The Hyperboreans

Long métrage
Festival

The Hyperboreans

Long métrage
Festival

Infos techniques

Titre original

Los hiperbóreos

Durée

62 minutes

Date de projection en festival

Pays d'origine

Chili : sortie le

Réalisation

Joaquín Cociña
Cristóbal León

Société de production

León & Cociña Films
Globo Rojo Films
Diluvio

Synopsis

Dans les limbes d’un grand studio, notre seule guide est une femme, tour à tour conteuse, actrice, illusionniste qui interagit avec des décors et des effigies en carton-pâte à la Méliès, sur les traces d’un homme bien réel : le dandy néonazi chilien Miguel Serrano (1917-2009), plumitif à l’origine de délirantes théories ésotériques. Fascinante aberration ou symptôme d’un mal plus profond ?

Critique

Excellent

The Hyperboreans est le second long métrage du duo d’artistes chiliens Cristóbal León et Joaquín Cociña. Après leur inoubliable La Casa Lobo, le duo se lance dans un film d’animation hybride, sans poser aucune limite à leurs idées. Sorti en 2024 et d’une durée de 62 minutes, The Hyperboreans est une prouesse technique mêlant live action, stop motion et marionnettes, sur des décors en papier façon Méliès ou Lotte Reiniger. Le tout est posé sur une intrigue à mi-chemin entre faux biopic, science-fiction et exploration autant politique que symbolique, autour du mythe de Miguel Serrano, idéologue néonazi ayant théorisé l’existence des « Hyperboréens », une race mythique aryenne et souterraine.

 

 

Les points forts


Une expérience artistique totale ! The Hyperboreans est une fusion bluffante entre animation et réel. Il intègre l’animation dans les scènes tournées avec l’actrice, sans avoir recours à l’incrustation, ce qui renforce la présence physique des éléments. Les décors sont vivants et se transforment pendant les séquences elles-mêmes, donnant l’impression que le plateau « vit » en temps réel. Un huis clos dans un studio qui donnerait presque le vertige, studio qui devient alors un acteur à part entière, avec une mise en abyme omniprésente du cinéma. Les artifices du lieu de tournage sont visibles, et l’œuvre est consciente d’elle-même. Une expérience qui repose sur une esthétique chaotique maîtrisée. La direction artistique semble brouillonne à première vue, mais elle révèle une organisation d’une précision extrême, où chaque défaut apparent est intentionnel. Une intention qui donne un charme singulier aux imperfections, comme le papier froissé ou les animations saccadées, aussi séduisants que les moments techniquement impressionnants. De plus, le film ne propose aucune coupure nette dans ses transitions. Il enchaîne une série de faux plans-séquences, uniquement rythmés par des transitions internes, fluides et inventives. Une illusion de continuité remarquable, tenue tout au long du film. Le rythme est maintenu par une œuvre hybride, entre théâtre de marionnettes, tours de magie et rêve éveillé. Le film multiplie les formes sans jamais se figer, et ne manque pas de constamment surprendre le spectateur par une idée nouvelle, souvent folle, à chaque scène. Cela provoque un sentiment de désorientation volontaire, accentué par une ambiance sonore originale : des bruitages volontairement « sales » ou de mauvaise qualité, parfois faits à la bouche, en harmonie avec la dimension artisanale et ludique de l’œuvre.

 

 

Les points faibles


Le film présente une complexité narrative due à une surcharge d’idées visuelles simultanées, qui nuit parfois à la compréhension du texte symbolique. Son accessibilité est en outre limitée par sa nature intellectuelle. Il vise un public capable d’apprécier la beauté plastique, de la comprendre et de la relier à des références historiques ancrées dans l’inconscient collectif chilien. Cela peut exclure un spectateur ignorant ou simplement en quête d’un récit linéaire. La douleur nationale semble peu transmise. Certains enjeux, très marqués localement, risquent d’être perçus comme trop cryptiques pour un spectateur extérieur, qui ne verrait qu’une comédie noire ambitieuse sur le plan technique. Enfin, la surcharge sensorielle, combinée à une absence de pauses dans le rythme narratif comme dans l’animation, peut épuiser plutôt que simplement stimuler.

 

 

En conclusion


The Hyperboreans ne déçoit pas. Il démontre, encore une fois, le talent sans limites du duo chilien León et Cociña. Même si leurs inspirations restent les mêmes, l’impact du passé nazi sur l’inconscient collectif de leur pays, le duo parvient néanmoins à nous surprendre par la beauté de leurs idées, la puissance de leur maniement de l’espace clos et des objets à leur disposition, ainsi que la poésie de leur texte, en parfaite harmonie avec une touche d’humour noir efficace. Et malgré un sujet qui ne touche pas forcément à l’étranger, le film réussit tout de même à séduire et à marquer les festivals dans lesquels il est accueilli, depuis sa première mondiale à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale