Les saisons de l’animation - Édition été 2026
La chronique vidéo
L’article écrit
Le printemps se conclut sous une canicule hors normes. L’occasion, peut-être, de trouver refuge dans les salles de cinéma climatisées, et, tant qu’à faire, d’y découvrir de bons films d’animation. Ça tombe bien : ce nouvel épisode de GrandRaccord nous permet de faire le point sur une actualité particulièrement riche.
Au programme de cette édition estivale : un retour sur les festivals, les annonces qu’il ne fallait pas manquer, les films sortis ces derniers mois et ceux qui nous attendent tout au long de l’été. Nous prendrons également le temps de revenir sur la vie de nos chroniques et les derniers contenus publiés sur CinéAnimation.fr.
Ce qu’il ne fallait pas louper ce printemps
Le printemps a d’abord été marqué par le Festival national du film d’animation, organisé à Rennes du 7 au 12 avril. Cette édition s’intéressait tout particulièrement à l’adaptation, en interrogeant les passerelles entre animation, bande dessinée, littérature et jeu vidéo. Le festival a proposé plusieurs temps forts, avec notamment l’avant-première du film Bouchra, d'Orian Yani Barki et Meriem Bennani. Côté palmarès, Sous ma fenêtre la boue de Violette Delvoye a reçu le Grand Prix du court métrage professionnel, Quelqu’un de spécial d’Alice Gervat le Prix du public, tandis qu’Amélie et la métaphysique des tubes de Maïlys Vallade et Liane-Cho Han a remporté le Prix André-Martin du long métrage. Parmi bien d’autres récompenses et coups de cœur, un palmarès qui témoigne une nouvelle fois de la vitalité de l’animation française.
Dans un format plus resserré, le Paris Animation Contest 2026 a lui aussi permis de mettre le court métrage à l’honneur. Avec plus de 700 films en compétition, l’événement parisien confirme son rôle de plateforme de visibilité pour les artistes et les nouvelles voix de l’animation. Cette année, Je mordrai la poussière des étoiles de Kiana Naghshineh a été élu meilleur film de la sélection, venant conclure une édition particulièrement dense.
Côté annonces, Sony poursuit l’exploitation de ses licences PlayStation avec une adaptation animée de Bloodborne, destinée à un public adulte. Le choix paraît particulièrement cohérent : l’univers gothique, violent et profondément sensoriel du jeu de FromSoftware semble difficilement transposable autrement sans perdre une partie de sa force. Le projet reste encore très mystérieux, sans date ni premières images.
Autre annonce particulièrement inspirante: Bong Joon-ho s’apprête à réaliser son premier long métrage d’animation avec Ally. Le film suivra une petite créature marine des profondeurs du Pacifique Sud, entraînée dans une aventure qui devrait mêler fantaisie, écologie et réflexion sur notre rapport au vivant. Ally est attendu pour 2027 : il faudra patienter, mais l’attente semble déjà justifiée.
Netflix poursuit de son côté l’exploitation de l’univers de Roald Dahl avec Charlie contre la chocolaterie, une suite animée inédite qui se déroulera trois ans après le concours du ticket d’or. Le projet ne cherchera donc pas à adapter une nouvelle fois le roman original, mais à prolonger son univers à travers une histoire plus contemporaine.
Mais l’une des annonces les plus impressionnantes de ce printemps nous vient du studio Laika. Présenté au Festival de Cannes, Wildwood, le nouveau long métrage de Travis Knight, a dévoilé ses premières images, et ça envoie du très lourd. Adapté du roman de Colin Meloy, le film nous entraînera dans une forêt mystérieuse aux portes de Portland, où deux enfants partent à la recherche d’un petit garçon enlevé par des corbeaux. Les images confirment une ambition visuelle impressionnante, avec une animation en volume toujours plus fluide, une direction artistique foisonnante et cette texture organique qui fait toute l’identité du studio.
Disney a également dévoilé les premières images de Hexed, rebaptisé en France Billie, à la croisée des mondes. Le 65e long métrage des studios Disney suivra Billie, une adolescente marginale qui découvre un royaume caché où la magie pourrait lui révéler des secrets sur son histoire familiale. Rendez-vous le 25 novembre pour découvrir si Disney saura insuffler à cette nouvelle aventure la personnalité et l’émotion que promettent les premières images.
Enfin, ce printemps a aussi été marqué par une bien triste nouvelle. La rédaction de CinéAnimation a été profondément touchée par la disparition de Marjane Satrapi, autrice, dessinatrice et réalisatrice franco-iranienne, décédée le 4 juin à l’âge de 56 ans. À travers Persepolis, adapté au cinéma avec Vincent Paronnaud en 2007 et récompensé au Festival de Cannes, elle avait offert une voix singulière, intime et universelle sur l’Iran, l’exil, la liberté et la mémoire. Avec elle disparaît une artiste majeure, dont les récits auront permis à des millions de lecteurs et de spectateurs de regarder le monde autrement.
