Nous avons imaginé les prochaines suites Pixar - Partie 2
Depuis l’annonce officielle de sa nouvelle stratégie, alterner systématiquement entre créations originales et suites de franchises existantes, Pixar amorce un tournant décisif. Dans ce contexte, nous avons voulu imaginer ce que pourrait être l’avenir du studio.
Note au lecteur : cette chronique contient des spoilers
Après avoir exploré, dans la première partie de cette chronique, les grandes franchises historiques de Pixar, Toy Story, Les Indestructibles, Monstres & Cie, nous poursuivons nos projections dans cette seconde chronique consacrée aux univers plus récents du studio.
Pour établir cette analyse, nous avons dressé une liste de chaque franchise du studio et imaginons la prochaine suite potentielle. Nous n’évoquons volontairement pas de projections autour des films originaux Hoppers et Gatto, dont la sortie en salle est encore à venir. Impossible de se projeter sur des œuvres dont on connaît encore si peu de choses, aussi bien sur le plan narratif qu’artistique. Cela dit, si ces films rencontrent le succès, il y a fort à parier qu’ils bénéficieront d’une suite, peut-être plus rapidement que les premiers classiques de Pixar. Et pour cause : ces nouveaux projets seront pensés dès leur conception avec la possibilité d’une continuité, ce qui constitue déjà un petit renoncement à la radicalité créative qui faisait la force des premiers films du studio.
De Rebelle jusqu’à Elio, on continue de s'interroger. Quels films possèdent un véritable potentiel de prolongement narratif ? Lesquels pourraient retrouver un second souffle dans une suite bien pensée ? Et au contraire, lesquels mériteraient de rester uniques, préservés de toute suite, comme ces œuvres déjà cultes qui n’ont besoin de rien de plus pour briller ?
Rebelle 2
Rebelle a connu un joli succès, mais à sa sortie, on se souvient que le film était parfois considéré comme le Pixar Disneyien : une première princesse dans la galerie Pixar, il n’en fallait pas plus pour comparer le film aux grands standards de l’illustre grand frère. Par ailleurs, on reprochait aussi au film d’être la première production en demi-teinte du studio, un choix perçu comme en léger décalage avec l’identité de la marque. Un avis que nous ne partageons pas, mais qui n’a sûrement pas encouragé Pixar à entamer un processus créatif pour une éventuelle suite (qui plus est, à une période où le groupe était anti-suite).
Depuis, la situation a changé : les suites devront se faire plus nombreuses, et Rebelle peut être apprivoisé comme un bon candidat. Le cadre spatial et temporel de cette Écosse médiévale est tout à fait opportun pour une expansion. On imagine très bien un roi fatigué, une reine qui endosse une responsabilité qui lui sied à merveille, et une jeune princesse, courageuse et combative, embarquée malgré elle (mais pour sa plus grande joie secrète) dans des rivalités sérieuses entre les différentes terres clivées. À la manière d’une Mulan, Mérida aurait l’occasion de prouver sa valeur, et surtout, que princesse et guerrière ne sont pas incompatibles.
Le court-métrage dérivé La Légende de Mor’du approfondissait le passé tragique du prince devenu ours. Si ce récit élargit avec intérêt l’univers mythologique de Rebelle, il ferme aussi certaines portes. Une suite ne pourra sans doute pas s’appuyer à nouveau sur cet axe narratif, déjà pleinement exploré. Le personnage de Mor’du ayant trouvé une forme de rédemption posthume dans ce conte sombre et mystique, il serait peu pertinent de le ramener comme moteur d’un second conflit. Il faudra donc chercher ailleurs : dans les conflits politiques entre clans, dans un nouvel enjeu magique, ou pourquoi pas… dans le cœur même de Mérida.
On doit aussi se questionner sur l’idée de métamorphose, présente dans le premier film avec la reine transformée en ours, et qui servait d’élément déclencheur pour l’évolution de la relation mère-fille. Si la thématique des relations familiales doit conserver son importance dans une éventuelle suite, le motif narratif de la transformation en ours n’est peut-être pas indispensable. Pour autant, il faudra bien que la magie soit de la partie, peut-être avec une autre métamorphose, liée à un animal emblématique de l’Écosse. Une idée peut-être trop évidente… mais difficile à écarter totalement.
Le ton serait plus grave, mais l’ambiance resterait aussi mystique et folklorique que dans le premier opus, qui intégrait une sorcière et des feux-follets. Il ne nous en fallait pas moins pour imaginer un bestiaire fantastique plus étoffé, emprunté aux codes de la fantasy, typique du genre. Ainsi, les tribus autrefois opposées pourraient apprendre à travailler main dans la main pour affronter une menace commune : un dragon, qui serait lui-même la métamorphose d’un personnage central.
