Quand l’animation sublime le roman d'aventure : des pages à l’écran
Chaque rentrée marque un départ. Pour les enfants comme pour les adolescents, c’est le moment d’un nouveau cycle, de nouveaux visages, d’un nouvel environnement. En somme : d’une nouvelle aventure. C’est donc une période idéale pour revenir sur un genre littéraire qui a accompagné des générations entières dans leurs premiers grands voyages imaginaires: le roman d’aventure.
Des forêts d’Afrique aux profondeurs de l’océan, des îles désertes aux cités englouties, la littérature d’aventure a longtemps été une porte ouverte sur l’inconnu. Explorateurs, marins, orphelins, bêtes sauvages ou civilisations perdues : ses héros se confrontent au monde, à ses dangers, mais surtout à eux-mêmes. Pas de magie, pas de prophétie, pas de pouvoir caché, seulement la force du récit, le souffle du déplacement, et l’épreuve du réel.
Dans cette chronique, je m’intéresse uniquement à cette veine-là. J’écarte délibérément les œuvres où l’élément fantastique, science-fiction ou mythologique prend le dessus sur la structure d’aventure classique. Des titres comme Peter Pan, Le Géant de Fer ou encore des animes comme Les Enfants de la mer, où l’imaginaire déborde jusqu’à masquer la trajectoire aventureuse, ne seront donc pas abordés ici. Ils trouveront leur place dans d’autres volets de cette chronique.
Restent alors les adaptations animées qui ont su capter l’essence du roman d’aventure : son ancrage dans le réel, son sens de la progression, et cette façon bien particulière d’emmener ses personnages ailleurs.
Les 101 Dalmatiens - Dodie Smith
Publié en 1956, Les 101 Dalmatiens de Dodie Smith est un roman d’aventure pour la jeunesse, rythmé, drôle, et étonnamment sophistiqué. Écrit dans un style vif et élégant, il s’ancre dans un Londres contemporain et suit l’épopée de deux dalmatiens partis secourir leurs quinze chiots enlevés par une riche excentrique obsédée par la fourrure : Cruella d'Enfer. L’histoire joue avec les codes du roman de sauvetage et de l’errance animalière, sur fond de critique sociale discrète.

Les 101 Dalmatiens (1961)
En 1961, Disney en tire un film d’animation audacieux qui modernise l’univers du livre tout en en conservant la trame. Pour répondre aux contraintes budgétaires, le studio adopte la xérographie, une technique d’animation économique qui marque un tournant esthétique : lignes visibles, style graphique plus brut, ambiance plus urbaine.
Le roman posait une aventure tendue mais pleine d’humour ; le film en accentue la dimension visuelle et dramatique, tout en s’appuyant sur un méchant devenu culte. Plus nerveux que les grands classiques animaliers de l’époque, Les 101 Dalmatiens incarne à sa manière une nouvelle forme d’adaptation : moins littéraire, mais plus ancrée dans son époque.

Le Livre de la jungle - Rudyard Kipling
Publié en 1894, Le Livre de la jungle de Rudyard Kipling est un recueil de nouvelles mêlant récits animaliers, codes de la jungle et méditations sur la loi, la survie et la transmission. À travers les aventures de Mowgli, « petit d’homme » élevé par des loups dans une Inde fantasmée, Kipling compose une œuvre dense, parfois dure, oscillant entre fable et allégorie impériale. Le texte original, structuré en récits non linéaires, pose un univers riche mais loin du conte enfantin.

Le Livre de la jungle (1967)
En 1967, Disney en tire un film d’animation librement inspiré. Le studio épure l’œuvre, recentre le récit sur Mowgli et l’embarque dans un voyage initiatique linéaire, rythmé par des chansons devenues cultes. Le film brille par la qualité de son animation, ses décors luxuriants, et surtout par le charisme de ses personnages : Baloo, Bagheera, Shere Khan. S’il simplifie et adoucit le style de Kipling, le film parvient à capturer l’essentiel : l’ambivalence de la jungle, entre danger et liberté. Dernier projet validé par Walt Disney avant sa mort, Le Livre de la jungle s’impose comme un classique fondateur du studio, qui transforme un recueil littéraire complexe en fable musicale universelle.

