers des remakes en “live-action”, une suite directe du préquel semble, à n’en pas douter, la piste la plus probable (mais aussi la plus inquiétante). Sur le thème de la légende et de la fatalité, le récit de la jeunesse de Mufasa se poursuivrait avec les premières années de son règne, sa rivalité progressive avec Scar et la lente corruption du pouvoir. Visuellement spectaculaire, certes, mais sans doute écrasée par son propre réalisme, cette nouvelle fresque déroulerait la tragédie sous un angle plus politique que poétique. Pour fonctionner, le film devrait ajouter des rebondissements et de nouvelles péripéties, au risque d’alourdir toujours davantage un univers qui finirait par ressembler davantage à un soap-opéra animalier qu’à une saga shakespearienne. En tout cas, soyons honnêtes : ça ne donne pas du tout envie.

 

Le Roi Lion 3: Hakuna Matata image 1
Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata - Bradley Raymond - 2004

 

Pocahontas III : L’Enfant du Vent

Pocahontas a, elle aussi, été colonisée par DisneyToon Studios, sans ménagement. Le film original, sorti en 1995, reste pourtant l’un des plus audacieux du catalogue Disney : un récit d’amour tragique, un conte poétique habité par la culpabilité historique. Rarement le studio avait osé aborder un sujet aussi sombre, celui de la conquête et de la disparition d’un peuple, tout en y mêlant la grandeur romantique et la beauté picturale de son âge d’or. Sous ses couleurs flamboyantes et ses chants exaltés, Pocahontas évoquait avec une sincérité surprenante, quoique très démagogique, le choc des mondes et le drame de la colonisation.

 

Pocahontas une légende indienne image 1
Pocahontas, une légende indienne - Mike Gabriel et Éric Goldberg - 1995

 

L’héroïne, inspirée de la véritable Pocahontas (née vers 1595, morte en 1617), appartenait à la confédération de tribus Powhatans, et était la fille d’un chef régnant sur la majorité des peuples autochtones de sa région. Sa brève existence, devenue l’un des mythes fondateurs des États-Unis, incarne à elle seule la rencontre brutale entre deux civilisations : l’une enracinée dans la nature et la spiritualité, l’autre avide de conquête et d’or. En 1607, elle rencontre le capitaine John Smith, colon anglais débarqué avec les premiers colons de Jamestown. Quelques années plus tard, capturée par les Anglais lors d’un conflit, elle est baptisée Rebecca, épouse un colon, John Rolfe, et donne naissance à un fils, Thomas. Emmenée en Angleterre comme symbole de la “civilisation des Sauvages”, elle devient une curiosité de cour, exhibée devant le roi Jacques Ier comme preuve de la réussite coloniale. Elle meurt à seulement vingt-deux ans, probablement d’une pneumonie ou d’une infection contractée lors du voyage. Son histoire, tragiquement écourtée, illustre le destin brisé d’un peuple et d’une identité dépossédée, bien loin de la fable lumineuse que Disney a préférée raconter.

 

Pocahontas II image 2
Pocahontas 2 : Un Monde nouveau - Tom Ellery, Bradley Raymond - 1998

 

D’une certaine manière, DisneyToon Studios a apporté un peu de correction historique avec Pocahontas II : Un monde nouveau. Dans cette suite, la jeune princesse est emmenée en Angleterre, escortée par le gentleman John Rolfe, afin de mener une mission diplomatique pour la paix entre les deux mondes. Sur le papier, l’idée est pertinente et historiquement plus juste, mais elle tranche radicalement avec le premier film, jusqu’à désavouer (voire saccager) la puissance émotionnelle de la relation entre Pocahontas et John Smith. Dans cette version, les deux personnages ne s’aiment plus ; Pocahontas lui préfère l'autre John. Le choix se défend sur le plan documentaire, mais sur le plan émotionnel, il laisse un sentiment étrange, presque artificiel. On n’ira pas jusqu’à qualifier la princesse d’inconstante, mais le résultat manque de cohérence. Peut-être aurait-il simplement fallu fusionner les deux figures historiques en un seul personnage, au risque d’une liberté poétique, mais au bénéfice d’une continuité émotionnelle plus crédible.

Le véritable problème ne réside pourtant pas dans cette infidélité narrative, mais dans le contraste de qualité entre les deux films. Cette suite n’a jamais retrouvé la magie, la solennité ni la profondeur spirituelle du classique de 1995, et encore moins la qualité technique. Souvent citée parmi les pires productions du label DisneyToon, elle illustre à quel point la logique mercantile a fini par étouffer la beauté visuelle et la portée philosophique du premier film.

 

Pocahontas II image 3
Pocahontas 2 : Un Monde nouveau - Tom Ellery, Bradley Raymond - 1998

 

Puisqu’il nous faut, malgré tout, imaginer un troisième volet, il serait logique de se tourner vers le thème de la filiation et de la transmission. Historiquement, Pocahontas et John Rolfe ont eu un enfant, Thomas, en 1615, deux ans avant la mort prématurée de la jeune femme. La vérité historique n’a pas laissé à Pocahontas le temps de transmettre les valeurs de sa culture à son fils, mais une suite pourrait réinventer ce passage manquant, comme une ultime tentative de réconciliation entre deux héritages : celui des colons et celui des peuples natifs. Ce ne serait pas la première fois que Disney s’autoriserait à corriger l’Histoire par le conte, pour offrir une forme de justice poétique à ses personnages.

Un pan souvent occulté de la vie de Pocahontas est sa capture par les colons anglais en 1613. Retenue en otage pendant plus d’un an, baptisée Rebecca et convertie de force au christianisme avant d’être “officiellement” mariée à John Rolfe, elle incarne le symbole tragique de la dépossession. Un troisième film pourrait, à ce titre, oser ce que Disney n’a jamais fait jusque là : montrer une Pocahontas ouvrant les yeux sur sa condition de captive passive, prisonnière d’un empire qui prétend la respecter tout en effaçant sa culture. Une intrigue plus sombre, plus psychologique, dans laquelle la jeune femme prendrait conscience de l’horreur que subit son peuple, corrigeant ainsi les aspects les plus hypocrites des deux films précédents. L’histoire pourrait se conclure de manière tragique, avec la naissance de son fils qu’elle ne verra jamais grandir, emportée par la maladie au moment même où elle entrevoit la vérité. Cruel, certes, mais rédempteur (mais Disney ne tuera jamais l'une de ses princesses).

 

Pocahontas II image 4
Pocahontas 2 : Un Monde nouveau - Tom Ellery, Bradley Raymond - 1998

 

La piste la plus prometteuse pour un hypothétique Pocahontas III reste cependant celle de Thomas, le fils qu’elle laisse derrière elle. L’enfant grandit en Angleterre, dans un monde qui cherche à gommer ses origines “barbares”. Il ne découvre son héritage qu’à l’âge adulte, avant de retourner en Virginie dans les années 1630 pour retrouver le peuple de sa mère. Son parcours pourrait devenir une fresque sur la réconciliation entre deux mondes, à travers un héros partagé entre deux identités et guidé par la mémoire de Pocahontas, une voix du vent, un souvenir vivant.

