Luxuriance Accidentelle du Rébus Aqueux Translucide
Luxuriance Accidentelle du Rébus Aqueux Translucide
Infos techniques du film d'animation "Luxuriance Accidentelle du Rébus Aqueux Translucide"
Titre original
Durée
Date de projection en festival
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Luxuriance Accidentelle du Rébus Aqueux Translucide"
Martin a essayé de combattre le système, et maintenant il est en fuite. Sara est une artiste conceptuelle. Ensemble, ils rejoignent la commune révolutionnaire à la campagne. La police est sur ses traces. L'inspecteur Ambroz sait que les bonnes questions sont plus importantes que les réponses. Parce que peut-être rien de tout cela n'est vrai.
Critique du film d'animation "Luxuriance Accidentelle du Rébus Aqueux Translucide"
Luxuriance Accidentelle du Rébus Aqueux Translucide est un film d’animation expérimental croate sorti en 2020 et réalisé par Dalibor Barić, un artiste qui expérimente le recyclage de films de basse qualité, d’images de bande dessinée et de photographies, avec comme seul outil Photoshop. Après une centaine de courts-métrages, Barić est nommé aux Oscars 2020 pour ce premier long-métrage, qui mêle l’ensemble de ses techniques plastiques remarquables. Une histoire simple : un homme et une femme poursuivis par les autorités d’une société répressive.

Les points forts
Le film est un immense bijou pour ses qualités plastiques et ses idées inimaginables. Sa direction artistique, sa conceptualisation mais aussi son intention font de Luxuriance Accidentelle une œuvre d’une richesse presque sans limite. On pourrait d’abord parler de sa richesse historique. En effet, le film s’inscrit dans une catégorie du cinéma expérimental nommée l’archéologie du cinéma, ou found footage. Cette méthode, à la fois autocritique du cinéma par le cinéma et hommage aux œuvres qui n’ont pas eu le succès qu’elles méritaient, consiste à récupérer des fragments de films d’antan pour leur donner une seconde vie : les remonter, les manipuler, les fusionner entre eux. C’est précisément ce que fait Luxuriance Accidentelle. Barić, pour construire un univers visuellement onirique, reprend des fragments de films de basse qualité afin que, une fois manipulés, le réel disparaisse. Car, effectivement, dans son intrigue comme dans ses intentions, le réel ne semble pas être invité. L’intention serait alors de créer un voyage mental plus que physique, une fuite de l’influence de la société sur nos existences. Une crise existentielle mise en image avec brio. Cette intention crée une harmonie évidente entre la rupture hors norme des outils d’animation et la rupture mentale avec la société vécue par les deux personnages. Tout est collage, jusqu’aux rares dialogues, disons plutôt répliques, de l’œuvre. Des questions philosophiques, des scènes comme des hallucinations, des disparitions soudaines de personnages ou même de styles visuels. On fuit autant le système que fuient les personnages, autant la conformité que l’ennui visuel, par une immersion sensorielle plus que réussie.

Les points faibles
En dépit de son immersion sensorielle et de ses prouesses conceptuelles, Luxuriance Accidentelle délaisse fortement son intrigue de base. Celle-ci ne sert plus que de prétexte à une succession d’images toutes plus expérimentales les unes que les autres. Aucune tentative de rendre cela linéaire, aucune volonté de rendre les réponses à nos questions limpides. Un parti pris totalement justifié, mais qui peut freiner le spectateur si celui-ci ne capte pas l’intention dès les premières minutes, ou pire, s’il n’est pas friand de spectacles purement plastiques. De plus, pour une œuvre qui se veut contre la répétition visuelle, certains motifs déjà vus réapparaissent après la seconde moitié du film, avant le rush final. Notamment les collages de pictogrammes, qui prennent alors une place conséquente et finissent par affaiblir l’effet de surprise.

En conclusion
Luxuriance Accidentelle du Rébus Aqueux Translucide est un film rempli de surprises plastiques phénoménales, au service d’un concept simple : la répression et le désir de sortir des normes imposées par la société. Le film réussit sans grande difficulté à mettre en image ces thématiques et ne se prive pas de délaisser la linéarité de sa narration ainsi que les conventions du cinéma d’animation. Un parti pris qui en fait une œuvre profondément sensorielle, doublée d’un bel hommage au cinéma d’antan, mais qui limite son public aux spectateurs les plus curieux, ceux qui ne craignent pas le non- conformisme et des œuvres laissant une large place à la philosophie.
