Decorado
Decorado
Infos techniques du film d'animation "Decorado"
Titre original
Durée
Date de sortie en France
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Decorado"
Arnold, une souris au chômage, traverse une crise existentielle. Il vit dans une ville ou l'entreprise A.L.M.A. dirige tout. Contrairement à sa femme María, il a depuis longtemps l'impression que ce monde est irréel. Décidant de se rebeller, il élabore un plan astucieux pour s'échapper de la ville.
Critique du film d'animation "Decorado"
Decorado est un film hispano-portugais réalisé par Alberto Vázquez. Le long métrage développe l'univers du court métrage homonyme réalisé par le cinéaste en 2016, un conte noir, ironique et existentialiste consacré aux travers de la société et des relations humaines. Arnold, une souris au chômage traversant une profonde crise existentielle, vit dans une ville entièrement contrôlée par la mystérieuse entreprise A.L.M.A. Persuadé que le monde qui l'entoure n'est qu'un immense décor, il décide de se rebeller et de chercher un moyen de s'en échapper.

Les points forts
Alberto Vázquez retrouve une identité immédiatement reconnaissable, déjà particulièrement affirmée dans Unicorn Wars. Personnages mignons aux allures d'illustrations pour enfants, couleurs acidulées et univers de fable servent une nouvelle fois de façade à un récit adulte, sombre et brutal, situé quelque part entre le drame social, l'humour noir et l'horreur. Ce contraste fonctionne remarquablement bien et ne se limite jamais à un simple effet esthétique. La mise en scène participe directement au malaise d'Arnold et à son impression de vivre dans une réalité artificielle, tandis que la narration cultive volontairement l'ambiguïté et détourne les mécanismes habituels du récit. Le rapprochement avec The Truman Show paraît évident dans cette remise en question permanente du réel, mais Vázquez pousse son univers vers quelque chose de beaucoup plus acide, violent et désespéré. L'étrangeté avec laquelle l'histoire évolue épouse ainsi parfaitement l'état mental instable de son protagoniste et nourrit constamment le doute sur la nature du monde qui l'entoure.

Les points faibles
Cette cohérence finit paradoxalement par enfermer le film dans ses propres mécanismes. Les situations, les lieux et les motifs semblent volontairement se répéter, ce qui renforce l'impression d'emprisonnement recherchée mais installe également une certaine monotonie. Le récit manque de véritables ruptures et de tournants capables de renouveler son énergie, si bien que son caractère oppressant finit parfois par prendre le dessus sur sa capacité à stimuler. Le concept lui-même n'est pas entièrement nouveau et rappelle plusieurs œuvres ayant déjà interrogé l'artificialité du quotidien, le contrôle social ou l'impossibilité d'échapper à un environnement fabriqué, parfois avec davantage d'impact. Le dénouement se montre intelligent dans sa logique, mais manque finalement de force, de spectacle et surtout de saveur. Là où une dernière secousse aurait pu prolonger durablement le trouble, la conclusion déçoit davantage qu'elle n'interroge.

En conclusion
Decorado est une œuvre singulière et une nouvelle démonstration de la forte personnalité artistique d'Alberto Vázquez. Son univers graphique remarquable, son humour profondément noir et la cohérence entre son esthétique et son propos suffisent à en faire une expérience particulièrement identifiable. Le film se révèle néanmoins plus dérangeant que satisfaisant, plus oppressant que stimulant, et son concept aurait gagné à être traversé par davantage de ruptures pour supporter pleinement le passage du court au long métrage. Une proposition honorable, imparfaite dans son développement mais suffisamment personnelle et audacieuse pour ne jamais se confondre avec la production ordinaire.