Aussi séduisantes soient-elles, ces pistes invitent à la prudence. Pocahontas demeure un film singulier, à la fois candide et courageux, qui n’a nul besoin d’être prolongé. Et si l’histoire de cette jeune femme devait continuer à être racontée, peut-être vaudrait-il mieux que ce soit ailleurs que chez Disney, dans un cinéma qui ose affronter la vérité plutôt que la peindre en chanson.

 

Pocahontas, une légende indienne - Mike Gabriel et Éric Goldberg - 1995
Pocahontas, une légende indienne - Mike Gabriel et Éric Goldberg - 1995

 

Le Bossu de Notre-Dame 3 : Le Cœur de Paris

Le Bossu de Notre-Dame est sans doute l’un des plus grands sommets de la filmographie Disney, mais aussi l’un de ses plus grands sacrilèges industriels. Chef-d’œuvre de la littérature française, le roman de Victor Hugo a trouvé en 1996 une adaptation animée d’une audace rare : une œuvre mature, d’une beauté visuelle saisissante, traversée par des thématiques puissantes, le désir, la difformité, la tolérance. Un film profondément humain, qui parvenait à concilier le lyrisme musical de Disney avec la gravité du drame hugolien. L’histoire, achevée, se suffisait pleinement à elle-même. Mais DisneyToon Studios, fidèle à ses mauvaises habitudes, est venu profaner la cathédrale. Avec Le Bossu de Notre-Dame 2 : Le Secret de Quasimodo, le studio signe une suite anachronique, hors de propos, dénuée de toute nécessité artistique. Une mascarade sans âme, où la majesté gothique du premier film s’effondre sous le poids d’une intrigue paresseuse, d’une animation au rabais et d’un ton absurde. Jamais la barre de la qualité n’aura été placée aussi bas : un désastre visuel et moral, qui trahit tout ce que le film originel incarnait.

 

Le Bossu de Notre-Dame image 1
Le Bossu de Notre-Dame - Gary Trousdale, Kirk Wise - 1996

 

Le texte original, publié en 1831, n’est pas qu’un drame romantique : c’est aussi une méditation sur le temps, la fatalité et la mort des civilisations. L’histoire d’amour tragique entre Esméralda, Quasimodo et Frollo n’en est que le cœur apparent ; autour d’elle, l'auteur développe une réflexion sur la décadence du Moyen Âge, la montée de la modernité et la disparition du sacré. Autant d’éléments évidemment absents du film de 1996, qui recentre son propos sur la tolérance, la différence et la compassion. Disney a également gommé la dimension mystique et ambiguë du personnage de Frollo : dans le roman, il n’est pas juge, mais archidiacre, homme d’Église rongé par le désir et la culpabilité, une dualité impossible à traiter dans un film familial américain. La fin, elle aussi, fut radicalement transformée : Quasimodo meurt enlacé au cadavre d’Esméralda, dans une étreinte d’amour et de désespoir, scène d’une puissance symbolique que le film n’a bien sûr pas retenue.

 

Le Bossu de Notre-Dame 2 : Le secret de Quasimodo
Le Bossu de Notre-Dame 2 : Le secret de Quasimodo - Bradley Raymond - 2002
 

Dans un hypothétique Bossu de Notre-Dame 3, Disney pourrait pourtant s’inspirer des thèmes délaissés du roman, sans renier la continuité établie par les films précédents. Le deuxième volet introduit Zéphyr, le fils de Phoebus et Esméralda, offrant une porte ouverte générationnelle. Ce nouvel opus pourrait se concentrer sur la relation entre Quasimodo et Zéphyr, en explorant cette fois-ci la tension entre l’ancien et le nouveau monde, une manière détournée d’aborder la grande idée hugolienne de la fin du Moyen Âge et de la naissance de la modernité. On pourrait imaginer un Paris en mutation : la cathédrale n’est plus le centre du monde, les gargouilles tombent en ruine, et Quasimodo voit son sanctuaire devenir un musée. Là, Disney tiendrait une allégorie saisissante sur le temps qui efface la foi et la mémoire, un thème cher à Hugo. Dans ce contexte, Zéphyr (jeune, libre, curieux) incarnerait l’avenir, tiraillé entre la tradition et la découverte du vaste monde. Sur le plan émotionnel, le film pourrait aussi évoquer la culpabilité de Quasimodo, encore hanté par la mort hypothétique de Phoebus. Le gardien des cloches jouerait alors les pères de substitution, jusqu’à ce que Phoebus refasse surface. Cette fois, Quasimodo comprendrait qu’il doit laisser la cathédrale derrière lui, et embrasser pleinement la vocation que sa nature altruiste lui impose : celle d’un guide pour la génération à venir.

Là encore, il s’agit d’un projet que l’on n’a aucune envie de voir naître. Que Disney nous en préserve.

 

Le Bossu de Notre-Dame 2: Le Secret de Quasimodo image 1
Le Bossu de Notre-Dame 2 : Le secret de Quasimodo - Bradley Raymond - 2002

 

Hercule 2

Hercule est le 35ᵉ « Classique d’animation » des studios Disney, sorti en 1997. Le film, librement inspiré du héros de la mythologie grecque et romaine, s’impose comme une œuvre atypique dans le catalogue Disney : exubérante, pleine d’humour, de second degré et d’énergie visuelle, elle revisite la tragédie antique sous la forme d’une comédie musicale pop. Le film a donné naissance à une série télévisée éponyme, diffusée entre 1998 et 1999. En dehors de cette déclinaison, Hercule n’a jamais connu de véritable suite cinématographique.

 

Hercule image 4
Hercule - Ron Clements, John Musker - 1997

 

Le film de 1997 s’arrête sur la victoire d’Hercule face aux Titans et sur son choix de rester sur Terre auprès de Mégara, renonçant à l’immortalité. Mais dans la mythologie, le demi-dieu connaît d’autres exploits. Les Douze Travaux ayant déjà été partiellement abordés dans le film, concentrons-nous sur les aspects restés inexplorés. Dans la légende, Hercule descend aux Enfers pour capturer Cerbère, mais aussi pour libérer Thésée et les âmes prisonnières. Si cet épisode est survolé dans le long-métrage, une suite pourrait tenter une exploration plus poussée du monde des morts, visuellement spectaculaire, offrant au passage une relecture plus ambitieuse de la mythologie grecque. Dans les récits antiques, Hercule meurt brûlé sur un bûcher ; c’est alors qu’il est divinisé, son âme rejoignant les dieux tandis que son corps se consume. Ce passage, évidemment jamais abordé par Disney, pourrait servir de prolongement naturel : la fin d’un héros devenu mythe. Hercule 2 pourrait ainsi amorcer une tension dramatique entre l’homme et le dieu, la Terre et l’Olympe, la vie et la légende. Devenu légende vivante parmi les mortels, Hercule fait face à un monde qui le vénère autant qu’il le redoute ; Zeus insiste pour lui proposer un rôle divin, Hadès prépare sa revanche, et Mégara s’interroge sur la place d’un mortel dans l’existence d’un immortel. La suite prendrait alors la forme d’une fable sur la gloire et l’humilité.