L'Île au trésor - Robert Louis Stevenson
Publié en 1883, L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson reste une référence absolue du roman d’aventure. Le jeune Jim Hawkins quitte son auberge de Bristol, carte au trésor en main, pour une expédition en mer à la recherche du légendaire butin du capitaine Flint. Le récit, feuilletonesque et initiatique, pose les bases de toute l’iconographie pirate moderne : l’île déserte, la carte marquée d’un X, le pirate unijambiste et son perroquet. Une œuvre fondatrice.

Les Joyeux Pirates de l'île au trésor (1971)
En 1971, le studio Toei Animation transpose ce grand classique dans un film d’animation japonais librement inspiré, sous la forme d’un conte animalier débridé : Les Joyeux Pirates de l'île au trésor. Le film imagine Jim accompagné d’un compagnon souris, d’un bébé, et d’un capitaine Silver retors, ici caricatural, mais fidèle dans l’esprit. L’animation est simple mais inventive, débordante d’idées visuelles, avec une touche comique typiquement japonaise. L’ensemble assume un ton résolument enfantin.
Sans égaler le souffle du roman, ni viser la profondeur d’autres adaptations, Les Joyeux Pirates de l’île au trésor demeure un exemple attachant de réappropriation culturelle, et un témoignage précoce de l’intérêt des studios japonais pour la littérature occidentale. À noter : un certain Hayao Miyazaki a travaillé sur le film. C’est dire si, même dans un projet mineur, l’héritage peut être prometteur.
L’Île au trésor des Muppets (1996)
Depuis sa première publication en 1883, L’Île au trésor s’est imposée comme l’un des romans d’aventure les plus adaptés au monde. Il n’est donc pas surprenant que l’animation s’en soit emparée à plusieurs reprises.
Parmi les adaptations animées, on peut citer L’Île au trésor (Filmation, 1973), production américaine aujourd’hui oubliée, ou, bien sûr, L’Île au trésor des Muppets (1996) qui s’assume comme une relecture burlesque, mêlant marionnettes déjantées et fidélité partielle au texte original.
Les personnages de Jim Hawkins et Long John Silver sont revisités à travers l’univers comique et absurde des Muppets. Si l’histoire suit grossièrement la trame du roman, elle s’autorise toutes les digressions possibles : tribu de cochons, clins d’œil pop, et Miss Piggy en reine exotique. Le film assume son côté parodique et familial, et reste divertissant malgré un humour parfois envahissant et une simplification excessive du récit. Une relecture sympathique, mais qui privilégie le clin d’œil à la transmission.
La Planète au trésor, un nouvel univers (2002)
La Planète au trésor, un nouvel univers, en revanche, se pose comme une vraie réinvention. Le roman est transposé dans un univers intergalactique où les bateaux deviennent vaisseaux, mais où les figures d’origine restent intactes. Le duo Ron Clements et John Musker livre une animation ambitieuse, à l’esthétique maîtrisée. Si le film a connu un échec commercial à sa sortie, il est aujourd’hui réévalué pour sa richesse visuelle et sa capacité à réinventer un classique sans en trahir l’esprit. Une preuve que le roman d’aventure, même transposé dans les étoiles, peut garder toute sa puissance narrative.

Le Tour du monde en quatre-vingts jours - Jules Verne
Publié en 1872, Le Tour du monde en quatre-vingts jours est sans doute l’un des récits d’aventure les plus célèbres de Jules Verne. En pleine révolution industrielle, le gentleman Phileas Fogg parie qu’il peut faire le tour du globe en 80 jours grâce aux moyens de transport modernes, bateau à vapeur, chemin de fer, et embarque dans une course contre la montre accompagnée de son valet Passepartout. À la fois hommage à la modernité et récit d’initiation, le roman condense l’idée même d’aventure en mouvement.

Le chat botté - Le tour du monde en 80 jours (1976)
Sorti en 1976, Le Chat botté – Le tour du monde en 80 jours transpose ce classique dans l’univers animalier loufoque des studios Toei. Troisième opus de la saga du Chat Botté, ce film détourne le roman en remplaçant les personnages humains par des animaux, tout en conservant les grandes étapes du périple et ses archétypes narratifs. L’esprit est enfantin, l’animation simple mais soignée, et le rythme plutôt soutenu. Le lien avec Verne est clair, même si l’adaptation prend ses distances avec la complexité de l’œuvre originale. L’humour est inégal, le doublage français désastreux, mais la tentative reste attachante.
Le Tour du monde en 80 jours (1983)
Trois films d’animation déclinent les classiques de Jules Verne à travers le personnage récurrent de la série télévisée Philéas Fog : Le Tour du monde en 80 jours, 20 000 lieues sous les mers et Voyage au centre de la Terre. Les intrigues sont simplifiées, le ton résolument léger, et l’esprit de l’aventure largement conservé, même si la profondeur des romans s’en trouve largement évacuée.

