Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 3

Publié le 12 novembre 2025 par Guillaume
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Analyse des tendances, de l'actualité et de la culture de l'animation

Après avoir exploré les classiques du siècle dernier et les pépites de la renaissance de Walt Disney Animation Studios, place au dernier chapitre de cette rétrospective : les œuvres de l’ère moderne, celles produites depuis le milieu des années 2000, et le virage vers la 3D. C’est ici que notre exercice d’imagination prend tout son sens, car jamais les films Disney n’ont semblé aussi ouverts à la possibilité de suites. Pour certains, la question paraît même inévitable : le tout nouveau Zootopie 2 laisse déjà entrevoir la possibilité d'un troisième film, La Reine des Neiges III se prépare, et d’autres franchises récentes semblent également prêtes à s’étendre.

 

Note au lecteur : cette chronique contient des spoilers.

Dans cette dernière partie, nous allons continué d'imaginer à quoi pourraient ressembler les prolongements possibles des grands films Disney de ces vingt dernières années. Des suites plausibles, parfois souhaitables, parfois redoutées. L’objectif reste le même : mesurer jusqu’où le studio peut aller sans trahir son identité, et questionner cette mécanique bien huilée où chaque univers devient une licence à exploiter.

 

La Princesse et la Grenouille - John Musker, Ron Clements - 2009

 

Cette nouvelle génération de Grands Classiques, de Chicken Little à Wish - Asha et la bonne étoile, appartient à une époque où l’innovation technique se heurte à la tentation du prolongement. Et si les univers de Raiponce, Les Nouveaux Héros ou Encanto regorgent d’idées encore inexplorées, il faudra bien distinguer la curiosité légitime de la surexploitation. L’époque actuelle est celle de la continuité permanente : chaque tableau final devient potentiellement l'ouverture d'une saga, chaque film un point de départ. Si la pratique des suites pouvait autrefois sembler mercantile, elle s’est désormais institutionnalisée, parfois avec efficacité (La Reine des Neiges II, Ralph 2.0), parfois avec plus d’opportunisme (Vaiana 2). Plus que jamais, le studio semble partagé entre deux pulsions : l’envie de raconter de nouvelles histoires et la peur de quitter un univers qui fonctionne.

Entre innovations sincères et recyclages inévitables, ce panorama final s’attache à distinguer les projets qui mériteraient encore un prolongement de ceux qu’il vaudrait mieux laisser à leur gloire passée. Car si la 3D a offert à Disney un second souffle technique, elle a aussi ouvert la porte à un nouveau risque : celui de l’épuisement créatif.

 

Vaiana 2 - David G. Derrick Jr, Jason Hand, Dana Ledoux Miller - 2024

 

 

Chicken Little 2

On reprend notre exploration dans cette dernière partie avec Chicken Little, le premier long-métrage entièrement en images de synthèse produit par Walt Disney Animation Studios. Après Dinosaure (2000), qui visait le photoréalisme et bénéficiait d'un mélange avec les prises de vues réelles, le studio opte cette fois pour une approche plus stylisée et grand public, marquant un véritable tournant technologique et artistique. Inspiré du conte traditionnel The Sky Is Falling, il transpose l’histoire dans un univers contemporain où un jeune poulet paniqué, moqué par toute sa ville, tente de sauver le monde d’une invasion extraterrestre.

Le film, au ton volontairement burlesque, privilégie la comédie familiale rapide et colorée au détriment de la poésie visuelle qui faisait autrefois la marque Disney. S’il réalise un score honorable au box-office mondial, Chicken Little est largement critiqué pour son scénario convenu et son humour forcé. Il est à noter qu’un autre Chicken Little avait déjà vu le jour chez Disney, sous forme de court métrage (1943).

 

Chicken Little - Mark Dindal - 2005

 

Avant d’envisager un Chicken Little 2, il est essentiel de revenir à la source. Le conte The Sky Is Falling a connu de nombreuses adaptations littéraires et culturelles, souvent très différentes les unes des autres. On y suit un petit animal qui reçoit un gland sur la tête et croit que le ciel est en train de tomber. Pris de panique, il court avertir le roi, entraînant d’autres animaux dans sa peur, avant de croiser un renard rusé qui les dévore un à un. Ce court récit moral illustre les dangers de la panique collective et de la crédulité, une mise en garde contre les rumeurs et la désinformation, bien avant l’heure des réseaux sociaux. Le Chicken Little de 2005 détourne complètement ce message : il en fait une comédie optimiste sur la confiance en soi et la rédemption, oubliant presque la fable originelle. Une éventuelle suite pourrait, ironiquement, y revenir: explorer la peur collective, la manipulation de masse, les fake news ou les théories du complot. Des thématiques brûlantes, parfaitement transposables dans une satire contemporaine à la sauce Disney.

Si on tente d’imaginer une suite plausible et légitime à Chicken Little, plusieurs pistes se dessinent. Après les événements du premier film, les autorités installent un système d’intelligence artificielle censé surveiller le ciel et anticiper les catastrophes. Mais la machine, trop perfectionnée, commence à interpréter les comportements humains comme des “signes de panique potentielle” et à imposer des mesures de sécurité absurdes : couvre-feux, évacuations, confinements. La ville sombre dans un chaos bureaucratique provoqué par une IA devenue paranoïaque et son armée de robot autoritaires, un miroir comique des dérives du contrôle technologique.

 

Chicken Little - Mark Dindal - 2005

 

Autre scénario plaisant : un étrange message extraterrestre est capté par la radio municipale. Chicken Little est persuadé qu’il s’agit d’un appel à l’aide, tandis que la population y voit une menace imminente. Avec son groupe d’amis (et quelques aliens restés sur Terre depuis la première invasion) il tente de prouver que le signal est pacifique. Mais les autorités réagissent avec excès, déclenchant une mobilisation militaire absurde. Le film prendrait alors des allures de comédie d’aventure intergalactique, rappelant que la peur naît souvent de l’incompréhension et du refus d’écouter l’autre.

Enfin, avec l'idée d'une théorie de l’œuf, Oakey Oaks accueille un nouveau citoyen haut en couleur: un paon philosophe et influenceur, qui affirme détenir la vérité ultime : la Terre n’est pas une planète, mais un gigantesque œuf prêt à éclore. Selon lui, le “Grand Brisage” approche, et seul un peuple éveillé et discipliné pourra survivre à la naissance du “poussin cosmique”. Très vite, la ville entière se laisse happer par cette idée absurde. Le film deviendrait une fable moderne sur la crédulité, la désinformation et le besoin collectif de croire en quelque chose, tout en gardant la légèreté et le rythme du premier opus. Derrière l’humour visuel et les dialogues absurdes, Disney pourrait y glisser une réflexion maligne sur notre ère de “post-vérité”, dans laquelle tout mensonge, répété assez fort, finit par devenir une réalité partagée.

 

Chicken Little - Mark Dindal - 2005

 

Quel plaisir d’imaginer une suite à Chicken Little, tant son univers se prête naturellement à la satire et à la science-fiction. Pourtant, un tel projet tiendrait-il vraiment la route ? Pas sûr. Le film de 2005, bien qu’il ait marqué une étape importante dans la transition de Disney vers la 3D, n’a jamais rencontré une grande adhésion critique. Son ton parodique, son humour saccadé et son esthétique un peu datée n’ont pas suffi à en faire un classique populaire. Difficile, dès lors, d’envisager un Chicken Little 2.

 

Chicken Little - Mark Dindal - 2005

 

Bienvenue chez les Robinson 2

Bienvenue chez les Robinson s’inspire librement du livre pour enfants A Day with Wilbur Robinson de William Joyce, publié en 1990. Le film s’en éloigne considérablement, ne gardant que le noyau farfelu de la famille Robinson et leur univers loufoque. Là où l’ouvrage original célébrait la fantaisie domestique, le film la transpose dans une odyssée temporelle, portée par une morale chère à l’esprit Disney : “Keep Moving Forward”. Un message d’optimisme et de résilience, mais aussi une déclaration d’intention du studio, alors en pleine mue numérique.

 

Bienvenue chez les Robinson - Stephen J. Anderson - 2007

 

Malgré son énergie et sa sincérité, Bienvenue chez les Robinson n’a pas trouvé son public. Sa narration chaotique, son humour parfois forcé et son design encore balbutiant l’ont maintenu dans une zone grise : un film attachant, mais mineur. Pourtant, son concept de voyage temporel, ses boucles familiales et ses possibilités d’univers étendus en font un terrain fertile pour une suite, à condition d’en affiner les fondations.

À la fin du film, Lewis découvre la vérité : il est le futur Cornelius Robinson, fondateur de la ville futuriste et père de Wilbur. Après avoir déjoué les plans du sinistre Homme au Chapeau melon, il retourne dans le présent avec une vision claire de son avenir. Dans la dernière scène, Lewis trouve enfin le courage de se confronter à son passé : il revoit sa mère au moment où elle l’abandonne, mais choisit de ne pas intervenir. Il comprend que ce geste, douloureux mais nécessaire, a façonné son destin. Le film se clôt sur une note lumineuse : Lewis est adopté par les Harrington et entrevoit la vie heureuse qui l’attend. Cette conclusion ferme le cycle initiatique du héros tout en laissant une infinité de portes ouvertes : le voyage temporel, l’héritage scientifique, les conséquences des paradoxes...

 

Bienvenue chez les Robinson - Stephen J. Anderson - 2007

 

On imagine alors une suite où, plusieurs années après les événements du premier film, Cornelius Robinson, devenu adulte, a bâti un monde technologiquement parfait, où chaque problème semble avoir une solution automatisée. Mais un dérèglement temporel apparaît : certaines inventions se mettent à exister avant même d’avoir été créées. Lewis découvre qu’un “futur alternatif” tente d’effacer le sien. Ce serait aussi l’occasion d’explorer plus en profondeur la ville futuriste, à peine esquissée dans le film original.