Inutile, en revanche, de songer aux formules éprouvées et paresseuses. Une suite centrée sur l’enfant d’Hercule (Hyllos) serait trop évidente, tout comme l’idée d’inviter d'autres héros mythologiques (Achille, Thésée ou Persée), elle ne ferait que transformer la mythologie en grande foire. La meilleure option reste encore de ne pas étendre cette franchise, et de laisser Hercule régner sur l’Olympe de nos souvenirs, là où sa légende est déjà satisfaisante.

 

Hercule image 2
Hercule - Ron Clements, John Musker - 1997

 

Mulan 3 : Le Feu et l’Honneur

Mulan, sorti en 1998, s’inspire de la légende de Hua Mulan, héroïne d’origine tabghache, popularisée par le poème médiéval La Ballade de Mulan. Ce texte fondateur raconte comment une jeune femme se déguise en homme pour prendre la place de son père, trop vieux pour combattre, avant de servir de longues années dans l’armée impériale, sans que son identité soit révélée. L’histoire, profondément enracinée dans la tradition chinoise, symbolise la loyauté filiale et la valeur personnelle au-delà du genre, des thèmes universels, que Disney avait su traduire avec grâce dans son adaptation de 1998. Mais la légende est bien plus complexe. Dans le texte d'origine, il n’est pas question de romance, mais d’un devoir tragique, d’une guerre qui dure douze ans et d’une femme qui finit par refuser les honneurs impériaux pour rentrer chez elle, une figure d’humilité et de désillusion. Autant dire que la suite directe, Mulan 2 : La Mission de l’Empereur, s’en éloigne radicalement. C’est un film plat, cousu pour l’occasion, qui ne conserve ni la noblesse du mythe ni la profondeur du film original. Ajoutons à cela le remake en prises de vues réelles de 2020, plus martial mais aussi plus confus, qui trahit à son tour la simplicité poétique du récit fondateur. Résultat : deux univers parallèles, deux relectures contradictoires, et un mythe désormais lesté de ses propres versions concurrentes.

 

Mulan image 4
Mulan - Barry Cook, Tony Bancroft - 1998

 

Un scénario plausible pour un hypothétique Mulan 3, dans la continuité du film de 1998 et de sa suite de 2004, pourrait raconter une paix retrouvée… de courte durée. Mulan, devenue générale, forme un groupe de jeunes femmes décidées à suivre son exemple. Parmi elles, une espionne issue d’un clan rival, qui prétend avoir été rejetée par son armée parce qu’elle est une femme. Portée par ses convictions, Mulan ne voit pas le piège, et ne le découvre que trop tard. Une autre idée de suite pourrait lorgner davantage vers le film de guerre épique : la Chine s’effondre dans le chaos, les provinces se rebellent, et Mulan, fidèle au souvenir de l’unité impériale, reprend les armes pour éviter la guerre civile. Une approche “Shakespeare en armure”, visuellement grandiose, avec des batailles dignes des plus grandes fresques épiques, mais qui dénaturerait irrémédiablement l’aura intime et spirituelle du premier film. À l’inverse, une version plus poétique et méditative placerait Mulan dans une vie retirée, à la campagne, loin des honneurs. Un jour, une jeune femme frappant à sa porte révèle sa véritable identité : il s’agit d’un déserteur qui s'est travesti pour échappé à la sentence martiale. Le film chercherait alors à renverser la trajectoire du premier opus, en confrontant Mulan à un dilemme moral : aider un homme qu’elle souhaite protéger, ou préserver l’honneur auquel elle a consacré sa vie.

 

Mulan 2 : La Mission de l'Empereur image 1
Mulan 2: La mission de l'Empereur - Darrell Rooney, Lynne Southerland - 2005

 

Toutes ces pistes montrent à quel point Mulan se prête mal à la logique des suites. Son arc narratif, celui d’une femme trouvant sa place dans un monde d’hommes, est complet, achevé, universel. Tout prolongement risquerait soit de la mythifier à l’excès, soit de la réduire à une franchise d’action. Et il n’y a sans doute rien de plus irrespectueux qu’un héros qu’on force à se relever, alors qu’il avait déjà conquis sa paix. Alors, pourquoi imaginer une suite ? De notre point de vue, une suite à Mulan, qu’elle s’inscrive dans la continuité animée ou dans celle du remake, serait totalement exagérée.

 

Mulan 2 : La Mission de l'Empereur image 2
Mulan 2: La mission de l'Empereur - Darrell Rooney, Lynne Southerland - 2005

 

Tarzan 3: La Liane du Destin

Encore un film qui aura connu de multiples prolongements, avec des fortunes diverses. La version Disney de Tarzan sort en 1999. Inspiré du personnage imaginé par Edgar Rice Burroughs en 1912, il revisite l’un des mythes les plus universels de la littérature d’aventure : celui de l’enfant sauvage élevé par des singes au cœur de la jungle africaine. Le succès critique et public du film, sublimé par les chansons de Phil Collins, aurait pu suffire à sceller la légende. Mais la firme ne résiste pas à la tentation d’en faire une franchise. Suivent une série télévisée, La Légende de Tarzan, une compilation vidéo éponyme, et surtout une suite, Tarzan 2 : L’Enfance d’un héros (2005), qui revient sur un épisode mineur de la jeunesse du protagoniste. Un ajout bancal, sans véritable nécessité artistique, symptomatique de la politique Disney de l'époque.

 

Tarzan image 1
Tarzan - Kevin Lima, Chris Buck - 1999

 

En réalité, le personnage de Tarzan a toujours été victime de sa propre popularité. Il est le héros d’une saga littéraire monumentale, vingt-six volumes publiés entre 1912 et 1995, puis d’une infinité d’adaptations, au cinéma, en bande dessinée et à la télévision. L’auteur lui-même, excédé par les libertés prises avec son œuvre, imposait aux studios la mention “très librement adapté des personnages créés par Edgar Rice Burroughs”, manière polie de désavouer leurs réinterprétations.

Étant donné que Tarzan 2 n’est qu’une parenthèse (un récit de jeunesse inséré artificiellement dans la chronologie du premier film), on pourrait facilement entrevoir un troisième opus s’intéressant cette fois aux années suivant la fin du long-métrage de 1999. La conclusion du classique, où Jane et le professeur Porter décident de s’installer dans la jungle aux côtés de Tarzan, laissait d’ailleurs entrevoir cette possibilité. Un Tarzan 3 pourrait donc raconter les conséquences de cette décision. Comment Jane, fille de la haute société londonienne, s’adapte-t-elle durablement à la vie sauvage ? Le professeur, savant excentrique, parvient-il à trouver sa place dans ce royaume de l’instinct ? Et Tarzan, désormais chef de clan, comment compose-t-il avec son humanité retrouvée et son héritage animal ?

