Pile poil

Long métrage
Streaming

Pile poil

Long métrage
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Infos techniques

Titre original

Hairy

Durée

52 minutes

Date de sortie en France

Pays d'origine

Suisse : date de sortie non communiquée

Réalisation

Anka Schmid

Synopsis

Hirsute, apprivoisée, sensuelle et intime - en quelques touches autobiographiques, Anka Schmid raconte l'histoire de la chevelure humaine. Le mélange raffiné de prises de vue réelles, d'images d'archives et de séquences animées offre un regard passionnant sur les parties poilues du corps dans la vie quotidienne, dans l'art et dans la révolte.

Critique

Excellent

Pile Poil est un film hybride et documentaire suisse sorti initialement en 2017, réalisé par Anka Schmid. Artiste et cinéaste indépendante, elle a contribué autant en tant qu'essayiste et documentariste qu'en tant qu'animatrice et réalisatrice de films expérimentaux. Ici, sous une forme presque biographique, elle nous raconte l'histoire des poils des générations que Sophie Rois, actrice autrichienne, a pu traverser depuis sa naissance. Que nous disent ces poils sur les valeurs d'une époque, les privilèges, les conflits, les rapports sociaux ou tout simplement leur présence presque invisible dans notre quotidien (cheveux dans la soupe ou poil dans la baignoire) ?

 

 

Les points forts


Pile Poil est un documentaire plein de surprises ! Autant insolite dans son sujet que dans sa forme, ses matériaux et les techniques utilisées. Bien que les outils soient extrêmement éclectiques, Schmid arrive à les lier par le biais de l'art et de sa soif de partager plusieurs éléments que rien ne rapproche, créant ainsi un collage au rendu passionnant. L'éclatement et la brutalité des techniques n'empêchent pas le tout d'être d'une homogénéité splendide. On suit alors l'histoire des poils sans aucun souci de compréhension, que ce soit par la pop culture ou l'histoire, par exemple à travers la symbolique de certains poils placés à un endroit précis du corps, qui peut passer du fascisme au pacifisme. Bien qu'ancrée dans l'inconscient collectif, Schmid et Rois soulignent ces petits détails du quotidien qui, en plus de nous amuser, nous instruisent ou nous remémorent certains aspects, sans jamais nous prendre de haut grâce à un ton complice et amical. Cette complicité, renforcée par l'ajout d'images d'archives ou de figures importantes de différentes luttes (comme le port de l'afro, ou de la barbe chez les femmes, symboles de la lutte pour les droits des communautés noires ou queer), permet également d'amplifier indirectement la confiance en soi vis-à-vis des insécurités liées à la pilosité, qui s'avèrent finalement être normales, voire des symboles de puissance.

Un documentaire donc, qui, en plus d'être fortement ludique et instructif, est également très important en termes de représentation et de liberté du corps et des poils. À cela s'ajoute justement ce style ludique cité plus haut. Le film mixe plusieurs styles filmiques en un seul petit documentaire qui ne le rend pas pour autant indigeste ; bien au contraire. Entre images d'archives, séquences en prises de vues réelles d'art vidéo, ou séquences en animation stop motion avec de vrais cheveux, des poils synthétiques et de toutes couleurs, le tout est harmonisé par un montage image et son hyper pop. Ce montage amuse sans se soucier de la véracité de ce qui est montré, surtout une fois que le message est bien cerné dès le départ par le spectateur. On se laisse alors emporter avec amusement.

 

 

Les points faibles


Même avec un format linéaire, Anka Schmid et Rois reviennent parfois sur des faits passés ou procèdent à des sauts dans le temps, ce qui casse légèrement la chronologie des explications. Quelques contradictions dans le choix des photos sur certaines phrases perturbent également. Notamment le choix de laisser le discours de John Lennon et Yoko Ono sur Hair Peace, Bed Peace, où le couple reste dans leur lit à se laisser pousser les poils comme signe de lutte, pour ensuite, sur ces mots, alterner vers une image de John Lennon avec les cheveux complètement rasés, sans nous expliquer le lien. De plus, malgré l’importance accordée aux mots et au sujet, il est dommage que le film semble s’adresser surtout à un public déjà acquis, plutôt que de chercher à toucher des spectateurs plus jeunes (notamment par le manque d’ouverture à l’international via les sous-titres).

 

 

En conclusion


Même avec une thématique si banale ou étrange, le film réussit à faire ressurgir un message très important pour les générations à venir ou simplement pour les générations actuelles. Il instruit, rassure et amuse sans difficulté, mais ne parvient pas à atteindre un public plus large, en restant cantonné à des circuits de diffusion plus spécialisés.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale

Distributeur