Critique : La Vie, en gros
Critique : La Vie, en gros
(4/5)
Coup de coeur
La Vie, en gros est un film réalisé par Kristina Dufková, coproduit par la République tchèque, la Slovaquie et la France, sorti en 2025. Lauréat du Prix du jury Contrechamp au Festival d’Annecy 2024, ce récit initiatique suit Benjamin, un adolescent en surpoids, confronté à l’exclusion, aux régimes absurdes, au regard des autres et à ses propres contradictions. Avec finesse et empathie, le film aborde des thématiques rarement traitées avec autant de justesse dans une œuvre destinée à un jeune public.

Les points forts
Le scénario se distingue par sa lucidité. Porté par une écriture habile, jamais moralisatrice, le récit parvient à rendre compréhensibles, accessibles et profondément humains les enjeux de la différence corporelle, de la honte, de la pression sociale et de la difficulté à se changer soi-même. L’humour, discret mais pertinent, renforce l’attachement immédiat aux personnages, tous bien construits. Benjamin, en particulier, incarne une figure moderne de l’adolescence cabossée, lucide, souvent drôle malgré lui.
L’ensemble est porté par une animation en volume techniquement solide, au service d’un propos intelligent, audacieux, salutaire.

Les points faibles
L’esthétique peine à convaincre. Le chara-design, volontairement heurté, flirte avec la laideur gratuite. Si l’intention est lisible, personne n'est parfait, elle se retourne souvent contre le film. Les visages sont disgracieux, les corps tordus, les couleurs ternes. Ce n’est pas la rugosité poétique d’un Claude Barras ou la noirceur séduisante d’un Tim Burton, mais un entre-deux qui désoriente. Les plus jeunes risquent d’être rebutés par cette galerie de figures difformes, qui crée une distance visuelle non souhaitée.
L’androgynie de Benjamin (qui ressemble à une fille), jamais évoquée dans le récit, détourne également l’attention du spectateur : un détail de design non assumé, qui crée une dissonance inutile.

En conclusion
Ces maladresses n’effacent pas les qualités majeures du film, qui demeure une œuvre touchante, nécessaire et engagée. L’accueil critique, marqué par une récompense méritée à Annecy, confirme l’impact réel de ce film dans le paysage contemporain. La Vie, en gros ne flatte pas le spectateur, il le provoque, le secoue, puis l’apaise. C’est un coup de cœur exigeant, imparfait, mais précieux, et un indispensable pour tout spectateur, petit ou grand, en quête de récits vrais.