Coup d’œil sur le Festival d’Annecy
Au moment même où j’écris ces lignes, le Festival international du film d’animation d’Annecy bat son plein et lance, comme chaque année, les festivités d’un été particulièrement riche en couleurs. Cette édition est d’ailleurs un peu particulière, puisqu’elle marque l’inauguration du Musée du film d’animation, nouvelle étape importante pour une ville qui s’est imposée depuis longtemps comme l’un des grands centres mondiaux de l’animation.
Cette année, nous couvrons malheureusement l’événement de loin. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de le faire correctement. Couvrir Annecy sur place a un coût, et faute de moyens suffisants pour permettre à notre équipe bénévole de travailler dans de bonnes conditions, nous avons préféré passer notre tour plutôt que de proposer une couverture au rabais. Le festival reste un rendez-vous hors normes, essentiel pour la profession comme pour les passionnés. On peut simplement regretter que les médias entièrement spécialisés ne soient pas toujours davantage accompagnés pour faire vivre cet événement de l’intérieur. Quoi qu’il en soit, ce n’est certainement pas une expérience malheureuse avec une attachée de presse qui changera notre regard sur ce magnifique écrin qu’est Annecy.
Difficile de détailler l’intégralité d’un programme aussi dense sans y consacrer toute cette gazette, mais plusieurs titres retiennent déjà particulièrement notre attention. Dans la sélection officielle, Carmen, l’oiseau rebelle de Sébastien Laudenbach intrigue par sa relecture autour de la célèbre héroïne sévillane, tandis que Decorado, le nouveau film d’Alberto Vázquez, s’annonce une fois encore comme un objet singulier et difficilement classable. In Waves de Phuong Mai Nguyen, récit d’amour, figure également parmi les œuvres que nous avons hâte de découvrir, tout comme Le Corset, le nouveau film de Louis Clichy, et bien sûr, Lucy Lost d’Olivier Clert.
Du côté de la compétition Contrechamp, où se cachent souvent certaines des propositions les plus stimulantes du festival, Une aube nouvelle attire tout particulièrement notre attention. Un film à la fois intime, écologique et mélancolique, qui pourrait bien réserver l’une des belles surprises de cette édition. Hors compétition, Annecy offre aussi plusieurs avant-premières très attendues, parmi lesquelles La Fille dans les nuages de Philippe Riche.
Inutile, pour l’instant, de décortiquer davantage le programme : nous aurons largement l’occasion d’y revenir dans la gazette d’automne, avec le recul nécessaire et, surtout, l’annonce du palmarès. Pour les plus impatients, les récompenses seront dévoilées le samedi 27 juin, lors de la cérémonie de clôture.
Super Mario Galaxy, le film: L’immense déception
On en vient maintenant aux sorties de la saison passée, et commençons tout de suite par ma plus grosse déconvenue : Super Mario Galaxy, le film, que j’attendais avec une impatience non dissimulée. En tant que joueur, mais aussi parce que j’avais beaucoup aimé le premier film, cette suite avait tout pour devenir l’un des grands rendez-vous du printemps.
Quelle déception. Cette suite avait pourtant tout pour réussir : l’univers Galaxy, l’arrivée de Yoshi, Bowser Jr., Harmonie, de nouveaux mondes, une aventure intergalactique et, surtout, la promesse d’élargir enfin l’univers de Mario au cinéma. Sur le papier, c’était exactement ce que l’on pouvait attendre d’une suite ambitieuse. À l’écran, c’est malheureusement tout l’inverse : un immense empilement de fan-service, de personnages et de références, sans véritable histoire pour leur donner du sens.
Le film conserve évidemment quelques qualités. L’animation est solide, les décors sont nombreux, colorés et constamment renouvelés, et l’énergie ne retombe jamais vraiment. Illumination sait produire du spectacle, et les fans de Nintendo trouveront forcément des dizaines de clins d’œil à reconnaître. Mais c’est aussi là que le problème commence : le film ne semble exister que pour cela. Les références remplacent l’écriture, les apparitions de personnages remplacent les enjeux, et le spectacle permanent finit par étouffer tout le reste. L’intrigue est d’une banalité affligeante, mal cousue, réduite à une succession de scènes pensées pour faire entrer un maximum d’éléments de l’univers Nintendo dans moins de cent minutes.
