Sensualist, l'empereur des sens

Long métrage
Vidéofilm

Sensualist, l'empereur des sens

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Infos techniques

Titre original

Kôshoku ichidai otoko

Durée

55 minutes

Date de sortie en France

(estimation)

Pays d'origine

Japon : sortie le

Réalisation

Yukio Abe

Société de production

OB Planning
Studio Jump
Holly Planning Production/Grouper Production
Toho Company

Synopsis

Nous sommes dans le Japon du XVIIème siècle, à Kyoto. Au cours d'une fête arrosée, un homme ivre et sans grande éducation fait, avec ses amis de boisson, le pari un peu idiot de parvenir, en une rencontre, à passer la nuit dans le lit de la plus belle des geishas d'Edo. Et, dans ce pari, il met en jeu ses attributs masculins. Le lendemain, ayant quelque peu dessaoulé, il réalise la difficulté de son pari et vient demander conseil auprès d’un célébre maître du sexe réputé pour avoir atteint la perfection de son art. Le maitre, touché par un tel pari, accepte de prendre le pauvre homme comme élève et l'accompagne dans son voyage vers les quartiers de plaisirs d'Edo.

Critique

Honorable

L’Empereur des Sens est un film d’animation japonais sorti en 1991 et réalisé par Yukio Abe. Produit par le studio Grouper Production, ce film, adapté du roman de Saikaku Ihara Koshoku Ichidai Otoko paru en 1682, s’inscrit dans la tradition du cinéma érotique raffiné, à l’inverse du hentai dont les œuvres étaient beaucoup plus explicites et pornographiques. Le film explore donc de manière métaphorique et élégante la sensualité et le plaisir sous l’ère Edo, aussi appelée période Tokugawa, qui a débuté vers 1600 avec la prise de pouvoir de Tokugawa Ieyasu, qui était une dictature militaire féodale. Nous suivons alors les aventures pleines de désirs de Yonosuke, un homme hédoniste obsédé par cette quête du plaisir charnel à travers ses expériences et rencontres avec diverses courtisanes.

 

 

Les points forts


L’Empereur des Sens fait preuve d’une immense élégance esthétique et d’une composition visuelle et musicale à couper le souffle. Le film dispose d’une grande richesse de motifs donnant de la texture et de la profondeur aux décors. Les couleurs sont également harmonieuses et bien équilibrées avec le reste de l’image, résultant en une série de plans tout aussi ravissants les uns que les autres. De plus, le film se sert à merveille de l’influence picturale des peintures traditionnelles japonaises de l’époque Edo, appelées les « ukiyo-e », notamment par les chara designs avec l’usage du teint blanc et du manque de détails sur la peau, la rendant lisse et douce. Et certains paysages sont illustrés par de véritables peintures légèrement mises en mouvement, comme, la plus connue, La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai.

La bande-son traditionnelle est en accord avec les références picturales de son époque, mais avec quelques effets repris de la musique électronique pour renforcer le côté onirique et envoûtant du film. Envoûtement passant aussi par une représentation créative de l’érotisme. Les scènes ne sont pas montrées frontalement mais à travers des allusions et des métaphores visuelles comme la tête d’une tortue ou d’une créature phallique s’approchant d’une femme.

 

 

Les points faibles


Le film fait preuve de quelques incohérences. Si certains plans regorgent de motifs et de textures enrichissantes, d’autres apparaissent vides, laissant simplement les personnages sur des fonds blancs et noirs. L’exploitation du style pictural est également excessive. Elle nuit à l’animation, notamment dans les scènes érotiques qui restent largement statiques et non animées. Cet effet donne un ressenti de diaporama qui limite les scènes « explicites », ce qui pourrait s’apparenter à une forme de censure, même si ce n’est pas le cas. Effort d’animation qui, en revanche, se concentre surtout sur les scènes narratives qui ne sont pas nécessairement les plus marquantes dans un film centré sur l’érotisme et le plaisir sensoriel.

De plus, le film manque de variété au niveau de ses différentes courtisanes. N’ayant pas de réelles interactions avec le protagoniste, nous pouvons avoir du mal à savoir s’il s’agit d’une nouvelle courtisane ou non. Peut-être encore une fois la faute de cette trop grande influence picturale.

Une scène fait également tache dans le film, spécifiquement par un choix qui ne sert ni le style ni la narration. Lors de ce moment, le film passe brusquement d’un format parlant à un format muet avec quelques cartons de texte sans explication claire avant de retourner au parlant. Une scène qui brise la fluidité du récit.

 

 

En conclusion


À la croisée du drame historique et de l’érotisme, L’Empereur des Sens propose une réflexion sur la nature du plaisir et de l’éphémère, tout en s’imposant comme une œuvre singulière dans le paysage de l’animation japonaise. Par son respect de l’influence picturale de l’ère Edo et son utilisation de musiques traditionnelles modernisées, Yukio Abe livre un film d’animation poétique et envoûtant malgré ses faiblesses liées à sa dépendance à ses inspirations et des idées stylistiques injustifiées. L’œuvre n’a pas fait l’objet d’une censure notable, mais elle reste un film de niche, en raison de son contenu érotique et de son approche esthétique très particulière qui attirera beaucoup plus les grands curieux et les fanatiques d’animations expérimentales qu’un public étendu.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale

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