Le Tour du monde en 80 jours (2021)
Le film réalisé par Samuel Tourneux en 2021, Le Tour du monde en 80 jours, sorti dans une relative indifférence, mérite qu’on s’y arrête. Dans cette version, l’univers de Jules Verne est transposé dans un monde intégralement animalier. Phileas devient une grenouille en redingote, Passepartout un ouistiti intrépide. L’humour est bon enfant, l’animation soignée, et l’esthétique colorée. Le film n’a pas l’ambition d’égaler le roman, mais il conserve l’idée de traversée et de transformation personnelle. Une adaptation modeste mais honnête.

The Rescuers - Margery Sharp
La série de romans The Rescuers de Margery Sharp, centrée sur la souris diplomate Miss Bianca et ses missions de secours, a donné naissance à une adaptation Disney très libre en 1977.

Les Aventures de Bernard et Bianca (1977)
Le film fusionne plusieurs intrigues des romans tout en créant un récit original plus resserré : le sauvetage de la jeune Penny, retenue dans les bayous de Louisiane par la sinistre Médusa.
S’éloignant du ton plus littéraire et feutré des livres, le film adopte une approche émotionnelle et dynamique, fidèle à la griffe Disney. Mais au cœur du récit, on retrouve les valeurs de solidarité, de bravoure discrète et d’espoir qui faisaient déjà tout le charme des ouvrages de Margery Sharp.

Moby-Dick - Herman Melville
Publié en 1851, Moby Dick de Herman Melville est souvent perçu comme un roman total : récit maritime, drame métaphysique, fable symboliste. À la croisée de plusieurs genres, il reste profondément ancré dans le registre de l’aventure maritime, avec sa chasse au cachalot, ses périls océaniques et son équipage cosmopolite sillonnant les mers. Ce socle permet d’en faire, malgré sa densité philosophique, un pilier du roman d’aventure, au moins dans sa structure.

Le Secret de Moby Dick (1984)
Sorti en 1984, le film d’animation Le Secret de Moby Dick, du réalisateur danois Jannik Hastrup, propose une relecture libre et poétique. L’histoire suit Samson, un jeune baleineau à la recherche de la légendaire Moby Dick, espérant trouver en elle une figure de sauveur. L’intrigue se déroule dans un océan dystopique, ravagé par la pollution et la chasse industrielle. Minimaliste dans son animation, mais audacieux dans sa direction artistique, le film assume une atmosphère sombre, une forte portée écologique et un refus du spectaculaire.
En s’éloignant du texte de Melville tout en en conservant l’héritage symbolique, cette adaptation européenne parvient à livrer une œuvre singulière, fragile mais sincère, qui évoque davantage l’idée de Moby Dick que son récit. Une aventure intérieure, en quelque sorte, à contre-courant des standards animés de son époque.

Oliver Twist - Charles Dickens
Publié entre 1837 et 1839, Oliver Twist est l’un des premiers romans à vocation sociale de Charles Dickens. Il dépeint sans fard la misère des orphelins dans l’Angleterre victorienne, l’hypocrisie des institutions, et les réseaux criminels qui enrôlent les plus fragiles. Avec Oliver, petit garçon naïf balloté d’un hospice à l’autre, Dickens impose un héros inoubliable, porté par une indignation sociale alors rare en littérature. S’il ne relève pas pleinement du roman d’aventure au sens classique, Oliver Twist en reprend néanmoins la dynamique narrative : celle d’un jeune héros livré à lui-même, traversant des environnements hostiles, et mûrissant à travers l’épreuve.

Oliver et Compagnie (1988)
En 1988, Disney transpose librement cette trame dans un New York contemporain, avec Oliver et Compagnie. Oliver devient un chaton errant recueilli par une bande de chiens des rues menée par un ferrailleur endetté. Tous les personnages du roman sont là, mais réinventés. Le ton est allégé, les enjeux dramatiques simplifiés, mais les grandes lignes du récit d’origine demeurent : l’errance, la filiation, la loyauté, et la rédemption.
Le film reste techniquement solide, avec une animation fluide et un rythme efficace, même si l’ensemble manque d’audace narrative. La modernisation de l’histoire reste sa seule véritable originalité, mais elle fonctionne : Oliver et Compagnie réussit à faire entrer Dickens dans le monde des années 80, sans le trahir.

