Les saisons de l’animation - Édition automne 2026
L’automne s’installe doucement, et avec lui commence une nouvelle saison particulièrement chargée pour le cinéma d’animation. Après un été finalement assez calme du côté de l’actualité, il est temps de regarder ce que ces trois derniers mois nous ont tout de même laissé… et surtout ce qui nous attend jusqu’à l’hiver.
Si l’actualité n’a pas été débordante, les découvertes, elles, étaient au rendez-vous. Nous reviendrons sur les films qui ont accompagné notre été, sur quelques informations qui méritaient toute notre attention, mais aussi sur les lauréats du Festival d’Annecy et les annonces de la D23.
Nous prendrons également des nouvelles de nos chroniques, avant de nous attaquer à un automne autrement plus chargé. L’Île des souvenirs, Le Corset, Le Mystère Lucy Lost, Billie, à la croisée des mondes, Astérix : Le Royaume de Nubie, Le Chat Chapeauté ou encore Carmen, l’oiseau rebelle : les prochaines semaines ne manqueront clairement pas d'intérêt.
Alors remettons tranquillement les pendules à l’heure avant d’entamer cette nouvelle saison. Bienvenue dans ce nouveau numéro de GrandRaccord.
Les belles découvertes de la saison passée
Commençons par revenir sur les films qui ont accompagné notre été. Pas de raz-de-marée cette saison, mais tout de même quelques belles découvertes, des propositions singulières et, surtout, aucun véritable flop.
Les Minions ont ouvert l’été avec une nouvelle aventure plutôt sympathique (Des Minions et des monstres), sans parvenir à dissiper l’impression d’une franchise qui commence sérieusement à tourner en rond. La première partie fonctionne pourtant très bien, notamment grâce à son voyage à travers l’histoire du cinéma, bourré de références et de bonnes idées visuelles. Malheureusement, la suite retombe dans une formule beaucoup plus classique et nettement moins inspirée. Ça reste drôle, coloré et techniquement impeccable, mais certainement pas indispensable.
In Waves est en revanche l’un des plus beaux films de cet été. Adapté du roman graphique d’AJ Dungo, In Waves raconte l’histoire d’amour entre AJ et Kristen, leur passion commune pour le surf, mais surtout leur confrontation à la maladie. Le film évite heureusement le pathos pour privilégier la justesse, la tendresse et des personnages profondément attachants. Ajoutez à cela de magnifiques paysages californiens et un très beau travail mêlant 2D et 3D : c’est un vrai coup de cœur.
Du côté des tout-petits, Entre Ciel et Terre nous a offert sept courts métrages en seulement 33 minutes. Le programme est assez inégal, mais ses meilleurs segments valent vraiment le détour, notamment les plus poétiques. La variété des techniques et la douceur de l’ensemble en font surtout une jolie porte d’entrée vers le cinéma pour les plus jeunes.
Une Aube Nouvelle est probablement l’une des plus belles propositions visuelles de la saison. Pour son premier long métrage, Yoshitoshi Shinomiya déploie un travail impressionnant sur la lumière, les couleurs et les matières, en renouant même avec certaines techniques de fabrication pré-numériques. Dommage que le récit, plus décousu et moins abouti, ne parvienne pas toujours à suivre cette ambition plastique. Le film mérite néanmoins largement le détour.
Avec Decorado, Alberto Vázquez reste fidèle à lui-même : des personnages faussement mignons pour raconter quelque chose de profondément sombre, violent et désespéré. Cette fois, une souris au chômage commence à soupçonner que le monde qui l’entoure n’est qu’un immense décor contrôlé par une mystérieuse entreprise. C’est étrange, oppressant, graphiquement remarquable et très personnel, même si le concept finit par tourner un peu sur lui-même. Une proposition imparfaite, mais certainement pas ordinaire.
Deux sorties importantes de l’été manquent encore à notre tableau de chasse. Avatar Aang : Le dernier maître de l’air, sorti le 25 juillet, marque le retour d’Aang dans un long métrage produit par Avatar Studios. Et depuis le 25 août, Batman: Knightfall, Part 1 s’attaque à l’un des récits les plus emblématiques du Chevalier noir, avec Bane poussant Batman jusque dans ses derniers retranchements. Nous n’avons encore vu ni l’un ni l’autre, mais compte tenu de l’importance de ces deux univers, impossible de ne pas au moins signaler leur sortie.