 

Tarzan 2: L'enfance d'un héros image 1
Tarzan 2 : L’enfance d’un héros - Brian Smith - 2005

 

Dans le premier roman, Edgar Rice Burroughs raconte la genèse du mythe : un enfant abandonné dans la jungle, élevé par les singes, découvrant peu à peu sa double nature. Une trame reprise fidèlement par le film de 1999, qui en livre la version la plus romantique et universelle. Mais dans les romans suivants, le récit s’élargit considérablement. Tarzan quitte la jungle, apprend le langage et les codes de la civilisation, hérite de son titre de noblesse et finit par alterner entre les deux mondes sans jamais appartenir pleinement à aucun. Là où Disney clôt son film sur un équilibre apaisé, Burroughs imagine une saga de l’entre-deux, un héros fracturé. Au fil des volumes, Tarzan devient père, l’existence de Korak, son fils, ouvre un vaste pan narratif sur la filiation, l’héritage et la perte d’identité.

 

La Légende de Tarzan & Jane image 1
La Légende de Tarzan et Jane - Victor Cook, Steve Loter, Don MacKinnon - 2002

 

Puis, l’auteur fait glisser son univers vers le fantastique : Tarzan visite des mondes enfouis, rencontre des créatures préhistoriques, et affronte la modernité. Dans les derniers tomes, il se confronte à la guerre, à la technologie, voire à des sociétés dystopiques. Le héros sauvage devient alors une figure quasi mythologique : celle de l’homme éternel face au progrès. Ces prolongations, parfois extravagantes, montrent à quel point le personnage de Burroughs est plus complexe, plus sauvage et plus politique que celui de Disney. Si le studio voulait renouer avec la matière première sans renier son univers, plusieurs pistes s’offriraient à lui : la paternité et la transmission, le monde perdu ou, plus sobrement, une exploration de la nature plus profonde de la jungle. Une suite pourrait montrer Jane, plus confiante, voire téméraire, s’aventurant dans une zone interdite, où la jungle elle-même semble l'avaler, un écosystème que Tarzan, même lui, redoute.

Les romans de Burroughs débordent d’idées, mais leur philosophie reste à mille lieues de celle de Disney : là où l’auteur exalte la sauvagerie comme pureté originelle, le studio prône la coexistence harmonieuse de l’homme et de la nature. Adapter ces suites supposerait un virage plus sombre, plus métaphysique, un pari que Disney n’oserait sans doute pas. Un Tarzan 3 inspiré des livres pourrait être grandiose… mais il vaudrait sans doute mieux laisser la liane suspendue là où la poésie l’avait arrêtée, plutôt que de risquer d'autres prolongements approximatifs.

 

Tarzan - Kevin Lima, Chris Buck - 1999
Tarzan - Kevin Lima, Chris Buck - 1999

 

Dinosaure 2

Dinosaure reste sans doute l’un des candidats les plus crédibles pour une hypothétique suite, et pour cause : il s’agit du Grand Classique qui a amorcé le virage vers la 3D chez Disney, avec un défi technique à la hauteur des ambitions du studio. Sorti en 2000, le film mêlait animation en images de synthèse pour les personnages et prises de vues réelles pour les décors. Une prouesse inédite pour l’époque et un pari colossal. Avec un budget de 127 millions de dollars, Dinosaure était alors l’un des films d’animation les plus chers jamais produits. Techniquement éblouissant, le film impressionnait par son ouverture monumentale, utilisée comme argument de vente dans les premières bandes-annonces. Mais la critique, partagée, saluait la prouesse visuelle tout en regrettant un scénario trop convenu. Le public, lui, a suivi sans passion : 349 millions de dollars au box-office mondial, un score honorable mais en deçà des espérances d’un studio qui rêvait d’un nouveau Roi Lion. Pas un échec, donc, mais pas non plus la révolution annoncée.

 

Dinosaure - Ralph Zondag, Éric Leightonleur - 2000
Dinosaure - Ralph Zondag, Éric Leightonleur - 2000

 

Et pourtant, Dinosaure reste un candidat idéal pour une suite. D’abord parce qu’il aurait pu devenir la franchise emblématique de l’ère numérique Disney, l’équivalent de Toy Story pour Pixar. Ensuite, parce que son univers se prête naturellement à la continuité. Si le film s’ouvre sur une crise cataclysmique laissant entrevoir l’extinction des espèces, il se conclut sur une promesse d’espoir : la survie d’un groupe, l’émergence d’un nouveau monde. Une suite aurait pu s’inscrire dans cette brèche, non comme un renouveau miraculeux, mais comme un sursis avant la fin. Dans ce nouveau territoire verdoyant, la colonie menée par Aladar aurait pu faire face à d’autres dangers : une meute de prédateurs belliqueux, ou mieux, une nouvelle espèce venue du ciel, symbolisant la fatalité de l’évolution. Le film aurait ainsi pu devenir une parabole sur la fin d’un monde, sur la lutte contre l’inévitable, tout en développant une dimension mythologique absente du premier opus.

Par ailleurs, l’introduction de reptiles volants dans une éventuelle suite serait tout à fait crédible dans la logique propre au film qui, déjà peu regardant sur la rigueur paléontologique, mélangeait des espèces issues de différentes périodes du Crétacé. Dans ce flou temporel assumé, l’apparition de ptérosaures, Pteranodon, Quetzalcoatlus ou autres, ne choquerait nullement. Ces créatures pourraient même offrir une nouvelle dimension visuelle et narrative : le ciel, jusqu’ici ignoré, deviendrait un territoire de menace et de mystère.

 

Dinosaure image 3
Dinosaure - Ralph Zondag, Éric Leightonleur - 2000

 

Avec le recul, Dinosaure avait tout pour devenir un pilier visuel et philosophique du catalogue Disney moderne. Mais le studio, frileux à l’idée d’explorer un univers aussi austère et incertain, a préféré l’abandonner sur son piédestal technologique. Quoi qu’il en soit, une suite pourrait servir à réhabiliter le film original, souvent mal compris, et lui accorder enfin quelques lettres de noblesse légitimes. S’il n’avait pas fait l’unanimité à sa sortie, Dinosaure n’en demeurait pas moins une étape essentielle dans la transition technologique de Disney, à une époque où le studio hésitait encore à s’engager pleinement dans la 3D. Une suite bien pensée pourrait ainsi créer la surprise, en renouant avec l’ambition visuelle et naturaliste du premier film.

 

Dinosaure image 1
Dinosaure - Ralph Zondag, Éric Leightonleur - 2000

 

Kuzco 3 : La pire contre-attaque

Derrière son ton volontairement décalé et son humour méta avant l’heure, Kuzco, l’empereur mégalo  marque un tournant : celui d’un studio en perte de repères, en quête d’un second souffle après une décennie triomphale. Kuzco arrive donc dans un climat de méfiance du public, peu enclin à distinguer un véritable film d’animation d’un dérivé opportuniste. Le long-métrage, pourtant audacieux dans son humour cartoonesque et sa distance ironique avec les codes du conte classique, séduit sans provoquer d’adhésion massive. Un succès d’estime, mais pas un triomphe.

Cinq ans après sa sortie, DisneyToon Studios enfonce le clou avec Kuzco 2 : King Kronk, une suite anecdotique, sans vision, ni ambition. Une comédie de remplissage qui détourne totalement le propos du film original pour se concentrer sur un personnage secondaire sympathique, mais incapable de porter une intrigue. Une véritable caricature de suite, et une leçon involontaire sur tout ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on prétend prolonger un Grand Classique Disney.

