Série de Cartoons - Droopy

Droopy

Série de Cartoons - Droopy

Dossier rédigé par Guillaume

Droopy est une série de courts métrages d’animation américaine créée par Tex Avery et produite par les studios Metro-Goldwyn-Mayer.

 

Diffusée initialement au cinéma entre 1943 et 1958 aux États-Unis, elle comporte un total de 24 cartoons d’environ 7 minutes. La série met en scène un petit chien basset anthropomorphe à l’allure lente et mélancolique, au ton humoristique loufoque typique des créations de Tex Avery

roopy évolue dans un univers de comédie burlesque où son flegme imperturbable contraste avec la frénésie des situations : malgré son air apathique, ce héros impassible parvient toujours à triompher des adversaires bien plus grands ou bruyants que lui, souvent au moyen de gags visuels exagérés et imprévisibles. Cette approche comique décalée confère à la série Droopy une place à part dans l’histoire du cartoon, au cœur de l’âge d’or de l’animation américaine. Les courts métrages de Droopy ont ainsi marqué des générations de spectateurs par leur humour inventif et leur rythme effréné.

 

Contexte de création

Le personnage de Droopy est né de l’imagination débridée du réalisateur Tex Avery, figure majeure du cartoon hollywoodien. Fraîchement arrivé chez MGM en 1942 après son départ de Warner Bros., Avery cherchait à créer de nouveaux personnages comiques. L’idée de Droopy lui a été inspirée par une voix traînante et nasillarde entendue dans une émission radiophonique des années 1930-40 (Fibber McGee and Molly), voix incarnée par l’acteur Bill Thompson, qui deviendra justement le premier interprète de Droopy. Pour donner corps à ce timbre languissant, Avery imagine un petit chien à l’air triste et mollasson, à l’opposé des personnages exubérants qu’il avait animés auparavant.

Droopy fait sa première apparition à l’écran en mars 1943 dans le court-métrage Droopy fin limier. Dès sa toute première scène, le chien s’avance lentement face au public et lance flegmatiquement: « Hello all you happy people… You know what? I’m the hero » (« Bonjour, vous tous les gens heureux… Vous savez quoi ? C’est moi le héros »). Droopy joue le rôle d’un limier astucieux qui traque un loup évadé de prison, et parvient comiquement à surgir à chaque fois avant le fugitif à l’endroit où celui-ci s’enfuit. Ce gag du héros placide qui devance toujours son adversaire sera l’une des idées fondatrices de la série. Le succès de Droopy fin limier pose ainsi les bases du personnage : un anti-héros d’apparence insignifiante mais malin et tenace, explorant de nouvelles facettes du cartoon comique.

 

Droopy fin limier - Tex Avery - 1943

 

Style de la série et évolution

Les cartoons de Droopy illustrent parfaitement le style inimitable de Tex Avery, fait d’humour visuel débridé, de gags cartoonesques poussés à l’extrême et d’un rythme frénétique. Les adversaires de Droopy ont beau se démener furieusement, l’indifférence imperturbable du petit chien finit toujours par les rendre fous et causer leur perte. Tex Avery multiplie les trouvailles visuelles : regards qui sortent des orbites, mâchoires qui tombent au sol, poursuites effrénées défiant la logique et la gravité… Aucun autre studio n’avait poussé aussi loin le slapstick et l’absurde à l’époque, ce qui fera école dans le monde de l’animation.

 

Police montée (1946)

Considéré comme un classique absolu des cartoons de Tex Avery, ce film reprend la trame de chasse à l’homme (ou plutôt au loup) du premier épisode, mais en l’élevant à un niveau d’extravagance encore supérieur. Le loup s’échappe de prison et tente de fuir à l’autre bout du monde, poursuivi par Droopy vêtu d’un uniforme de policier canadien. S’ensuit une avalanche de gags ultra-rapides et d’effets visuels délirants : le loup croit semer Droopy en creusant jusqu’en Chine, en grimpant au sommet du Mont Everest ou en traversant la planète, pour découvrir à chaque fois le petit chien déjà présent, l’attendant patiemment. Police montée regorge de double takes (réactions démesurées) mémorables du loup, ses yeux qui jaillissent, son cœur qui bondit hors de sa poitrine, face à l’ubiquité inexplicable de Droopy. À la fin, le loup, rendu fou, retourne de lui-même en prison.

Ce cartoon emblématique, reprenant même la carte de titre « Droopy » absente depuis 1943, montre Tex Avery au sommet de son art et clôt définitivement la formule du loup traqué par Droopy.

