Nous avons imaginé les prochaines suites Pixar - Partie 1
Pixar Animation Studios officialise un tournant stratégique majeur : désormais, chaque nouvelle création originale devra alterner avec une suite d’une franchise existante. Nous nous sommes donc amusés à imaginer à quoi pourraient ressembler ces futures suites — entre excitation… et, parfois, un peu d’appréhension, il faut bien l’admettre.
Note au lecteur : cette chronique contient des spoilers
Chez Pixar, l’heure est aux arbitrages. Longtemps considéré comme le fer de lance de l’animation créative et audacieuse, le studio fondé en 1986 semble aujourd’hui devoir composer avec une réalité économique cruciale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Elio, malgré une idée de départ originale et des retours critiques globalement positifs, enregistre un démarrage bien en deçà des attentes. Tout comme Élémentaire en 2023, qui avait lui aussi connu une sortie difficile, avant de rattraper partiellement son retard à l’international.
Ces revers successifs des projets originaux ont fini par provoquer une réévaluation de la stratégie du studio. Comme l’a annoncé Pete Docter, directeur créatif de Pixar, l’objectif désormais est clair : limiter les risques. Et cela passe par une alternance systématique entre films originaux et suites de franchises établies, qui rencontrent quasi-systématiquement le succès.
Le studio ne renonce pas à l’originalité, mais cette annonce officielle entérine une tendance déjà perceptible : depuis quelques années, le catalogue Pixar alterne effectivement entre créations nouvelles (Luca, Soul, Alerte Rouge) et suites, ou spin-off, plus ou moins attendus (Les Indestructibles 2, Buzz l’Éclair, Vice-Versa 2).
Mais alors, quelles suites méritent vraiment de revenir sur grand écran ? Lesquelles portent un potentiel réel de prolongement narratif ? Et, à l’inverse, lesquelles risqueraient de ternir l’héritage des films d’origine ? C’est à ces questions que nous tenterons de répondre ici. Entre attente et appréhension, espérance et lucidité, voici notre projection des suites Pixar à attendre... ou à redouter.
Pour établir cette analyse, nous avons dressé une liste de chaque franchise du studio. Pour chacune, nous imaginons comment l’univers pourrait s’étendre, s’il s’agit d’une bonne ou d’une mauvaise idée… et surtout, si la piste semble réellement probable.
Toy Story 5... et au-delà
Depuis sa naissance en 1995, la franchise Toy Story n’a cessé de renforcer son statut de saga initiale chez Pixar, enchaînant les réussites critiques, publiques et artistiques. Ce qui, au départ, semblait une trilogie parfaite a finalement trouvé une prolongation cohérente avec un quatrième film qui se conclu par la séparation de Woody et Buzz. Beaucoup y voyaient une conclusion élégante et définitive. Et pourtant, en 2023, Bob Iger annonçait officiellement le développement d’un Toy Story 5, une annonce qui a immédiatement suscité un mélange d’enthousiasme, de surprise, et parfois de scepticisme. La sortie du film est prévue pour l'été 2026.
Pixar semble avoir trouvé une piste thématique forte pour justifier cette nouvelle aventure : la confrontation des jouets avec l’omniprésence des écrans. D’après les premières images conceptuelles, Bonnie est désormais plus âgée, absorbée par sa tablette ou son ordinateur portable, reléguant ses jouets au second plan. Cette situation pose un véritable défi à Buzz, Woody et les autres, eux qui ont toujours vécu pour l’imaginaire de l’enfant. Comment continuer à exister dans un monde où l’attention des enfants est happée par le numérique ? L’idée s’inscrit dans la tradition Pixar : traiter des enjeux contemporains à hauteur de jouet.
Alors pourquoi ne pas aller plus loin ? Si Toy Story 5 s’inscrit dans la continuité qualitative des précédents volets, l’idée d’un Toy Story 6 devient absolument plausible avec l'annonce de cette nouvelle politique. D’un point de vue structurel, cela permettrait d’équilibrer la saga en deux trilogies : la première centrée sur Andy, la seconde sur Bonnie et l’évolution du monde du jouet. Si Pixar parvient à faire de ce cinquième film une étape forte, sans redite ni nostalgie forcée, alors un sixième épisode pourrait servir de point d’orgue à cette nouvelle ère.
Difficile de se projeter sur un scénario avec deux trains d’avance, mais au vu des thématiques traitées jusque-là, on se demande si Pixar n’ira pas encore plus loin dans ses interrogations philosophiques. L’intégration de Fourchette dans Toy Story 4 nous interrogeait déjà sur la nature profonde d’un jouet : qu’est-ce qui confère la conscience ? Cet opus semble suggérer qu’un jouet, quel qu’il soit, peut « s’éveiller » dès lors qu’il reçoit l’amour et l’attention d’un enfant.
Un sixième Toy Story pourrait, pourquoi pas, explorer la question des jouets connectés. Un objet programmé peut-il développer une forme d’âme au contact d’un enfant ? Une piste fascinante, mais sans doute déjà effleurée dans le cinquième film à travers la thématique des écrans. On peut donc imaginer que Pixar choisira un angle plus tranché pour le film suivant.
Le thème de l’opulence et de la surconsommation pourrait offrir un terrain fertile : des jouets se retrouveraient dans la chambre d’un « enfant roi », suréquipé, ultra-gâté, mais émotionnellement distant. Trop de jouets, trop de choix, aucun lien. Pour ces jouets oubliés, perdus dans une chambre où rien n’a de valeur, l’enjeu serait de retrouver un sens à leur existence, de susciter un attachement réel chez un enfant saturé de tout. Une inversion totale du postulat initial de la saga.