 

Kuzco, L'Empereur mégalo image 1
Kuzco, l'empereur mégalo

 

Pour un troisième film, qui ne verra sans doute jamais le jour, on imagine un Kuzco réformé, plus sage, ou du moins qui s’essaie à la sagesse. Désormais, il souhaite inspirer son peuple… mais son narcissisme refait surface dès que les flatteurs s’amoncellent. Lorsqu’un royaume voisin organise un grand sommet impérial pour sceller une alliance, Kuzco s’y rend avec Pacha et Kronk, ses fidèles conseillers, bien décidé à montrer l’exemple. Sur place, il découvre un souverain plus jeune, plus charismatique et terriblement populaire. Pire encore : ce dernier est conseillé par Yzma elle-même, toujours opportuniste. Jaloux, Kuzco s’efforce de prouver qu’il est encore “le meilleur empereur du monde”. La situation dégénère en catastrophe diplomatique, jusqu’à ce que Pacha soit transformé, non pas en lama, mais en condor, à cause des excès de son ami empereur.

 

Kuzco 2 : King Kronk image 2
Kuzco 2 : King Kronk - John A. Smith - 2005

 

Le cadre inca offrirait aussi l’occasion d’explorer une veine plus fantastique, plus mythologique. Une idée farfelue, mais totalement dans l’esprit de la franchise, verrait Yzma préparer sa vengeance en invoquant les fantômes des temples oubliés ou en ressuscitant d’anciens dieux du Soleil, dans une parodie grandiose du folklore andin.

Quel que soit l’axe choisi, Kuzco 3 ne pourrait fonctionner qu’à une seule condition : garder la dérision et la folie méta du premier film, tout en évitant le piège d’un humour forcé. Le public d’aujourd’hui serait sans doute ravi de retrouver ce ton satirique, unique chez Disney, mais à une seule condition : que le film revienne à son esthétique 2D d’origine, celle qui faisait tout son charme. De là à dire qu’il s’agirait d’une idée plaisante… il ne faut pas pousser.

 

Kuzco, L'Empereur mégalo image 4
Kuzco, L'Empereur mégalo - Mark Dindal - 2000

 

Atlantide II : Voyage dans les temps

Atlantide, l’empire perdu marque un tournant délicat dans l’histoire de Disney. Sorti en 2001, il est inspiré de l’univers de Jules Verne, et suit Milo Thatch, un jeune linguiste idéaliste, lancé en 1914 sur les traces de la légendaire cité engloutie. Avec son esthétique anguleuse, son monde rétrofuturiste et son ambition “non musicale”, Atlantide tranche radicalement avec la tradition Disney. Pour la première fois, le studio assume une aventure d’action pure, sérieuse, teintée de mysticisme et de science-fiction. Marc Okrand, le linguiste à l’origine du klingon de Star Trek, invente même une langue atlante, et James Newton Howard signe une partition spectaculaire. Mais à sa sortie, le film arrive trop tard, ou trop tôt : le public familial, déconcerté, ne suit pas, et l’ombre du tout récent et moderne Shrek sortie peu avant n'aide pas.

 

Atlantide, l'empire perdu image 1
Atlantide, L'Empire perdu - Kirk Wise, Gary Trousdal - 2001

 

Produit pour 100 millions de dollars, Atlantide n’en rapporte que 84 sur le territoire américain, un revers commercial sévère, malgré un score mondial honorable de 186 millions. Le public ne sait pas à qui s’adresse le film : trop mature pour les enfants, trop “cartoonesque” pour les adultes. Pourtant, au fil des années, Atlantide s’est forgé un véritable statut culte, célébré pour son audace visuelle et son ton singulier, entre Indiana Jones et 20 000 lieues sous les mers. Hélas, comme souvent à l’époque, DisneyToon Studios a transformé cet univers prometteur en une suite opportuniste, Les Énigmes de l’Atlantide (2003), qui est en réalité un film bricolé à partir des premiers épisodes d’une série télévisée annulée, recyclé sans vergogne, au montage aussi grossier que paresseux. Une ineptie totale, qui enterre pour de bon les ambitions mythologiques du projet original.

 

Les Énigmes de l'Atlantide image 4
Les Enigmes de l'Atlantide - Victor Cook, Toby Shelton, Tad Stones - 2003

 

Avant d’imaginer une suite à Atlantide, l’empire perdu, il faut d’abord comprendre de quoi est fait ce film : quelles sont ses racines esthétiques, mythologiques et culturelles, et comment elles pourraient encore être exploitées sans trahir son identité. Le film s’inscrit dans la lignée des grands récits d’aventure du XIXe siècle popularisés par Jules Verne, tout particulièrement 20 000 lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre, où science, exploration et mystère se mêlent à une fascination pour les civilisations perdues. À cela s’ajoute la mythologie atlante elle-même : l’idée d’un empire englouti, technologiquement avancé mais spirituellement décadent, qui traverse l’histoire occidentale depuis Platon. Le film de 2001 y greffe une dimension énergétique inédite, celle du cristal comme force vitale et spirituelle. Enfin, l’esthétique pulp et rétro-futuriste, avec son équipe d’explorateurs, ses machines à vapeur, ses sous-marins géants et ses véhicules volants, confère à l’ensemble une identité visuelle singulière. L’énergie du cristal d’Atlantide, elle, convoque des croyances ésotériques proches du New Age, donnant au film un parfum mystique et intemporel.

 

Atlantide, L'Empire perdu - Kirk Wise, Gary Trousdal - 2001
Atlantide, L'Empire perdu - Kirk Wise, Gary Trousdal - 2001

 

À partir de là, plusieurs pistes se dessinent pour une suite crédible. Dans le même cadre spatial, quelques années après la redécouverte d’Atlantide, les nations du monde cherchent à percer le secret du cristal. Des puissances militaires européennes s’apprêtent à l’exploiter à des fins guerrières. Milo et Kida, désormais souverains, doivent protéger le secret, quitte à remonter à la surface pour saboter les expéditions humaines. L’intrigue prendrait alors des allures de thriller steampunk, sur fond de critique du colonialisme scientifique.

Une autre idée s’intéresserait davantage au cristal lui-même, affaibli par l’éveil de Kida. Des failles s’ouvrent dans les fonds marins, libérant des créatures oubliées, peut-être d’autres peuples engloutis, comme les Lémuriens, rivaux mythiques des Atlantes. Dans une vision plus spectaculaire et poétique, le déséquilibre du cristal réveille les volcans sous-marins endormis : la cité entière menace de sombrer à nouveau. Kida doit choisir entre sauver son peuple ou sacrifier la technologie atlante pour apaiser la Terre. Une suite tragique, grandiose, aux accents métaphysiques.