Autre concept fantastique possible : les chefs de clan, frappés par une malédiction ancestrale, prendraient l’apparence de l’animal de leur emblème respectif, cerf, bœuf, loup… de quoi ancrer visuellement chaque famille dans une identité forte, tout en conservant la dimension magique et symbolique du récit.
La crise familiale, elle, pourrait reposer sur une Mérida qui refuse l’héritage royal, incapable d’assumer le poids d’une couronne trop lourde. Une piste intéressante… mais qui, avouons-le, rappelle un peu trop ce que proposait déjà le premier film.
En réalité, la piste la plus inattendue, et donc la plus prometteuse, serait celle d’un choc émotionnel : Mérida rencontre enfin le grand amour. Personne ne s’y attendait, compte tenu de son tempérament sauvage et farouchement indépendant. Et la première à rejeter cette idée, c’est elle-même. Elle refoule ses sentiments, incapable d’admettre qu’elle puisse ressentir quelque chose d’aussi vulnérable… et de si profondément contraire à ses principes.
Cette dernière idée est sans doute celle qui nous emballe le plus, car elle permettrait d’élargir le propos du premier film, sans rester enfermée dans une structure trop rigide ou répétitive. L’exploration des émotions liées à l’amour naissant, à la peur de s’ouvrir, et au refus de sa propre vulnérabilité offrirait un nouveau regard sur Mérida, sans pour autant trahir son tempérament.
Une telle suite semble largement envisageable, tant sur le plan narratif que symbolique. Mais ce ne sera peut-être pas le choix prioritaire des créateurs, Rebelle n’ayant pas connu l’accueil critique et public aussi massif que d’autres titres du studio. Dans cette nouvelle stratégie d’alternance, Pixar pourrait logiquement donner la priorité à des univers à fort potentiel commercial, bien plus ancrés dans l’imaginaire collectif.
Vice-Versa 3
Vice-Versa fait partie de ces franchises absolument adoptées par le public. Il faut dire que l’idée de base repose sur un concept unique et immédiatement percutant : la personnification de nos émotions. Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégout vivent dans chaque esprit et dirigent nos réactions depuis un centre de contrôle.
Vice-Versa 2 nous présentait une nouvelle galerie émotionnelle, mais cela s’est fait avec un peu de forcing, il faut bien l’admettre. En effet, s’il est crédible que de nouvelles émotions, comme Anxiété, débarquent dans le quartier général des émotions de Riley alors qu’elle entre dans l’adolescence, on ne peut que s’interroger sur l’absence totale de ces émotions dans la tête des autres personnages lors des séquences du premier film. Les nouveaux personnages donnent un peu le sentiment de sortir de nulle part, et pour la première fois, Pixar semble accuser un certain manque de lisibilité dans les règles de son propre univers. Cela sonne comme une pirouette pratique, presque une erreur de cohérence.
Heureusement, on imagine que les auteurs ont trois trains d’avance sur nous et qu’ils ont déjà pensé à une manière de rendre la franchise entièrement cohérente avec un détail qui nous échappe pour le moment. Et c’est là que nous vient une évidence : un troisième Vice-Versa qui nous semble non seulement pertinent, mais indispensable.
Le dernier film de la trilogie pourrait en effet mettre en scène l’âge de la réconciliation intime. Riley, désormais jeune adulte (à l’image d’Andy dans Toy Story 3), apprend à maîtriser et comprendre ses émotions. Dans le Q.G., les émotions premières, Joie, Tristesse, Colère, Peur et Dégout, réalisent qu’il est temps de faire leurs adieux aux émotions secondaires, comme Anxiété et Ennui. Le tableau de bord retrouve alors une forme plus stable, en cohérence avec ce que nous avions vu dans la tête des parents dans le premier opus. Bien sûr, impossible d’ignorer Nostalgie, qui faisait des apparitions furtives dans le deuxième film. Vice-Versa 3 pourrait nous permettre de la découvrir pleinement, notamment à travers les émotions des grands-parents de Riley, chez qui Nostalgie tiendrait un rôle de premier plan.
Au-delà de la logique et du respect du concept, il faudra une véritable crise émotionnelle, à la hauteur des enjeux des deux premiers volets. Et dans ce domaine, deux thématiques semblent s’imposer naturellement : le divorce et le deuil.
Le divorce, d’abord, serait un sujet parfaitement en accord avec l’aura de la franchise. Contrairement à d’autres sagas où la séparation des parents semblerait trop cruelle (Les Indestructibles par exemple), ici, le thème pourrait être traité avec intelligence, sensibilité et humour. Même si la séparation se fait en bonne intelligence, Riley se retrouverait dans une situation difficile à vivre. C’est une réalité que vivent de nombreux enfants, et Vice-Versa 3 pourrait aider à dédramatiser ce bouleversement.