Et puis, il y a la question des spin-off, déjà ouverte en 2022 avec Buzz l’Éclair. Si le film n’a pas été un succès critique majeur, il n’en demeure pas moins un projet conceptuellement audacieux : une mise en abyme où le film visionné par Andy devient l’origine du jouet qu’il aimera. Une franchise dans la franchise, vertigineuse d’un point de vue méta, notamment en animation.
Si le succès avait été plus retentissant, une suite aurait été envisageable sans difficulté. Et pourquoi pas une autre idée du même genre ? On pense notamment à Woody, dont l’univers fictif a déjà été esquissé dans Toy Story 2 avec Woody’s Roundup, une série de marionnettes façon western des années 1950. Un spin-off sous forme de pastiche des séries live de l’époque, avec Jessie, Pile-Poil et Papi Pépite, dans un univers sépia, entre décors en carton-pâte, bruitages exagérés et narration à épisodes. Trop ambitieux pour une sortie cinéma ? Peut-être. Mais l’idée pourrait surgir sous forme de série pour Disney+, moins risquée financièrement… On peut être certain que l’idée a dû être évoquée par les auteurs de chez Pixar.
Quoi qu’il en soit, force est de constater que Toy Story a toujours su prolonger le spectacle avec justesse. Il ne reste plus qu’à espérer que la suite (et les suivantes) soit à la hauteur de son héritage.
2001 Pattes
Comparé au reste du catalogue, le deuxième long-métrage produit par Pixar, 1001 Pattes, est une histoire un peu plus conventionnelle, mettant en scène une colonie de fourmis persécutée par de terribles cigales, sur des thématiques d’oppression, de rébellion et du pouvoir du collectif. La force du film réside dans sa représentation d’un microcosme vivant, qui donne au public l’impression d’avoir rétréci dans un univers miniature, générique mais confortable.
Si 1001 Pattes, et son équivalent chez DreamWorks, Fourmiz, ont relancé le modèle des aventures secrètes qui se déroulent au cœur de nos jardins, il est clair que ce genre a été largement exploité dans les années 2000, et que le principe ne peut plus vraiment être considéré comme innovant aujourd’hui. Pourtant, l’univers de 1001 Pattes regorge de potentiel et se prête parfaitement à une suite. Les nouveaux enjeux peuvent être très actuels : notamment en ce qui concerne le changement climatique, un thème presque évident si l’on envisage une suite, mais parfaitement légitime.
Si les auteurs restent ancrés dans un cadre purement naturel (sans humain), un deuxième épisode pourrait confronter la colonie à un antagoniste « divin » : la sécheresse ou les inondations. Leur petite île, jusqu’ici préservée, serait submergée, les poussant à l’exode. On aurait alors un récit de migration. Le film pourrait aussi explorer une piste moins anxiogène, en abordant la cohabitation entre insectes et humains : leur paradis naturel serait progressivement grignoté par l’expansion urbaine. Les fourmis apprendraient à vivre avec l’activité humaine, ses opportunités… et ses menaces. L’implication de nouveaux antagonistes issus du microcosme serait sans doute une redite, et Pixar chercherait probablement un prolongement plus actuel que l’affrontement du premier film.
Malheureusement, une suite semble peu probable à court terme. Sorti en 1998, le film n’a jamais eu l’aura critique ou commerciale d’un Toy Story. Pourtant, dans un contexte de remise en question créative pour le studio, l’idée d’un retour aux sources pourrait séduire. Et les fans de la première heure, eux, seraient peut-être au rendez-vous.
Monstropolis
Après Monstres & Cie et sa préquelle Monstres Academy, l’univers de Monstropolis continue de séduire avec la série dérivée diffusée sur Disney+. Une deuxième suite ne serait donc pas surprenante… et pourrait bien rencontrer un joli succès.
Difficile de se mettre d’accord sur ce que pourrait être le nom de ce troisième film, étant donné que les deux premiers reprennent les noms des lieux emblématiques où se déroule l’action : Monstres & Cie, le nom de la société de la plus grande usine de traitement de cris de la ville, et Monstres Academy, celui de l’école des monstres. Le nom de cette suite ne devrait donc logiquement pas s’intituler Monstres & Cie 3, mais être dérivé d’un autre endroit-clé de Monstropolis. Nous ne sommes pas scénaristes chez Pixar, et l’inspiration nous fait défaut, ce sera donc Monstropolis, pour ce que l’on imagine comme une conclusion mettant la ville des monstres à l’honneur.
Le film devrait aussi s’inscrire dans une nouvelle époque, tout comme Monstres Academy revisitait le passé de nos héros. Bob et Sully seraient désormais deux figures majeures de Monstropolis : Bob occupe toujours la direction de l’usine des rires, tandis que Sully est devenu maire de la ville. Amis de toujours, ils sont aussi devenus pères. Mais si leurs familles sont unies, leurs enfants, eux, n’ont rien en commun. Lors d’une sortie scolaire à la mairie, leurs enfants activent accidentellement un ancien prototype de porte, exposé dans le hall d’honneur. Les voilà propulsés dans le monde des humains, bien décidés à retrouver Boo, cette humaine qui a autrefois marqué la vie de leurs papas. Ce qui devait être une simple excursion tourne à la crise. Entre pression médiatique et enjeux politiques, Bob et Sully se déchirent : l’un veut agir vite pour secourir les enfants, l’autre préfère gérer la situation sans éclaboussure publique — quitte à perdre un temps précieux.