Sur le même principe, Wilbur, désormais adolescent, pourrait se sentir éclipsé par la gloire de son père. En cherchant à se prouver qu’il peut lui aussi “inventer quelque chose de génial”, il crée par erreur une machine à explorer le multivers. Il tombe alors sur d’autres versions de la famille Robinson : certaines bienveillantes, d’autres inquiétantes. Dans l’un de ces mondes, Cornelius n’a jamais rencontré sa mère et son invention a été utilisée à des fins militaires. Wilbur doit réparer ce qu’il a déclenché tout en découvrant ce que signifie vraiment porter le nom des Robinson.

 

Bienvenue chez les Robinson - Stephen J. Anderson - 2007

 

Mais l’idée la plus audacieuse reposerait sur une panne générale du temps. Le futur commence à se désagréger : les horloges s’arrêtent, les saisons se mélangent, les jours se répètent et des bulles temporelles figent certaines zones. Le temps part littéralement en vrille à cause d’une invention de Lewis. Pour sauver la réalité, la famille Robinson doit voyager hors du temps et revenir à l’époque du jeune Lewis, renouant ainsi avec les événements du premier film.

Ces idées sont, bien sûr, un peu faciles dans leur logique, mais le concept même du film impose de revenir à ses thèmes fondateurs: le temps, la mémoire et le progrès. Une éventuelle suite devrait s’y ancrer sans sombrer dans la complexité scientifique : conserver la clarté, l’émotion et l’humour d’un film familial, tout en proposant une véritable réflexion sur le prix de l’innovation et la responsabilité du futur.

 

Bienvenue chez les Robinson - Stephen J. Anderson - 2007

 

Volt 2

Volt, star malgré lui, sorti en 2008, et produit dans une période de redéfinition, mêle action et émotion, en suivant les aventures d'un chien-star de série télévisée persuadé de posséder de véritables superpouvoirs. Lorsqu’il se retrouve accidentellement perdu dans le monde réel, il découvre qu’il n’est qu’un animal ordinaire. Sa quête pour retrouver Penny, sa jeune maîtresse, devient alors une initiation à la modestie, à la confiance et à l’amitié. Si Volt n’a pas bouleversé les classements du box-office américain, il a néanmoins signé un retour en grâce pour Disney après plusieurs productions mitigées. Le film a surtout été salué pour sa sincérité émotionnelle, son sens du rythme et sa mise en scène dynamique.

 

Volt, Star malgré lui - Byron Howard, Chris Williams - 2008

 

À la fin du film, le héros découvre enfin la vérité sur sa vie truqué. Après avoir traversé le pays pour sauver sa maîtresse Penny, persuadé qu’elle était en danger, il comprend que tout n’était qu’un scénario. Lors du climax, un incendie se déclare sur le plateau du studio pendant le tournage d’un nouvel épisode. Penny se retrouve piégée sous les décombres. Volt, cette fois sans superpouvoirs, se jette dans les flammes pour la sauver. Dans l’épilogue, Penny quitte le tournage et adopte une vie plus paisible avec Volt, et ses amis. La petite famille s’installe à la campagne, loin d’Hollywood. Volt n’est plus une star, mais il trouve enfin la paix, l’amitié et l’amour sincère de sa maîtresse et la célébrité laisse place à la tendresse.

 

Volt, Star malgré lui - Byron Howard, Chris Williams - 2008

 

Toutes nos idées de suites peinent à convaincre, faute sans doute d’un véritable éclair de génie. Refaire entrer Volt dans la fiction serait déjà une forme de trahison du dénouement originel. Imaginer une direction vers le film d’espionnage, avec un programme secret du gouvernement ou autre chose de similaire, reviendrait à un désaveu total de la simplicité du récit original. Un Volt amnésique, persuadé d’être de nouveau un super-héros, reposerait sur des ficelles trop usées, tandis que la piste du “Volt mentor” formant une nouvelle génération de chiots acteurs s’avère fonctionnelle, mais à mille lieues de l’esprit du film. En réalité, aucune de ces options ne semble véritablement satisfaisante. Peut-être faudrait-il, pour que la suite ait du sens, briser plus franchement le quatrième mur, en faisant de cette “fiction dans la fiction” un commentaire sur le concept même de la suite. À la manière d’un Scream 2 (dans un tout autre registre), le film pourrait oser un discours intelligent sur la nécessité, ou l’absurdité, d’un retour. Volt et Penny seraient alors amenés à rejouer leur propre histoire dans un reboot de leur série, confrontés à la machine hollywoodienne qu’ils avaient fuie. L’idée est audacieuse, méta, presque trop conceptuelle pour Disney, mais c’est sans doute la seule qui vaille la peine d’être tentée.

D’un point de vue plus pragmatique, il est évident que Volt 2 n’a que très peu de chances d’exister. Le personnage, sympathique mais daté, n’a jamais trouvé de véritable place dans l’imaginaire collectif. Autrement dit : même avec les meilleures intentions du monde, il serait difficile de raviver la flamme d’une star aussi poussiéreuse que lui.

 

Volt, Star malgré lui - Byron Howard, Chris Williams - 2008

 

La Princesse et la Grenouille 2

Rien que le titre présage le pire. La Princesse et la Grenouille, pour rappel, est adapté du roman The Frog Princess de E. D. Baker, lui-même librement inspiré du conte traditionnel Le Roi Grenouille ou Henri de Fer. Et comme nous l’avons déjà souligné à plusieurs reprises dans les autres parties de cette chronique, il est rarement pertinent d’étendre un conte au-delà de la matière qu’il offre initialement. Le film marque surtout un retour symbolique de Disney à l’animation 2D, à une époque où la 3D domine déjà sans partage. Un pari audacieux, à mi-chemin entre nostalgie et renouveau, qui l'inscrit dans une position singulière : un pont entre l’âge d’or du dessin animé et l’ère numérique triomphante.

Le film repose sur la célèbre légende du prince changé en grenouille, condamné à attendre qu’une jeune femme l’embrasse pour rompre le sortilège. Disney renverse habilement le postulat : ici, c’est Tiana, jeune serveuse de la Nouvelle-Orléans, ambitieuse et pleine d’espoir, qui se retrouve à son tour transformée en grenouille après avoir embrassé le prince Naveen, victime d’un enchantement. Les deux infortunés amphibiens doivent alors retrouver leur forme humaine, tout en traversant les bayous de Louisiane et en apprenant à se supporter mutuellement. Il s’agit d’une romance, évidemment, et nul ne sera surpris d’apprendre qu’elle s’achève comme toutes les romances disneyennes : dans l’union et la rédemption.

 

La Princesse et la Grenouille - John Musker, Ron Clements - 2009

 

Le texte fondateur vient des Frères Grimm, publié en 1812. Il s’agit d’un conte court et hautement symbolique : une jeune princesse gâtée perd sa balle d’or dans une fontaine. Une grenouille lui propose de la lui rapporter à condition qu’elle lui promette son amitié et une place à sa table. Elle accepte, sans réelle intention de tenir parole. La grenouille s’exécute, mais la princesse refuse d’honorer son engagement. Son père, le roi, l’oblige alors à respecter sa promesse. Répugnée, elle finit par jeter la grenouille contre un mur, et c’est ce geste de colère, non un baiser, qui rompt le charme : la grenouille se transforme en prince. Le thème central n’est donc pas l’amour, mais la parole donnée et la responsabilité morale. En somme, rien à voir avec la version Disney, qui s’oriente vers une fable d’amour et de tolérance, bien plus moderne, mais aussi beaucoup moins symbolique.

 

La Princesse et la Grenouille - John Musker, Ron Clements - 2009

 

Le roman The Frog Princess d’E. D. Baker, lui, est plus développé et plus fantaisiste. Il revisite le conte en proposant une variation similaire au film Disney. La princesse finit par rester liée à la magie, et la saga se poursuit avec plusieurs volumes qui développent le royaume, sa lignée et les enjeux magiques. Les tomes suivants mêlent aventures, humour et intrigues politiques : la princesse doit régner, défendre son peuple, lever des malédictions et transmettre ses valeurs à sa descendance. Cette matière, contrairement au conte originel, offre une base exploitable pour une suite Disney : on pourrait imaginer Tiana et Naveen, désormais mariés, confrontés à une nouvelle malédiction liée à la magie du bayou, à un héritage oublié, ou à une prophétie ancienne. Une intrigue qui prolongerait la mythologie vaudou du premier film sans se contenter d’un simple “retour du Dr. Facilier”.

Mais le film Disney boucle déjà son arc romantique et social : Tiana a réalisé son rêve, trouvé l’amour et réconcilié ambition et authenticité. L’histoire est complète, et n’appelle ni prolongement, ni relecture. Ainsi, s’il y a bien matière à étendre La Princesse et la Grenouille, ce serait en élargissant son univers plutôt qu’en répétant sa romance, mais rien ne garantit que ce soit une bonne idée.

 

La Princesse et la Grenouille - John Musker, Ron Clements - 2009

 

Raiponce : une enfance dorée

Une éventuelle suite à Raiponce devrait affronter les mêmes défis que ceux propres à tous les contes de fées : comment prolonger une histoire pensée pour s’achever sur un “ils vécurent heureux” sans trahir sa nature même ? Raiponce est évidemment décliné du conte homonyme des frères Grimm. Il revisite avec fraîcheur l’histoire de la jeune fille à la chevelure magique, recluse dans sa tour, en y ajoutant une modernité assumée, de l’humour, et une romance vive avec le voleur au grand cœur, Flynn Rider. Le film fut un triomphe critique et public, rapportant près de 600 millions de dollars au box-office mondial, et marqua le véritable début de l’âge d’or moderne de Disney avec la 3D. Sa réussite visuelle et narrative a naturellement donné naissance à une petite franchise : un court métrage (Le Mariage de Raiponce, 2012), un téléfilm (Raiponce : Moi, j’ai un rêve) et une série animée (Raiponce, la série, diffusée entre 2017 et 2020).

