Toy Story 5: ce qu’on imaginait… et la réalité

Publié le 22 juin 2026 par Guillaume
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FollowUp
Une suite annoncée, un futur à imaginer

Dans la chronique FollowUp consacrée à Toy Story 5, « Ce qu’on sait déjà… et ce qu’on imagine », j’avais tenté de décrypter les intentions de Pixar et de projeter ce que cette suite pourrait raconter, en m’appuyant sur les premiers éléments dévoilés et sur la logique de la franchise.

 

À partir de là, j’avais formulé plusieurs hypothèses : certaines semblaient presque évidentes, tant elles découlaient du synopsis annoncé ; d’autres étaient plus spéculatives, nourries par les personnages, les thématiques et les habitudes narratives de la saga. Avec la sortie du film le 17 juin, vient désormais la seconde étape de cet exercice : confronter mes idées à la réalité. Qu’est-ce que Toy Story 5 a confirmé ? Et surtout, qu’a-t-il choisi de raconter à la place de ce que l’on pouvait imaginer ?

 

 

Hypothèses en synthèse

Avant la sortie de Toy Story 5, les nombreuses informations communiquées par Pixar dessinaient déjà une direction claire : un voyage à la fois drôle et émouvant, où les jouets « vintage » de Bonnie devaient affronter la place grandissante de la technologie dans son quotidien. Au centre de cette promesse, Lilypad : une tablette éducative aussi espiègle que puissante, présentée comme la nouvelle menace pour les jouets traditionnels. Le film annonçait également le retour de Woody, désormais parti vivre sa liberté avec la Bergère ; un rôle plus central pour Jessie ; une armée de Buzz l’Éclair défectueux ; ainsi que l’arrivée de Smarty Pants, un jouet éducatif consacré à l’apprentissage de la propreté.

À partir de ces éléments, j’avais tenté d’imaginer la logique de cette nouvelle aventure. La question la plus évidente concernait le retour de Woody. Après la conclusion de Toy Story 4, il paraissait difficile de le ramener auprès de Buzz, Jessie et Bonnie sans justifier ce choix. J’imaginais donc un appel au secours : Jessie, devenue la cheffe de la chambre, et Buzz confrontés à une situation qui les dépasserait, peut-être liée à la place de Bonnie, à Fourchette ou à l’arrivée de nouveaux jouets. Woody aurait alors été rappelé pour une mission ponctuelle, susceptible de prendre des proportions bien plus importantes que prévu.

 

 

J’envisageais aussi une ouverture loin de la chambre de Bonnie, suivant Woody et la Bergère dans leurs nouvelles aventures nocturnes, avant qu’un ancien compagnon ne vienne les chercher. Une autre possibilité reposait sur une approche plus intime : Woody, malgré sa liberté, ne parviendrait pas à se détacher totalement des jouets qu’il a quittés. La Bergère l’aiderait alors à comprendre que son rôle de guide ne s’est peut-être jamais vraiment effacé.

Sur le plan thématique, je m’attendais moins à un discours simpliste contre les écrans qu’à une confrontation entre deux générations de jouets. Comme Buzz l’avait été face à Woody dans le premier film, les jouets traditionnels risquaient cette fois d’être relégués au rang de reliques. Lilypad pouvait alors devenir la personnification d’une technologie conçue pour monopoliser l’attention de Bonnie : une concurrente déterminée à occuper toute la place dans sa chambre. Son statut d’antagoniste restait, lui, plus incertain. Était-elle une menace assumée, à la manière de Lotso ? Ou un personnage plus ambigu, convaincu de faire ce qui est le mieux pour Bonnie, comme Gaby Gaby avant elle ? Son apparence, tantôt souriante et rassurante, tantôt inquiétante, semblait suggérer une figure plus complexe qu’une simple méchante. Le premier visuel officiel, où Woody, Buzz et Jessie se reflétaient dans son écran, pouvait même laisser penser que Lilypad servirait de miroir déformant : non seulement une rivale, mais aussi un personnage capable de révéler les doutes et les limites des jouets.