Autre piste crédible : le deuil, peut-être celui d’un grand-parent. Une situation douloureuse, mais qui s’inscrit dans l’ordre naturel des choses, et qui permettrait là aussi de donner plus d’espace à Nostalgie. Le film y gagnerait en profondeur, et pourrait retrouver cette capacité qu’a Pixar à toucher juste, sans lourdeur, ni mièvrerie.
Dans tous les cas, le sujet de cette suite devra être plus fort encore que ceux des deux premiers films : le déménagement de Riley dans le premier, puis sa volonté de s’intégrer dans son nouveau collège dans le deuxième. Chaque étape de sa vie a sa crise émotionnelle, et cette logique doit être respectée.
Pour le moment, rien n’a été annoncé, ce qui est normal, Vice-Versa 2 étant encore très récent. Inutile de se faire des nœuds au cerveau : un troisième opus arrivera, et il arrivera au bon moment. C’est comme si c'était écrit.
Le Voyage d'Arlo 2
Contrairement à Vice-Versa 3, il y a des suites beaucoup moins évidentes à envisager. On peine à croire, par exemple, qu’un Voyage d’Arlo 2 voie le jour. Et pour cause : à sa sortie, le film n’a pas laissé une empreinte forte dans l’histoire du studio. S’il n’a pas été un échec financier à proprement parler, il est souvent perçu comme le premier Pixar “faible” sur le plan artistique (hors Cars 2, qui avait déjà beaucoup divisé). Après une série ininterrompue de chefs-d’œuvre et de cartons mondiaux, Le Voyage d’Arlo marque un tournant : celui d’une nouvelle ère, moins linéaire et plus inégale, où chaque film ne garantit plus un triomphe automatique. En ce sens, c’est lui qui a rompu l’élan continu de Pixar.
On se prête tout de même au jeu de la suite, même si on présage qu’elle ne verra probablement jamais le jour. Et pour commencer, on imagine qu’un titre comme Le Voyage d’Arlo 2 serait peu inspiré, et pas vraiment porteur d’un impact marketing suffisant. Tout dépendra évidemment du contenu, mais s’il devait exister un second opus, il porterait sans doute un titre plus évocateur, comme Le Rêve d’Arlo, La Famille d’Arlo, ou toute autre déclinaison dans ce registre, plus intime, plus incarnée, adapté, et surtout moins générique.
Le film n'a pas vraiment laissé de fil narratif à tirer, ni d’univers suffisamment riche ou original pour susciter une extension naturelle. Arlo a achevé son voyage initiatique, surmonté sa peur, retrouvé le chemin de sa famille. Le récit fonctionne comme une fable autonome. L’univers des dinosaures dans un monde alternatif n’a pas été assez développé, une suite pourrait nous en apprendre plus sur cette préhistoire anachronique. Hormis Arlo et Spot, les autres personnages sont secondaires, voire oubliables. Il n’y a pas de communauté, de lieu central, ou de mythologie à approfondir. Il faudrait donc qu'une suite présente un nouveau personnage ou développe un lieu propice à de nouvelles aventures.
La meilleure piste serait sans doute un spin-off centré sur Spot. Où est-il né, comment s’est-il retrouvé seul, quelles ont été ses aventures avant sa rencontre avec Arlo ? L’idée laisse le champ libre à de nombreuses possibilités narratives, avec un angle plus sauvage, voire complétement muet.
Malheureusement, la force du film initial n’est pas suffisante pour soutenir un tel projet sur le plan commercial. Spot n’est pas devenu un personnage emblématique au point de porter une franchise à lui seul. Une prolongation du Voyage d’Arlo serait possible techniquement, mais elle manquerait de légitimité artistique, à moins d’un changement radical de perspective. Nous avons du mal à croire qu’un tel projet puisse voir le jour dans les prochaines années, et même au-delà. On le regrette pour Spot.
Coco 2
Annoncé pour 2029, Coco 2 réunira l’équipe créative originale du premier opus : Lee Unkrich, Adrian Molina, Mark Nielsen… Autant dire que le projet est entre de bonnes mains. Pourtant, s’il y a bien une suite qui suscite de la méfiance, c’est celle-ci. Coco se suffisait à lui-même, il était parfaitement équilibré, riche, poignant, et profondément ancré dans une tradition culturelle forte. Revenir sur cet univers sans l’affaiblir est un pari risqué.
À ce jour, aucun indice n’a été donné sur l’intrigue. Et on se demande bien où les auteurs comptent nous emmener. Un point reste tout de même intriguant : si le film conserve le titre annoncé, Coco 2, c’est peut-être que l’arrière-grand-mère de Miguel jouera encore un rôle central. Miguel pourrait la retrouver dans le monde des morts et, cette fois, avoir de réels échanges verbaux, en pleine conscience, avec elle. La fin du premier film laissait déjà entrevoir cette possibilité, en nous montrant une Mamá Coco rayonnante, enfin réunie avec ses proches. Mais au-delà de cette idée, quelles thématiques pourraient justifier un nouveau voyage dans le royaume des morts? La vérité a éclaté, l’équilibre familial a été rétabli, les tabous ont été levés… Difficile d’imaginer ce que Pixar nous réserve maintenant.
