Junk World

Long métrage
Cinéma

Junk World

Long métrage
Cinéma

Infos techniques

Titre original

Junk World

Durée

104 minutes

Date de sortie en France

Pays d'origine

Japon : sortie le

Réalisation

Takahide Hori

Société de production

Aniplex

Synopsis

Dans un futur lointain, une équipe d’humains, clones et cyborgs explore un empire robotique souterrain, mais tombe dans une embuscade de cyborgs rebelles.

Critique

Honorable

Junk World est un film d'animation en volume japonais écrit, réalisé et animé par Takahide Hori, sorti en France en 2026. Autodidacte du cinéma et de l'animation, Hori s'était initialement lancé seul dans la conception d'un univers ludique qui, après une série de courts métrages, a donné naissance à Junk Head, le film précédent, sorti en 2017. Complètement sensationnel dans sa structure chaotique, Junk Head avait marqué les esprits de la scène indépendante de l'animation, notamment au sein de la pop culture. Presque dix ans plus tard, le cinéaste revient avec une imagination toujours dégénérée : Junk World. Plongée dans le même univers du premier film, l'histoire se déroule dans un futur lointain où humains, clones et cyborgs, après un cessez-le-feu, décident d'explorer l'empire robotique souterrain. Une embuscade de cyborgs rebelles déclenche une intrigue entremêlant voyages temporels et dimensionnels.

 

 

Les points forts


Junk World dispose d'une cohérence narrative et d’un univers maîtrisé. La continuité avec le premier film est bien établie malgré les ruptures entre les actes, et la crédibilité reste au rendez-vous, offrant un contexte clair pour le spectateur avant l'éclatement dimensionnel. L'univers fonctionne très bien ; on comprend même les termes propres à leur monde sans effort. L'évolution dans la richesse de l'écriture et du bestiaire est notable, tandis que le design reste au poil, original et très reconnaissable de la main de l'artiste. Le style permet d'entrer plus facilement dans l'humour grâce à un côté kitsch assumé qui est très souvent mis en avant-plan. Il y a une réelle richesse au niveau des idées comiques et du dynamisme global, avec un rythme plus effréné. Le bestiaire et le contexte affichent une direction artistique charnelle beaucoup plus prononcée que dans le précédent film, sans aucune retenue. Les allusions aux organes génitaux, aux jouets sexuels et carrément aux pratiques BDSM (notamment avec la tenue des Mulligans "cannibals", ces cyborgs rebelles) sont omniprésentes. Ils ne se privent pas d’appuyer leur humour sur ces éléments, même si le chara design reste très intéressant, y compris en dehors du registre comique. C'est ingénieux.

Puis, il y a l'acte 2. Un acte très ludique et très surprenant. Il relève le niveau du premier acte qui peinait à fonctionner par sa vitesse. Le nouveau personnage introduit, Bastet, apporte une nouvelle touche de fraîcheur et de couleur, tant dans son visuel (à l'intérieur de son méca) que dans son caractère pétillant. Un personnage hyper touchant malgré son temps d'écran limité. Elle demeure marquante longtemps après le film. C'est d'elle qu'émane la plus grosse touche émotive de l'œuvre, que ce soit via sa relation avec Medeka, sa créature de compagnie, ou son dévouement pour Robin, l'élément déclencheur des voyages interdimensionnels.

 

 

Les points faibles


Le film semble ne vouloir s'imposer aucune limite sur les nouveautés, comme boosté par le succès de l'esprit déjanté du premier film. Il se veut trop drôle, avec une densité accrue du contenu humoristique (rit-on avec lui ou de lui ? Il force le rire), et s’avère peut-être trop riche dans son histoire : voulant trop en dire en trop peu de temps pour préparer la suite du récit, il fait vite perdre le fil, que l’on ne retrouve que dans les actes suivants. Junk World repose alors sur ses péripéties plus que sur son schéma narratif. L’acte 1 n’est pas très enchanteur, faute de régulation dans la quantité d’informations, ce qui ne laisse aucun temps de pause pour les émotions, notamment lors des échecs de Robin ou entre les gags. De plus, les personnages, dès le début du film, parlent beaucoup trop. On perd cet aspect amusant de la langue étrangère quasi extraterrestre ; ils parlent tous clairement japonais, ce qui casse un point fort du premier film.

L'animation en elle-même ne semble pas vraiment avoir évolué. Le changement ne se ressent que dans le placement de l'histoire (les souterrains peuvent manquer) et dans des mouvements excessifs qui rendent le récit encore plus rapide que ce qu'il était déjà, surtout avec les dialogues. Comme si le film nous posait un contexte au départ pour finalement nous larguer avec la rapidité du récit. Bien que le dynamisme soit efficace pour les scènes d'action, pour les séquences émotionnelles, nous n'avons pas vraiment le temps d'être surpris, tristes ou amusé. Le manque d’ambiance sonore sur certaines séquences silencieuses est toujours présent en dehors des musiques, un défaut déjà constaté en 2017. Certains plans ne sont pas agréables ou esthétiques, notamment les surimpressions du début du film ou pendant le récit de Turka raconté par Robin. Malgré un désir d'être chaotique, elles deviennent juste incompréhensibles et désagréables.

Puis, on note une inégalité dans la distribution des idées. Les nouvelles richesses de ce film semblent rassemblées dans un seul personnage, dans un seul acte, malgré l'immensité des idées mises dans les chara design (la dimension charnelle des rebelles qui aurait gagné à être plus exploitée). Bastet est loin devant en tant que meilleur personnage, mais il ne lui est pas permis de tenir tout le film. En réalité, ce qui manque le plus, c'est l'aspect découverte que nous partagions avec le héros du premier film. Cette virginité par rapport à l'univers, que le second film considère comme acquise, nous mène ailleurs, ce qui plaira ou déplaira selon les spectateurs.

 

 

En conclusion


Junk World n'est pas vraiment une suite nécessaire, mais un complément dynamique, une extension d'un univers qui mérite d'être exploré rien que pour les techniques employées et l'immense travail de Takahide Hori. Il ne semble pas capable de rattraper le succès de Junk Head, rien que pour cette perte de virginité vis-à-vis de l'univers.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version française

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