Tout Court #31 : Escale au Festival d’Annecy : du côté sombre de la beauté !
Depuis quelques jours, le célèbre Festival d’Annecy a commencé. Pour l’occasion, la chronique ToutCourt vous fait découvrir deux courts-métrages issus de sa riche sélection. Notre choix s’est porté sur des projets abordant le culte de l’apparence, qui pousse parfois l’être humain dans ses travers les plus sombres.
Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, faisons un petit retour sur le Festival d’Annecy qui, cette année, bouscule ses habitudes. En décembre dernier, le festival déclarait : « Pas de pays à l’honneur cette année, mais une thématique forte qui rappelle une conviction essentielle : l’animation, c’est du cinéma, pleinement et sans restriction ! » Or, certains le savent déjà, mais chaque année, les étudiants des Gobelins ont l’honneur d’ouvrir les projections, avec un nouveau film présenté chaque jour. Donc, en plus de la chronique, si vous voulez en prendre plein les yeux, rendez-vous sur la chaîne YouTube du Festival d’Annecy !
La Robe Peau
On commence avec La Robe Peau. Après son court-métrage Écorché, qui a connu une belle carrière en festival, Joachim Hérissé revient avec un nouveau projet, lui aussi produit chez KOMADOLI Studio.
C’est l’histoire de Jean, un vieux tailleur nostalgique, qui fait travailler sa femme sur des robes passées de mode. Mais après un événement macabre, son inspiration reprend vie pour une création sublimement monstrueuse.
Réalisé en stop-motion, dans un style proche de son précédent court-métrage, le réalisateur conserve cette volonté de faire émerger la beauté du sombre et du glauque. Le vieux tailleur est un personnage odieux qui refuse de se voir vieillir, prêt à de nombreux sacrifices pour conserver sa beauté. Le film interroge notre rapport au temps qui passe, ainsi que la difficulté à accepter que le monde évolue sans nous. Visuellement saisissant, le pari de nous émerveiller à travers une esthétique sombre est réussi. Le travail est particulièrement soigné et sublimé par une lumière qui nous plonge dans une atmosphère parfois funèbre. Le film est disponible sur le site d’Arte jusqu’au 04/04/2027. Voici la bande-annonce :
Skin Flick
Le deuxième film nous vient directement de l’école dont nous vous parlions plus tôt : les Gobelins. Il s’agit de Skin Flick, réalisé par Louise Bailly, Daniela Del Castello, Alice Levy, Bruno de Mendonça, Elifsu Meriç et Joey Quoc Tran. Il raconte l’histoire d’une actrice X qui joue dans les films snuff cannibales du Diable, en échange d’une beauté renversante. Mais cette fois-ci, le tournage ne se passe pas comme prévu...
Ce film aborde le chantage et l’emprise psychologique, mais va plus loin en évoquant également les difficultés auxquelles peut se heurter une relation homosexuelle face au poids de la religion et du regard familial, tout en y ajoutant une pointe d’humour. Il propose aussi une réflexion sur la beauté intérieure et la singularité de chacun. Les deux femmes à l’écran sont touchantes et l’on s’y attache très vite.
Visuellement, le film n’est pas sans rappeler l’univers de Robert Valley (connu pour Pear Cider and Cigarettes) : un style provocateur, sensuel, stylisé, pop et psychédélique. La musique, totalement adéquate avec l’univers, sublime chaque plan. L’animation est à la hauteur, tout comme la mise en scène, qui impressionne notamment grâce à l’utilisation du split screen, mais aussi par la présence de gadgets technologiques venant souligner l’influence du Diable. Quant au rythme, il est parfaitement maîtrisé, aussi bien dans les scènes d’action que dans les moments plus sensibles et émotionnels.
Merci aux artistes pour ces magnifiques projets. Comme pour chaque sélection, nous espérons que celle-ci vous a plu ! En attendant un prochain numéro de ToutCourt, n’hésitez pas à partager vos impressions avec nous sur les réseaux sociaux.