Ce qu’il ne fallait pas louper cet été
Disons-le franchement : l’été aura été plutôt calme du côté de l’actualité et des grandes annonces. Quelques informations ont tout de même retenu notre attention, à commencer par un film sorti avant le changement de saison, Jim Queen. Après une présentation remarquée en Séance de minuit au Festival de Cannes, le film a prolongé l’événement jusqu’au début de l’été. Premier long métrage de Nicolas Athané et Marco Nguyen, cette production Bobbypills imagine une maladie transformant les hommes gays en hétérosexuels pour mieux renverser les mécanismes de normalisation et de rejet. Une satire queer, pop et résolument adulte, qui aura réussi à faire parler d’elle bien au-delà de son passage cannois.
DreamWorks Animation a levé le voile sur L’Île des souvenirs, précédemment annoncé sous le titre L’Île oubliée. Réalisé par Joel Crawford et Januel P. Mercado, le film suivra Jo et Raissa, deux amies transportées sur Nakali, une île fantastique inspirée des mythes philippins. Pour rentrer chez elles, elles pourraient devoir sacrifier les souvenirs qui les unissent. Rendez-vous le 21 octobre dans les salles françaises.
L’après-Minions avec Illumination s'appelle Pas si seuls. Le studio a profité du Festival d’Annecy pour présenter ce nouveau film, une comédie de science-fiction portée par les voix de Timothée Chalamet et Selena Gomez. Lui incarnera Joe, mécanicien spécialisé dans les fusées ; elle, Fran, une astrobotaniste développant une fusée propulsée grâce aux plantes. Évidemment, trois petits extraterrestres vont venir compliquer leur histoire. Sortie prévue en 2027.
Et pour terminer sur une histoire beaucoup plus insolite, direction la Chine. Sorti dans une relative indifférence, Niu Lai a été fabriqué pendant cinq ans par Xin Yumeng et sa mère avec un budget dérisoire. Son animation rudimentaire et ses nombreuses maladresses ont d’abord été moquées sur les réseaux sociaux… avant d’attirer les curieux dans les salles et de transformer le film en succès inattendu. À force d’entendre dire que le film était affreux, le public chinois a visiblement voulu vérifier par lui-même. Et il a payé pour ça.
Les lauréats du Festivals d'Annecy
Impossible de refermer définitivement le chapitre de l’été sans revenir sur le Festival international du film d’animation d’Annecy, qui célébrait cette année sa 50e édition. Une édition anniversaire placée sous une idée simple : rappeler que l’animation, c’est du cinéma, pleinement et sans restriction.
Côté palmarès, le Cristal du long métrage revient à La Violoniste d’Ervin Han et Raúl García, qui décroche également le Prix SACEM pour sa musique. Mais le grand gagnant de cette édition est aussi français : Le Corset de Louis Clichy repart avec trois récompenses, le Prix du Jury, le Prix Fondation Gan à la diffusion et surtout le Prix du Public. Autant dire qu’il faudra garder un œil dessus lors de sa sortie cet automne.
Du côté de la catégorie Contrechamp, Blaise de Jean-Paul Guigue et Dimitri Planchon décroche le Grand Prix, tandis qu'Une Aube Nouvelle, reçoit le Prix du Jury. Decorado n’est pas oublié non plus puisqu’Alberto Vázquez repart avec le Prix Paul Grimault.
Pour les courts métrages, le Cristal est attribué à Trace écrite de Don Hertzfeldt, tandis que Dieu est timide de Jocelyn Charles réalise un joli doublé avec le Prix du Jury et le Prix du Public, auquel s’ajoute le Prix SACEM pour sa musique originale.
Enfin, cette 50e édition a rendu hommage à Mike Judge en lui décernant un Cristal d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Une jolie manière de saluer celui qui, de Beavis and Butt-Head à King of the Hill, contribue depuis plus de trente ans à faire vivre une animation adulte volontiers irrévérencieuse.
