Les Temps héroïques
Les Temps héroïques
Infos techniques du film d'animation "Les Temps héroïques"
Titre original
Durée
Date de projection en festival
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Les Temps héroïques"
L'action se situe au 14e siècle, sous le règne de Louis 1er le Grand (1326-1382). Le protagoniste du film voudrait être un héros et mettre sa force au service du roi. Trahi par son frère, il connaîtra l'exil.
Critique du film d'animation "Les Temps héroïques"
Les Temps héroïques est un film d'animation hongrois sorti en 1984 et réalisé par Jozsef Gemes. Il s'agit du tout premier long métrage du cinéaste, au style atypique, qui deviendra plus tard un pilier de l'école d'animation hongroise. Les Temps héroïques est également devenu un film majeur dans l'histoire de l'animation hongroise. Produit avec un budget très limité et une équipe réduite de seulement 10 artistes, le long métrage a pu se focaliser essentiellement sur la cohérence et la puissance esthétique de l'œuvre, grâce à plus d'une centaine de peintures à l'huile sur papier et carton animées image par image. Le récit, quant à lui, s'inspire librement de la trilogie épique Toldi du poète János Arany, autre pilier de la culture hongroise dans le domaine de la littérature. La trilogie conte l'histoire de Miklos Toldi, un homme d'une force herculéenne et d'un caractère impétueux qui rêve de devenir chevalier à la cour du roi Charles Robert au XIVe siècle.

Les points forts
Les Temps héroïques est une œuvre qui ne s'est imposé aucune frontière malgré le budget. En effet, par une ambition démente qui leur a coûté un temps ahurissant, dix artistes seulement ont pu, avec grand brio, retranscrire la puissance lyrique de la trilogie épique et poétique par une série de peintures à l'huile toutes plus ravissantes les unes que les autres. S'inspirant profondément de l'art pictural hongrois, qu'il soit médiéval ou romantique, Les Temps héroïques présente une série de peintures d'une puissance graphique inouïe, avec un surplus de détails qui ne cesse d'éblouir. Les couleurs, terreuses, vibrent autant dans les peintures figées que dans celles en mouvement. Tout est fait pour que la texture soit à l'appel et bel et bien palpable, notamment par une création de profondeur via une nature en mouvement (feuillage, fumée...) ou simplement par des coups de pinceau aux allures impressionnistes qui partagent avec le spectateur des émotions dignes d'une vraie épopée médiévale.
Le tout est accompagné d'un orchestre au point, à la hauteur de la beauté des images. Des musiques illustratives et épiques qui arrivent à suivre le récit sans aucune difficulté. La cohérence du son va jusqu'à l'immersion du narrateur dans cette histoire : sa voix grave et rauque témoigne, inconsciemment, d'une expérience dans le domaine, comme s'il vivait avec ces personnages ou avait vécu tout ce qui est raconté.
Concernant les animations elles-mêmes, malgré quelques séquences où nous sommes simplement face à la peinture, bien qu'ultra détaillée, elles sont étonnamment et magiquement très fluides. Elles reproduisent le flou de mouvement par un tracé du pinceau presque imprécis, mais empli de vie. Sachant à quel point il est difficile de reproduire exactement le mouvement et la direction du pinceau à la peinture à l’huile, on perçoit d’autant plus l’intention artistique derrière ce souci de raccord. Un véritable tableau animé plus qu'une animation traditionnelle, sur une épopée médiévale. Une retranscription d'une histoire ancrée dans la culture hongroise par des procédés qui lui appartiennent également.

Les points faibles
Par son approche atypique, Les Temps héroïques ne serait alors qu'une transposition lyrique par la peinture d'une trilogie épique, donc sans grande immersion. Un manque qui se fait sentir, notamment à cause de la présence constante d'un narrateur pour expliquer les événements lorsque les images figées ne le permettent pas (une immersion du narrateur pas toujours partagée avec le spectateur), ainsi que du manque de texture sonore, qui se limite à un orchestre illustratif. Car en effet, tout n'est pas vraiment animé. Parfois, il s'agit seulement d'un petit détail dans le décor pour faire vivre la peinture. Ou simplement de fondus pour passer d'une peinture à une autre, ne laissant la « vie » de l'œuvre passer que par l'orchestre, le narrateur quand il est présent, ou simplement le côté impressionniste de ces peintures qui créent une sorte de mouvement (physique ou émotionnel) dans les coups de pinceau de l'image figée.

En conclusion
Les Temps héroïques est un film remarquable qui mérite amplement le succès qu'il a obtenu en Hongrie et même à l'étranger dans le cercle de l'animation indépendante, avec notamment le prix spécial du jury à Annecy en 1985. Une restauration en 4K du film a même été annoncée en 2023 par le distributeur américain Deaf Crocodile Films, passionné de cinéma indépendant. Les Temps héroïques mériterait même plus qu’une simple reconnaissance comme œuvre de l’âge d’or de l’animation hongroise, malgré ses défauts.