On ne sait pas encore sur quel ressort reposera la nouvelle intrigue, mais on sait déjà ce que l’on ne veut pas voir. Miguel ne devrait pas pouvoir aller et venir entre les mondes à sa guise, simplement parce qu’il a déjà « prouvé sa valeur », ou pire, parce qu’il bénéficierait d’un traitement de faveur. Le monde des morts est un lieu sacré, accessible uniquement dans des conditions mystérieuses. Le banaliser serait une erreur. Il ne faudrait pas non plus tomber dans la redite : Miguel qui traverse à nouveau le monde des morts, cherche des réponses, puis revient transformé. Cette structure narrative a déjà été exploitée avec brio dans le premier film. Refaire surgir un nouveau secret de famille ou un mensonge du passé risquerait également de décrédibiliser la fin du premier opus. Et enfin, faire de Mamá Coco un personnage récurrent, voire un guide permanent de Miguel, viendrait ruiner l’impact émotionnel de sa disparition… et affaiblir le sens même de l’hommage que constituait le premier film.
La musique sera une nouvelle clé de voûte pour l’histoire, avec bien sûr des airs aussi puissants et entrainants que dans le premier opus. Le scénario pourrait reposer sur un nouvel enjeu mémoriel : Miguel apprend l’existence de partitions inédites, écrites autrefois par Hector, mais jamais enregistrées ni jouées publiquement. Ces chansons oubliées constituent une part essentielle de l’héritage artistique de sa famille. Miguel y voit une occasion unique de réhabiliter pleinement le talent de son arrière-arrière-grand-père, encore trop souvent éclipsé par la célébrité volée d’Ernesto de la Cruz. Pour cela, il doit retourner dans le monde des morts, à la recherche de Mamá Coco, la seule capable de l’aider à retrouver ces œuvres enfouies dans les souvenirs. Mais la mémoire de la Mamá, lui fait défaut, aussi bien dans le monde des vivants qu’au cœur de l’au-delà.
Et si, dans un retournement à la fois drôle et profondément tendre, Mamá Coco avait tout simplement oublié qu’elle était morte ? Cette idée, à la fois absurde et bouleversante, ouvrirait un terrain émotionnel riche, où le rire et les larmes se mêleraient avec justesse. La question de la mémoire partielle, du droit à l’oubli, ou de la postérité artistique viendraient étoffer une intrigue sensible, tout en laissant à Pixar l’espace nécessaire pour raviver l’univers sans en briser l’équilibre. Ce point de départ offrirait un beau prolongement au thème central du premier film, la mémoire et la transmission, même s'il frôle manifestement la redite.
Enfin, une piste satisfaisante consisterait à inverser la dynamique de l’intrigue : cette fois, ce ne serait pas Miguel qui traverserait le pont vers le monde des morts… mais les morts qui s’inviteraient dans celui des vivants. Alertés par un danger qui pèserait sur leurs descendants, les ancêtres de Miguel (dont Hector, Mamá Imelda, et bien sûr Mamá Coco) décideraient de forcer le passage entre les mondes, au mépris des règles établies. On imagine des scènes où ils tenteraient de passer inaperçus, poursuivis par les gardiens du royaume des morts, dans un monde des vivants qu’ils ne comprennent plus tout à fait. L’intrigue se déroulerait alors principalement dans le monde tangible, mais un concours de circonstances ramènerait forcément Miguel au cœur du monde des ancêtres, tant il serait impensable de faire l'impasse sur ce décor foisonnant, signature du premier film.
Quoi qu'il en soit, l’univers du monde des morts devra être approfondie, au-delà de sa dimension visuelle festive. Le premier film esquissait déjà une hiérarchie implicite entre les défunts célèbres et les anonymes. La suite pourrait révéler une zone non présentée, un décor inédit offrirait aussi l’occasion d’explorer le fonctionnement de cette société de l’au-delà : rôles, responsabilités, routine. Les esprits pourraient aussi avoir un rôle plus important. La suite pourrait également approfondir les relations entre les personnages. La réconciliation entre Hector et Mamá Imelda mérite d’être développée, entre tendresse retrouvée et blessures anciennes. Quant à Ernesto de la Cruz, rien n’indique qu’il ait été totalement effacé : toujours célèbre, même pour les mauvaises raisons, il pourrait réapparaître, non comme un simple antagoniste, mais comme une figure déchue en quête de rédemption. En explorant ses failles, ses motivations et sa peur viscérale de l’oubli, Pixar pourrait offrir un portrait plus nuancé, loin du manichéisme rejeté, tout en enrichissant la mythologie de Coco avec une nouvelle densité émotionnelle.