Pour les plus curieux, notre dossier consacré aux lauréats du Festival d’Annecy permet de retrouver le palmarès complet et de remonter le fil des récompenses décernées au fil des éditions.
Les annonces de la D23
La D23 était de retour cet été, mais pas tout à fait sous la même forme que l’année dernière. Disney alterne différents rendez-vous sous cette bannière : après Destination D23 en 2025, l’été 2026 marquait le retour du grand événement D23 réunissant les différentes branches du groupe et leurs principales annonces.
Disney a confirmé Zootopie 3 et dévoilé de nouvelles informations sur La Reine des neiges III, tandis que Pixar prépare Les Indestructibles 3 et Coco 2. L’Âge de glace et même Les Simpson vont également faire leur retour au cinéma. Bref, les suites étaient partout.

Heureusement, quelques créations originales ont également trouvé leur place. Pixar a notamment présenté Ghost Market, étrange histoire située à Hawaï autour d’un restaurant fréquenté par les esprits, ainsi que de nouvelles images de Nero, chat noir. Disney a de son côté remis en avant Billie, à la croisée des mondes, que nous découvrirons dès cet automne.
Difficile donc de ne pas voir dans cette D23 la confiance immense que Disney accorde aujourd’hui à ses franchises. Nous avons consacré une chronique entière à toutes ces annonces, mais s’il fallait n’en retenir qu’une interrogation, ce serait celle-ci : au milieu de tous ces 2 et ces 3, où se cachent les futurs classiques ?

La vie de nos chroniques
Du côté de nos chroniques, Estelle a poursuivi ses sélections de courts métrages dans ToutCourt, avec notamment un numéro consacré à cet âge étrange où l’on n’est déjà plus vraiment adolescent sans se sentir encore tout à fait adulte.
MediaMorphose a de son côté poursuivi ses voyages entre les arts avec trois nouveaux épisodes consacrés aux albums jeunesse, aux religions, et au roman policier et au thriller. Ce dernier sujet nous a d’ailleurs réservé quelques surprises : malgré tout ce que le polar peut apporter en matière de mystère, de tension ou de jeu sur les perceptions, ses adaptations littéraires restent étonnamment rares dans l’animation.

ThémaKid s’est attaqué à un sujet particulièrement actuel : la place de la technologie dans notre quotidien, vue à hauteur d’enfant. De Toy Story 5 aux Mitchell contre les machines, la chronique refuse justement le sempiternel débat entre technophiles et technophobes pour s’intéresser plutôt à notre manière d’utiliser ces outils, aux écrans, aux réseaux sociaux et désormais à l’intelligence artificielle.
Et le numéro suivant change radicalement de registre puisqu’il est consacré à la maltraitance animale. De Spirit, l’étalon des plaines à Save Ralph, en passant par Chatbull et Brisby et le Secret de NIMH, Joseph s’intéresse à la manière dont l’animation peut parler aux enfants de domestication forcée, de combats d’animaux ou encore d’expérimentation en laboratoire, en adaptant la frontalité du propos à leur âge.
La FollowUp s’est projeté vers Astérix : Le Royaume de Nubie. Ce que l’on sait déjà, ce que l’on peut encore imaginer et les albums dont cette nouvelle aventure pourrait s’inspirer : rendez-vous après la sortie pour voir si j'ai eu du nez.
Enfin, un travail plus discret se poursuit dans les coulisses : nos portraits de réalisateurs s’étoffent considérablement. Des pionniers aux cinéastes contemporains, nous enrichissons progressivement cette partie de notre grand répertoire, avec désormais deux fois plus de portraits publiés.

Ce que l’automne nous réserve
Automne oblige, nous entrons dans la période la plus chargée de l’année pour le cinéma d’animation. Et cette fois, la qualité semble bien décidée à rimer avec la quantité : entre productions françaises, grosses machines américaines, programmes pour les plus jeunes et propositions plus singulières, les trois prochains mois s’annoncent particulièrement riches. Comme toujours, les dates indiquées sont celles annoncées au moment où nous écrivons ces lignes : l’agenda peut encore bouger et certaines sorties être avancées ou repoussées.