Le film explorerait les tensions politiques, la transmission entre générations et la difficulté de laisser ses enfants grandir. Une intrigue à double lecture, mêlant émotion et aventure, pensée pour toucher autant les enfants que leurs parents (ces mêmes adultes qui, pour beaucoup, ont découvert Monstres & Cie dans leur propre enfance). Bien sûr, tout cela sans jamais perdre de vue l’humour qui a fait le succès de la franchise.
Parmi les autres pistes, on pense a une intrigue autour du CDA (Child Detection Agency), cette unité d’intervention en combinaison jaune déjà présente dans le premier film. La suite pourrait alors s’intituler Monstres Agency. L'intrigue pourrait aussi se déroulait dans une caserne ou autour d’un service d’urgence, avec un titre comme Monstres Secours. Quoi qu’il en soit, le choix du titre ne sera pas anodin : il devra refléter la nouvelle orientation narrative du film, tout en restant fidèle à l’identité de la franchise.
Cette suite est tout à fait envisageable… et même assez prévisible. Le défi pour Pixar serait de proposer une histoire fidèle à l’ADN des deux premiers films, tous deux construits autour du parcours professionnel des personnages (le premier abordait aussi les crises industrielles et la peur de l’autre, tandis que le second retraçait leur parcours scolaire et l’origine de leur duo). Un troisième film devrait donc s’inscrire dans une nouvelle étape de leur vie : non plus les débuts, ni l’apogée, mais peut-être l’âge de la transmission. Une suite directe semble peu probable, mais une histoire se déroulant des années plus tard aurait du sens, dans un cadre inédit.
Impossible de deviner où l’imagination des auteurs de Pixar pourrait nous mener. Mais s’il devait y avoir un Monstres & Cie 3, il ne pourrait pas se contenter d’un prolongement mécanique. Il devrait rester fidèle à l’ambition thématique et à la profondeur qui font le sel de cette saga, avec l'intelligence contextuelle que l'on attend d'un tel projet.
Le Monde de Marin
Nemo, Dory et Marin ont bien évidemment le potentiel de réunir les foules autour d’un troisième film, avec une nouvelle histoire en accord avec ce qui a été fait auparavant dans cet univers.
C’est sans doute l’une des suites les plus probables à court ou moyen terme, car Pixar va certainement continuer de puiser dans ses univers les plus emblématiques — et celui du Monde de Nemo en fait incontestablement partie. L'environnement sous-marin, riche, visuellement spectaculaire et porteur d’un message écologique fort, se prête parfaitement au jeu de la continuité. Ce serait aussi l’occasion de compléter une trilogie cohérente, tant sur le plan narratif que marketing. Après Le Monde de Nemo, puis Le Monde de Dory, pourquoi ne pas imaginer Le Monde de Marin ? Le troisième pilier du trio retrouverait ainsi toute la place qu’il aurait dû occuper dans la première version du film (remaniée, comme nous l’apprennent les making-of).
Dans le premier film, Marin partait à la recherche de Nemo. Dans le deuxième, Marin et Nemo partaient à la recherche de Dory. Dans le troisième, Nemo et Dory partiront peut-être à la recherche de Marin. Ce serait une suite logique, pas franchement surprenante, mais probablement noyée dans une avalanche d’idées suffisamment fortes pour nous faire oublier cette mécanique apparente. D’ailleurs, lorsqu’on revoit Le Monde de Dory, on oublie assez vite la quête de Marin et de Nemo ; les auteurs préfèrent attirer notre attention sur la quête personnelle de Dory, bien plus intime, plus sensorielle, et plus émotive. Si Le Monde de Marin doit exister un jour, nul doute que la quête intérieure primera sur l’enjeu de surface.
L’idée d’un exode sous-marin ou d’une station pétrolière qui menace l’équilibre du récif nous paraît un peu trop facile, mais ce sont des pistes qu’on ne peut pas écarter, surtout lorsqu’on sait que les auteurs Pixar ne se contentent jamais d’une seule idée. Souvent, plusieurs thématiques s’entrelacent pour créer un impact émotionnel plus fort. Évidemment, les auteurs iront chercher bien plus loin pour nous surprendre. Ainsi, les personnages connaîtront une évolution personnelle, en marge d’un contexte nouveau bien établi (comme l'Institut de la vie marine dans Le Monde de Dory, qui servait de décor inédit à la quête intime de Dory, partie sur les traces de ses parents oubliés).
Cette nouvelle histoire pourrait être plus mature, centrée sur la transmission et la fragilité du vivant. Marin et Nemo arriveraient à une nouvelle étape de leur vie de famille : l’indépendance du fils, qui raviverait les angoisses de ce papa poule (et non pas clown). Parmi les autres idées automatiques, nous pensons à la barrière de corail qui se meurt : l’idée est parfaitement géolocalisée, car le cadre spatial est situé en Australie, dans l’un des écosystèmes marins les plus célèbres… et l’un des plus menacés. D'ailleurs c'est le lieu même où vivent Nemo et ses amis. Le thème serait adapté et actuel. Le sujet de la préservation marine est évident, mais présente un potentiel certain.
Un nouveau personnage devra immanquablement créer une situation de crise. Peut-être une amoureuse pour Nemo, qui serait le déclencheur de cette nouvelle quête d’indépendance. Quoi qu’il en soit, le sujet central devra rester d’ordre familial, comme c’était le cas dans les deux premiers films. Sans cela, on risquerait de perdre l’âme de la franchise.