Les auteurs ont certainement eu une idée lumineuse… qui nous échappe encore. Seul un véritable éclair de génie narratif pourrait prolonger cet univers sans tomber dans la redite ou donner l’impression d’un retour contraint. Le premier film touchait à une forme d’évidence, de complétude rare, en retrouver l’équilibre relèvera de l’exploit. Pour l’heure, aucun détail officiel n’a filtré sur le scénario. Il faudra donc prendre notre mal en patience… et espérer que la magie opère à nouveau.
En Avant 2
En Avant 2 semble bien plus facile à projeter… mais sans doute moins évident à justifier d’un point de vue économique. Lorsqu’il est question de “sécuriser” les sorties avec des suites, Pixar pense avant tout à ses franchises les plus populaires. Il faut aussi dire que sa sortie a été brutalement impactée par la pandémie de 2020. Cela a forcément nui à sa postérité culturelle.
Et pourtant, son univers hybride, entre high fantasy et quotidien dans une banlieue pavillonnaire, reste l’un des plus exploitables du studio. L’hommage aux jeux de rôle, les clins d’œil à la pop culture, la relation fraternelle : tout cela pose les bases d’un monde qui mérite d’être revisité. Une suite semble peu probable au cinéma, mais un format plus modeste (série ou spécial pour Disney+) semble être une piste plus évidente.
Si une suite venait à voir le jour, on doute fort qu’elle s’intitule simplement En Avant 2. Le titre original, Onward, n’était déjà pas d’une originalité renversante, même s’il portait en creux une belle symbolique. Mais surtout, comme Là-haut ou Ratatouille, ce titre ne semble pas avoir été pensé pour une éventuelle déclinaison. Une liberté qui semble désormais appartenir au passé, puisque les prochaines créations originales de Pixar seront sans doute calibrées pour accueillir des suites plus facilement.
Côté récit, une suite offrirait un terrain de jeu passionnant. Le monde d’En Avant, où la magie refait doucement surface dans une société modernisée, pose les bases d’un possible “choc des cultures”: tensions sociales, dérives magiques, résurgence de sortilèges oubliés… autant de pistes crédibles et séduisantes. Une nouvelle quête est évidemment incontournable, c’était le moteur du premier film, et ce genre d’aventure, hérité des jeux de rôle, n’a pas fini de livrer ses trésors narratifs.
Mais que reste-t-il à raconter autour de la figure du père ? Peut-être rien, justement. Le sujet a été traité avec une belle justesse émotionnelle. Cela laisserait alors la place à d’autres dynamiques : pourquoi pas la naissance d’une petite sœur, issue de l’union entre la mère et le centaure-sherif ? Ian endosserait alors, à son tour, le rôle de grand frère. Un miroir intéressant de sa propre relation avec Barley, qui, lui, aurait peut-être quitté la maison. Une manière douce et pertinente de continuer à explorer les liens fraternels, thème central du premier opus.
Enfin, la suite pourrait nous emmener vers de nouvelles contrées : une autre région, un voyage, ou même des lieux secrets révélés par la magie elle-même. L’univers visuel, qu'on pourrait qualifier de purple fantasy, pourrait s’ouvrir à d’autres inspirations : artefacts maudits, créatures mythiques inédites, exploration des sciences alchimiques, ou même assignation de “classes” façon RPG (mage, archer, guerrier…).
À bien y réfléchir, En Avant est peut-être l’une des franchises Pixar les plus faciles à prolonger sans en trahir l’esprit. Encore faudrait-il que le public en redemande.
Soul 2
Nous voilà face à l’un des plus grands dilemmes de cette chronique. Soul, qui est un chef-d’œuvre, un film pensé presque comme une lettre adressée aux spectateurs ayant grandi avec Pixar, devenus adultes, et prêts à accueillir un récit existentiel. Il atteint un sommet de maturité narrative, de beauté visuelle et de profondeur philosophique, et, à bien des égards, il incarne mieux que tout autre film Pixar cette capacité unique à vulgariser des notions métaphysiques complexes sans jamais perdre de vue l’émotion, la tendresse, ni le plaisir de raconter.
Et pourtant… aussi redoutée soit-elle, une suite pourrait se justifier. L’univers du Grand Avant regorge encore de promesses narratives. Il reste tant à explorer : les superstitions, la réincarnation, le libre-arbitre, la chance, la fatalité, ou même l’essence même de la vie. Une suite pourrait développer les règles internes de ce premier paradis abstrait, et ouvrir la porte à de nouvelles dimensions du "moi", en interrogeant plus profondément notre rapport à l’identité, au choix ou à la vocation.
Mais si l’univers invite à la prolongation, l’histoire des personnages, elle, semble achevée. Les arcs de Joe et 22 sont profondément personnels, intimement liés à la structure même du film. Imaginer un nouveau déséquilibre cosmique, une raison de les faire revenir dans le Grand Avant, risquerait de sonner creux. Un simple prétexte scénaristique. Et puis, Soul a une fin parfaite. Émotive, cohérente, bouleversante sans être démonstrative. Difficile de faire mieux. Voire dangereux de vouloir le faire.
Même le titre fonctionne comme un tout. Il incarne à la fois l’âme humaine et le jazz, la passion de Joe. Un Soul 2 serait difficile à intituler. "Jazz", "Rock", "Pop" ? Rien ne semble aussi juste. (Même si, à bien y réfléchir, Rock collerait plutôt bien à 22...)
Cela dit, l’univers a déjà connu une extension avec 22 contre la Terre, un court préquel attachant, centré sur le personnage de 22.
Et si la solution se trouvait là ? 22 pourrait avoir droit à son propre long métrage. Son cynisme comique et sa vivacité en font une héroïne redoutablement efficace. On imagine alors une intrigue racontant sa vie sur Terre : de sa naissance à ses premières découvertes, en quête de cette flamme intérieure propre à chaque être humain, raconté dans le premier film. Une manière de poursuivre l’univers sans abîmer le premier volet.
Évidemment, il faudrait trouver un moyen cohérent de renouer, même partiellement, avec le Grand Avant, afin de conserver un lien tangible avec la franchise. Mais c’est peut-être là que réside le défi ultime : comment prolonger Soul sans redondance? Pixar a déjà prouvé qu’il pouvait relever ce genre de défi. Encore faut-il une idée à la hauteur.
Luca 2
Imaginer une suite à Luca semble relativement aisé. Le premier film abordait avec subtilité des thèmes universels : l’amitié, l’ouverture au monde, l’acceptation de soi. Il se concluait sur une séparation douce-amère : Luca monte dans un train pour découvrir l’école, tandis qu’Alberto, par choix sincère, reste à Portorosso et commence une nouvelle vie aux côtés de Massimo. Une suite pourrait alors naturellement s’inscrire dans la continuité de cette séparation.
Le premier réflexe serait de centrer cette suite sur Alberto, pourquoi pas un film intitulé Alberto, en miroir de Luca, pour lui accorder la même tendresse. Malheureusement, cette piste a déjà été partiellement explorée avec le court-métrage Ciao Alberto, qui montrait le jeune garçon s’épanouir dans son quotidien avec Massimo. Un format court, certes, mais qui entame déjà cette proposition.
L’alternative la plus crédible serait donc celle des retrouvailles estivales, où Luca, de retour pour les vacances, retrouve Alberto. Mais les choses ont changé. Leurs chemins ont commencé à diverger. Alberto, désormais un peu plus mûr, serait peut-être pris dans un début d’histoire amoureuse inattendue avec Giulia. De son côté, Luca, plus studieux et absorbé par ses découvertes scolaires, s’éloignerait malgré lui de ses origines marines, voire en éprouverait une forme de gêne.
Une suite pourrait alors explorer la fragilité des amitiés d’enfance, la difficulté de grandir sans se perdre, et l’importance de renouer avec ses racines, dont on peux parfois avoir honte. Ces tensions, douces mais douloureuses, seraient au cœur d’une émotion juste, dans la continuité du ton du premier film.
Autre piste : celle d’un film plus "terrestre", ancré dans la vie scolaire de Luca. Celui-ci découvre l’école, ses défis, ses joies, mais aussi le poids du secret qu’il doit garder : sa véritable nature. Giulia, elle aussi, fréquenterait cette école, mais serait marginalisée, jugée trop "différente". Et un jour, grande surprise : Alberto débarque à son tour, comme nouvel élève. Isolé, dépassé, il chercherait à s’intégrer, mais surtout retrouvé ses amis qui lui accordait tant d'intérêt.
Ce postulat permettrait à chacun des trois personnages d’évoluer dans un cadre nouveau, plus identifiable encore pour le jeune public, mais toujours traversé de tendresse et d’acceptation de soi. L’histoire de Luca ne semble pas totalement close, au contraire, elle offre un terrain fertile pour une suite douce et introspective.
Alerte Rouge 2
Voici un autre film dont la suite semble particulièrement difficile à envisager. Alerte Rouge, aussi audacieux que singulier, repose sur un concept fort : la métaphore des bouleversements hormonaux de l’adolescence, et plus précisément l’arrivée des règles chez les jeunes femmes. Un sujet jamais traité en animation grand public, mais qui est ici transposé avec intelligence et humour dans un récit fantastique, où le panda roux devient l’allégorie de cette transformation.