Commençons d’ailleurs par quatre films à cheval sur les saisons, sortis juste avant l’arrivée officielle de l’automne et encore à l’affiche. Particularité amusante : ils s’adressent tous aux plus jeunes.
Ma famille de samouraïs aborde avec beaucoup de bienveillance les origines, l’immigration et la transmission. Le Cygne et l’enfant m'a séduit par la beauté de l’univers de Miyoung Baek, même si sa poésie abstraite est étonnamment exigeante pour le très jeune public auquel il est destiné. Un amour d’épouvantail constitue une initiation au cinéma douce et chaleureuse, portée notamment par l’excellent segment produit par Magic Light Pictures.
Mais ma préférence va clairement à Chien Bleu et autres belles histoires de l’école des loisirs. Ici, pas véritablement d’animation : les illustrations originales de cinq albums jeunesse sont projetées presque telles quelles, accompagnées de voix, de musiques, de bruitages et de quelques mouvements de caméra. Une proposition désarmante de simplicité, à mi-chemin entre lecture publique et séance de cinéma, qui invente presque son propre format : celui de l’« album raconté ». Difficile à juger avec nos critères habituels, mais particulièrement intelligent pour accompagner les premiers pas des tout-petits vers le cinéma… et la lecture.
Dès le 7 octobre, les jeunes spectateurs resteront à l’honneur avec Le Monde à l’envers, six courts métrages autour des différentes manières de percevoir le monde, tandis que Doraemon et le château sous-marin entraînera Nobita et ses amis dans une nouvelle aventure aquatique.
Le 14 octobre sera particulièrement chargé avec Mochy, nouvelle production de nWave, Le Corset de Louis Clichy, auréolé de trois récompenses à Annecy, et Petite Casbah, qui nous plonge dans l’Alger de 1955. Nous avons déjà pu découvrir ce dernier : malgré un scénario parfois trop sage, sa douceur et sa manière d’aborder la colonisation française auprès d’un jeune public en font une proposition particulièrement intéressante.
Halloween aura aussi son mouton. Le 21 octobre, Aardman retrouvera la ferme de Mossy Bottom avec Shaun le Mouton : La Bêêête d’Halloween. Le même jour on visitera L’Île des souvenirs, la nouvelle production DreamWorks dont nous parlions un peu plus tôt. Puis, le 28 octobre, Le Mystère Lucy Lost nous entraînera dans une aventure fantastique autour d’une jeune fille rejetée en raison de ses mystérieux pouvoirs.
Novembre sera plus calme, mais certainement pas vide. Netflix proposera Steps le 20 novembre, une relecture de conte de fées. Puis Disney entrera dans la danse le 25 novembre avec Billie, à la croisée des mondes, l’une des rares créations originales mises en avant lors de la D23. Le Noël d’Ernest et Célestine devrait également arriver à cette période pour lancer les festivités de fin d’année.
Et décembre ne compte clairement pas nous laisser souffler. Astérix : Le Royaume de Nubie transformera nos irréductibles Gaulois en enfants après une petite erreur de potion magique. Warner Bros. ressuscitera l’univers du Dr. Seuss avec Le Chat Chapeauté. Enfin, le 16 décembre, Sébastien Laudenbach refermera notre automne avec Carmen, l’oiseau rebelle, relecture de la célèbre héroïne dans la Séville de 1840.
Bref, si les dates tiennent, il va falloir sérieusement commencer à faire de la place dans nos agendas.
Clap de fin (pour cette saison)
Voilà pour ce nouveau tour d’horizon. L’automne s’annonce particulièrement chargé, et si toutes ses promesses sont tenues, nous devrions avoir largement de quoi nous occuper jusqu’à l’hiver.
D’ici là, venez nous lire ou nous écouter sur CinéAnimation.fr, sur nos réseaux et sur notre chaîne YouTube. Et surtout, profitez de cette saison pour découvrir de nouveaux films, partager vos coups de cœur et, pourquoi pas, vos déceptions aussi.
C’était Guillaume au clavier, avec une Luxo Jr. toujours bien allumée. On se retrouve cet hiver pour un nouveau GrandRaccord.