Le pire reste sans doute cette impression de précipitation constante. Tout va trop vite. L'épisode prépare les films à venir, accumule les promesses et brûle ses cartouches sans prendre le temps de les développer. Super Mario Bros., le film était une très belle surprise. La suite abîme clairement cette dynamique en privilégiant la quantité à la qualité. Le succès commercial est évidemment au rendez-vous, porté par la force immense de la marque. Mais sur le plan artistique, le constat est brutal : c'est clairement un accident créatif.
Les belles découvertes de la saison passée
Parmi les belles découvertes de ce printemps, Les Contes du pommier mérite le détour pour sa magnifique animation en volume. Ce film franco-tchéco-slovaque, construit autour d’histoires racontées par une petite fille à ses frères lors d’un séjour chez leur grand-père, déploie un imaginaire chaleureux, artisanal et profondément poétique. Tout n’est pas parfaitement équilibré : la structure éclatée et les transitions parfois confuses empêchent le récit de trouver toute sa force émotionnelle. Mais pour sa beauté plastique et son atmosphère douce-amère, le film reste une très belle proposition.
Disponible sur Netflix depuis le 1er mai, Aventures croisées est une production Skydance Animation qui repose sur une idée simple : deux animaux ennemis jurés se retrouvent forcés de partager la même aventure. Le résultat est un divertissement solide, porté par un univers naturel et fantastique très séduisant, une animation soignée et des personnages immédiatement attachants. Malgré quelques longueurs, l’ensemble reste agréable, dynamique et suffisamment généreux pour offrir une bonne découverte familiale.
ChaO de Yasuhiro Aoki se déroule dans un Shanghai futuriste où humains et sirènes cohabitent. Le film raconte l’histoire improbable d’un ingénieur contraint d’épouser une princesse sirène. Dit comme ça, le point de départ paraît déjà étrange ; à l’écran, il devient une expérience totalement débridée. Le Studio 4°C y déploie une liberté visuelle rare, un humour absurde, et une avalanche d’idées qui refusent obstinément de rentrer dans le rang. Le film est parfois épuisant, presque indigeste dans son rythme, mais il ne triche jamais.
Impossible de ne pas mentionner Le Vertige, le nouveau film de Quentin Dupieux, qui crée l’événement depuis sa présentation sur la Croisette. En toute transparence, je ne peux pas encore vous donner mon avis: je ne l’ai tout simplement pas vu. L'histoire: un homme qui annonce à son ami que l’humanité vit dans une simulation. Un sujet qui a de quoi intriguer, et les premiers retours donnent envie de se laisser surprendre. Il me tarde donc de le découvrir. Ma critique très bientôt sur CinéAnimation.
Enfin, notre rédactrice Estelle signe son coup de cœur de la saison avec Jim Queen, premier long métrage de Bobbypills réalisé par Marco Nguyen et Nicolas Athané. Le film imagine une scène gay parisienne bouleversée par l’apparition de l’Hétérose, un virus qui transforme les hommes gays en hétérosexuels. Derrière cette idée volontairement provocatrice, Jim Queen propose une comédie musicale animée drôle, déjantée et profondément fédératrice.
Le Pixar de l'été: Toy Story 5
Toy Story 5 confronte Woody, Buzz, Jessie et leurs compagnons à une réalité très actuelle : celle d’une enfance de plus en plus occupée par les écrans et les jouets connectés. Le sujet pouvait facilement tourner au discours nostalgique contre la technologie. Pixar évite heureusement ce piège et propose une réflexion bien plus fine sur la coexistence entre numérique et jeu traditionnel. Jessie prend ici une place centrale, dans un parcours particulièrement réussi, tandis que Lily Pad s’impose comme une antagoniste plus nuancée qu’elle n’en a l’air. La conclusion, intelligente et touchante, justifie à elle seule l’existence de cette suite.
Tout n’est pas parfait : l’intrigue de l'armée des Rangers de l’Espace s’étire un peu trop, Woody est trop relégué au second plan, et le film manque d’un décor inédit capable de marquer autant que ceux des précédents épisodes. Mais l’essentiel est là. Toy Story 5 reste un grand film populaire, drôle, émouvant et profondément humain. Une suite qui ne révolutionne pas la saga, mais qui prouve qu’elle a encore beaucoup à raconter. J'ai adoré.
La vie de nos chroniques
Joseph a proposé deux nouveaux épisodes de ThémaKid, consacrés à des sujets aussi essentiels que délicats. Dans un premier temps, il s’est intéressé au harcèlement scolaire à travers des films comme Silent Voice, Colorful ou Le Château solitaire dans le miroir. Des œuvres qui montrent la violence de ces situations, mais aussi l’importance de la parole, de l’écoute et de la reconstruction.
Son second épisode aborde le deuil à hauteur d’enfant, en s’appuyant notamment sur les films Là-haut, Coco et Voyage vers Agartha. Trois films très différents, mais réunis par une même idée : accepter l’absence ne signifie pas oublier ceux que l’on aime. Une sélection sensible, utile et profondément humaine.