 

Atlantide, l'empire perdu image 2
Atlantide, L'Empire perdu - Kirk Wise, Gary Trousdal - 2001

 

Mais l’idée la plus excitante serait sans doute d’explorer le reste de l’œuvre de Jules Verne, et de combiner plusieurs de ses récits cultes, comme le faisait déjà Atlantide à sa manière. Pourquoi ne pas imaginer une fusion entre Le Tour du monde en quatre-vingts jours et Un hivernage dans les glaces, pour une aventure polaire cette fois, ou encore un croisement entre De la Terre à la Lune et L’Île mystérieuse ? Whitmore rappellerait Milo pour une nouvelle expédition pleine de promesses et de périls, et Kida, liée par le destin du cristal, s’y trouverait mêlée. On y découvrirait peut-être une civilisation encore plus ancienne, les ancêtres des Atlantes eux-mêmes, venus des étoiles. De quoi relier les univers de Verne et donner naissance à un mythe transcontinental, voire cosmique.

L’univers d’Atlantide possède encore un potentiel immense, à condition de rester fidèle à son ADN: l’aventure, la science rétro et le mysticisme ancien. Mais pour espérer réhabiliter ce chef-d’œuvre sous-estimé, il faudrait le faire avec une ambition artistique totale, en animation 2D, bien sûr, et non en cédant à la tentation du clinquant numérique.

 

Atlantide, l'empire perdu image 3
Atlantide, L'Empire perdu - Kirk Wise, Gary Trousdal - 2001

 

Lilo & Stitch : Ohana pour toujours

Lilo & Stitch est l’un de ces films que Disney a tant aimé qu’il a fini par l’user jusqu’à la corde. Il marquait une respiration bienvenue dans la filmographie de al marque du début des années 2000 : modeste, sincère, et d’une fraîcheur inédite. Mais à force d’être exploitée, la franchise a été vidée de sa substance.

Ce petit film sur l’amitié intersidérale, sur la marginalité et le sentiment d’appartenance, s’est transformé en empire. Une suite directe en vidéo (Lilo & Stitch 2 : Hawaï, nous avons un problème ! en 2005), une série télévisée (Lilo et Stitch, la série de 2003 à 2006), un prologue (Stitch ! Le film, 2003), un épilogue (Leroy & Stitch, 2006), une seconde série japonaise (Stitch !, 2008-2011), et un téléfilm (Stitch à la rescousse, 2012). Sans oublier l’inévitable remake en prises de vues réelles, sorti en 2025. Bref… c’est déjà beaucoup, beaucoup, trop.

 

Lilo & Stitch image 1
Lilo & Stitch - Chris Sanders, Dean Deblois - 2002

 

Si l’univers devait encore s’étendre, la première question serait de savoir quel film prolonger, et surtout quelle histoire mériterait encore d’être racontée. Le postulat de départ, une créature génétiquement modifiée trouvant une famille à Hawaï, est touchant, mais pas assez généreux pour supporter une expansion infinie. Lilo & Stitch était avant tout une fable sur la bonté, la différence et la rédemption, trois thèmes bouclés dès le premier opus. Comment aller plus loin sans se répéter ? En réalité, il n’est sans doute plus possible d’étendre la franchise sans en trahir le cœur. Les multiples prolongements ont déjà vidé le concept de sa poésie, réduisant une histoire intimiste en une succession d’aventures superficielles.

 

Lilo & Stitch 2 : Hawaï, nous avons un problème ! image 1
Lilo & Stitch 2 - Hawaï, Nous Avons un Problème ! - Michael LaBash, Anthony Leondis - 2005

 

Nous pouvons toutefois essayer d’imaginer une suite qui aurait du sens, à condition qu’elle se réapproprie l’émotion et la simplicité du film original, plutôt que de sombrer dans le divertissement répétitif des dernières productions. Pour se distinguer de la masse, un changement temporel semble inévitable. Lilo a grandi, elle ressemble désormais beaucoup à sa sœur Nani, et Stitch vit toujours à ses côtés. Mais la créature commence à ressentir un “appel” venu du cosmos : ses semblables, longtemps dispersés, cherchent à se réunir sur une planète d’asile. Lilo comprend alors que Stitch devra partir. Cette suite deviendrait un récit d’adieu, mélancolique et poétique, dans lequel Lilo apprend à laisser partir celui qu’elle aime le plus, tandis que Stitch découvre une nouvelle variation du mot ohana. Une fable sur la fin de l’enfance, à la manière d'un Toy Story 3, pensée pour boucler la franchise sur une note d’excellence et de maturité.

 

Stitch ! - Le film image 4
Stitch ! Le Film - Tony Craig, Roberts Gannaway - 2003

 

Une autre piste, plus intime, mettrait en scène Lilo devenue maman, élevant sa fille dans la même maison. Stitch, lui, se sent délaissé, en proie à une jalousie presque enfantine. Dans cette comédie douce-amère, la créature apprendrait à accepter son rôle de grand frère et, au fil du récit, se prendrait d’affection pour une congénère, fondant à son tour une famille. Une façon simple mais juste de transmettre l’héritage du film original.

L’unique manière de justifier un nouveau Lilo & Stitch serait de revenir à la sincérité du premier opus et d’en faire une œuvre sur la perte, la mémoire et la transmission, une conclusion véritable, au sens fort du terme. Tout autre projet, purement humoristique ou gadget, ne ferait que prolonger la fatigue d’une franchise déjà épuisée.

 

Leroy & Stitch image 1
Leroy & Stitch - Tony Craig, Roberts Gannaway - 2006

 

La Planète au trésor 2: La Galaxie maudite

Encore un rendez-vous manqué pour un chef-d’œuvre incompris. La Planète au trésor : Un nouvel univers transpose le roman de Robert Louis Stevenson L’Île au trésor dans un univers steampunk et spatial d’une audace inouïe. Il représentait l’ambition retrouvée du studio à l’orée des années 2000: marier l’animation 2D et la 3D numérique dans une fresque visuelle sans équivalent. Pourtant, le public ne suit pas. Avec à peine 109 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de 140 millions, le film signe l’un des plus grands échecs commerciaux de l’histoire du studio, malgré une réception critique globalement positive et une nomination aux Oscars du meilleur film d’animation. Un paradoxe douloureux, tant le film est magistral, un diamant de science-fiction poétique, porté par un souffle d’aventure rare et une direction artistique à couper le souffle. La Planète au trésor aurait pu être l’équivalent spatial de Peter Pan pour une génération. Il restera comme l’un des joyaux maudits du catalogue Disney, trop en avance sur son temps et victime d’une époque où le public se détournait déjà de l’animation traditionnelle.

