Stopmotion

Long métrage
Streaming

Stopmotion

Long métrage
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Infos techniques

Titre original

Stopmotion

Durée

93 minutes

Date de sortie en France

Pays d'origine

Royaume-Uni : date de sortie non communiquée

Réalisation

Robert Morgan

Société de production

Blue Light
British Film Institute (BFI)

Synopsis

Une animatrice de stop-motion lutte pour contrôler ses démons après la perte de sa mère autoritaire.

Critique

Ordinaire

Stopmotion est un long-métrage hybride réalisé par Robert Morgan, artiste britannique spécialisé dans l'animation en volume. Avec une carrière essentiellement tournée autour de l'horreur et du stop motion, Robert Morgan a su se créer un nom sur la scène du cinéma d'animation indépendant pour adulte avec notamment Le chat qui avait des mains ou La séparation. Au fil des années, cet artiste a remporté près de 30 prix dans de nombreux festivals, avant de se lancer dans son tout premier long-métrage. Écrit en collaboration avec Robin King, le film sera diffusé exclusivement en France sur la plateforme Shadowz en 2025, après avoir fait le tour de plusieurs festivals partout dans le monde depuis 2023. Nous suivons dans cette aventure morbide une célèbre animatrice qui, due à une maladie, ne peut plus se servir de ses mains et demandera alors à sa fille de compléter son travail.

 

 

Les points forts


Stopmotion dispose d'une bonne gestion de l'horreur et du malaise. En nous prouvant une nouvelle fois sa minutie dans la liaison entre body horror et psychologie des personnages en détresse, Robert Morgan, sans forcément chercher le sursaut ou la peur viscérale, nous fait ressentir quelque chose de fort intérieurement. Un sentiment qui réussit à ne pas être faussé par les faiblesses scénaristiques ou visuelles du long-métrage. Comme premier facteur, nous avons une horreur qui passe autant par la matière que par la forme qui la met en scène. Les poupées que manie l'héroïne semblent constamment vivantes et cela passe en partie par leur caractère organique comme la viande, ou la cire qui y ressemble. Ce choix esthétique crée alors le lien entre l'animatrice et ses marionnettes comme une sorte de mise en abîme où l'histoire qui se fabrique sous nos yeux en stop motion coïnciderait avec celle de l'héroïne qui perd peu à peu ses moyens. Dans les deux cas, on assiste à un spectacle de marionnettes en détresse. Ce qui dérange le plus n’est pas forcément l’horreur visible mais plutôt ce moment étrange où l’on ne sait plus si ce qu’on voit est humain ou une poupée (ce ce glissement entre le vivant et l’inerte).

L'atmosphère globale du film est renforcée par une mise en scène sonore puissante. Celle-ci transforme les sons ordinaires comme la sonnette, le son quand on boit dans une paille, les sifflements ou la respiration hostile. Robert Morgan ose alors ancrer l'horreur dans la banalité. Une manière ingénieuse de nous glisser dans la peau du personnage qui perd ses moyens et ses repères au profit d'un film d'animation. Et ce schéma fonctionne également comme métaphore avec le passage progressif du créateur à sa création, donc du processus artistique et de la perte de soi dans l'acharnement pour concevoir quelque chose de parfait. Une perfection qui peut être liée à ce besoin, pour l'héroïne, de prouver à sa mère, victime d'AVC, qu'elle est capable de faire mieux qu'elle dans son domaine.

 

 

Les points faibles


Le film nous présente un récit qui n'ose pas aller plus loin que les motifs de prédilection de son auteur. En effet, Morgan reste bloqué dans la création d'un rapport entre l'artiste et ses créatures qui mènent souvent à la destruction et à la folie, des thématiques déjà retrouvées à l'identique dans certains de ses courts-métrages comme Invocation. Les habitués ressentiront un sentiment de répétition, même si cette fois, sur un long-métrage, Morgan tente d’y placer une histoire plus claire avec une narration plus classique. Mais il déçoit également lourdement en choisissant de reprendre son côté hybride avec prise de vue réelle et animation en volume, mais avec un déséquilibre total. Là où il avait toujours su les lier avec harmonie, ici, au fil du film, on perd ce côté stop-motion qui nous était vendu dès le titre pour un film qui se base sur la conception d'un film d'animation plutôt que d'exploiter son talent et ses marionnettes à la même échelle que la prise de vue réelle. De plus, les nombreuses séquences en prise de vue réelle paraissent beaucoup plus faibles visuellement que le peu de séquences en animation. L’image est trop nette, trop numérique ; elle manque de texture et se rapprocherait presque de l’esthétique des productions amateurs, en comparaison avec la maîtrise plastique et organique de l’univers en stop-motion.

Mais ce n'est pas tout, le film commence de manière trop intense. Le lien mère-fille est trop vite balayé, ce qui laisse peu de temps pour comprendre ce qui tourmente l'héroïne. On en vient alors à perdre une tension dramatique qui aurait pu être forte, avec l'aide, également, d'un crescendo plus présent.

 

 

En conclusion


Stopmotion c'est d'abord une tentative pour le cinéaste de nous plonger dans son univers à travers un long-métrage. Pour Robert Morgan, ce génie de l'angoisse et du body horror à travers l'animation en volume, c'est encore une réussite sur le plan psychologique, néanmoins, il semble ne pas vouloir s'ouvrir à un nouveau public en restant dans sa bulle avec des références que seuls ceux qui ont suivi son travail de près pourront comprendre. De plus, même s'il avait l'intention de prolonger son lien avec son public, il déçoit par le manque cruel d'animation en volume. L'intensité étant distribuée de manière totalement irrégulière, nous suggérant que Morgan ne pourrait qu'exceller que dans le format court.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version française

Production

Distributeur