 

Raiponce - Nathan Greno, Byron Howard - 2010

 

Imaginer une suite à tout cela n'est pas aisé. Dans le film, Flynn coupe la chevelure magique de Raiponce pour rompre l’enchantement ; celle-ci perd alors son pouvoir, mais gagne sa liberté et son humanité. Le court métrage qui suit, charmant mais anecdotique, n’est qu’une parenthèse festive confirmant leur union. La série, en revanche, étend considérablement l’univers : on y retrouve Raiponce de retour auprès de ses parents, confrontée à ses nouvelles responsabilités royales, à ses doutes, et à la réapparition mystérieuse de ses cheveux. Ce prolongement télévisuel introduit de nouveaux personnages, de nouveaux enjeux magiques et, surtout, la peur d’un retour à la captivité, thématique qui prolonge intelligemment le cœur du premier film.

 

Raiponce - Nathan Greno, Byron Howard - 2010

 

Au-delà de cette expansion télévisuelle, une suite cinématographique pose un véritable casse-tête narratif pour ne pas tomber dans la redite (comme avec la série). Raiponce a déjà trouvé sa liberté, son identité, et son équilibre ; Flynn, sa rédemption. Revenir sur cette harmonie serait risqué, à moins d’y injecter un propos plus adulte : celui du couple confronté au pouvoir, à la paternité, ou à la perte (mais encore une fois, cela n'a rien d'engageant). Autrement dit, la question n’est pas de savoir si une suite est possible… mais pourquoi elle devrait exister.

La série se conclut sur un arc étonnamment dense et dramatique. Raiponce y affronte une ancienne entité démoniaque cherchant à restaurer son pouvoir en exploitant l’énergie de sa chevelure dorée. Dans l’épisode final, la princesse triomphe du mal et rétablit l’équilibre, refermant un cycle magique et narratif particulièrement ambitieux. Reprendre l’histoire après une telle conclusion impliquerait d’introduire un enjeu plus intime, voire générationnel. Le couple royal aurait désormais une fille, née sous une conjonction céleste mystérieuse : sa chevelure alternerait entre or et argent. Lorsque l’enfant disparaît, Raiponce comprend que la magie n’a jamais réellement quitté leur lignée. Le film prendrait alors la forme d’une aventure mère-fille, où Raiponce, devenue trop protectrice, doit apprendre à laisser sa fille suivre sa propre voie, afin de ne pas devenir une mère Gothel à son tour, un écho adulte et émouvant à son propre passé d’enfermement.

 

Raiponce : Moi, j'ai un rêve - Tom Caulfield, Stephen Sandoval - 2017

 

Une autre piste, plus audacieuse, consisterait à remonter le temps avec un préquel. Ce choix permettrait de revenir dans l’univers sans trahir la continuité déjà très développée des films et de la série. Certes, l’enfance de Raiponce semble pauvre en péripéties, confinée dans la tour, il ne dois pas s'y passer grand chose. Mais en revisitant la relation entre Gothel et l’enfant, on pourrait révéler une tragédie maternelle insoupçonnée. Gothel, qui prétend aimer la fillette, se laisse peu à peu attendrir avant de se laisser ronger par la peur de la perdre. On découvrirait alors que ses intentions n’ont pas toujours été aussi cruelles qu’on le croit (une ambiguïté déjà visible dans le film de 2010). Le préquel introduirait également une figure inédite : la mère de Gothel, donc la grand mère supposée de Raiponce, une sorcière plus puissante et plus impitoyable encore, qui désapprouve l’attachement de sa fille à l’enfant. L’affrontement entre ces deux femmes, entre amour et domination, constituerait le cœur du récit. Le film se conclurait sur la décision fatale de Gothel : condamner la tour et isoler Raiponce du monde, amorçant ainsi les événements du film de 2010.

 

Raiponce - Nathan Greno, Byron Howard - 2010

 

Ralph Reset

Les Mondes de Ralph raconte l’histoire d’un méchant de jeu vidéo d’arcade, Ralph LaCasse, las d’être détesté pour le rôle qu’on lui a assigné. Désireux de prouver sa valeur, il quitte son propre jeu pour en explorer d’autres, espérant y gagner une médaille de héros. Sa quête le conduit à faire la connaissance de Vanellope, jeune pilote rebelle issue du jeu de course Sugar Rush. Ensemble, ils apprennent que la véritable noblesse ne réside pas dans la reconnaissance, mais dans l’acceptation de soi. Véritable déclaration d’amour à la culture vidéoludique, Les Mondes de Ralph a séduit critiques et spectateurs, rapportant près de 471 millions de dollars au box-office mondial.

En 2018, Disney prolonge l’univers avec Ralph 2.0 qui s’aventure au-delà des bornes d’arcade pour explorer un nouvel espace virtuel : l’Internet. Avec son approche méta, le film a conquis le public et rapporté plus de 529 millions de dollars. Plus qu’une simple suite, Ralph 2.0 est une extension organique du premier film : plus vaste, plus audacieux et plus réflexif, mêlant fan-service, modernité et émotion.

 

Les Mondes de Ralph image 1
Les Mondes de Ralph - Rich Moore - 2012

 

Depuis Bernard et Bianca au pays des kangourous et Fantasia 2000, Disney n’avait plus produit de suite directe à un Grand Classique. Ralph 2.0 marquait donc une évolution notable pour le studio historique, longtemps frileux à prolonger ses propres œuvres (pour le cinéma). Et pourtant, quand l’exercice est abordé avec un vrai sens du détail, il peut aboutir à des créations d’une grande finesse. Aujourd’hui, la question d’un troisième film se pose avec une évidence presque naturelle. L’univers de Ralph reste l’un des plus riches et modulables du catalogue moderne de Disney. Après l’arcade et l’Internet, quel monde pourrait encore s’ouvrir à lui ? Le pari d’un Ralph 3 paraît risqué, mais sa légitimité artistique, elle, ne fait aucun doute.

 

Les Mondes de Ralph image 4
Les Mondes de Ralph - Rich Moore - 2012

 

Dans la continuité et l’évolution des deux précédents films, il faudrait aux auteurs la bonne idée, celle capable de prolonger le propos tout en introduisant un nouveau concept, un nouveau cadre après celui du jeu vidéo et d’Internet. Le problème, c’est que Ralph 2.0 a déjà abordé presque tous les aspects du numérique moderne, parfois en profondeur, parfois en clin d’œil. Trouver un nouveau terrain de jeu technologique suppose donc de coller aux usages actuels, sans se répéter ni paraître redondant à sa sortie. Logiquement, un troisième film devrait explorer un nouveau pan du numérique, tout en continuant à développer la thématique centrale : l’amitié entre Ralph et Vanellope, toujours confrontée à la notion d’évolution.

La première idée qui vient à l’esprit est évidemment celle de l’intelligence artificielle, prolongement naturel d’Internet et sujet brûlant d’actualité. Mais c’est aussi une thématique périlleuse : trop contemporaine, trop polarisante, et susceptible d’être dépassée avant même la sortie du film. Disney devrait manier ce sujet avec prudence, au risque de se positionner idéologiquement. Dans une version “Disney-compatible”, l’IA pourrait être personnifiée sous la forme d’une entité algorithmique monstrueuse : un programme froid et parfait, qui juge Ralph et Vanellope, tout comme leurs semblables, inutiles parce qu’ils incarnent l’imprévisibilité et l’imperfection. Des versions grugées, et insupportables, des personnages verraient le jour. L’histoire deviendrait alors une fable sur la valeur de la créativité humaine face à la machine, un propos à la fois actuel et universel.

 

Ralph 2.0 - Rich Moore, Phil Johnston - 2018

 

Une autre piste, celle du métavers, semble déjà avoir été partiellement explorée dans Ralph 2.0 : le film introduisait déjà un Internet peuplé d’avatars, d’espaces virtuels connectés et même un “hub Disney” rassemblant toutes les franchises de la firme. Malheureusement, le métavers, présenté naguère comme la révolution technologique de demain, a depuis perdu de sa pertinence dans l’imaginaire collectif, éclipsé par la montée fulgurante de l’IA. Le thème paraît donc impopulaire pour servir de cadre narratif central. La matrice numérique (un espace abstrait entre code et conscience) pourrait séduire par sa portée symbolique, mais risquerait d’être trop complexe pour un film familial. Reste alors une option bien plus poétique : celle du Cloud et de la nostalgie numérique. Ralph et Vanellope y découvriraient une sorte de paradis des données, un monde suspendu où vivent tous les jeux, applis et fichiers supprimés. Ralph y retrouverait d’anciens personnages d’arcade oubliés, prisonniers d’un passé figé. Cette piste offrirait un ton mélancolique et introspectif, en accord avec l’évolution du héros : celui d’un personnage qui doit accepter d’être relégué dans la mémoire collective. On peut aussi imaginer un détour par des technologies obsolètes, minitel, disquettes, vieux Macintosh, dans un voyage rétro plein d’humour et de tendresse. Après avoir exploré la modernité d’Internet, Ralph se retrouverait confronté au musée vivant du numérique, un pur espace Disneyien où la nostalgie deviendrait matière à émotion.

 

Ralph 2.0 - Rich Moore, Phil Johnston - 2018

 

Ce qui frappe, en fin de compte, dans la perspective d’un Ralph 3, c’est la dualité de cet univers : infiniment riche dans son imaginaire visuel, mais limité par la rapidité de l’évolution technologique. Difficile d’extrapoler une avancée numérique, et tout aussi ardu de traiter un concept sans déjà marcher sur les traces du précédent film. Mais s’il y a bien une certitude, c’est que le potentiel de Ralph repose sur sa capacité à se réinventer en miroir du monde numérique. Et pourquoi pas, cette fois, dans un récit encore plus méta : Ralph et Vanellope propulsés dans un jeu (ou un film) généré par une IA, luttant pour s’affranchir d’un scénario écrit à l’avance. Un discours ambigu, vertigineux, presque philosophique, mais qui, bien manié, pourrait faire de Ralph 3 une œuvre à la fois visionnaire et profondément humaine.

 

Ralph 2.0 - Rich Moore, Phil Johnston - 2018

 

La Reine des neiges III, IV, et plus encore...

Ce n’est pas un secret : La Reine des Neiges connaîtra plusieurs suites. Deux projets ont déjà été annoncés, un troisième opus prévu pour novembre 2027, et un quatrième est également en développement. L’annonce n’a rien d’étonnant : avec plus de 2,7 milliards de dollars de recettes mondiales, la franchise est devenue l’un des piliers économiques de Disney. Reste désormais à savoir où emmener cette saga, tant son succès repose sur un équilibre fragile entre émotion, musicalité et mythologie.

Tout le monde s’en souvient : La Reine des Neiges fut un raz-de-marée culturel. Inspiré du conte d’Andersen, le film s’émancipait largement de son modèle pour raconter l’histoire de deux sœurs, Anna et Elsa, opposées par le destin mais réunies par l’amour sororal. Ce premier opus, bijou d’émotion et d’invention visuelle, s’imposait comme la renaissance du musical Disney, tandis que “Libérée, Délivrée” devenait un hymne mondial. La Reine des Neiges II (2019) élargissait la mythologie : plus introspectif, plus mystique, il explorait les origines des pouvoirs d’Elsa et la symbolique des éléments naturels. En ancrant son récit dans une quête identitaire et spirituelle, le film offrait une conclusion presque philosophique.

 

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La Reine des Neiges - Chris Buck, Jennifer Lee - 2013

 

Selon de premières fuites, La Reine des Neiges III mettrait en scène le mariage d’Anna et Kristoff, et introduirait un nouveau membre mystérieux au sein de la famille royale d’Arendelle. Un synopsis, qui, s'il se confirme, en dit long sur la direction potentielle : celle d’un récit plus intime, centré sur la famille, encore (et heureusement). Ce “membre mystérieux” pourrait signifier bien des choses : un parent retrouvé, une figure inédite capable de bouleverser les équilibres magiques du royaume... Quoi qu’il en soit, La Reine des Neiges III s’annonce comme un chapitre de transition, un pont entre la clôture du second film et la relance de l’univers avec un quatrième opus. La question centrale n’est plus seulement celle des pouvoirs d’Elsa ou de la destinée d’Anna, mais celle de la longévité: comment grandir encore quand tout semble déjà accompli ?

 

La Reine des neiges image 1
La Reine des Neiges - Chris Buck, Jennifer Lee - 2013

 

La Reine des Neiges II s’achève sur une double libération : celle d’Elsa, qui découvre la vérité sur ses origines et comprend qu’elle est l’esprit du Cinquième Élément, le pont entre les humains et la nature, ainsi que celle d’Anna, qui accepte enfin son rôle de souveraine d’Arendelle. Ce qui est certain, c’est que le troisième opus devra être plus accessible. L’histoire du deuxième film, souvent noyée dans une fausse complexité, brouillait parfois le sens initial du récit. Il serait donc souhaitable d’inviter cette nouvelle histoire à retrouver des points d’ancrage clairs, sans dissiper l’attention du spectateur. À ce stade, les deux sœurs vivent séparées mais unies par le cœur: Anna règne sur le royaume, tandis qu’Elsa veille sur la Forêt Enchantée et les esprits élémentaires. Les courts-métrages produits depuis n’ont rien ajouté de significatif, sinon la mission de maintenir la franchise présente dans la mémoire du public.

Le troisième film semble vouloir renouer avec la structure du premier opus : un récit émotionnel et fédérateur, centré sur la famille. L’intrigue probable, autour du mariage d’Anna et Kristoff, pourrait servir de cadre à une nouvelle crise magique. Mais au-delà du drame familial, ce serait surtout l’occasion d’explorer le lien entre héritage et responsabilité. Surtout, ce serait le moment idéal pour introduire une rivalité entre les deux sœurs, possible moteur narratif des deux prochains films. Chacune, fidèle à ses devoirs respectifs, devrait affronter un dilemme moral : préserver le lien sororal ou défendre les intérêts de son royaume.

 

La Reine des Neiges II - Chris Buck, Jennifer Lee - 2019

 

Le quatrième film pourrait alors offrir une conclusion magistrale, avec un climax d’une grande puissance émotionnelle, une réconciliation totale et la réunification symbolique de leurs deux mondes, Arendelle et la Forêt Enchantée, devenus royaumes jumeaux. D’autres pistes restent plausibles : une crise cosmique, où l’équilibre des éléments se dérègle et pousse Elsa à voyager au-delà des mers du Nord ; une guerre des éléments, déclenchée par l’émergence d’un nouveau pouvoir rival ; ou plus simplement, la disparition d’Anna, obligeant Elsa à repartir dans une quête intime et rédemptrice.

Pure spéculation, mais pas impossible : La Reine des Neiges 5 pourrait prolonger l’univers encore plus loin. L’idée d’une nouvelle génération de princesses ou de princes est séduisante mais un peu mécanique. Plus audacieux encore serait de voir Elsa sombrer dans les ténèbres, corrompue par une force extérieure, renouant ainsi avec la figure de la Reine des Neiges du conte d’Andersen. Elle redeviendrait alors, après une trilogie de rédemption, celle que nous connaissons : une héroïne réconciliée avec sa lumière.

 

La Reine des Neiges II - Chris Buck, Jennifer Lee - 2019

 

À ce sujet, nous pouvons imaginer des suites plus respectueuses de l’œuvre d’Andersen, car jusque là, aucun film issu du patrimoine Disney n’aura pris autant de libertés avec sa source d’inspiration. Contrairement à ce que laisse penser son titre, La Reine des Neiges n’est pas un simple récit de sortilège et de glace, mais un vaste poème moral et spirituel, composé de sept chapitres foisonnants. Andersen y explore la dualité du cœur humain, la pureté de l’enfance et la puissance rédemptrice de l’amour. Le conte raconte l’histoire de deux enfants, Gerda et Kay, amis inséparables. Un jour, un éclat de miroir maléfique créé par le diable se loge dans l’œil et le cœur de Kay, déformant sa perception du monde : tout ce qui était beau devient laid, et son cœur se glace. La Reine des Neiges l’enlève et l’emmène dans son palais de glace, où il oublie tout ce qu’il aimait. Gerda, portée par l’amour et la fidélité, entreprend alors un long voyage pour le sauver. Elle traverse des contrées étranges, croise des brigands, des princesses, des corbeaux parlants et des sorcières bienveillantes, autant d’épreuves initiatiques qui aboutissent à la délivrance de Kay, sauvé par la chaleur des larmes de son amie. La beauté du texte d’Andersen réside dans cette opposition fondamentale : la froideur de la raison contre la chaleur du cœur, la logique contre la foi, le savoir contre la naïveté. Disney n’en a gardé que des fragments, préférant transformer la Reine des Neiges en héroïne tragique plutôt qu’en antagoniste symbolique. Pourtant, de nombreux éléments du conte originel demeurent inexplorés, et pourraient parfaitement nourrir de futures suites : un miroir brisé, un royaume oublié... Revenir à Andersen offrirait une voie crédible pour réorienter la saga : renouer avec l’émotion et la dimension métaphysique du conte, cette lutte entre le gel du désenchantement et la chaleur du cœur humain.

 

La Reine des Neiges II - Chris Buck, Jennifer Lee - 2019

 

Dans un autre registre, et dans la continuité visuelle des deux premiers films, on pourrait voir la saga s’organiser autour des quatre saisons. Le premier film était une allégorie de l’hiver, le second plongeait dans les brumes automnales. Peut-être que l’annonce de deux nouveaux chapitres n’est pas anodine : chacun pourrait représenter une saison. Il resterait alors le printemps, symbole de renaissance et d’espoir, et l’été, celui de la maturité et de la lumière retrouvée, deux univers visuels et symboliques parfaits pour clore cette dualité initiée par Andersen et prolongée par Disney.

 

Les 5 Esprits - La Légende de La Reine des Neiges II - Jeff Gipson - 2019

 

Enfin, il faut évoquer la rumeur persistante d’une romance homosexuelle pour Elsa. L’idée n’a rien d’absurde : le personnage s’y prête naturellement, tant son rapport à la différence et à la solitude symbolise déjà la quête d’acceptation. Pourtant, on peine à y croire. Disney, bien qu’engagé dans une politique d’inclusion visible, hésiterait probablement à aborder un tel sujet dans une franchise aussi planétaire. Ce serait un pari risqué : traité de manière superficielle, il pourrait paraître opportuniste, davantage politique que poétique. La seule condition qui rendrait ce choix légitime serait d’en faire un véritable moteur narratif, une métaphore du rejet et de la liberté d’être soi-même. Dans ce cas, une telle histoire retrouverait la force du premier film, celle d’un message universel sur l’émancipation et la tolérance. Mais dans un climat où Disney est sans cesse accusé de “wokisme”, un tel choix parait difficile à assumer.

 

La Reine des Neiges II - Chris Buck, Jennifer Lee - 2019

 

Deux suites déjà annoncées, et peut-être une longévité bien plus grande encore, à la manière d’une franchise comme Toy Story, ce n’est pas impensable, bien au contraire. Compte tenu de son impact culturel colossal, La Reine des Neiges continuera sans doute de fasciner le public pendant encore de nombreuses générations. Reste à espérer que chaque nouvelle aventure saura préserver la magie originelle : un équilibre entre modernité et féérie, entre spectacle et sincérité. Si les futures suites sont conçues avec la même exigence artistique que les précédentes, portées par les équipes des Walt Disney Animation Studios eux-mêmes, alors cette saga pourra prolonger son règne sans jamais trahir son héritage. Une seule chose, en revanche, nous semble absolument à proscrire : un remake live-action. Rien ne serait plus superflu, ni plus réducteur, qu’une transposition réaliste d’un univers dont la force réside justement dans sa poésie animée, sa stylisation et sa musicalité.

 

La Reine des Neiges - Joyeuses Fêtes avec Olaf - Kevin Deters, Stevie Wermers-Skelton - 2017

 

Les Nouveaux Héros 2

Comment se fait-il qu’il n’y ait toujours pas eu de suite aux Nouveaux Héros ? C’est une question que beaucoup se posent, tant le film semblait taillé pour devenir une grande franchise héroïque. D’ailleurs, il y a fort à parier qu’une telle annonce tombera tôt ou tard. Les Nouveaux Héros, sorti en 2014, s'inspire d’une bande dessinée mineure de Marvel, qui transpose l’univers des super-héros dans un cadre lumineux et hybride : la ville de San Fransokyo, fusion métropolitaine entre San Francisco et Tokyo. Le film suit Hiro Hamada, jeune prodige de la robotique, et Baymax, robot médical au grand cœur. Avec leurs amis, ils forment une équipe de justiciers improbables pour contrer un mystérieux antagoniste utilisant les inventions de Hiro à des fins destructrices. Derrière l’esthétique de blockbuster et la structure de film d’action, Les Nouveaux Héros reste avant tout une histoire de deuil, de transmission et d’amitié. Succès critique et commercial, Oscar du meilleur film d’animation à la clé, il semblait tout désigné pour connaître une suite au cinéma. Pourtant, rien. Le film a seulement engendré des séries télévisées (Baymax et les Nouveaux Héros, puis Baymax! en 2022 sur Disney+), prolongeant les aventures de façon anecdotique, sans jamais élargir l’univers de manière significative.

 

Les Nouveaux Héros image 4
Les Nouveaux Héros - Don Hall, Chris Williams - 2014

 

La série s’étale sur trois saisons et se déroule après les événements du film. Elle développe la vie quotidienne des héros et introduit de nouveaux antagonistes, souvent liés à la technologie ou à la science dévoyée. La mini-série adopte, quant à elle, un ton beaucoup plus intimiste. Chaque épisode met le robot face à un nouveau patient, dans des situations du quotidien à San Fransokyo. L’accent y est mis sur la bienveillance, la santé et l’humour tendre.

Dans le Marvel Comics d’origine, l’univers est sensiblement différent. Hiro est un adolescent surdoué recruté par le gouvernement japonais pour diriger une équipe de super-héros scientifiques. Baymax, loin du compagnon rond et bienveillant que nous connaissons, est un androïde de combat biologique, construit à partir des cellules du père défunt de Hiro, une figure paternelle organique, presque inquiétante. L’équipe comprend également Honey Lemon, GoGo Tomago, Wasabi et Fredzilla, mais dans des versions bien plus guerrières, dotées de pouvoirs inspirés de la bio-ingénierie. Les thèmes y sont plus adultes : clonage, éthique scientifique, deuil, identité et responsabilité. En somme, Disney n’a conservé que la colonne vertébrale de l’idée originale, un groupe de jeunes héros scientifiques, en en gommant la noirceur. C’est dire si le matériau source offre encore un large champ d’exploration pour d’éventuelles suites (qui, soyez-en sûrs, finiront par voir le jour).

 

Les Nouveaux Héros image 3
Les Nouveaux Héros - Don Hall, Chris Williams - 2014

 

Pour Les Nouveaux Héros 2, le scénario le plus évident serait celui d’un retour impossible : Hiro croise la route de son frère Tadashi, bien vivant. Bouleversé, il tente de renouer avec lui, au point de s’éloigner de son équipe des Big Hero 6. Mais il découvre rapidement que ce Tadashi n’a plus rien du frère qu’il a perdu : il s’agit d’un clone, produit d’une expérience scientifique que Tadashi avait initiée avant sa mort, une création devenue autonome, fruit d’un algorithme évolutif. Une autre piste mènerait à une fable sur la dépendance technologique : des robots de soins inspirés de Baymax ont été produits en masse à travers le monde. Lorsqu’une mise à jour défectueuse déclenche une série de dysfonctionnements, la population se retrouve confrontée à ses propres excès technologiques. Prévisible, certes, mais efficace. Nul doute que les talents de Disney sauraient transformer une telle idée en un récit visuellement foisonnant et émotionnellement riche.

Enfin, le film pourrait puiser davantage dans les thématiques du comics : confronter Hiro à ses contradictions morales, continuer d'explorer les dérives de la science, ou encore opposer la logique froide de la technologie à la fragilité du cœur humain. Les scénarios possibles ne manquent pas : il suffirait de trouver celui qui combine panache, émotion et pertinence pour justifier une suite qui, sur le papier, serait plus que légitime.

 

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Les Nouveaux Héros - Don Hall, Chris Williams - 2014

 

Zootopie 3

Avec Zootopie, sorti en 2016, Walt Disney Animation Studios signe l’un de ses films les plus brillants de la décennie 2010. Le film revisite la structure du buddy movie et du polar pour en faire une fable sociale d’une redoutable modernité. L’histoire suit Judy Hopps, jeune lapine idéaliste devenue policière dans la métropole animalière de Zootopia, et Nick Wilde, renard escroc au grand cœur, forcés de collaborer pour résoudre une mystérieuse affaire de disparitions. Sous ses allures de comédie trépidante, le film aborde avec finesse des thématiques rarement explorées dans l’animation Disney : préjugés, racisme systémique, peur de l’autre et quête de tolérance. Succès critique et commercial colossal, couronné par l’Oscar du meilleur film d’animation en 2017, Zootopie a dépassé le milliard de dollars de recettes dans le monde. Compte tenu de ce succès et de l’immense richesse de son univers, l’idée d’une suite n’a jamais vraiment quitté les esprits. Et pour cause : les réalisateurs avaient eux-mêmes évoqué les nombreuses zones et intrigues laissées de côté lors de la production du premier film. Avec une ville aussi vaste que Zootopia, mosaïque de climats, de quartiers et de sociétés animales,, le potentiel narratif est presque infini. En 2023, Bob Iger officialise la mise en chantier de Zootopie 2 et évoque même la perspective d’une trilogie.

 

Zootopie image 1
Zootopie - Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush - 2016

 

Diffusée sur Disney+ entre temps, Zootopia+ est une mini-série anthologique composée de six courts épisodes qui se déroulent en parallèle du premier film. Chaque histoire met en scène des personnages secondaires dans des genres variés, allant de la comédie musicale au soap parodique. Si elle enrichit la ville de Zootopia par ses décors et son ton humoristique, la série n’apporte aucune évolution narrative aux arcs de Judy et Nick, ni, de toute évidence, de lien direct avec le futur Zootopie 2. Mais à l’heure où nous écrivons ces lignes, Zootopie 2 n’est pas encore sorti (et nous ne l'avons pas encore vu), mais on connaît déjà plusieurs éléments clés de son intrigue et de sa continuité. Judy et Nick suivent désormais une thérapie destinée à renforcer la cohésion de leur duo. Leur nouvelle enquête les met sur la piste d’un mystérieux reptile nommé Gary De’Snake, fraîchement arrivé à Zootopia, dont la présence semble bouleverser l’équilibre de la métropole. Pour résoudre l’affaire, Judy et Nick devront s’infiltrer dans des zones encore inexplorées de la ville, marais, déserts, zones industrielles, et faire face à des dilemmes moraux qui mettront à l’épreuve leur relation personnelle et professionnelle. Sur le papier, Zootopie 2 s’annonce comme une évolution naturelle du premier film : une comédie policière métaphorique sur les tensions sociales, mais aussi une plongée plus intime dans la psychologie de ses héros. Le fait que Judy et Nick suivent une thérapie collective n’est pas anodin, il s’agit d’une manière habile d’aborder les traumatismes du travail, la fatigue émotionnelle et la difficulté à maintenir la confiance dans un monde fragmenté, tout en restant dans le cadre d’un divertissement familial. Mais surtout, à travers le serpent Gary De’Snake, on peut imaginer un nouveau discours sur la peur de l’autre et la diabolisation des minorités : une métaphore puissante, dans la droite lignée du premier film.

 

Zootopie 2 - Byron Howard, Jared Bush - 2025

 

Comme l’a révélé le réalisateur, Zootopie 2 ne marquera pas la fin de la saga, mais ouvrira plutôt la voie à un troisième opus, une évolution logique, espérons-le plus nuancée que celle de Vaiana 2. En approfondissant la relation entre Judy et Nick et en explorant de nouvelles questions morales, Zootopie 3 pourrait devenir le symbole d’une réconciliation collective entre toutes les espèces. On peut imaginer, par exemple, une intrigue centrée sur une grande compétition sportive opposant Zootopia à une autre métropole peuplée d’espèces encore inédites, comme les poissons ou les oiseaux. Ce tournoi, censé célébrer l’unité du règne animal, dégénérerait en affrontements entre supporters, transformant l’événement en mission à haut risque pour nos deux agents. Une telle orientation prolongerait naturellement la logique du monde établi : après les mammifères du premier film et les reptiles introduits dans le second, le troisième pourrait élargir encore le spectre zoologique, affirmant ainsi l’ambition d’un univers toujours plus vaste et symboliquement universel.

 

Zootopie image 2
Zootopie - Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush - 2016

 

D’autres pistes pourraient introduire le mandat d’un maire autoritaire, persuadé d’assurer l’ordre en cloisonnant la ville. Sous couvert d’efficacité, il érige des murs entre les quartiers, assignant chaque espèce à sa zone “naturelle” selon son rôle et son utilité supposée. Peu à peu, Judy découvre que Zootopia glisse vers une forme de ségrégation insidieuse, où la peur et la méfiance remplacent la coexistence, et où, en tant que lapine, elle est largement déclassée. Le scénario offrirait alors une réflexion puissante sur la perte du libre arbitre et le retour du déterminisme biologique, un propos fort, que les artistes Disney sauraient rendre accessible sans en affaiblir la portée, en prolongeant le discours sur le racisme et les fractures sociales du premier film.

Autre direction possible : une panne énergétique majeure plonge la ville dans le chaos. Privée de technologie et de communication avec le monde extérieur, Zootopia se voit contrainte de revenir à des modes de vie plus primitifs. Dans ce contexte, la délinquance augmente et Judy et Nick endossent alors le rôle de médiateurs entre des clans rivaux, cherchant à rétablir la coopération face à la survie collective. Ce récit, alliant tension et humanisme, permettrait de revisiter le thème central de la nature contre la culture, tout en offrant une parabole contemporaine sur la solidarité urbaine et la fragilité de la civilisation.

 

Zootopie image 4
Zootopie - Byron Howard, Rich Moore, Jared Bush - 2016

 

Vaiana 3

Pour ce qui est de la franchise Vaiana, nous n’allons pas être tendres, et pour cause : difficile de cacher notre déception face à la manière dont Disney a traité l’héritage de ce film culte. Vaiana 2 incarne tristement une forme moderne de la politique DisneyToon Studios : le recyclage au service de la rentabilité... Mais revenons d’abord à l’origine du mythe.

Vaiana : La Légende du bout du monde reste un bijou d’animation, un écrin de beauté et de sincérité. Véritable ode à la culture polynésienne, le film s’inspire librement de ses mythes fondateurs, revisitant la tradition orale des navigateurs du Pacifique. Le film a séduit le monde entier, y compris la Polynésie, où il fut accueilli avec bienveillance (malgré des réserves sur le dépôt des noms). Huit ans plus tard, Vaiana 2 marque le retour de l’héroïne et de Maui dans une aventure qui approfondit les liens entre humanité, divinité et mémoire océanique. Pourtant, son existence même résulte d’un choix industriel plus que créatif : initialement pensée comme une série Disney+, l’œuvre a été reformatée en long-métrage. Cette décision, prise par Bob Iger en 2024, répond à la volonté de relancer les grandes franchises d’animation sur grand écran dans un contexte de crise créative. Un choix économique avant tout, symptomatique de la stratégie actuelle du studio.

 

Vaiana, La Légende du bout du monde - Ron Clements, John Musker - 2016

 

Sur le plan artistique, Vaiana 2 se situe dans une zone grise : triomphe commercial mais semi-échec créatif. La magie du premier film s’efface derrière une écriture prudente, dépourvue du souffle mythologique qui faisait la force du récit original. Si les décors marins demeurent splendides et les personnages attachants, la suite manque d’audace et de vision. Elle se contente d’entretenir la flamme, là où l’on espérait un brasier.

Le film se conclut sur une note épique et mystique : Vaiana, sauvée par l’océan et les esprits de ses ancêtres, renaît en demi-déesse, marquant son passage symbolique du monde des mortels à celui des légendes. Maui retrouve ses pouvoirs, et ensemble, ils restaurent l’unité des peuples de la mer. Mais la scène post-générique, annonçant la vengeance des anciens dieux Nalo et Tamatoa, promet une suite d’envergure, un nouvel arc narratif conçu pour prolonger la franchise vers un troisième film et peut-être plus. Vaiana 2 illustre donc la tension entre art et industrie : un film qui vise à perpétuer un succès plutôt qu’à le transcender. Mais si la mer reste vaste, il faudra plus qu’une simple marée commerciale pour retrouver la magie des grands horizons du premier film.

 

Vaiana 2 - David G. Derrick Jr, Jason Hand, Dana Ledoux Miller - 2024

 

Pour imaginer une suite crédible à Vaiana 2, il faut d’abord s’intéresser aux nouvelles figures mythologiques introduites dans le récit : Nalo et Matangi. Nalo s’impose d’emblée comme un nouveau grand antagoniste. Dieu des tempêtes, inspiré de Tāwhirimātea, divinité maorie du vent et des orages, il incarne les forces destructrices du changement, celles qui s’opposent à l’ordre et à la sagesse de Vaiana. Son rôle, esquissé dans le second film, semble destiné à s’étendre dans un conflit cosmique plus vaste. Matangi, quant à lui, symbolise la brise et le souffle vital. Le terme, commun à la plupart des langues polynésiennes désigne non seulement le vent, mais aussi l’esprit qui guide les navigateurs. Dans la tradition orale, le vent n’est pas un simple phénomène naturel : il est une force sacrée, indissociable de la navigation, du voyage et de la destinée. Matangi est une femme dans la version Disney de la légende.

 

Vaiana 2 - David G. Derrick Jr, Jason Hand, Dana Ledoux Miller - 2024

 

Après la mer et la tempête, il serait logique que Vaiana 3 explore le royaume du vent, cet espace à la frontière du ciel et de l’océan. Dans cette prolongation très attendue, l’équilibre du monde océanique vacille. Depuis la défaite de Nalo, les vents soufflent de manière anarchique, bouleversant les marées, les routes maritimes et la vie des peuples. Vaiana, désormais demi-déesse, découvre que Nalo n’a pas disparu : son essence s’est dispersée dans les courants d’air, et son esprit hante désormais les tempêtes. Matangi, gardienne des vents, tente de contenir ce désordre, mais ses forces s’amenuisent. Pour rétablir l’harmonie, Vaiana doit entreprendre une quête céleste à travers les cieux, gravissant les îles flottantes du firmament à la rencontre des anciens esprits du vent. Elle y apprendra que la liberté absolue du souffle peut être aussi destructrice que l’ordre implacable des mers.

Dans un registre plus classique, une guerre des dieux élémentaires, mettrait en scène les divinités de la mer, du feu, du vent et de la terre s’affrontant pour la suprématie. Les hommes, pris entre ces forces primordiales, se diviseraient à leur tour, et les alliances polynésiennes unies par Vaiana commenceraient à s’effriter. Une épopée grandiose, certes, mais dont la réussite dépendrait de la capacité du film à dépasser le simple spectacle pour retrouver une dimension spirituelle.

 

Vaiana 2 - David G. Derrick Jr, Jason Hand, Dana Ledoux Miller - 2024

 

Autre piste plus intime : Matangi, lasse des querelles des dieux et des hommes, choisirait de se retirer, plongeant le monde dans une immobilité suffocante. Plus de brise, plus de vagues, plus de navigation, la vie même des îles serait menacée. Vaiana comprendrait alors qu’elle doit convaincre le vent de revenir, non par la force, mais par la sagesse et l’humilité, renouant avec l’essence même du premier film : le dialogue entre l’humain et la nature.

Difficile de dire où le vent de Vaiana 3 nous portera. Ce qui est certain, c’est que, même sans annonce officielle, le projet existe déjà dans les intentions du studio. Il découle sans doute des premières idées de la série avortée, dont Vaiana 2 a recyclé la trame. Nul doute que le troisième volet est, au moins en partie, déjà écrit, la scène post-générique le laisse clairement entendre. Espérons seulement que Disney ne cède pas à la tentation d'un "Marvel Cinematic Universe de l’océan", où les horizons s’ouvrent sans jamais se rejoindre, avec des promesses d’univers étendus dans des scènes post-génériques à jamais orphelines.

 

Vaiana 2 - David G. Derrick Jr, Jason Hand, Dana Ledoux Miller - 2024

 

Raya 2

Raya et le Dernier Dragon joue de nouveau la carte de la diversification culturelle du catalogue Disney, puisant cette fois son inspiration dans les traditions et légendes d’Asie du Sud-Est, à travers un univers original nommé Kumandra, royaume autrefois unifié, désormais fragmenté par la méfiance et la cupidité des hommes. L’intrigue suit Raya, une jeune guerrière issue du royaume du Cœur, qui part en quête du dernier dragon légendaire, Sisu, afin de restaurer l’harmonie et d’unir les cinq terres de Kumandra. Ensemble, ils affrontent les Druuns, des entités de fumée pétrifiant tout sur leur passage, symboles des divisions humaines et de la perte de confiance.

Initialement prévu pour le 20 novembre 2020, le film voit sa sortie repoussée à cause de la pandémie de Covid-19. Il sort finalement le 5 mars 2021, à la fois en salles et sur Disney+, devenant ainsi l’un des premiers longs-métrages du studio à expérimenter ce modèle d'exploitation hybride.

 

Raya et le dernier dragon - Don Hall, Carlos Lopez Estrada - 2021

 

Le film compose un monde métissé, visuellement somptueux, où la nature, les croyances et la spiritualité sont intimement liées. Pour une suite hypothétique, il conviendrait donc de puiser encore plus profondément dans les mythes et architectures d’Asie du Sud-Est, notamment ceux de la Thaïlande, de l’Indonésie, du Laos, du Cambodge ou du Vietnam, afin d’enrichir encore la dimension culturelle et mythologique de Kumandra.

Ce royaume éclaté en cinq tribus représente une métaphore limpide du monde moderne : un ensemble d’humanités divisées, minées par la peur et la défiance. Raya, héroïne solitaire et méfiante, incarne l’humanité blessée, celle qui a cessé de croire aux autres. Sisu, dragonne d’eau d’une naïveté lumineuse, en est l’exact opposé : la foi pure, presque enfantine, en la bonté du monde. Leur rencontre scelle le propos central du film : la confiance est une force aussi fragile que nécessaire, et le pardon, une forme de courage. Le récit s’achève sur une réunion apaisée : les dragons ressuscitent, Sisu retrouve ses frères et sœurs, et Raya retrouve son père, Benja. Kumandra est enfin réunifiée, et la promesse d’un monde réconcilié semble tenue. Mais comme toute paix nouvelle, elle reste fragile, et c’est précisément là que pourrait s’ouvrir la porte d’une suite.

 

Raya et le dernier dragon - Don Hall, Carlos Lopez Estrada - 2021

 

Cette prolongation devrait éviter la redite et poursuivre le propos du premier film en explorant les conséquences de la réconciliation. La paix est acquise, mais la confiance collective demeure instable : la réunification de Kumandra n’efface pas des siècles de divisions. Quelques années ont passé, et les rivalités refont surface. Lorsque les dragons commencent mystérieusement à disparaître, les soupçons ressurgissent : et si l’un des peuples avait trahi la promesse ? Ce scénario permettrait de retrouver le ton politique et émotionnel du premier film, en réinterrogeant la fragilité du pardon.

Une autre idée pourrait introduire une hostilité nouvelle entre les dragons et les hommes. Depuis leur retour, les dragons veillent sur la nature, mais leurs pouvoirs limitent l’expansion humaine. Sisu, tiraillée entre ses frères et Raya, doit choisir entre protéger la nature ou permettre aux hommes de construire leur avenir. Ce conflit moral prolongerait la philosophie du premier film tout en lui offrant une portée écologique plus contemporaine. Dans le même registre, une piste plus mystique (mais plus facile) consisterait à raviver une relique ancienne, vestige de l’époque des Druuns. Elle contiendrait l’esprit d’un ancien dragon corrompu, gardien oublié de la discorde. En cherchant à comprendre ce pouvoir, Raya réveillerait une force qui ne croit pas en la réconciliation, mais en la domination. Ce serait l’occasion d’un récit plus sombre, où la jeune héroïne apprendrait que le pardon n’efface pas le mal, il l’apaise seulement.

 

Raya et le dernier dragon - Don Hall, Carlos Lopez Estrada - 2021

 

Si Raya et le Dernier Dragon se suffisait à lui-même sur le plan narratif, son univers, lui, reste fertile. L’enjeu d’une suite ne serait pas de répéter la quête, mais d’approfondir la question laissée en suspens : une fois la confiance retrouvée, comment la préserver ? Le projet demeure toutefois incertain. Raya n’a pas connu le succès flamboyant de ses prédécesseurs, et son exploitation fragmentée, entre cinéma et streaming en pleine crise sanitaire, a empêché d’évaluer pleinement son potentiel commercial. Peut-être qu’à une époque où Disney retrouvera un peu de sa superbe, renouant avec l’audace et la poésie de son dernier âge d’or, les décideurs oseront le pari de cette suite. Car Raya 2 aurait, à n’en pas douter, un potentiel considérable… encore faudrait-il que le studio choisisse d’innover à nouveau, plutôt que de capitaliser sur les titres ayant déjà fait leurs preuves.

 

Raya et le dernier dragon - Don Hall, Carlos Lopez Estrada - 2021

 

Encanto 2

Encanto : La Fantastique Famille Madrigal s’inspire du réalisme magique colombien, puisant ses influences dans la littérature de Gabriel García Márquez (Cent Ans de solitude), ainsi que dans la culture, l’architecture et la musique du pays. Véritable hymne à la diversité familiale, le film conjugue tradition, émotion et symbolisme pour aborder des thèmes universels : la transmission, la pression des attentes, et la valeur individuelle face à la perfection collective. L’histoire se déroule dans le village de l’Encanto, un lieu enchanté caché dans les montagnes de Colombie, où la famille Madrigal vit sous la protection d’une casita magique. Chaque membre du clan a reçu un don extraordinaire. Seule Mirabel, la plus jeune des filles Madrigal, n’a jamais reçu de pouvoir, ce qui la plonge dans un sentiment d’exclusion au sein de sa propre famille. Lorsque la magie de l’Encanto commence à s’affaiblir, les murs se fissurent, les dons se dérèglent, Mirabel décide de comprendre la cause de cette perte. Sa quête la conduit à redécouvrir les blessures et les secrets enfouis de sa famille, notamment ceux liés à Bruno, l’oncle banni capable de prédire l’avenir. Mirabel découvre finalement que la source de la magie n’est pas un miracle surnaturel, mais l’amour et l’unité de la famille elle-même. Après une dispute avec sa grand-mère, Abuela Alma, la casita s’effondre, symbolisant la rupture du lien familial. Mais dans les ruines, la famille se réconcilie et reconstruit ensemble leur maison. En posant la dernière brique, Mirabel reçoit symboliquement le don qu’elle croyait ne pas avoir : celui de rassembler les siens.

 

Encanto - Jared Bush, Charise Castro Smith, Byron Howard - 2021

 

Le film est devenu un phénomène culturel inattendu. Sorti dans un contexte post-pandémique délicat, Encanto a d’abord connu un succès modéré en salles avant de devenir un véritable raz-de-marée populaire après sa mise en ligne sur Disney+ pendant les fêtes de fin d’année 2021. Son univers coloré, sa musique entraînante et, surtout, sa galerie de personnages nuancés ont suscité une adhésion massive du public. La chanson Ne parlons pas de Bruno est devenue un hit planétaire, surpassant même les attentes du studio. Ce triomphe, inattendu mais durable, a repositionné le film comme une nouvelle franchise potentielle pour Disney. L’occasion d’une suite est trop belle, et il semble inconcevable que le studio laisse une telle propriété dormir. Comme pour Les Nouveaux Héros, il ne fait aucun doute qu’un jour ou l’autre, une suite sera annoncée.

Mais imaginer une suite crédible à Encanto n’est pas chose aisée. Le film se termine sur une note profondément symbolique : le miracle est intérieur, et la magie n’est qu’une métaphore du lien familial. Pourtant, ce même message ouvre d’immenses possibilités narratives si l’on choisit de montrer ce qui se passe après le pardon. On imagine alors la rencontre d’un nouvel Encanto. Des étrangers, venus d’un autre village, se présentent aux Madrigal comme une branche éloignée de leur famille. Mais tout le monde n’est pas prêt à accueillir cette nouvelle fratrie, dont les dons semblent instables, presque dangereux. Ils sont à la recherche du même miracle ayant sauvé les Madrigal. Ce scénario ouvrirait la voie à un questionnement sur le partage de la magie et la peur de l’altérité, tout en prolongeant le thème central de la confiance et de la transmission.

 

Encanto - Jared Bush, Charise Castro Smith, Byron Howard - 2021

 

Plus centré sur la famille elle-même, une autre prolongation pourrait explorer l’évolution du pouvoir de Mirabel. Si, dans le premier film, elle s’impose comme celle qui unit, la gardienne du lien, cette force pourrait aussi devenir sa plus grande faiblesse. Son don, jusque-là invisible, évolue : elle influence les émotions collectives de ceux qui l’entourent. Une simple parole, un doute, une peur exprimée, et les tensions refont surface. Ce qui faisait sa force devient un danger pour l’équilibre de la famille, car si elle peut unir, elle peut aussi désunir. Peu à peu, Mirabel comprend qu’elle est devenue la clé d’un nouveau désordre, la source involontaire des conflits renaissants entre les Madrigal. Ce pouvoir paradoxal la confronte à une responsabilité nouvelle : apprendre à maîtriser son influence sur les autres. Le film deviendrait alors une métaphore subtile du leadership et de la culpabilité, fidèle à la complexité émotionnelle du premier opus, où la magie reflète avant tout la psychologie humaine.

 

Encanto - Jared Bush, Charise Castro Smith, Byron Howard - 2021

 

Nous sommes rarement enclins à opter pour la facilité d’un saut générationnel dans une suite, surtout lorsqu’il s’agit de préserver l’esprit d’une œuvre aussi singulière, mais dans le cas d’Encanto, cette perspective pourrait s’avérer naturelle. La famille Madrigal est déjà vaste, et l’idée d’une nouvelle génération s’impose presque d’elle-même. Les sœurs de Mirabel se sont mariées et ont eu des enfants, chacun développant à son tour des dons singuliers, parfois surprenants, parfois inquiétants. Mirabel, quant à elle, n’a pas encore trouvé l’amour. Malgré son rôle d’unificatrice, elle reste une observatrice du bonheur des autres, une tante comblée, protectrice et bienveillante, mais secrètement en quête de quelque chose qui lui échappe. La magie, d’une manière ou d’une autre, devrait rester au centre du récit, mais au service d’une évolution intime plutôt que spectaculaire. Mirabel comprendrait finalement que trouver l’amour n’est pas une mission, ni un devoir à accomplir pour être complète. Même si son rêve personnel n’est pas réalisé comme elle l’espérait, elle trouverait un réconfort sincère dans l’amour pluriel de sa famille, renouant avec la leçon essentielle du premier film : le miracle n’est pas dans le pouvoir, mais dans le lien.

Quelle que soit la direction choisie, Encanto 2 devrait avant tout préserver l’âme du premier film : pas de choc des époques, pas de grand méchant sorcier (quoique l’idée pourrait être amusante), pas de retour en arrière avec des pertes de pouvoirs, ni de préquel inutile. L’important ne serait pas d’en faire « plus grand » ou « plus magique », mais de rester sincère dans sa célébration des émotions humaines, là où résidait tout le charme du premier Encanto.

 

Encanto - Jared Bush, Charise Castro Smith, Byron Howard - 2021

 

Avalonia 2

Avalonia : L'Étrange Voyage suit la famille Clade, une dynastie d’explorateurs légendaires. Lorsque la source d’énergie vitale de leur monde commence à faiblir, Searcher Clade, fermier réticent, se voit contraint de rejoindre une mission périlleuse menée par sa femme, son fils et son père, un aventurier disparu depuis longtemps. Ensemble, ils découvrent un univers souterrain foisonnant de créatures étranges et de paysages organiques fascinants. En réalité, Avalonia tout entière vit à la surface d’un gigantesque être vivant. La révélation bouleverse leurs certitudes : en cherchant à sauver leur monde, ils doivent avant tout apprendre à vivre en harmonie avec lui. Le film se conclut sur une réconciliation familiale et écologique : les Clade, réunis, décident de préserver la créature-monde au lieu de la dominer. Une fin lumineuse, presque métaphysique, qui célèbre la transmission et l’équilibre entre générations.

 

Avalonia, l'étrange voyage - Don Hall - 2022

 

Malgré la richesse visuelle et l’audace thématique du projet, Avalonia : L’Étrange Voyage est un échec retentissant. Avec un budget estimé à 180 millions de dollars, il n’en rapporte que 73 millions dans le monde, et sa sortie en salles est annulée en France au profit d’une diffusion directe sur Disney+. Ce revers confirme une malédiction récurrente dans l’histoire du studio : celle des productions de science-fiction. Après Atlantide, l’empire perdu ou La Planète au trésor, Avalonia perpétue cette lignée d’œuvres ambitieuses mais boudées par le public. Une aberration, car son concept de base est l’une des idées les plus fascinantes et audacieuses jamais portées par Disney.