Estelle poursuit son exploration du format court avec sa chronique bimensuelle qui propose très souvent de découvrir les films dans leur intégralité. Parmi les épisodes récents, le numéro consacré à Norman McLaren mérite particulièrement le détour : à travers Loops et Stars and Stripes, Estelle revient sur les expérimentations fascinantes du cinéaste, qui dessinait directement l’image et le son sur la pellicule. Une belle porte d’entrée vers une animation libre, joueuse et radicalement inventive.
J’ai aussi consacré un NetReport à l’émergence de films d’animation générés par intelligence artificielle, parfois sans aucune transparence sur leurs conditions de fabrication. L’IA peut être un outil, mais elle ne doit pas remplacer la création, les artistes et les métiers de l’animation. Nous appelons donc à un cadre clair, ainsi qu’à une distinction assumée entre animation traditionnelle et animation générative.
Au printemps, MediaMorphose vous a proposé trois nouveaux voyages à travers les passerelles entre les arts et l’animation. Nous avons d’abord exploré l’adaptation des grands romans de fantasy, de la littérature aux mondes animés ; puis le dialogue, étonnamment asymétrique, entre comédie musicale et film d’animation ; avant de nous pencher sur les comic books, leurs codes graphiques et leurs nombreuses métamorphoses à l’écran. Trois épisodes pour rappeler que l’animation ne cesse de puiser dans d’autres supports, tout en les réinventant à sa manière.

Ce que l'été nous réserve
Des chaleurs insoutenables, sans doute, mais aussi quelques sorties animées capables de nous offrir un peu d’évasion.
Des Minions et des Monstres le 24 juin. Pierre Coffin reprend les commandes de cette nouvelle aventure consacrée aux petites créatures jaunes, cette fois lancées à la recherche de monstres pour les besoins de leur propre film.
Le 1er juillet, In Waves arrivera en salles après son passage au Festival d’Annecy. Le film suit AJ et Kristen, deux adolescents réunis par le surf, l’océan et une histoire d’amour bientôt confrontée à la maladie.
Le 22 juillet, La Fille dans les nuages de Philippe Riche proposera une aventure française plus familiale et fantastique. Providence, jeune Parisienne passionnée par les romans d’un écrivain voisin, découvre une plume magique capable de rendre réel tout ce qu’elle écrit. Le film sera à surveiller, notamment parce qu’il fait partie des avant-premières présentées à Annecy.
Le 5 août, la Pat’ Patrouille repartira au cinéma avec Mission Dino. Après les super-pouvoirs et les grandes aventures urbaines, la bande de Ryder s’attaque cette fois à une jungle peuplée de dinosaures. La formule reste évidemment destinée aux plus jeunes, mais la franchise a démontré qu’elle savait construire des spectacles suffisamment généreux pour accompagner les vacances familiales.
Le 12 août, Une Aube nouvelle offrira une proposition autrement plus singulière. Présenté à Annecy dans la sélection Contrechamp, ce film japonais s’annonce comme une œuvre contemplative et mélancolique, à surveiller.
Le 26 août, Tad l’explorateur et la lampe magique viendra prolonger une saga espagnole qui continue de rencontrer son public. Je ne suis pas vraiment intéressé, mais après trois films et une telle longévité, il faut reconnaître que la série possède une vraie place dans le paysage de l’animation familiale.
Je voudrais surtout vous parler de Chien Bleu et autres belles histoires de l’École des loisirs en salle le 16 septembre. Adapté de plusieurs albums jeunesse emblématiques, le programme rassemble cinq histoires autour de l’amitié, de la différence et de la découverte du monde. Il ne s’agit pas réellement d’animation au sens traditionnel, c'est plutôt une présentation des illustrations. Mais cette simplicité fait aussi toute la cohérence du projet. Plus proche d’une lecture racontée sur grand écran que d’un long métrage classique, le film pourrait constituer une très belle première expérience de cinéma pour les enfants de trois ou quatre ans. C'est aussi le premier film d'un tout nouveau genre.
Clap de fin (pour cette saison)
L’été est là, et les salles obscures peuvent offrir un refuge bienvenu face aux fortes chaleurs. Entre deux séances, venez nous lire ou nous écouter sur CinéAnimation.fr, sur nos réseaux et sur notre chaîne YouTube.
C’était Guillaume au clavier, avec une Luxo Jr. toujours bien allumée. On se retrouve très bientôt. D’ici là, je vous souhaite un très bel été : profitez des vacances, des découvertes, des séances en famille et des moments de pause. Et surtout, prenez le temps de regarder de beaux films, de partager vos coups de cœur et de vous entourer de celles et ceux qui comptent. À bientôt.