 

Police montée - Tex Avery - 1946

 

Droopy shérif adjoint (1955) 

D’un point de vue technique et artistique, la série Droopy a également connu des innovations notables au fil du temps. La plupart des courts métrages ont été produits au format standard de l’époque, mais sept d’entre eux, dans la seconde moitié des années 1950, ont inauguré l’utilisation du CinemaScope dans les cartoons MGM. Cela s’accompagne d’une évolution graphique, le design des personnages et des décors s’épure et se stylise davantage. Ce changement s’observe particulièrement après le départ de Tex Avery du studio en 1953.

À partir de 1955, Michael Lah signe en solo les six derniers cartoons de la série (de 1955 à 1958). Sous sa houlette, le style visuel s’oriente vers des lignes plus simples et modernes, même si l’esprit comique demeure proche, quoique légèrement moins délirant que sous Avery.

Droopy shérif adjoint marque la dernière réalisation de Tex Avery sur la série (coréalisé avec Michael Lah). Le scénario astucieux joue sur le silence forcé : Droopy et un collègue shérif doivent garder une réserve d’or sans réveiller leur supérieur qui dort à côté. Deux bandits s’introduisent pour voler le coffre et une série de gags s’enchaîne, où Droopy fait délibérément échouer les voleurs en les obligeant à faire du bruit malgré eux. Chaque maladresse cause aux bandits une douleur (clous dans le pied, brûlures, coup de marteau...) qu’ils ne peuvent exprimer qu’en courant hurler à l’extérieur du bureau pour ne pas réveiller le shérif. Plus les bandits essaient de rester silencieux, plus Droopy redouble d’inventivité pour les pousser à la faute, ce qui crée un comique crescendo par leur frustration muette. Finalement, épuisés et couverts de bosses, les deux bandits préfèrent renoncer et se jettent d’eux-mêmes en prison, juste au moment où l’on découvre ironiquement que le shérif était sourd pendant tout le film.

 

Droopy shérif adjoint - Tex Avery, Michael Lah - 1955

 

Héritage et postérité

La série prend fin lorsque MGM ferme son département d’animation en 1957.

Bien que plus aucun nouveau cartoon de Droopy n’ait été produit après 1958, le personnage a connu plusieurs résurrections et apparitions à partir de la fin des années 1980. Droopy fait d’abord un caméo remarqué dans le film hybride Qui veut la peau de Roger Rabbit (1988), ce qui le remet en lumière auprès du public. Fort de ce regain d’intérêt, Droopy est intégré dans trois courts-métrages modernes de Roger Rabbit produits par Disney entre 1989 et 1990, puis il passe du grand écran au petit écran : on le retrouve à la télévision dans la série Tom & Jerry Kids (1990–1993) aux côtés de son fils Dripple, puis en vedette de sa propre série télévisée Le Droopy et Dripple Show (1993).

 

Lapin Looping - Rob Minkoff - 1990

 

Ces nouvelles itérations, produites par Hanna-Barbera, introduisent Droopy à une génération née après l’âge d’or, tout en rendant hommage à l’esprit des classiques de Tex Avery. Personnage secondaire récurrent de l’univers Tom & Jerry dans les années 2000, Droopy continue ainsi d’être présent ponctuellement dans des films ou séries animées contemporaines.

 

Note : L'intégrale de la série ci-dessous peut être dépliée pour consultation. Les dates indiquées correspondent aux sorties dans le pays d’origine. Tous les films de cette série de cartoons ne sont pas sortis en France. Les épisodes produits spécifiquement pour la télévision, dans le cadre de séries télévisées, ne sont pas inclus dans cette liste.

 

 

1943

 

1945

 

1946

 

1949

  • Señor Droopy
  • Wags to Riches
  • Out-Foxed

 

1950

  • The Chump Champ

 

1951

 

1952

  • Caballero Droopy

 

1953

 

1954

  • Drag-a-Long Droopy
  • Homesteader Droopy
  • Dixieland Droopy

 

1955

 

1956

  • Millionaire Droopy

 

1957

  • Grin and Share It
  • Blackboard Jumble
  • One Droopy Knight

 

1958

  • Sheep Wrecked
  • Mutts About Racing
  • Droopy Leprechaun

 

Note : Droopy apparaît dans d’autres cartoons MGM en dehors de sa propre série. On le retrouve parfois dans la série Tom & Jerry.

 

Films associés

1955
01/01
Droopy shérif adjoint
1953
01/01
Les trois petits chiots
1951
01/01
Droopy trompe-la-mort
1946
01/01
Police montée
1943
01/01
Droopy fin limier