L’univers marin, aussi fascinant soit-il, reste difficile à décliner : sous l’eau, tous les décors finissent par se ressembler. Ce n’est d’ailleurs peut-être pas un hasard si la majeure partie de l’action du deuxième film se déroule dans un institut de la vie marine… souvent même en dehors de l’eau. Le Monde de Dory se distingue du premier film grâce à ce cadre spatial différent. Cette suite ne pourra donc pas entièrement se passer sur la barrière de récifs. Les poissons devront sans doute nager vers des eaux jusque-là inexplorées, mais les épaves ont déjà été visitées, le grand large aussi, tout comme les aquariums, le port de Sydney, ou encore les abysses… On se demande donc quels nouveaux lieux pourraient véritablement se distinguer.
L’idée d’une zone marine polluée s’impose presque naturellement. Peu connue du grand public, une « île » de déchets plastiques existe bel et bien dans les eaux du Pacifique Sud, entre l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Amérique du Sud. Il ne s’agit pas d’un amas solide, mais d’un vaste territoire flottant, composé de microplastiques, de filets, de résidus humains, et de débris portés par les courants. Un environnement chaotique, désorientant, mais visuellement saisissant. Dans un tel cadre, Pixar pourrait imaginer une faune marine ayant dû s’adapter à la présence envahissante de l’homme : objets recyclés en habitats, espèces blessées ou transformées, équilibre rompu. Ce décor offrirait un miroir parfait aux angoisses de Marin, un monde en perdition, où tout semble abandonné, y compris lui. Ce serait aussi un contexte propice à la rencontre de nouveaux personnages marginaux, loufoques, ou cabossés, comme souvent dans la tradition Pixar. Aborder la question de la pollution océanique à hauteur de poisson serait à la fois naturel, pertinent, et profondément dans l’air du temps.
Si Pixar parvient à rester fidèle au ton émotionnel et poétique des deux premiers volets, tout en embrassant les enjeux contemporains, alors cette suite a tout pour rejoindre l’étagère des grands films du studio.
Les Indestructibles 3, mais encore ?
Les Indestructibles 3 a déjà été annoncé, mais il n’a pas encore de date de sortie officielle. Tout ce que l’on sait à ce jour, c’est que Brad Bird, réalisateur des deux premiers volets, ne reprendra pas la mise en scène de ce troisième opus. C’est Peter Sohn qui prendra le relais (réalisateur du Voyage d’Arlo et d’Élémentaire). À ce stade, aucun détail d’intrigue n’a filtré. Mais si l’on suit la logique établie par la saga, on peut s’attendre à une introduction directement calée sur la scène de clôture du deuxième film, comme cela avait déjà été fait entre le premier et le deuxième volet. Rien de surprenant jusque-là.
Pour rappel, les supers retrouvent leur légitimité aux yeux du public, car la loi anti-super-héros est levée. Tandis que les Parr sont en civil, prêts à aller au cinéma avec Tony, le garçon dont Violette est amoureuse, un braquage se produit dans la rue. Les super-héros repartent alors en mission.
Mais la véritable question est ailleurs : quel événement viendra bouleverser la vie (à peine) ordinaire de la famille Parr ? Quel ressort familial, quel défi parental, quelle crise domestique pourra résonner avec la réalité de Monsieur et Madame Tout-le-Monde ? Car si la saga fonctionne si bien, c’est parce qu’elle ancre ses super-héros dans le quotidien : fatigue, conflits, surcharge mentale, déséquilibres dans le couple… autant d’éléments que l’on retrouve dans n’importe quelle famille. Et c’est précisément ce contraste entre l’extraordinaire et l’intime qui fait toute la force des Indestructibles.
Le deuxième film avait brillamment inversé les rôles traditionnels de la famille, avec une Hélène en pleine mission de terrain, pendant que Bob peinait à gérer la maison, les devoirs, les colères et les couches. Une inversion subtile mais puissante, qui posait un regard moderne sur la parentalité et la charge mentale. Le troisième film devra, lui aussi, trouver une nouvelle crise du quotidien à mettre en scène — sans tomber dans la redite ni verser dans le cynisme. Une séparation des parents semble peu probable, trop cruelle pour le public de cette franchise. Mais on peut imaginer des tensions liées à l’adolescence, à l’autonomie croissante des enfants, à la fatigue de deux adultes qui peinent à se retrouver. Mais cela ne suffis pas pour justifier une suite : il faudra un véritable sujet fort, un enjeu neuf, capable de relancer la dynamique familiale autant que l’action.
Par ailleurs, il n’y a pas de saut temporel manifeste entre Les Indestructibles et Les Indestructibles 2, dont l’action s’enchaîne directement. Il est donc peu probable que Les Indestructibles 3 présente des enfants grandis : Jack-Jack restera bébé Jack-Jack, et Violette ou Flèche seront encore des adolescents. Oublions donc les pistes de l'indépendance des enfants ou d’un Jack-Jack en pleine maîtrise de ses pouvoirs — du moins pas encore. En revanche, le film peut amorcer de petites révolutions. On peut par exemple imaginer un changement de poste pour Bob ou Hélène, qui accéderait à une nouvelle fonction politique, au sein d’un ministère des super-héros. Ce serait parfaitement en phase avec les tensions sociétales esquissées dans les deux premiers volets. Désormais, l’identité de la famille Parr est publique, et avec elle, une certaine forme de notoriété. Dans ce contexte, ils pourraient faire la rencontre d’une autre famille de super-héros, dont le fonctionnement serait à l’opposé du leur, plus strict, plus élitiste, ou au contraire plus libéral. Une situation qui créerait des tensions, voire des remises en question profondes au sein même de la cellule Parr.
