Interface
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Infos techniques du film d'animation "Interface"
Titre original
Durée
Date de projection en festival
Pays d'origine
Réalisation
Synopsis du film d'animation "Interface"
Dans un monde sombre et uchronique, après une expérience scientifique où l’électricité a rendu tangibles toutes les entités invisibles, Henryk, l’homme bleu qui ne vieillit pas, et Mischief, clown mutant, embarquent dans une singulière aventure.
Critique du film d'animation "Interface"
Interface est un film d’animation et le premier long métrage réalisé entièrement par Justin Tomchuk, un artiste ayant travaillé chez Adult Swim (une chaîne de télévision américaine réservée aux adultes). Condensé d'une websérie de science-fiction en 24 épisodes, sortie entre 2017 et 2021, le film relate les aventures surréalistes de Henryk et de Mischief, une créature métamorphe. La narration énigmatique se déroule dans un monde alternatif où, suite à la Seconde Guerre mondiale, une expérience menée sur un navire militaire aurait mal tourné, exposant ainsi la planète à une énergie appelée « électricité cérébrale », en grande partie alimentée par les consciences humaines libérées après la mort. Cette énergie donne naissance à toutes sortes de monstres et de fantômes sous des formes "tangibles".

Les points forts
Interface est sensationnel. Il dépasse les frontières de notre imagination pour nous emmener dans un univers visuellement puissant et auditivement hypnotisant. La direction artistique est folle. Entre références diverses au monde de la peinture, notamment surréaliste, et au monde numérique, avec un côté VHS ponctué de glitchs et autres défauts, le film ne laisse passer aucune seconde sans surprendre son spectateur. Les couleurs sont vives quand il le faut, saturées quand il le faut, absentes quand il le faut. Aucun vide n’est laissé. Chaque pixel devient un terrain de jeu pour des idées toutes aussi extravagantes. La texture est également marquante. Les traits sont volontairement imparfaits, comme un croquis colorié mais inachevé. S’y ajoute graphiquement ce côté « bugué » avec la fausse neige numérique omniprésente, la fausse 3D ou encore le faux effet négatif.
L’animation est fluide et témoigne d’une créativité sans fin, créativité que l’on retrouve aussi dans le chara-design du « clown » Mischief, figure cauchemardesque dont les multiples formes pèsent autant sur la diégèse que sur nous. Le chara-design est soigné même pour les personnages figurants. Rien n’est identique.
Travail remarquable également du côté de la mise en scène sonore : les musiques électroniques et les effets volontairement imparfaits (grésillements, sons stridents, etc.) prolongent ce climat étrange, angoissant, mais aussi captivant, tout en restant relativement calme. Un calme qui laisse pourtant entendre que quelque chose ne va pas. Le film joue sur cette zone trouble entre l'humain et l’inhumain. Ici, les morts changés en « êtres tangibles » ouvre le dialogue sur notre rapport à la mort, de notre obsession pour l’immortalité et du refus de vieillir ou de disparaître, mais aussi du monde de demain, avec ses avancées technologiques, ses expériences secrètes et leurs conséquences directes ou indirectes.

Les points faibles
Interface possède une ambiance sonore riche, qui peut sembler trop présente en lien avec la surcharge visuelle qui nous est proposée. Un sentiment de trop-plein peut se faire sentir, malgré la puissance remarquable de l’ensemble. Le film manque peut-être aussi d’une réelle contextualisation. Il ne perd pas de temps et plonge directement dans le spectaculaire, le seul repère venant de bribes de monologues de Mischief (ou des radios) ou de clins d’œil via des objets d’époque. Ce manque de contextualisation peut nuire à la compréhension du message de l’œuvre (ouvert à l’interprétation), une ambiguïté certainement intentionnelle.

En conclusion
Interface passera sans doute sous de nombreux radars, mais attirera l’attention de quelques festivals pour son côté expérimental et son animation audacieuse et surréaliste. Il a notamment bénéficié d’une diffusion presque intime à l’Étrange Festival en 2024.