 

 

Enfin, plusieurs pistes secondaires semblaient se dessiner. L’armée de Buzz pouvait prolonger une tradition comique de la saga, qui aime confronter le ranger de l’espace à ses propres doubles. Et la place annoncée de Jessie ouvrait la possibilité d’un conflit plus émotionnel : devenue la leader du groupe en l’absence de Woody, comment réagirait-elle à son retour ? Plus qu’un simple rôle de soutien, elle pouvait enfin devenir le cœur du groupe, tandis que Woody devrait apprendre à trouver sa place dans une équipe qui a continué d’exister sans lui.

C’étaient donc les grandes lignes de mes projections : un retour de Woody à justifier, une Jessie appelée à s’affirmer, une technologie pensée comme rivale plutôt que comme simple ennemie, et une Lilypad potentiellement bien plus ambiguë qu’elle n’en avait l’air.

 

 

L’épreuve du réel

Autant le dire tout de suite : je suis assez fier de ne pas m’être tant trompé. Le résultat réserve bien quelques surprises, mais il faut aussi reconnaître que les équipes de communication donnent aujourd’hui énormément d’indices avant la sortie d’un film (presque trop, à mon goût). C’est sans doute ce qui explique qu’il ait été relativement facile de deviner une partie de la trajectoire de Toy Story 5.

Comme attendu, c’est bien Jessie qui contacte Woody pour demander son aide après l’arrivée de Lilypad. C’était l’hypothèse la plus évidente, et ma tentative d’imaginer une entrée plus originale (Fourchette dans une nouvelle crise existentielle en lien avec Karen Beverly ou une situation plus inattendue) tombe donc à l’eau. La réalité est plus limpide.

En revanche, j’avais vu juste sur un point : Bonnie traverse une période difficile. Elle manque d’amis, et c’est précisément cette fragilité qui pousse ses parents à lui offrir une tablette à la mode.

 

 

Autre case cochée : le film s’ouvre bien loin de la chambre de Bonnie. Pas avec une scène, mais avec deux. D’abord, la présentation de l’armée de Buzz l’Éclair. Elle n’est pas composée de jouets défectueux, comme je l’imaginais, mais d’une version 2.0 du ranger, équipée d’un véritable écran sur la poitrine. Puis vient le flashback de Jessie : son premier enfant qui l’abandonne. Le film annonce immédiatement la couleur. Cette fois, l’histoire sera surtout celle de la cow-girl. Une promesse tenue.

J’avais imaginé une aventure autonome avec Woody et la Bergère en ouverture. Elle n’est finalement pas placée au début du film, mais elle existe bel et bien lorsque Jessie appelle son cow-boy préféré à la rescousse. À l’inverse, mes pistes autour d’une Bonnie nostalgique de son jouet Woody, d’un Woody lassé de sa liberté ou d’un Fourchette se mettant en danger pour retrouver son ami ne se vérifient pas. Au départ, chacun semble satisfait de sa situation. Et c’est probablement mieux ainsi : le film ne revient pas artificiellement sur les choix de Toy Story 4 pour créer une crise.

 

 

C’est d’ailleurs là que se situe ma principale déception. J’espérais une pirouette narrative particulièrement inspirée pour justifier le retour de Woody. Or, le scénario privilégie surtout une solution fonctionnelle : Jessie a besoin de lui, donc elle l’appelle. Cela marche, mais l’idée manque un peu de l’élégance que l’on pouvait attendre de Pixar pour renouer avec ce personnage après une conclusion aussi forte.

Je pensais que le discours sur les jouets numériques et les écrans serait largement édulcoré. Il paraissait difficile d’imaginer un empire du divertissement assumer une position trop frontale sur un sujet aussi polarisant. Pourtant, Toy Story 5 choisit clairement son camp. Le film propose une mise en garde contre les jouets connectés et la captation de l’attention. À travers la crise émotionnelle vécue par Bonnie (que l’on peut aisément rapprocher de situations de harcèlement entre enfants), Pixar aborde quelque chose de plus profond qu’un simple conflit entre objets anciens et modernes. C’est sans doute l’aspect le plus ingénieux et le plus touchant du film. Et je suis ravi de m’être trompé sur ce point.