Autre piste : l’arrivée inattendue d’un nouveau membre de la famille. Pourquoi pas un grand-père, aux pouvoirs cosmiques ou instables, autrefois mis à l’écart pour des raisons de sécurité ? Il pourrait incarner un double narratif de Jack-Jack, lui aussi surpuissant. Une manière pour Pixar d’aborder les héritages familiaux, les zones d’ombre, ou le poids du passé dans la construction de soi.
Côté antagoniste, on peut s’attendre à un adversaire plus menaçant que jamais. Pourquoi pas le chef de la police de la ville, hostile aux super-héros, convaincu qu’ils menacent l’ordre public ? Ce dernier aurait mis au point une armée de super soldats, capables d’assurer toutes les missions de sauvetage et de lutte contre le crime, reléguant les super-héros au rang de reliques désuètes. Une forme de menace symbolique : la société n’a plus besoin d’eux, ou du moins, elle le croit.
Il serait difficile d’imaginer Pixar s’engager dans des concepts trop fantastiques ou ésotériques, comme un multivers, des créatures extraterrestres ou des réalités parallèles : l’univers des Indestructibles reste volontairement rétro, ancré dans une esthétique inspirée des années 60-70, avec ses gadgets stylisés, ses lignes futuristes, et son ambiance pulp assumée. En cela, la franchise conserve sa cohérence et évite la surenchère propre à d’autres sagas du genre. Une force autant qu’une contrainte, qui oblige Pixar à réinventer l’intime… plutôt que l’infini.
Au-delà de ce troisième opus, on ne peut évidemment pas s’empêcher de penser que la franchise sera particulièrement scrutée, au vu du plan de route annoncé par Pixar. À l’instar des Toy Story, il se pourrait bien que nous ayons, dans la décennie à venir, une nouvelle vague de films Les Indestructibles. Un quatrième volet pourrait peut-être se permettre un saut temporel significatif. Bob et Hélène auraient vieilli, tandis que Flèche et Violette auraient fondé leurs propres familles. Pourquoi pas des clans de super-cousins, voire des rivalités internes, à la manière d’une saga familiale intergénérationnelle ? Un avenir carrément fou, mais une continuité que l’on voit désormais arriver de loin, tant l’univers est riche, cohérent… et apprécié.
Cars, Planes, Tracks, Boats, Rockets...
Alors là, on a vu grand. La franchise Cars a été un phénomène incroyable et inattendu. Jamais nous n'aurions imaginé qu’une histoire mettant en scène des voitures vivantes, qui parlent et tombent amoureuses dans un monde qui ressemble au nôtre (mais où il n’y a aucune trace de vie humaine) rencontre un tel succès ? Techniquement et contextuellement, c’est sans doute le projet le plus fou de Pixar. Si le film ne fait pas l’unanimité chez les adultes, les enfants du monde entier, eux, l’ont complètement assimilé.
Chez CinéAnimation, on considère que trois films Cars, c’est amplement suffisant, d’autant plus que la qualité des histoires a décliné au fil des épisodes, et que les intrigues peinent franchement à se renouveler. Il faut dire que les actions physiques des voitures sont un peu limitées : elles ne peuvent pas faire grand-chose à part rouler à toute vitesse. Pour autant, économiquement parlant, on imagine très bien le studio capable de rebooster la marque avec un quatrième épisode, même si on ne voit pas très bien ce qu’il pourrait y avoir de nouveau dedans. Un énième tournoi de course automobile serait téléphoné. Et en même temps, sans cela, le film ne serait sans doute pas complet. Peut-être que Flash McQueen pourrait briller dans une autre discipline, mais laquelle ?
DisneyToon Studios avait déjà proposé une déclinaison de l’univers Cars avec Planes et Planes 2, des films tout à fait honorables pour des productions destinées au marché de la vidéo. Aujourd’hui, on peut se demander si un Planes 3 ne viendrait pas conclure cette saga, mais cette fois au cinéma (car il est vrai qu’elle laisse une impression d’inachevé). Le film pourrait être pensé comme un mélange entre suite et reboot, avec un niveau esthétique et narratif rehaussé, et une histoire autonome, mais ancrée dans l’univers déjà établi des deux premiers opus. Étrangement, l’aviation se prête davantage aux suites, grâce à des situations plus variées : le premier film s’intéressait aux courses aériennes, le deuxième aux pompiers du ciel. D’autres idées sont envisageables: une expédition ou un tour du monde sportif.
Sur le même principe, on ressort une vieille idée de John Lasseter (papa de Pixar), le film Tracks, qui ne mettrait pas en scène des voitures ou des avions, mais des trains (comme ce bon vieux Thomas et ses amis), mais on se dit que si l’idée a été abandonnée, c’est peut-être qu’il n’y avait pas assez de matière pour faire évoluer des personnages entravés par leurs rails. Cela dit, la production d’un one-shot reste possible, même si on ne l’appelle pas franchement de nos vœux.
Le principe peut aussi être transposé au monde de la navigation, avec Boats, mettant en scène des bateaux comme personnages principaux, luttant contre une marée noire, venant en aide à des congénères en perdition, ou participant à une course maritime (mais là encore, ce serait terriblement redondant).
Enfin, notre idée la plus folle, c’est sans doute Rockets, qui mettrait cette fois-ci en scène des fusées dans un univers un peu plus futuriste : exploration spatiale, opérations de sauvetage, missions lunaires ou interstellaires, à la manière d’un Apollo 11 pour les enfants. C’est évidemment la projection la plus prometteuse sur le papier, et elle reste largement dans les cordes du studio. Les enfants adoreraient. Et cela relancerait, au passage, notre intérêt commun pour la conquête spatiale.
Ratatouille 2
Qu’on se le dise : on n’a pas franchement envie de voir une suite à Ratatouille. Mais on n’espérait pas non plus de suite à Coco, et pourtant, elle est bel et bien d’actualité. En réalité, tout comme Coco, Ratatouille se suffit à lui-même. Sa fin ne laisse pas vraiment place à une prolongation, et l’on a du mal à imaginer quelles circonstances pourraient pousser Linguini et Rémy à remettre le couvert. On essaie tout de même de se prêter à l’exercice de vous imaginer une suite.
Le champ des possibles reste limité, car le film d'origine raconte une trajectoire archi-complète. Contrairement au monde de Monstropolis, l’univers de Ratatouille n’est pas conçu pour être étendu. Il n'y a aucun leviers narratifs faciles à répéter ou a transformer et aucune tension, laissé en suspens ou non, ne saurait être réemployées sans diluer le propos de départ. Difficile d’envisager une histoire de relève, mais Ratatouille 2 pourrait introduire la notion de franchise de restaurant, avec l’ouverture de nouvelles cuisines et la formation de nouvelles équipes. Mais, en réalité, cette idée de base nous semble aussi peu inspirée sur le papier que dans notre imaginaire. Une autre piste serait de développer le fameux choc des cuisines, avec l’arrivée d’une gastronomie du monde très populaire qui ferait de l’ombre au succès de l’entreprise de Linguini — sur le modèle des films employant le choc des cultures. Il y aurait là matière à parler de l’ouverture à l’autre, mais on sent que l’angle resterait limité.
Une suite dans laquelle Rémy perd son don sensoriel est également une piste crédible. En raison d’un traumatisme ressurgi du passé, il perdrait le goût et l’odorat. Mais étant donné que Linguini est désormais un cuisinier accompli, on peine à imaginer que cela puisse constituer une situation de crise suffisante pour porter tout un film. La menace de l’industrie de la restauration rapide est un autre axe envisageable. Mais on a du mal à croire que Pixar ose une critique aussi polarisante, surtout sur le sol américain.
À vrai dire, on a beau se creuser les méninges, rien ne ressort de réellement convaincant dans l’hypothèse d’une suite à ce classique. Ou, en tout cas, aucune intention artistique légitime qui justifierait de la mettre en route. Mais sur l’autel de la rentabilité, peut-être que les auteurs de Pixar seront plus motivés à trouver une idée pertinente. En tout cas, on l’a déjà dit plus haut, mais en ce qui nous concerne, on trouve qu’un Ratatouille 2 serait une très mauvaise nouvelle. L’arrivée d’une telle suite serait sans doute perçue comme une initiative mercantile, car Ratatouille a été un immense succès, et surtout parce qu’il a été pensé et construit comme un film unique et complet.
WARL•E
Vous le voyez arriver celui-là ? Nous, oui. WALL•E a été un immense succès en 2008, et il n’a toujours pas eu de suite. Comment est-ce possible ? Eh bien parce qu’à cette époque, Pixar ne voulait absolument plus faire de suites (depuis une mauvaise expérience avec Disney au sujet de Toy Story 2, mais la chronique est déjà suffisamment longue pour ne pas s’attarder ici sur ce sujet). Les films produits étaient pensés en harmonie avec leur thème et leur idée de base, sans jamais prendre le soin de laisser de portes ouvertes pour d’éventuelles suites. Tout comme Ratatouille, WALL•E se prête peu à une projection de suite. Mais contrairement à lui, il contient des éléments qui pourraient davantage nous orienter vers des idées réellement dignes d’un bon prolongement. Le problème, c’est que la fin du classique est tout de même très "clôturante" : WALL•E termine son aventure avec une "pleine conscience" de sa vétusté, mais ce n’est pas grave. Il est de retour sur Terre avec Eve, son amoureuse ultra-moderne, et les humains obèses réapprennent à marcher sur une planète redevenue habitable.
Le postulat de départ de cette suite serait donc la reconstruction et la nouvelle émancipation d’une humanité qui devra apprendre de ses erreurs passées. Un discours encore parfaitement en phase avec les thématiques écologiques. Mais le cœur du spectacle s’attardera bien évidemment sur WALL•E et sa relation avec Eve. Une Eve qui pourrait être impressionnée par les nouvelles versions de WALL•E, construites pour l'occasion. Appelées désormais les WARL•E...
Petite explication: Si WALL•E signifiait Waste Allocation Load Lifter – Earth-class, soit en français "compacteur terrien de déchets", leurs versions améliorées donneraient : Waste Allocation Recycle Lifter – Earth-class, soit "Élévateur et recycleur de déchets – classe terrestre". Vous l’avez compris : ils ne se contentent plus de compacter, ils incinèrent. Littéralement. Ce sont des fours ultra-puissants.
WALL•E tombe en miettes, et rencontre de plus en plus de difficultés à se trouver des pièces de rechange. Il est confronté au choix cruel de rester tel qu’il est — quitte à dépérir — ou d’accepter une mise à jour complète, dans laquelle il risque de perdre son identité à jamais. En parallèle de ces intrigues, reste à trouver un fil rouge pour les humains, et leur capitaine devenu ambassadeur de la Terre. On vous laisse faire l’autre moitié du travail.
