Série de Cartoons - Betty Boop

Betty Boop

Série de Cartoons - Betty Boop

Dossier rédigé par Guillaume

Betty Boop est l’héroïne d’une série de courts métrages d’animation produits par Fleischer Studios entre 1932 et 1939.

 

Créée à l’époque de la Grande Dépression, Betty Boop est devenue la première star féminine du dessin animé, célèbre pour son style de flapper (jeune femme libérée des années 1920) et son célèbre refrain « boop-oop-a-doop ».

 

Contexte de création

Avant qu’elle n’évolue vers son apparence humaine caractéristique, Betty Boop est d’abord présenté avec une tête de chien, dans Dizzy Dishes (1930), un cartoon de la série Talkartoons de Max Fleischer. Dans cette première apparition, Betty est un personnage secondaire anthropomorphe inspiré d’une chienne French poodle : elle apparaît avec un petit museau noir et de longues oreilles de chien (qui seront plus tard redessinées en boucles d’oreilles). Bien que n’ayant pas encore de nom à l’écran, cette chanteuse de cabaret canine au déhanché provocant fait forte impression.

 

Dizzy Dishes - Dave Fleischer, Grim Natwick - 1930

 

Au cours des deux années suivantes, Betty Boop apparaît dans plusieurs courts métrages en tant que partenaire du chien Bimbo, un personnage récurrent de Fleischer. Très vite, elle vole la vedette à Bimbo : dès 1932, les Fleischer lui consacrent sa propre série de cartoons.

 

Style et évolution de la série


En 1932 et 1933, Betty Boop atteint le sommet de sa popularité. en devenant un personnage pleinement humanisé. Betty Boop est alors représentée comme une jeune femme sexy de 16 ans, à la silhouette voluptueuse et à la personnalité espiègle. Elle incarne sur grand écran un symbole sexuel de l’animation, une flapper indépendante et aguicheuse défiant les codes moraux de l’époque. Les courts métrages de cette période regorgent de sous-entendus coquins et d’humour osé. Le public s’attache à Betty pour son charme innocent mêlé de sensualité. Elle devient une véritable icône de la pop culture.

Parallèlement à ce succès, le personnage de Betty Boop s’inscrit dans la tendance des “dessins animés musicaux” des Fleischer. De nombreux épisodes sont bâtis autour d’un numéro musical, intégrant souvent des chansons de jazz populaire. Betty chante et danse fréquemment, et de vraies stars de la musique de l’époque participent même à ses cartoons.

 

Stopping the Show (1932)

Stopping the Show est considéré comme le premier court-métrage officiellement labellisé sous le titre "A Betty Boop Cartoon". Auparavant, Betty apparaissait régulièrement au sein de la série Talkartoons ou comme personnage secondaire dans d'autres séries des Fleischer. Dans ce cartoon, Betty se produit sur scène dans un théâtre de vaudeville. Elle y parodie plusieurs célébrités de l’époque (notamment Fanny Brice et Maurice Chevalier), démontrant ses talents de chanteuse et d’imitatrice. Ce cartoon joue beaucoup sur le format du spectacle de variétés, très populaire à l'époque.

 

Stopping the Show - Dave Fleischer, Roland Crandall - 1932

 

Boop-Oop-a-Doop (1932)

Ce cartoon emblématique, dont le titre reprend le scat légendaire de Betty, illustre parfaitement le ton audacieux de l’époque. Betty y est artiste de cirque et doit repousser les avances insistantes d’un patron de cirque lubrique qui la harcèle. Elle s’en sort en chantant fermement “Don’t take my boop-oop-a-doop away!” (« Ne me prends pas mon boop-oop-a-doop ! »). La phrase est dénuée de sens littéral, mais dans le contexte elle symbolise la vertu et l’indépendance de Betty qu’on menace de lui ravir. Boop-Oop-a-Doop est aujourd’hui encore souvent cité pour son traitement avant-gardiste du thème du harcèlement, sous couvert de mignonnerie et de jazz.

 

Boop-Oop-a-Doop - Dave Fleischer - 1932

 

Minnie the Moocher (1932)

Probablement le Betty Boop le plus célèbre des années 1930, ce court métrage est un chef-d’œuvre surréaliste mêlant animation et musique. Il s’ouvre par une rare scène en prises de vue réelles montrant le grand Cab Calloway et son orchestre en train de jouer (c’est d’ailleurs la plus ancienne séquence filmée connue de Calloway). L’histoire animée commence avec Betty, adolescente rebelle, qui fugue avec Bimbo car ses parents la grondent trop. Nos deux héros se réfugient la nuit dans une grotte hantée où apparaît un gigantesque spectre de morse – incarné en dessin animé par Cab Calloway lui-même : grâce à la technique du rotoscope, les mouvements de danse fluides du morse sont tracés image par image sur ceux de Calloway filmé en train de danser. Le fantôme entonne la chanson Minnie the Moocher d’une voix chantante inoubliable, entouré de squelettes et de créatures fantomatiques. Sur le plan technique et artistique, Minnie the Moocher est souvent salué pour son animation inventive et son ambiance onirique.

 

Minnie the Moocher - Dave Fleischer, Willard Bowsky - 1932

 

Betty Boop la Vahiné (1932)

Cet épisode mérite d’être mentionné pour illustrer la liberté dont jouissaient les Fleischer avant la censure. Dans Bamboo Isle (Betty Boop la Vahiné pour la France), Betty et Bimbo se retrouvent sur une île des tropiques. Betty y exécute une danse hawaïenne en jupe de raphia, dans un registre très “exotique” fantaisiste. Surtout, on voit dans ce cartoon une scène furtive où Betty apparaît seins nus pendant un instant, une nudité très brève mais révélatrice de ce qu’on pouvait se permettre en 1932, avant le Code Hays. Par la suite, cette scène a souvent été censurée.

Plus généralement, ce film est un bon exemple des caricatures ethniques et de l’imagerie coloniale naïve de l’époque, qu’on regarde aujourd’hui avec du recul critique.

 

Betty Boop la Vahiné - Dave Fleischer, Seymour Kneitel - 1932

 

Snow-White (1933)

Considéré comme le chef-d’œuvre absolu de la série Betty Boop, Snow-White de Dave Fleischer est un court métrage culte dans lequel l’animation atteint des sommets de créativité surréaliste. Betty joue Blanche-Neige, pourchassée par une reine maléfique jalouse de sa beauté. Le film est surtout célèbre pour sa séquence musicale centrale hypnotique. Transformé en personnage de Koko le Clown, Cab Calloway interprète la chanson “St. James Infirmary Blues” dans le décor d’une caverne fantomatique, avec une démarche glissante préfigurant le moonwalk.

Ce court métrage a reçu de nombreuses distinctions : il a été sélectionné en 1994 au National Film Registry pour conservation en raison de son importance historique et esthétique.

 

Betty Boop: Snow White - Dave Fleischer - 1933
Betty Boop: Snow White - Dave Fleischer - 1933

 

Pauvre Cendrillon (1934)

Ce court métrage est notable car il constitue la seule apparition de Betty Boop en couleur à l’époque classique. Réalisé deux ans avant Blanche-Neige de Disney en Technicolor, Pauvre Cendrillon inaugure la série des Color Classics. Betty y incarne Cendrillon, avec la particularité d’avoir les cheveux roux au lieu de sa chevelure noire habituelle, afin de tirer parti du procédé couleur. Visuellement, le film est un ravissement pastel, avec des décors féériques et un usage astucieux de la couleur limitée. Si l’intrigue suit de près le conte (fée marraine, bal, soulier perdu), l’intérêt réside dans les numéros musicaux et la présence d’un humour parodique. 

En juillet 1934, tout change pour Betty Boop avec l’entrée en vigueur stricte du Code Hays, le code de censure hollywoodien. Les autorités de censure jugent le personnage trop suggestif et imposent aux studios de le moraliser. Betty Boop doit alors revoir sa conduite et sa garde-robe : fini les robes courtes et décolletés, fini les jarretelles visibles.

Pauvre Cendrillon marque ainsi cette transition : sorti quelques mois après l’entrée en vigueur de la mesure, il présente une Betty plus innocente et gentille que jamais. Dès lors, Betty adopte l’apparence d’une jeune femme plus modeste et « respectable » – manches rallongées, robe descendant jusqu’aux genoux, bouclettes de cheveux réduites, jarretière effacée. Son comportement à l’écran change également : de garçonne séductrice et affirmée, elle devient une héroïne plus chaste, naïve et domestiquée. Par exemple, dans les films ultérieurs, Betty est souvent montrée dans des rôles de femme au foyer célibataire ou de jeune fille bien élevée, plutôt que de chanteuse de cabaret effrontée. Ce tournant puritain s’accompagne d’une évolution pour son compagnon canin Bimbo, jugé peu convenable (une femme respectable ne pouvant fréquenter un chien anthropomorphe). Il disparaît quasiment des écrans après 1934.

 

Pauvre Cendrillon -Dave Fleischer, Seymour Kneitel - 1934

 

Betty Boop and Grampy (1935)

Pour compenser les interdictions liées au Code Hays, Fleischer introduit de nouveaux personnages secondaires, plus familiaux, comme Pudgy (le petit chien de compagnie de Betty) et surtout Grampy, un oncle inventeur farfelu. Ces personnages apportent un humour bon enfant et des scénarios moins controversés, axés sur la vie quotidienne ou des gags d’invention. Toutefois, l’esprit surréaliste et provocateur des premiers Betty Boop s’estompe en grande partie. Les courts métrages de la fin des années 1930 sont généralement considérés comme plus sages et moins marquants, la censure ayant émoussé la créativité des scénaristes.

Dans Betty Boop and Grampy, Betty invite ses amis à une petite fête chez elle, et Grampy improvise des inventions loufoques dans la maison pour faire de la musique et amuser tout le monde. Ce court métrage met en avant le talent comique de Grampy, qui deviendra un personnage récurrent apprécié des spectateurs. L’ambiance du film est familiale, sans aucune allusion sexuelle, et Betty apparaît ici en gentille hôtesse souriante plutôt qu’en vamp. C’est l’un des meilleurs cartoons de la fin de carrière de Betty Boop, témoignant que la série savait encore être créative dans le registre de la comédie visuelle.