Le film réussit un double pari : il parle aux adultes qui en comprennent immédiatement le sous-texte, tout en restant accessible et drôle pour les plus jeunes, qui peuvent profiter de l’aventure sans gêne ni besoin d’explication. C’est là l’une des grandes forces du film. À cela s’ajoute un autre thème cher à Pixar : les relations familiales, ici marquées par le lien toxique et ultra-contrôlant entre Mei et sa mère, Ming.
Mais une fois ce concept exprimé, difficile d’imaginer une nouvelle crise hormonale justifiant un deuxième opus. On ne fera pas l’affront à Mei en la projetant aux prises avec la ménopause, et un petit frère qui vivrait une des mutations que l'on connait chez les jeunes hommes n'est pas recevable, car le film explique que la présence du panda roux est une malédiction qui ne concerne que les femmes de la famille. Quant a la raison du retour du panda roux, elle serait nécessairement artificiel sans un nouvel événement déclencheur d’une ampleur équivalente. C’est pourquoi une suite directe semble peu probable (d’autant que le film, malgré ses qualités, n’a pas rencontré un accueil unanime).
Cela dit, Alerte Rouge possède un véritable atout narratif pouvant être exploité : la jeunesse de Ming Lee. On sait que la mère de Mei a elle-même vécu une transformation bien plus violente que celle de sa fille. Une préquelle s’imposerait donc comme la meilleure option. En changeant d’époque et de décor, pourquoi ne pas imaginer un retour au Japon, en faisant des Lee une famille de futurs émigrés, le film pourrait explorer l’histoire de Ming, son adolescence dans un autre cadre, sa rencontre avec le futur père de Mei, et surtout la naissance incontrôlée de son panda roux géant.
Ce nouveau récit permettrait de traiter une autre forme d'émotion vive, pourquoi pas la jalousie, en prolongeant le sous-texte autour de la frustration. Le tout dans une ambiance plus introspective, où le panda deviendrait une créature redoutable, tout à fait incontrôlable, symbole d’un mal-être plus profond. Une occasion rêvée de compléter l’univers tout en explorant d’autres facettes du même mythe.
Bien sûr, ce ne sont sans doute que de vaines projections, car nous ne croyons pas vraiment en la pérennité d’un tel projet, mais sait-on jamais...
Élémentaire 2
La mise en œuvre d’une suite à Élémentaire semble tout à fait pertinente, à la fois d’un point de vue créatif et stratégique. À première vue, on pourrait penser que le film n’a pas rencontré suffisamment de succès pour justifier un second opus. Mais ce serait oublier un point essentiel : Élémentaire n’est pas un échec. S’il a connu un démarrage timide, il a su redresser la barre grâce au bouche-à-oreille et de bons chiffres à l’international. Résultat : une carrière en salles respectable, et un capital sympathie croissant avec le temps.
Par ailleurs, Pixar entre dans une ère où chaque franchise compte. Et dans cette perspective, relancer une œuvre comme Élémentaire pourrait envoyer un signal fort : celui de la résilience et de la confiance en une idée. Rappelons que certains des plus grands films de l’histoire du cinéma ont vu leur suite surpasser l’original: Toy Story 2, évidemment, mais aussi Terminator 2 ou Le Parrain 2. Imaginer une suite mieux reçue que le premier volet est le Saint Graal du monde du Cinéma.
L’univers du film s’y prête d’ailleurs à merveille. À la manière de Zootopie chez Disney, Element City regorge de possibilités : de nouveaux quartiers, des problématiques sociales à explorer, et une galerie de personnages inédits à introduire. Sur le plan narratif, la romance “impossible” entre Flack et Flam est un terreau fertile. À condition de ne pas l’enfermer dans des clichés (inutile de précipiter une intrigue autour d’un bébé hybride, par exemple…), les auteurs pourraient explorer des défis nouveaux pour ce couple hors normes.
Plusieurs perspectives sont particulièrement riches. La plus évidente : une nouvelle crise élémentaire, qu’elle soit sociale (tensions entre quartiers, rejet de certains éléments) ou naturelle (orage gelé, tempêtes de feu…). Mais c’est surtout l’évolution du couple d'amoureux qui offre un potentiel scénaristique prometteur. Leur relation naissante pourrait s’enrichir d’une vie commune, avec toutes les difficultés liées à leurs différences. Comment s’accorder au quotidien quand tout semble les opposer ? La question de la cohabitation deviendrait alors centrale, dans un discours sensible sur les concessions mutuelles, la tolérance, et l’importance de construire un terrain d’entente. Enfin, un mariage pourrait servir de moteur narratif explosif, en confrontant les deux familles : traditions, incompréhensions, embarras culturels… Un terrain de discorde idéal pour une comédie de mœurs colorée, doublée d’un message fort sur l’acceptation de l’autre, même (et surtout) quand il est radicalement différent.