Le Prince et le Pauvre - Mark Twain
Parmi les nombreux romans de Mark Twain, Le Prince et le Pauvre (1882) figure comme l’un des rares à avoir bénéficié d’une adaptation animée réussie. Si les versions de Tom Sawyer n’ont pas su rendre justice à leur modèle littéraire, cette relecture du classique d’échange d’identité par les studios Disney tire admirablement parti de son matériau.

Le Prince et le Pauvre (1990)
Réalisé en 1990, le moyen métrage Le Prince et le Pauvre transpose l’histoire d’Édouard, héritier du trône, et de Tom Canty, enfant des rues, dans un univers médiéval léger mais porteur de sens. Le roman de Twain, critique sociale travestie en conte, est ici fidèlement simplifié pour toucher un jeune public, sans trahir le cœur de l’intrigue. Le choix d’incarner les deux rôles avec Mickey Mouse (dans une double performance bien menée) n’enlève rien à la pertinence du propos, et permet d’introduire avec malice des thématiques comme la justice, l’empathie et la condition sociale. Le film n’adapte qu’en partie le roman, mais en conserve la morale : sous les habits du pouvoir ou de la pauvreté, l’humanité prévaut.
Robinson Crusoé - Daniel Defoe
Roman fondateur du genre aventure, Robinson Crusoé (1719) de Daniel Defoe a inspiré d’innombrables adaptations, de la plus sérieuse à la plus décalée. C’est dans cette seconde catégorie que se situe Robinson et compagnie (1991).

Robinson et compagnie (1991)
Film d’animation français signé Jacques Colombat qui s’approprie librement le mythe avec une touche d’absurde et de satire bien sentie.
Tout en reprenant les grandes lignes du récit (le naufrage, l’île, la solitude, la rencontre avec Vendredi), le film propose une relecture décalée et pleine d’ironie, mêlant humour absurde, dialogues pince-sans-rire et regard critique sur la société moderne. L’esthétique visuelle, artisanale et atypique, participe à cette ambiance singulière.

Selkirk, le véritable Robinson Crusoé (2012)
Avant d’être un roman, Robinson Crusoé fut d’abord une histoire vraie, ou presque. Daniel Defoe s’inspire en grande partie de la vie du marin écossais Alexander Selkirk, naufragé volontaire sur une île du Pacifique Sud au début du XVIIIe siècle. C’est ce matériau brut que le film d’animation Selkirk, le véritable Robinson Crusoé, réalisé en stop-motion, choisit d’explorer, avec un ancrage historique plus réaliste que la fiction littéraire.
Le film suit un schéma classique de récit de survie en milieu hostile : solitude, adaptation, transformation intérieure. L’approche visuelle artisanale, faite d’animation en volume et de décors minutieux, apporte un certain charme, renforcé par le ton sobre et contemplatif de la mise en scène. Mais sur le fond, le scénario peine à se démarquer des récits de naufragés déjà bien balisés. Le personnage principal reste assez peu attachant, et le rythme manque parfois d’élan. Reste une œuvre sincère, modeste et techniquement réussie, qui a le mérite de rappeler les racines réelles d’un des grands mythes fondateurs du roman d’aventure.

Robinson Crusoé (2016)
Robinson Crusoé est une version belgo-française de l'histoire, signée Vincent Kesteloot et Ben Stassen, qui propose une relecture étonnante : ici, c’est le perroquet Mardi qui raconte l’arrivée du célèbre naufragé sur son île… et l’ensemble du récit est vu à travers les yeux des animaux. Le projet est original sur le papier, mais le résultat reste très inégal. Si le film se destine avant tout aux enfants, les amateurs du roman original y verront une adaptation très libre, voire trop libre...
Tarzan of the Apes - Edgar Rice Burroughs
Créé en 1912 par Edgar Rice Burroughs, Tarzan of the Apes est l’un des grands archétypes du roman d’aventure du XXe siècle. Héritier direct des récits exotiques de Kipling, Burroughs imagine un enfant élevé par des singes dans la jungle africaine, qui finit par découvrir ses origines humaines. Mêlant action, exploration, et confrontation entre nature et civilisation, la saga Tarzan deviendra un véritable phénomène éditorial, décliné en 26 volumes.

