Critique : La porte magique (La Porte de l'Imaginaire)

La Porte de l'Imaginaire

Critique : La porte magique (La Porte de l'Imaginaire)

(3/5)

Honorable

La Porte Magique, sorti en 1970, est un film hybride mêlant prises de vue réelles et animation, adapté du roman éponyme de Norton Juster publié en 1961. Produit par MGM, qui en fera sa dernière production animée, La Porte Magique fut réalisé par Chuck Jones, légendaire animateur des Looney Tunes chez Warner Bros., spécialisé dans l'animation courte et le burlesque, ici secondé par Abe Levitow à la coréalisation et Dave Monahan pour les séquences en prises de vue réelles qui encadrent le film. Nous suivons le récit de Milo, jeune garçon désenchanté, qui, après le passage d'une porte magique, se retrouve transformé en dessin animé et entame une traversée du Royaume de la Sagesse où les concepts abstraits (mots, chiffres, ignorance) prennent forme, dans une quête aussi ludique qu'initiatique pour se redécouvrir et prouver sa volonté.

 

 

Les points forts


Une gestion des couleurs et une fluidité bluffantes dès les premières minutes. La transition entre les deux mondes, proprement exécutée, confirme l'ambition visuelle du film : La Porte Magique brille par sa capacité à capter l'attention grâce à un parfait équilibre entre onirisme et esthétique cartoon, fidèle aux codes de son époque. Basé sur un récit qui vise à lutter contre le désintérêt chez les enfants (presque dépressif), le film parvient à percuter le regard du jeune spectateur par ses images envoûtantes et une aventure aussi amusante que didactique.

 

 

Les points faibles


Le film repose pourtant énormément sur ce que les productions d'animation à succès de son époque avaient déjà établi, sans véritablement apporter de forme ou de design qui sortirait des conventions. C'est surtout flagrant dans le character design : le récit, sauvé en partie par le fait qu'il s'agit d'une adaptation de livre, ne confère à aucun personnage de caractéristique physique distinctive. Ils ressemblent simplement à un mélange de figures célèbres de l'animation, notamment Disney ou des Warner Bros. Cartoons, offrant un semblant de confort dans la recherche d'idées malgré un univers qui semblait riche en potentiel innovant.

La structure narrative, quant à elle, demeure paresseuse même pour un film destiné aux enfants. Tout est linéaire et suit un schéma répétitif : un territoire fondé sur un pan de la sagesse (dictionnaire, mathématiques, ignorance...), un ennemi, un ami, et on reprend la route. Si beaucoup peuvent se satisfaire de ce rythme (surtout quand la qualité générale du film reste agréable), la répétition finit par alourdir l'ensemble. C'est précisément là que la volonté de sortir les enfants de l'ennui se heurte à une limite : un récit dur à suivre sur la longueur, qui stagne sur une seule et même forme et dépend entièrement de la personnalité de ses personnages, au-delà de leur apparence, peut finir par ennuyer son jeune spectateur.

 

 

En conclusion


La Porte Magique est un film ambitieux au premier abord, qui réussira sans difficulté à trouver son public grâce à son respect des conventions du cinéma d'animation grand public de son époque et à sa qualité visuelle. Il n'est toutefois pas un chef-d'œuvre du genre, précisément à cause de ce manque d'indépendance vis-à-vis des productions à succès qui l'ont précédé dans la même décennie. Le film restera d'ailleurs la dernière production avant la première fermeture du studio d'animation de la MGM, avant sa réouverture en 1993. Il demeure néanmoins un film mignon, agréable à regarder en famille.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale