Tout Court #30 : Identité de genre
À travers cette sélection, nous vous proposons de découvrir deux courts métrages particulièrement poignants, qui abordent les questions d’identité de genre sous l’angle de l’incompréhension, du rejet et de la souffrance. À travers des récits intimes et sensibles, ils mettent en lumière les difficultés que peuvent rencontrer certaines personnes dans leur quête d’elles-mêmes et dans leur rapport aux autres.
Les Lèvres gercées
On commence avec un film poignant : Les Lèvres gercées de Fabien Corre et Kelsi Phung, réalisé en 2018 au sein de l’école des Gobelins. Ce film raconte l’histoire d’un enfant qui essaye désespérément d’établir un dialogue avec sa mère. Même si de nombreux signes sont explicites, celle-ci ne semble pas voir ce qui se joue dans l’esprit de son enfant.
On ressent très vite beaucoup d’empathie envers le personnage principal, incompris et rejeté, mais également seul face aux questions de genre dans un environnement où l’épanouissement, tout comme l’écoute, semble compromis.
Le film questionne l’identité de genre, un sujet qui reste encore peu présent dans le cinéma d’animation. À l’heure où certains pays autorisent encore les thérapies de conversion (tentatives pseudo-scientifiques ou religieuses visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre), ce court-métrage a un réel impact sur le public, qu’il soit averti ou non, en mettant en lumière, ou du moins en amorçant, une conversation autour de la question. De plus, on pense à tous les individus qui, comme le personnage principal, se retrouvent confrontés à ce genre de situation au sein de leur famille ou dans d’autres cercles. Il doit être rassurant, réconfortant et porteur d’espoir de voir que l’on n’est pas seul à traverser ces interrogations.
Au-delà de son message, ce court-métrage est très bien mené. Les cadrages en disent beaucoup, notamment en ne laissant percevoir le visage de la mère qu’au dernier plan, comme si elle prenait enfin le temps de voir réellement son enfant, ou peut-être autre chose. Le décor, dans son traitement, est assez oppressant et imposant, tout comme l’environnement semble l’être pour l’enfant. L’animation, quant à elle, excelle dans les détails et les micro-mouvements qui, finalement, en disent eux aussi beaucoup.
Send Me an Angel
Send Me an Angel est le deuxième court-métrage de notre sélection. Réalisé par Shahar Arapov en 2019 au sein de Sapir College, c’est l’histoire de Tom, qui adopte un chien atteint d’une maladie de peau héréditaire. Le lien particulier qui se crée entre eux amène Tom à découvrir son identité profonde. Ce film est tiré d’une histoire vraie basée sur la propre histoire du réalisateur.
Ce court-métrage aborde également l’identité de genre, en se penchant davantage sur l’aspect physique. À l’écran, les métaphores visuelles traduisent le ressenti du personnage. Le film met en avant la dysphorie de genre (détresse ou souffrance pouvant être ressentie par certaines personnes dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe qui leur a été assigné à la naissance). Tom se découvre et se plonge dans sa véritable identité aux côtés de son chien, Buddy.
Sur le plan familial, lorsque Tom s’affirme, cela semble être une étape compliquée pour ses parents, comme dans le précédent court-métrage de la sélection. Le film s’ouvre également sur la phrase « À 13 ans, Tom veut mourir ». Le personnage, comme celui du précédent court-métrage, assimile la mort à une forme de rédemption. Lorsque l’on en vient à penser que s’ôter la vie semble être la seule issue, cela témoigne souvent d’une souffrance incommensurable.
Visuellement, le film est assez parlant et efficace, malgré une esthétique peu attrayante. L’animation reste assez économique, mais elle fonctionne.
Comme pour chaque sélection, nous espérons que celle-ci vous a plu ! Ces récits et ces personnages nous permettent de mieux comprendre les questionnements liés à l’identité de genre, mais surtout les émotions, les doutes et les difficultés que peuvent traverser certaines personnes LGBT+, afin d’aborder ces réalités avec davantage d’écoute et de compréhension. En attendant un prochain numéro de Tout Court, n’hésitez pas à venir partager vos impressions avec nous sur les réseaux sociaux !