 

Betty Boop and Grampy - Dave Fleischer, Dave Tendlar - 1935

 

Héritage de Betty Boop

Malgré quelques bonnes trouvailles comiques, la popularité de Betty Boop décline progressivement après 1935 face à de nouveaux concurrents du cinéma d’animation (tels que Mickey Mouse ou Popeye).

En 1938, Betty Boop ne rencontre plus le succès escompté. La série s’achève en 1939, après presque une décennie de présence à l’écran dans une centaine de films (en comptant caméos et apparitions dans d’autres séries). Betty Boop tire sa révérence à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Bien que la série des Betty Boop ait pris fin en 1939, le personnage est resté une icône de la culture populaire dans les décennies suivantes. Betty Boop est souvent citée comme la première héroïne de dessin animé et l’une des figures animées les plus reconnaissables du XXe siècle. Sa silhouette de pin-up flapper et son Boop-Oop-a-Doop chantonné ont transcendé le temps, faisant d’elle un symbole rétro toujours apprécié. En 1988, Betty Boop est même réapparue à l’écran dans le film Qui veut la peau de Roger Rabbit pour un caméo mémorable, en noir et blanc parmi des personnages en couleurs – un clin d’œil nostalgique qui montrait que le public la reconnaissait instantanément plus de cinquante ans après ses débuts.

 

Qui veut la peau de Roger Rabbit - Robert Zemeckis - 1988

 

Aujourd’hui, Betty Boop continue d’inspirer artistes et spectateurs : son image vintage orne d’innombrables produits dérivés, et son statut de personnage féminin emblématique suscite des analyses allant du féminisme à l’histoire de la censure. En somme, la série des courts métrages Betty Boop demeure un monument de l’âge d’or de l’animation américaine.

 

Note : L'intégrale de la série ci-dessous peut être dépliée pour consultation. Les dates indiquées correspondent aux sorties dans le pays d’origine. Tous les films de cette série de cartoons ne sont pas sortis en France. Les épisodes produits spécifiquement pour la télévision, dans le cadre de séries télévisées, ne sont pas inclus dans cette liste. La liste suivante, intitulée « Films associés », n’est pas exhaustive. Elle propose une sélection des épisodes les plus représentatifs de la série, en privilégiant ceux ayant été diffusés ou exploités en France. Les dates indiquées dans cette deuxième liste correspondent aux sorties françaises.

 

 

1932

 

1933

 

1934

  • She Wronged Him Right
  • Red Hot Mamma
  • Ha! Ha! Ha!
  • Betty au pays des merveilles
  • Betty Boop's Rise to Fame
  • Betty Boop's Trial
  • Betty Boop's Life Guard
  • There's Something About a Soldier
  • Betty Boop's Little Pal
  • Betty Boop's Prize Show
  • Keep in Style
  • When My Ship Comes In

 

1935

  • Baby Be Good
  • Taking the Blame
  • Stop That Noise
  • Swat the Fly
  • No! No! A Thousand Times No!!
  • A Little Soap and Water
  • A Language All My Own
  • Betty Boop and Grampy
  • Judge for a Day
  • Making Stars
  • Betty Boop with Henry, the Funniest Living American
  • Little Nobody

 

1936

  • Betty Boop and the Little King
  • Not Now
  • Betty Boop and Little Jimmy
  • We Did It
  • A Song a Day
  • More Pep
  • You're Not Built That Way
  • Happy You and Merry Me
  • Training Pigeons
  • Grampy's Indoor Outing
  • Be Human
  • Making Friends

 

1937

  • House Cleaning Blues
  • Whoops! I'm a Cowboy
  • The Hot Air Salesman
  • Pudgy Takes a Bow-Wow
  • Pudgy Picks a Fight!
  • The Impractical Joker
  • Ding Dong Doggie
  • The Candid Candidate
  • Service with a Smile
  • The New Deal Show
  • The Foxy Hunter
  • Zula Hula

 

1938

  • Riding the Rails
  • Be Up to Date
  • Honest Love and True
  • Out of the Inkwell
  • The Swing School
  • The Lost Kitten
  • Buzzy Boop
  • Pudgy the Watchman
  • Buzzy Boop at the Concert
  • Sally Swing
  • On with the New
  • Thrills and Chills

 

1939

  • My Friend the Monkey
  • So Does an Automobile
  • Musical Mountaineers
  • The Scared Crows
  • Rhythm on the Reservation
  • Yip Yip Yippy

 

Note : Betty Boop apparaît également dans plusieurs autres séries de cartoons produites par les studios Fleischer en dehors de sa propre série. On la retrouve notamment dans les Talkartoons, où elle fait ses débuts aux côtés de Bimbo et Koko le Clown, dans plusieurs Screen Songs, ainsi que dans certains épisodes de la série Color Classics.

 

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Stopping the Show