En réalité, les pistes pour une suite à WALL•E 2 sont nombreuses, parfois même évidentes. Pixar prendra certainement grand soin de ne pas abîmer l’œuvre de référence, en retrouvant, pour une grande partie du film, l’atmosphère et l’ambiance post-apocalyptique du premier, même dans une société en reconstruction. On imagine volontiers une zone aride, sorte de décharge infinie, où les robots doivent se rendre pour faire le ménage. Le film pourrait de nouveau contenir une longue séquence sans dialogue, peut-être dans un équilibre inversé : une longue conclusion muette, difficile à dynamiser, mais qui créerait la surprise, comme ce fut le cas dans le classique de base.
Nous n’avons pas vraiment de craintes quant à une telle suite, même si l’on pourrait s’en passer. Le terreau est plutôt fertile, et le public serait sans doute ravi de retrouver sa boîte de conserve préférée dans une nouvelle aventure, aussi tendre et philosophique que la première. S’il y a bien un film crédible pour une suite potentielle, WALL•E pourrait bien créer l’événement. Et il y a fort à parier qu’il figure parmi les prochains projets à être annoncés.
Là haut 2
Il y a quelque chose qui cloche avec Là-haut 2. Même le titre ne se prête pas au jeu de la suite. Il sonne faux. Et il suffit de le dire à voix haute pour sentir que ça ne fonctionnerait pas.
Là-haut était un titre à double lecture : il désignait bien sûr le ciel, mais aussi le rêve, le souvenir, voire l’au-delà. C’était une promesse poétique et mélancolique, pas un nom de saga. Avec une idée ingénieuse, peut-être qu’une éventuelle suite pourrait jouer sur la symétrie. Pourquoi pas Là-bas, En bas, ou même Plus loin… Des titres qui évoqueraient non plus la hauteur, mais la distance à parcourir, l’intériorité à explorer, ou le lien à maintenir malgré l’éloignement. Une manière de respecter la délicatesse du film original, sans la trahir dans une numérotation mécanique. Mais même pensé comme cela, l'idée de suite n'est toujours pas attrayante pour ce film merveilleux.
Il faut dire que le film initial comporte déjà une quantité impressionnante d’éléments, qui, sur le papier, donnent l’impression de ne pas fonctionner ensemble. La promesse d’un vieux couple, le deuil que tente de faire un veuf, un jeune scout en quête d’affection, une maison qui s’envole grâce à des ballons, une sorte d’autruche inconnue de toute classification zoologique, un périple au Venezuela, un chien équipé d’un collier qui lui permet de communiquer, un vieil explorateur reclus dans un dirigeable... Tout cela semble incohérent quand on en fait la liste. Et pourtant, par un miracle d’écriture, de rythme et de sensibilité, Là-haut réussit à faire cohabiter toutes ces idées, aussi éloignées soient-elles, dans un seul et même film à l'équilibre extrêmement fragile. Un deuxième épisode, avec de nouvelles formules et des idées visuelles inédites, risquerait surtout d’alourdir l’ensemble, et de faire basculer l’univers dans une cacophonie narrative, là où le premier film touchait à une forme de grâce improbable
Et puis, fondamentalement, une suite serait très difficile à mettre en chantier, à défaut d'une idée vraiment lumineuse. L'idée de base du film original, le choc des générations, ne saurait être reportée dans le temps, et le contexte même de cette rencontre hasardeuse entre Carl et Russell, qui les conduit à vivre une aventure ensemble, ne peut être réitéré. Bien sûr, le petit garçon et le vieil homme sont devenus amis depuis la fin des événements racontés dans le film, mais de nouvelles péripéties périlleuses les impliquant encore tous les deux, ainsi que Doug le chien, seraient vraiment un hasard trop énorme pour que le public y croie. Dans une telle suite, tous les personnages principaux (Carl, Russell et Doug) devront être conservés. Les auteurs ne pourront pas se passer de Carl en le faisant mourir. En tout cas, on a beaucoup de mal à l’imaginer, alors même qu’un tel événement rejoindrait l’audace dramatique du premier opus. Par ailleurs, la définition du personnage de Carl est magistralement bouclée dans le film, avec une vie passée au crible fin, ce qui le rend difficile à approfondir de nouveau.
Il est facile aussi d’imaginer une suite dans laquelle Carl vit désormais avec la vieille dame qu’il s’apprêtait à rencontrer dans le court-métrage Le Rendez-vous galant de Carl. Il aurait beaucoup de mal à assumer cette relation de tendresse naissante, mais Russell deviendrait leur ange gardien énergique, veillant à ce que chacun ouvre à nouveau son cœur — et, d’une manière ou d’une autre, ce nouveau lien les conduirait à vivre d’autres péripéties, avec un nouveau voyage fantastique.
L’idée soulève des questionnements forts et aborde une philosophie dans la continuité du deuil accompli dans le premier film. Elle aurait été encore plus alléchante si cette dame avait été la grand-mère de Russell, elle-même veuve, ce qui aurait justifié que l’enfant soit au premier plan de cette relation. Dans ce contexte, une telle intrigue se positionnerait néanmoins comme une simple continuité du court-métrage, sans véritable ajout thématique ou dramatique majeur.
Par ailleurs, tous les sujets puissants que l’on pourrait évoquer dans une suite doivent être abordés avec une infinie attention, afin de ne jamais trahir ce que le film d’origine a réussi à transmettre avec tant de justesse (ainsi que rester cohérent avec les autres productions connues de cet univers étendu).
Ou peut-être vaut-il mieux que cette suite n’existe tout simplement pas. Après tout, l’univers a déjà été décliné, avec les courts métrages George et A.J., Doug en mission spéciale, Le Rendez-vous galant de Carl, et surtout la série Disney+, Bienvenue chez Doug. Des expériences variées, qui viennent alourdir un film qui n’avait besoin de rien de plus pour continuer à briller.