 

Avalonia, l'étrange voyage - Don Hall - 2022

 

Même si une suite à Avalonia semble hautement improbable au vu de son échec commercial, il est difficile de résister au jeu de l’imagination. L’idée qu’Avalonia se trouve à la surface d’un organisme vivant ouvre en effet une infinité de possibilités narratives et métaphoriques. Une hypothèse prolongerait la révélation finale du film. Alors que les habitants apprennent à vivre en symbiose avec la créature-monde, d’étranges symptômes apparaissent : la terre tremble, les forêts se fanent, les vents s’éteignent. Le cœur du colosse se dérègle. Les Clade découvrent qu’une autre forme de vie, un parasite, peut-être né de leur propre influence, menace désormais l’équilibre interne de la créature-monde, malade. Le film deviendrait une épopée à double lecture : une aventure écologique et une allégorie du corps souffrant, où chaque action humaine a des répercussions systémiques sur l’ensemble du vivant.

Nous avons bien envisagé d’autres pistes, mais celle ci-dessus reste la plus évidente et la plus légitime à justifier un tel projet. Inutile d’aller trop loin sur le chemin de la spéculation : Avalonia est trop fragile pour renaître dans les conditions économiques actuelles. Reste un regret : celui d’un concept visionnaire dont la beauté organique mériterait un second souffle.

 

Avalonia, l'étrange voyage - Don Hall - 2022

 

Wish 2

Un autre projet hautement improbable à voir renaître sous forme de suite : Wish : Asha et la Bonne Étoile. Pire encore qu'Avalonia, Wish a subi un rejet massif d’une partie du public et de la critique. Le film, pourtant célébré comme le grand hommage au centenaire de Disney, est devenu le symbole d’une époque jugée confuse, entre ambitions nostalgiques et crise identitaire du studio. Accusé de tous les maux de “l’ère Woke”, il a cristallisé les frustrations des spectateurs : une narration jugée paresseuse, un ton trop bienveillant, une esthétique hybride jugée inégale, un méchant sans charisme, et une galerie de personnages réduite à une succession de clins d’œil forcés aux Grands Classiques. Bref, un film-anniversaire pensé avant tout comme une vitrine commémorative, plutôt qu’une œuvre animée avec une véritable intention artistique. Pourtant, l’idée de départ avait du potentiel : raconter la naissance du concept de “souhait”, essence même de l’ADN Disney, dans un royaume où les vœux des habitants sont littéralement capturés et contrôlés par un souverain tout-puissant. L’intention était séduisante, mais le traitement trop scolaire n’a pas su lui rendre justice.

 

Wish - Asha et la bonne étoile - Chris Buck, Fawn Veerasunthorn - 2023

 

Wish : Asha et la Bonne Étoile enregistre l’un des pires démarrages de l’histoire récente de Walt Disney Animation Studios. Avec un budget estimé à 200 millions de dollars, il en rapporte à peine 250 millions dans le monde, un score jugé catastrophique pour un projet aussi emblématique. Le problème, selon nous, c’est que la magie Disney ne s’y manifeste plus comme autrefois : trop de calculs, trop de références, pas assez d’émotion spontanée. Le résultat, plaisant mais creux, ressemble à une étoile qui brille sans réchauffer.

Le film se conclut sur une note lumineuse et prévisible : Asha parvient à libérer les souhaits. Les habitants retrouvent leurs vœux et découvrent que la véritable magie réside dans la foi qu’ils placent les uns dans les autres. Asha devient la gardienne des souhaits, symbole d’une humanité capable de rêver sans entraves. Et une fois la promesse tenue, que raconter de plus ? Une piste sombre, verrait les étoiles s’éteindre une à une, signe que le peuple ne croit plus aux rêves. Asha devrait alors entreprendre un voyage initiatique pour sauver les derniers vœux, quitte à sacrifier ceux de ses proches pour restaurer la lumière du monde. Mais on ne va pas vous mentir : on voit très bien que le scénario est bancal. En réalité, aucune idée de suite imaginé ne nous inspire vraiment. Autant l’admettre : après cette longue série d’exercices imaginatifs (trois parties d'une même chronique tout de même), Wish nous laisse sans grande étincelle. Et peut-être est-ce mieux ainsi. Car tout le monde le sait : Wish 2 ne verra jamais le jour.

 

Wish - Asha et la bonne étoile - Chris Buck, Fawn Veerasunthorn - 2023

 

Hexed 2

Nous aurions pu nous arrêter là, mais un autre film semble déjà prêt à ouvrir la voie à une nouvelle ère de récits : Hexed, prochain film original de Walt Disney Animation Studios, attendu pour la fin de l’année 2026. Pour l’heure, les informations sont encore minces. L’histoire suivra un adolescent maladroit et sa mère hyper organisée, qui découvrent que ce qui rend le garçon si singulier provient en réalité de pouvoirs magiques capables de bouleverser non seulement leur vie, mais aussi l’équilibre d’un monde secret de sortilèges. Le projet s’est dévoilé à travers un concept art enchanteur : un village magique foisonnant de détails, baigné d’une lumière surnaturelle, où l’on distingue des silhouettes étranges, dont un chat mystérieux rappelant le Chat du Cheshire d'Alice au pays des merveilles. Hexed semble vouloir renouer avec la magie contemporaine, sans doute un entre-deux entre Encanto et Raya, tout en proposant une réflexion sur la transmission, l’identité et la différence. Si le film rencontre son public, il pourrait bien devenir le nouveau pilier magique des années à venir, un retour assumé à la féérie Disney.

Difficile d’imaginer une suite à un film dont nous connaissons encore si peu de choses. Pourtant, il semble évident que cette nouvelle production sera pensée comme Vaiana 2 : non plus comme une œuvre close, mais comme les fondations d'une franchise prête à s’étendre en cas de succès.

 

Hexed - Josie Trinidad, Jason Hand

 

Panorama des possibles

Au terme de ce dernier tour d’horizon, deux catégories semblent naturellement se dégager. Il y a d’abord les suites prévisibles, voire inévitables, tant leur potentiel narratif reste fort et leur succès public incontestable :

  • Raiponce 2
  • Ralph 3
  • La Reine des Neiges 5
  • Les Nouveaux Héros 2
  • Zootopie 3
  • Vaiana 3
  • Encanto 2

Puis les suites peu probables, qu’elles soient compromises par un accueil mitigé ou par des résultats commerciaux décevants:

  • Chicken Little 2
  • Bienvenue chez les Robinson 2
  • Volt 2
  • La Princesse et la Grenouille 2
  • Raya 2
  • Avalonia 2
  • Wish 2

 

L’ère des suites Disney

Des premiers classiques en 2D aux sagas modernes en images de synthèse, chaque période révèle le même dilemme : préserver la mémoire d’un rêve ou oser en créer un nouveau. L’équilibre est fragile, car là où la continuité promet l’émotion, elle menace parfois l’enchantement. Les suites sont le poumon de Disney. Elles incarnent à la fois la prudence d’un studio conscient de ses enjeux économiques et la fidélité d’un public profondément attaché à des univers familiers. Pour la marque, elles représentent une sécurité financière et émotionnelle : chaque retour d’un grand classique garantit une vague de nostalgie, un élan de confiance, et surtout, un rappel de puissance. Pour le spectateur, elles sont un miroir du temps, une manière de retrouver les personnages de son enfance, tout en mesurant le chemin parcouru depuis. Mais à trop vouloir prolonger l’histoire, on court toujours le risque d’en diluer la magie.

Ce tournant industriel n’est pas nécessairement une trahison du rêve, mais il exige de la mesure. Si les suites continuent d’être conçues avec sincérité, exigence et ambition artistique, elles peuvent encore prolonger dignement le souffle des grands récits. Mais si elles deviennent de simples produits de consommation, alors le château de Disney pourrait bien se transformer en usine à nostalgie.

 

La Reine des Neiges - Une Fête Givrée - Chris Buck, Jennifer Lee - 2015

 

Chez CineAnimation, nous continuerons toujours d’appeler de nos vœux des films originaux. Si les suites peuvent être passionnantes lorsqu’elles sont bien pensées, rien ne remplace la fraîcheur d’un univers entièrement neuf, porté par une idée forte et singulière. Rappelons qu'au-delà des suites, l’horizon reste infini. Disney possède encore des trésors à explorer. L’imaginaire populaire et les contes du patrimoine offrent une source intarissable d’histoires originales où puiser: Le Petit Chaperon Rouge, Hansel et Gretel, Le Chat botté, Peau d’Âne, Le Vilain Petit Canard, Boucles d’or, Poucette ou encore Barbe Bleue, autant d’univers qui n’attendent qu’une réinterprétation moderne et poétique, fidèle à l’esprit du studio. À cela s’ajoutent les classiques de la littérature d’aventure, Croc-Blanc, L’Appel de la forêt, Robinson Crusoé, Tom Sawyer, Sans famille, des récits qui peuvent aussi briller à travers des films d'animation.

L’ère des suites est bel et bien amorcée, et Disney a compris que le public suivra. Son salut financier repose désormais en partie sur cette politique de rentabilité sérielle. C’est une perspective que l’on peut redouter, bien sûr, mais si ces projets continuent d’être pensés, écrits et réalisés par Walt Disney Animation Studios, avec l’exigence artistique et la sincérité émotionnelle qui ont toujours fait la force du studio, alors nous pouvons espérer que cette orientation reste un garde-fou maîtrisé plutôt qu’un renoncement.

 

Vaiana, La Légende du bout du monde - Ron Clements, John Musker - 2016

 

Sur le même sujet:

Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 1

Nous avons imaginé les prochaines suites Disney - Partie 2

 

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