Tarzan (1999)
En 1999, Disney s’approprie ce mythe littéraire avec un long-métrage d’animation spectaculaire, réalisé par Chris Buck et Kevin Lima. Le film condense les grandes lignes du roman en un récit fluide, centré sur la construction identitaire de Tarzan, tiraillé entre ses deux mondes. L’animation est une prouesse technique, notamment dans les scènes de déplacement dans la jungle.
Si l’intrigue reste classique, elle est portée par des personnages attachants, une tension dramatique bien dosée, et une bande-son originale signée Phil Collins, dont les chansons participent à l’émotion du récit. Le film s’impose comme une réussite majeure du Disney de la fin des années 1990, et comme une adaptation convaincante d’un pilier de la littérature d’aventure populaire.

Tarzan (2014)
Inspiré lui aussi du roman d'Edgar Rice Burroughs, Tarzan de Reinhard Klooss propose une relecture en images de synthèse aussi ambitieuse que désastreuse. Animation rigide, personnages sans âme, intrigue absurde mêlant météorite magique et mégacorporation, le film échoue sur tous les plans. Une tentative bancale de modernisation du mythe, qui n’a ni le souffle de l’aventure originale, ni la tenue narrative pour convaincre.
Voyage au centre de la Terre - Jules Verne
Publié en 1864, Voyage au centre de la Terre de Jules Verne mêle sciences émergentes et aventure romanesque. Un savant excentrique, son neveu, et un guide islandais entreprennent une expédition souterraine à travers un volcan éteint, découvrant un monde intérieur peuplé de merveilles géologiques et de créatures préhistoriques. Ce roman emblématique incarne parfaitement le style vernien : entre rigueur scientifique et imagination foisonnante.

Atlantide, l'empire perdu (2001)
Après Le Tour du monde en 80 jours, on retrouve ici une autre évocation, très libre, de l’univers de Jules Verne, avec ce film d’animation qui puise autant dans Voyage au centre de la Terre que dans les récits de cités perdues. Atlantide, l’empire perdu est une production ambitieuse des studios Disney, qui choisit délibérément de s’écarter des codes habituels pour livrer un pur film d’aventure, teinté de science-fiction et de fantastique.
La structure est claire : un manuscrit ancien, une expédition, un mystère enfoui, des trahisons, et une cité cachée à sauver. L’esthétique steampunk signée Mike Mignola, la richesse des décors, la langue inventée (conçue par Marc Okrand, créateur du klingon, la langue fictive de l'univers de fiction de Star Trek), et la bande-son épique composent un univers à part dans la filmographie Disney.
Si le film souffre de quelques déséquilibres, rythme irrégulier, personnages secondaires trop nombreux, il n’en reste pas moins une tentative audacieuse de remettre l’aventure classique au goût du jour, à une époque où l’animation se tournait déjà vers d’autres modèles. Un semi-échec commercial, mais une belle réussite artistique.

Croc-Blanc - Jack London
Avec Croc-Blanc, Jack London signait en 1906 l’un des plus grands romans d’aventure américains, doublé d’un puissant récit initiatique. Le destin de ce chien-loup, né dans les étendues sauvages du Yukon, naviguant entre instinct animal et contact avec l’homme, a connu de nombreuses adaptations, mais rarement en animation.

Croc-Blanc (2018)
Le film d’Alexandre Espigares, sorti en 2018, choisit une approche audacieuse et plus mature. L’animation, qui mêle 3D et esthétique picturale, propose une relecture sérieuse, voire grave, du roman. Si la rigidité de certains personnages humains perturbe l’immersion, la qualité des scènes animalières et l’ambiance hivernale suffisent à maintenir l’intérêt. Le film s’adresse clairement à un public plus âgé que les habituelles versions enfantines.
C’est donc une adaptation imparfaite, mais respectable, qui rappelle que Croc-Blanc n’est pas seulement une histoire pour enfants, mais bien un grand récit d’aventure et de survie.

Le Sommet des dieux - Jirō Taniguchi
Roman de Baku Yumemakura adapté en manga par Jirō Taniguchi, Le Sommet des dieux explore les mystères de l’alpinisme à travers une enquête captivante mêlant fiction et histoire vraie.