 

La planète au trésor image 1
La Planète au Trésor – Un nouvel univers - Ron Clements, John Musker - 2002

 

À l’ère où le public réclame des retours ponctuels à l’animation 2D, La Planète au trésor 2 se présenterait comme une opportunité aussi risquée qu’excitante. Le roman de Stevenson est avant tout une fable morale sur la cupidité, la loyauté et la corruption du monde adulte vue à travers les yeux d’un adolescent, Jim Hawkins. C’est une œuvre d’initiation, mais aussi une méditation sur l’ambiguïté morale, incarnée par le pirate Long John Silver, à la fois criminel et figure paternelle. Le film de Disney reprend cette trame, mais la transpose dans un univers futuriste, en simplifiant plusieurs thèmes : l’ambivalence des personnages secondaires, les tensions sociales et politiques entre l’Angleterre victorienne et le monde des pirates, et l’aspect philosophique du trésor lui-même, symbole de vanité et de désir, plutôt que simple “butin à trouver”. À la fin du roman, Jim Hawkins revient sur Terre, hanté par ses souvenirs. Il confesse ne plus jamais dormir sans rêver des vagues et du cri du perroquet de Silver, autrement dit, il n’est pas “guéri” de l’aventure. C’est ici que réside la clé d’une suite : le poids du passé et la tentation du large. Stevenson laissait d’ailleurs le sort de Silver en suspens : il s’échappe, vivant, avec un sac d’or. Dans le film, il s’évapore dans l’espace, une ouverture parfaite. Jim pourrait retomber sur lui, alors que la justice s’apprête à l’exécuter en public. Le pirate aurait été capturé par un général des armées, antagoniste tout désigné. Le cœur de Jim lui intime d’aller sauver son ancien mentor, et c’est en brisant les règles qu’il devient à son tour un hors-la-loi (presque malgré lui). Silver, vieillissant et malade, a fondé une colonie de pirates libres sur une planète cachée, un “nouvel empire du néant”, où il entraîne Jim. Ce serait une traque, certes, mais aussi un voyage initiatique : Silver souhaite se repentir et offrir à son ancien élève une dernière leçon, celle du renoncement. Ensemble, ils partiraient vers une galaxie lointaine, pleine d’épaves, d’or et d’artefacts perdus. Mais Jim ne peut s’empêcher de se demander: peut-on encore faire confiance à un homme qui vous a déjà trahi ?

 

La planète au trésor image 3
La Planète au Trésor – Un nouvel univers - Ron Clements, John Musker - 2002

 

Dans les chapitres les plus sombres du roman, Stevenson critiquait la soif d’autorité et l’échec moral des adultes. Dans un second film, Jim, devenu officier, pourrait reproduire malgré lui les erreurs de ses anciens maîtres : l’autorité qui corrompt, la loyauté qui s’effrite, et le danger de perdre son âme en voulant sauver la galaxie. La route de Silver serait inévitablement au cœur de cette réflexion, tant leur lien est le véritable trésor de cette histoire.

Une Planète au trésor 2 pourrait donc jouer la carte de la continuité, tout en s’affranchissant du roman de Stevenson. L’univers du film est suffisamment vaste pour accueillir d’innombrables chasses au trésor à travers des contrées stellaires encore inexplorées. Reste à savoir si le pari serait tenable, sur le plan créatif comme économique. Le projet semble trop risqué pour que la firme s’y aventure un jour, mais l’idée, elle, fait rêver.

 

La Planète au Trésor – Un nouvel univers - Ron Clements, John Musker - 2002
La Planète au Trésor – Un nouvel univers - Ron Clements, John Musker - 2002

 

Frère des Ours 3

Frère des ours, sorti en 2003, est un véritable chant du cygne de la période traditionnelle 2D Disney avant leur grand virage vers la 3D. Le film s’impose comme l’un des derniers succès relatifs de la “traversée du désert” du studio au début des années 2000. Le public est séduit par son cadre post-ère glaciaire, ses paysages inspirés de l’Amérique du Nord primitive et sa représentation des peuples inuits, renouant avec une sensibilité naturaliste et spirituelle que l’on n’avait plus revue depuis Le Roi Lion. La production renoue également avec les chansons chantées, avec la participation de Phil Collins, conférant à l’ensemble une chaleur émotionnelle indéniable.

 

Frère des Ours - Aaron Blaise, Bob Walker - 2003
Frère des Ours - Aaron Blaise, Bob Walker - 2003

 

Le film connaît un succès honorable, mais loin de l’âge d’or du studio. Comme à son habitude à cette époque, DisneyToon Studios s’empresse d’en produire une suite : Frère des ours 2. Moins ambitieuse, mais non dénuée de charme, cette prolongation réchauffe les cœurs sans retrouver la beauté symbolique ni la force initiatique du premier opus. Une œuvre réconfortante, certes, mais qui trahit l’ampleur et la spiritualité du conte originel.

À la fin du premier film, Kenai, jeune chasseur inuit transformé en ours, comprend enfin la leçon de son voyage spirituel : la compassion et le respect du cycle de la vie. Il choisit de rester ours, renonçant à redevenir humain pour élever Koda, le jeune ourson qu’il a pris sous son aile. Dans la suite, Kenai retrouve Nita, une amie d’enfance à qui il avait jadis offert un talisman d’amour. Pour rompre le lien magique qui les unit, ils doivent entreprendre un voyage initiatique. Bien sûr, l’amour renaît entre eux, un amour impossible, puisque Kenai est un ours. Là encore, il choisit de rester dans sa forme animale malgré ses sentiments, et Nita est transformée à son tour par les esprits pour le rejoindre. Le cycle semble alors clos, et c’est précisément ce qui rend toute nouvelle prolongation délicate.

 

Frère des ours 2 image 1
Frère des Ours 2 - Ben Gluck - 2006

 

Mais si l’on se prête au jeu, une suite pourrait imaginer une fracture du cycle, un déséquilibre cosmique qui forcerait un voyage inverse : cette fois, ce serait Koda qui, à son tour, devrait devenir humain pour rétablir l’harmonie entre les deux mondes. Une inversion logique et symbolique, qui lui permettrait de comprendre l’envers du décor, de ressentir ce que Kenai a vécu, et de rejouer, à sa manière, le thème de la tolérance et du regard de l’autre. Une autre idée, plus dramatique et visuellement puissante, mettrait en scène un grand hiver, plus rude que tous ceux qu’ont connus les hommes et les ours. Les humains migrent vers le sud, guidés par les aurores, tandis que les ours suivent la même route. En chemin, la cohabitation forcée des deux espèces devient un enjeu de survie, de peur et d’espoir mêlés. Le film prendrait alors la forme d’une odyssée partagée, un voyage au cœur de la glace et de la mémoire du monde, dans lequel la métamorphose, élément-clé de la franchise, réapparaîtrait inévitablement, comme une condition du salut. Sedna est l’une des grandes figures du panthéon inuit. Selon la légende, elle fut trahie par son père et précipitée dans l’océan. Devenue esprit, ses doigts coupés donnèrent naissance aux animaux marins : phoques, morses, baleines. Dans un Frère des ours 3, Sedna pourrait symboliser la colère de la nature. Un grand hiver résulterait de son chagrin ou de sa vengeance. Kenai et Koda devraient alors descendre jusqu’aux profondeurs spirituelles pour lui rendre la paix, renouant ainsi avec la thématique du respect de la vie.

Un Frère des ours 3 n’aurait donc de sens que s’il renouait avec cette profondeur spirituelle et ce lyrisme naturel qui faisaient la beauté du premier film, plutôt qu’avec la simplicité romantique du second. Autrement, il ne serait qu’un opus de trop.