 

 

Lilypad est bien la parabole de l’outil numérique que j’imaginais : un objet conçu pour monopoliser l’attention, dont le rapport aux autres jouets constitue l’un des poumons du récit. Les auteurs lui accordent une véritable profondeur, loin du méchant archétypal. Ce choix apporte beaucoup d’humanité et une justesse sociale réelle à l’ensemble, au point que le film semble parfois s’adresser davantage aux adultes qu’aux enfants, ou, plus précisément, aux enfants d’hier qui ont grandi avec Andy.

J’avais interprété le premier visuel officiel, où les personnages se regardent dans l’écran de Lilypad, comme l’annonce d’un miroir déformant. J’imaginais une antagoniste capable de manipuler le groupe, de créer une crise relationnelle ou de renvoyer aux héros une image déformée d’eux-mêmes. Sur ce point, je me suis trop avancé. Lilypad est prête à tout pour atteindre ses objectifs, mais elle ne provoque aucune véritable zizanie entre les jouets. Au contraire, tous semblent assez vite d’accord sur ses méthodes. C’est un loupé dans mon interprétation. Cela me permet néanmoins de regretter que Lilypad ne soit pas davantage sournoise. Il y avait sans doute matière à renforcer sa dimension manipulatrice. Le fait qu’elle soit, une fois encore, un personnage incompris appelé à connaître une forme de rédemption reste efficace, mais devient aussi terriblement redondant. L’ambiguïté du personnage (méchante ou gentille) est bien présente, et je l’avais vue venir. Mais le film aurait peut-être gagné à laisser sa part sombre s’exprimer plus intensément.

 

 

L’armée de Buzz constitue un autre cas à part. Il ne faisait aucun doute que la franchise trouverait une nouvelle variation autour des doubles de Buzz : Toy Story adore confronter le ranger de l’espace à ses propres reflets, du Mini Buzz au Buzz espagnol. Mais cette version-ci est sans doute l’élément le plus conventionnel et le moins inspiré du film. Leur présence apporte un peu d’humour, sans toujours convaincre, et l’on se demande souvent ce qu’ils ajoutent réellement à l’intrigue. Pas grand-chose, au fond. Ce n’est ni raté ni gâché, mais cela reste le point noir du film.

Des Buzz véritablement défectueux, après leur échouage sur une île, auraient peut-être offert une idée plus amusante et plus singulière que ce groupe de jouets sauvages cherchant, une fois de plus, à comprendre la raison de leur existence.

Jessie tient bien le rôle central annoncé. Son arc émotionnel est superbe. On peut regretter un certain sentiment de redite dans les thèmes qu’il convoque, mais le dénouement de son intrigue est suffisamment malin pour emporter l’adhésion. Le film réussit ainsi à faire de Jessie bien plus qu’un relais de Woody ou une figure secondaire du groupe. Son histoire donne au cinquième opus son véritable cœur émotionnel, et justifie pleinement la place que Pixar lui avait promise.

 

 

Enfin, un détail de la bande-annonce avait retenu mon attention : le prénom « Sammy », visible sur le mur de la chambre de Bonnie. C’est probablement le point sur lequel je me suis le plus trompé. Sammy n’a aucune incidence sur le scénario : il s’agit simplement de l’iguane de Bonnie, qui apparaît à peine. Peut-être avait-il initialement un rôle plus important, avant que certaines scènes ne soient réduites au cours de la fabrication. C’est une hypothèse, bien sûr, mais ce genre de réajustement est fréquent dans la conception d’un film d’animation.

Je m’étais également projeté au-delà de ce cinquième opus, en imaginant déjà un possible Toy Story 6. Les derniers commentaires des équipes de Pixar semblent indiquer qu’un sixième film est bel et bien envisagé. Cela ne m’étonne pas : l’inventivité déployée sur cette franchise paraît encore loin d’être épuisée, et pour le coup j'en redemande encore. Et vous?

 

 

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