Le Sommet des Dieux (2021)
Changement de registre : cette fois, l’œuvre n’est pas directement tirée d’un roman d’aventure classique, mais d’un manga, lui-même adapté du roman de Baku Yumemakura. Une trajectoire en plusieurs étapes, qui n’enlève rien à la puissance narrative de l’histoire.
Le film d’animation réalisé par Patrick Imbert en 2021 adapte fidèlement la version dessinée de Jirō Taniguchi, tout en recentrant le récit sur l’essentiel : la quête intérieure et physique d’un alpiniste disparu. On quitte les îles désertes ou les jungles lointaines pour les sommets himalayens, mais on reste bien dans une pure aventure humaine, où le danger, l’obsession, et le dépassement de soi sont au cœur du récit. Une adaptation à la fois respectueuse de la matière littéraire et parfaitement autonome sur le plan formel, qui montre comment l’animation peut s’approprier un récit complexe sans le trahir.

Le Royaume de Kensuké - Michael Morpurgo
Publié en 1999 par Michael Morpurgo, Le Royaume de Kensuké est un roman d’aventure initiatique profondément humain, qui revisite la figure du naufragé en la confrontant à des enjeux de transmission, de mémoire, et de coexistence. Inspiré librement de Robinson Crusoé, ce récit bouleversant, souvent étudié en milieu scolaire, place un jeune garçon au cœur d’un isolement insulaire, qu’il partage bientôt avec un mystérieux survivant japonais, aussi secret qu’inattendu.

Le Royaume de Kensuké (2023)
En 2023, le roman fait l’objet d’une adaptation animée produite en Grande-Bretagne, en France et au Luxembourg. Le film conserve la structure du roman et respecte sa nature introspective et émotive, tout en étoffant visuellement l’univers de l’île et la relation entre Michael et Kensuké. Les thématiques de l’altérité, de l’écologie, et du deuil trouvent une belle résonance dans le traitement visuel sensible et poétique, fidèle à l’âme du texte original. Une adaptation sincère, qui remet à l’honneur une grande œuvre jeunesse du genre aventure, avec tout ce qu’elle comporte de transmission, de solitude et de lien entre les générations.

L’aventure continue…
Et voilà, c’est déjà la fin de ce périple à travers les grands récits d’aventure et leurs adaptations animées. D’île en île, de jungle en montagne, l'aventure traverse les siècles, les genres, les supports, en gardant intact ce qui fait battre le cœur : le goût de l’inconnu, la soif de liberté, le frisson du danger, et cette petite étincelle de curiosité qui pousse toujours à aller plus loin. Chaque adaptation (réussie ou non) est une nouvelle façon de raconter une histoire que l’on pensait déjà connaître. Et c’est justement ce qui fait toute la richesse du transmédia.
Certaines œuvres ont brillé grâce à la magie de l'animation. D’autres… un peu moins. Voilà pourquoi quelques classiques majeures du genre ne figurent pas dans cette sélection, non par oubli, mais par respect. J’ai choisi d'écarter celles qui ne sont pas à la hauteur. Peut-on réellement honorer Heidi ou Tom Sawyer avec des films aussi fades que ceux produit jusque là. Honnêtement, non. Parfois, l’indifférence se justifie.
Si cette chronique t’a donné envie de relire Jules Verne, de découvrir Michael Morpurgo, ou de t’enfoncer dans les neiges avec Jack London… tant mieux. Et si tu préfères le confort d’un bon film d’animation, là encore, on ne te jugera pas (surtout si tu évites la version 2014 de Tarzan, mais bon, tu fais comme tu veux).
Note: Les lecteurs fidèles de cette rubrique reconnaîtront sans doute l’absence d’Artemisia. C’est elle qui, chaque mois, donnait vie à MédiaMorphose et avait initié cette réflexion autour du transmédia comme prolongement naturel de notre ligne éditoriale. Aujourd’hui, elle vogue vers de nouvelles aventures, trop occupée pour poursuivre ce rendez-vous mensuel qu’elle avait elle-même imaginé. Une exploration que nous ne pouvions pas laisser inachevée, tant le sujet nous tient à cœur. C’est donc avec une plume différente, mais la même passion, que je prends le relais. Le ton changera peut-être un peu, mais l’envie de creuser, d’interroger et de faire vivre ces passerelles entre animation et autres supports reste intacte. Nous souhaitons bon vent à Artemisia, et la remercions pour tout ce qu’elle a apporté à cette chronique.
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