Le film sera sans doute décliné en spin-off, en mettant en scène les aventures de Russell dans son club de scoutisme. Un épisode qui s’intéresse à lui avec autant d’attention que le premier film en a accordé à Carl. L’enfant a sans doute ses propres blessures, des rêves plus grands encore que celui de devenir la meilleure version du scout qu’il est déjà. Comment est-il devenu scout ? Quelles raisons l’ont poussé à persévérer, alors que les autres enfants du groupe ne sont pas tendres avec lui? Quelles ont été ses missions pour obtenir tous ses badges ? Russell devrait apprendre sur lui-même, et chaque expérience deviendrait un apprentissage. Cela nous permettrait de découvrir son rapport aux autres enfants, et aussi sa vie à la maison, à l’école. Le film pourrait même se terminer par une scène dans laquelle Russell s’apprête à sonner chez Carl, pour obtenir son dernier badge.
Un préquel est une autre piste intéressante. Carl et Ellie étaient des personnages vraiment atypiques et visuellement forts. Le duo, basé sur une différence à première vue vertigineuse, pourrait être développé. La vie d’Ellie n’a pas l’air joyeuse chez elle — pourquoi ? Qui étaient les parents de l’un comme de l’autre ? Peut-être pourrions-nous remonter plus haut que l’enfance, découvrir une autre période de leur vie : leur entrée au collège, la manière dont ils sont tombés amoureux, les défis qu’ils se lançaient. L’idée se prête à une romance assumée, à la manière d’un Jeux d’enfants adouci : Ellie, pleine d’élan et de malice, pousse Carl à sortir de sa réserve, dans un jeu d’équilibre aussi tendre que touchant.
Tout cela pour dire que Là-haut risque d’être concerné par la nouvelle vision à long terme de Pixar. Le film est un excellent candidat pour une suite sans trop de risques. Le public devrait être au rendez-vous, à condition que l’idée choisie ne saccage pas nos souvenirs.
Techniquement, c’est possible. Et d’ailleurs, Là-haut est un film de Pete Docter, celui-là même qui a annoncé ce changement stratégique, il serait donc logique que ses propres œuvres soient concernées. Et puis, on veut croire en la capacité des artistes Pixar à travailler dans une suite respectueuse du travail accompli.
Panorama des possibles
Au terme de ce premier tour d’horizon, deux catégories semblent naturellement se dégager. Il y a d’abord les suites prévisibles, voire inévitables, tant leur potentiel narratif reste fort et leur succès public incontestable :
- Toy Story 5 (déjà annoncé)
- Toy Story 6
- 1001 Pattes 2
- Monstres & Cie 3
- Le Monde de Nemo 3
- Les Indestructibles 3 (déjà annoncé)
Puis il y a les suites que l’on redoute, parce qu’elles menacent de trahir des œuvres closes, dont l’équilibre fragile ne supportera peut-être pas un prolongement artificiel, ou tout simplement parce qu'elles ne nous donnent pas envie :
- Cars 4 (ou autre spin-off)
- Ratatouille 2
- WALL-E 2
- Là-haut 2
La suite dans la partie 2
Certaines des suites évoquées plus haut nous enthousiasment réellement, à commencer par le prochain Toy Story, que nous attendons avec une impatience non dissimulée. D'autres pistes encore jamais évoquées par Pixar s’avèrent étonnamment prometteuses, ne serait-ce qu’en imaginant, à notre modeste échelle, une trame cohérente et fidèle à l’esprit du studio.
À l’inverse, certaines perspectives ne nous inspirent aucune attente, même si tout laisse penser qu’elles pourraient bel et bien voir le jour dans les prochaines années. Et puis il y a ces titres qui, pour des raisons évidentes (qu’elles soient créatives, narratives ou simplement de bon sens) ne devraient sans doute jamais être produits. Nous espérons ne pas nous tromper. Car il n’est dans l’intérêt de personne, ni du public, ni des artistes, ni même des décideurs, de compromettre l’image de Pixar en développant des franchises sans âme, à la manière des suites oubliables du catalogue DisneyToon Studios dans les années 90 et 2000 (Rox et Rouky 2, Pocahontas 2, Kuzco 2… la liste est longue).
Il nous semble important de rappeler que, dans l’équipe de rédaction, les avis divergent. Chacun porte en lui une idée différente de ce que devrait être une bonne suite Pixar. Certains imaginent des récits plus radicaux, avec des incursions dans le métavers, une place accrue pour la magie, ou même des suites qui basculent dans la comédie musicale. Nous avons choisi de laisser ces hypothèses de côté — non parce qu’elles sont inintéressantes, mais parce qu’elles s’éloignent trop de ce que Pixar a proposé jusqu’ici.
Notre parti pris : imaginer des scénarios crédibles, cohérents, compatibles avec la trajectoire artistique du studio, pour que cet exercice de projection ne vire pas au délire de fans. Si certains films évoqués dans cette chronique finissent par sortir, nous espérons que ce texte tiendra encore debout en comparaison.
La chronique que vous venez de lire est longue, forcément, puisqu’elle couvre toutes les franchises majeures déjà établies. Nous l’avons donc scindée en deux parties.
Dans la prochaine chronique NetReport, nous nous pencherons sur les univers les plus récents et aussi les plus inattendus du catalogue Pixar. Quelles suites possibles pour Rebelle, En Avant, Luca, Élémentaire ? Un avenir est-il possible pour Le Voyage d’Arlo, Soul, Alerte Rouge ? Et bien sûr, nos doutes sur Coco 2, et nos espoirs vains pour Elio.
Nous espérons que vous avez aimé cette première partie.