D’un point de vue commercial, le film pourrait aussi bénéficier d’une belle revanche. Ceux qui sont passés à côté du premier épisode auront eu le temps de le découvrir en streaming, et Élémentaire 2 deviendrait une suite “rassurante”, un terme désormais prisé par Disney et Pixar qui attire le public par la familiarité de son univers et la promesse d’un second souffle.
Elio 2
Enfin, dernier-né du studio, Elio raconte l’ascension d’un jeune garçon nommé ambassadeur de la Terre auprès d’une coalition intergalactique. Un postulat de science-fiction réjouissant... et frustrant à la fois, tant le film peine à rencontrer son public. Il est évidemment trop tôt pour juger de l’avenir d’une éventuelle suite, mais financièrement, le signal est pour l’instant peu encourageant. Pixar privilégiera sans doute d'autres titres.
Et pourtant… l’univers d’Elio se prête parfaitement à une expansion. Dans une suite, l’enfant pourrait vivre de nouvelles aventures galactiques, à la découverte d’une planète lointaine ou d’une menace tapie dans l’ombre. Pourquoi pas sur Terre même ? On pourrait imaginer des extraterrestres infiltrés parmi nous, à la manière des Men in Black, mais avec des intentions troubles. De par son expérience, Elio parviendrait à les démasquer, accompagné de son ami Glordon, dont il est resté proche, comme le laissait voir la fin du film.
Et puis, comme toujours chez Pixar, le cœur du récit devra rester familial. Si Elio abordait déjà la relation "mère"-fils avec tendresse, la suite devra explorer un nouveau pan de ce thème central.
Un antagoniste plus marqué pourrait aussi enrichir l’intrigue, renouant avec l’esprit des grands récits d’aventure interstellaires.
Les pistes sont nombreuses, et l’univers ne demande qu’à s’étoffer. Mais à ce jour, un Elio 2 reste parfaitement improbable. Si vous souhaitez qu’il voie le jour, la meilleure chose à faire… c’est d’aller voir le premier.
Panorama des possibles
Au terme de ce grand tour d’horizon, trois catégories semblent naturellement se dégager. Il y a d’abord les suites prévisibles, voire inévitables, tant leur potentiel narratif reste fort et leur succès public incontestable :
- Vice-Versa 3
- Luca 2
- Élémentaire 2
Ensuite viennent les suites que l’on redoute, parce qu’elles menacent de trahir des œuvres closes, dont l’équilibre fragile ne supportera peut-être pas un prolongement artificiel :
- Rebelle 2
- Coco 2
- Soul 2
Enfin, restent les suites peu probables, qu’elles soient compromises par un accueil mitigé, par une identité trop singulière, ou par des résultats commerciaux incertains.
- Le Voyage d'Arlo 2
- En Avant 2
- Alerte Rouge 2
- Elio 2
L’ère des suites est lancée
Notre exploration des suites Pixar s’achève ici. Après avoir balayé les franchises historiques dans une première partie, nous avons voulu donner toute leur place aux œuvres plus récentes, plus singulières, parfois moins consensuelles, mais tout aussi dignes d’intérêt. Certaines idées de suites nous paraissent crédibles, d'autres franchement improbables, et pourtant, dans le contexte actuel de Pixar, aucune hypothèse ne semble complètement à écarter.
Les prochaines années nous diront si nous avons vu juste… ou non. Quelques-uns de ces films finiront par être annoncés et produits, et quand ce jour viendra, il sera passionnant de relire ces projections, de voir si l’intuition s’est vérifiée, ou si les studios auront trouvé des voies inattendues, bien plus brillantes (ou bien plus discutables) que tout ce que nous avons pu imaginer ici.
Chez CineAnimation, nous continuerons toujours d’appeler de nos vœux des films originaux. Si les suites peuvent être passionnantes lorsqu’elles sont bien pensées, rien ne remplace la fraîcheur d’un univers entièrement neuf, porté par une idée forte et singulière. Pixar nous a offert ses plus grandes émotions à travers des concepts inédits, de WALL-E à Soul, en passant par Là-haut ou Vice-Versa. C’est dans cette audace narrative que réside la véritable identité du studio. Nous espérons que, malgré cette nouvelle stratégie, Pixar n’oubliera jamais que sa force première… c’est l’originalité.
Une chose est sûre : Pixar entre dans une ère de continuité. Les suites feront désormais partie intégrante de son fonctionnement. Alors, même si certaines annonces futures nous inquiéteront sans doute, nous choisissons d’accorder notre confiance aux artistes de Pixar. Ils ont toujours été le cœur battant, et c’est à eux que revient la mission de prolonger ces univers avec justesse et sincérité. À nous, désormais, de les accueillir… et de les apprécier.