 

Frère des ours 2 image 2
Frère des Ours 2 - Ben Gluck - 2006

 

La Ferme se rebelle 2

La Ferme se rebelle est sans doute le plus mauvais film jamais produit par la maison mère Disney. Il en fallait bien un. C’est comme si les équipes artistiques avaient totalement lâché la barre créative, déjà tournées vers la nouvelle ère de la 3D, ennuyées par ce projet “old-school” qu’il fallait bien livrer. Car au-delà de sa facture traditionnelle, qui n’a, en soi, rien de déshonorant (mais qui est en décalage avec la 3D que le public réclamait), c’est surtout le concept et le scénario du film qui accusent un manque d’ambition désarmant. Des vaches qui tentent de sauver leur ferme ? On se croirait revenu dans un dessin animé de 1950. Et pourtant, le film est sorti en 2004. Un anachronisme artistique sans inspiration. À sa sortie il reçoit un accueil critique glacial : un scénario plat, une animation datée et un humour poussif en font l’un des Disney les plus oubliables. Le public ne suit pas davantage, et le film peine à rembourser son budget malgré un box-office mondial honnête dans cette période compliquée. Symbole d’une époque confuse, il scelle la fin de l’animation 2D chez Disney avant le virage définitif vers la 3D.

 

La ferme se rebelle image 1
La Ferme se rebelle - Will Finn,John Sandford - 2003

 

Pour projeter une suite, le terrain est fertile, et disons-le franchement, ce n'est pas bien compliqué de faire plus original que La Ferme se rebelle. Le film se prête à toutes les folies, et c’est sans doute sa seule qualité exploitable. Pour garder l’ambiance farfelue du premier opus, il faudrait assumer pleinement le délire : vaches exubérantes, cochons philosophes et poules complotistes, le tout rythmé par un remplaçant du fameux yodleur, aussi extravagant et incontrôlable. Quitte à sombrer dans l’absurde, autant le faire avec panache.

L’histoire pourrait reprendre quelques années plus tard : la ferme, désormais prospère est menacée lorsqu’un magnat du rail décide de faire passer une ligne de chemin de fer en plein cœur de leurs pâturages. Déterminées à défendre leur territoire, les vaches reprennent du service, prêtes à affronter ce nouveau symbole du progrès. Sur fond de western burlesque, le film jouerait avec les codes du genre, bandits moustachus, duels absurdes, et chevauchées héroïques à travers la prairie, tout en conservant l’humour et la légèreté qui faisaient la force du premier opus.

 

La Ferme se rebelle - Will Finn,John Sandford - 2003
La Ferme se rebelle - Will Finn,John Sandford - 2003

 

Autre option : la ruée vers l’or. Lorsqu’un coq halluciné découvre une pépite dans le champ de maïs, la ferme sombre dans la folie collective. Les animaux se transforment en prospecteurs acharnés, trichent, complotent, et s’accusent mutuellement. Le film tournerait à la satire jubilatoire sur la cupidité et la bêtise, avec un nouveau personnage déjanté persuadé d’être un grand chanteur de country maudit.

Si Disney devait un jour oser une suite, il faudrait qu’elle assume pleinement la parodie : faire de La Ferme se rebelle une franchise volontairement “cartoonesque”, presque un Looney Tunes sous pavillon Disney. Mais soyons honnêtes: il est peu probable que le studio revienne sur ce terrain miné. Mieux vaut sans doute laisser la ferme se rendormir paisiblement dans la mémoire collective, là où elle ne dérange plus personne.

 

La ferme se rebelle image 3
La Ferme se rebelle - Will Finn,John Sandford - 2003

 

Panorama des possibles

Au terme de cette seconde rétrospective, qui couvre les classiques Disney des années 80 jusqu’au milieu des années 2000, un constat s’impose : le champ des suites possibles s’est considérablement restreint. La quasi-totalité des œuvres de cette période a déjà été prolongée, souvent pour le pire. Nous croyons qu’aucun des films évoqués ne fera l’objet d’un projet officiel, même si certains d’entre eux nourrissent encore, malgré tout, une curiosité sincère. Les titres ci-dessous pourraient, à condition d’un profond respect artistique et d’un retour aux standards de qualité cinématographique des grands jours, alimenter de véritables franchises. Mais cela supposerait de préserver leur identité visuelle d’origine :

  • Taram et le chaudron magique 2
  • Basil, détective privé 2
  • Dinosaure 2
  • Atlantide 2
  • La Planète au trésor 2

Hélas, leur identité artistique si singulière, associée à leurs performances commerciales modestes, rend toute résurrection peu probable. Contrairement à la première partie de cette chronique qui laissait entrevoir des suites plausibles et parfois désirables, cette seconde partie ne comporte pratiquement que des titres qui ne devraient pas voir le jour:

  • Rox et Rouky 3
  • Oliver et Compagnie 2
  • La Petite Sirène 4
  • La Belle et la Bête 4
  • Aladdin 4
  • Le Roi Lion 4
  • Pocahontas 3
  • Le Bossu de Notre-Dame 3
  • Hercule 2
  • Mulan 3
  • Tarzan 3
  • Kuzco 3
  • Lilo & Stitch 3
  • Frère des ours 3
  • La Ferme se rebelle 2

 

La suite dans la partie 3

Au terme de cette vaste traversée, couvrant plusieurs décennies de création et d’expérimentation chez Walt Disney Animation Studios, un constat s’impose : les suites ne sont pas toujours synonymes de continuité, mais souvent d’essoufflement. En revisitant chaque époque, de l’âge d’or au début de la transition vers la 3D, on mesure à quel point la magie Disney repose sur l’équilibre fragile entre invention et héritage. Lorsqu’un film trouve sa propre harmonie toute tentative d’en forcer la prolongation semble briser la magie.

 

Basil, détective privé image 1
Basil, détective privé - Burny Mattinson, David Michener, Ron Clements, John Musker - 1986

 

Ce panorama, s’il s’est parfois prêté au jeu de l’imagination, reste avant tout un plaidoyer pour la modération artistique. Disney n’a jamais brillé par ses suites, mais par sa capacité à clore une histoire avec justesse, à inscrire chaque œuvre dans son temps. Redonner vie à ces univers n’aurait de sens que si le geste créatif l’emporte sur la logique industrielle.

La suite de cette réflexion, enfin, portera sur l’ère 3D du studio, de Chicken Little à Wish: Asha et la Bonne Étoile, sans oublier les productions futures déjà annoncées.

 

Le Bossu de Notre-Dame - Gary Trousdale, Kirk Wise - 1996
Le Bossu de Notre-Dame - Gary Trousdale, Kirk Wise - 1996

 

Sur le même sujet:

Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 1

Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 3

 

Plus de chroniques

ToutCourt
Zoom sur les courts métrages
25 avril 2026

Tout Court #27 : Le pouvoir de l’amitié

Ce n’est pas la première fois que l’on parle d’amitié sur Tout Court. Nous adorons ce sujet, et aujourd’hui nous vous proposons à nouveau...

ReviewExpress
Un film, une minute, une critique.
22 avril 2026

Arrêt sur Fievel et le Nouveau Monde

Dans cette chronique, on fait un arrêt sur Fievel et le Nouveau Monde, le deuxième long métrage de Don Bluth. ...

MediaMorphose
Voyage à travers les univers connectés du transmedia
15 avril 2026

Quand l’animation sublime le roman de fantasy: des pages à l’écran

La littérature et le cinéma d’animation entretiennent depuis toujours un dialogue fertile. Chaque format possède ses forces : au roman, l...