... ere erera baleibu izik subua aruaren...

Long métrage
Festival

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Long métrage
Festival

Infos techniques

Titre original

...ere erera baleibu izik subua aruaren...

Durée

75 minutes

Date de projection en festival

(estimation)

Pays d'origine

Espagne : sortie le

Réalisation

José Antonio Sistiaga

Société de production

X Films

Synopsis

Un ensemble de mots sans aucune signification forme le titre du premier et unique long métrage de l’histoire du cinéma espagnol réalisé entièrement en peignant directement à la main sur la pellicule.

Critique

Honorable

… ere erera baleibu izik subua aruaren… est un film d'animation expérimental espagnol réalisé en 1971 par le cinéaste José Antonio Sistiaga. Depuis ses premiers pas vers la rencontre de son public en 1968 au festival du court-métrage de Bilbao, Sistiaga a su marquer de son empreinte le monde du cinéma expérimental par une approche artistique radicale, travaillant directement sur le matériel filmique. Entre Brakhage et Len Lye, Sistiaga signe avec … ere erera baleibu izik subua aruaren… un film audacieux, dont le titre (une phrase absurde inventée par son ami Rafa Ruiz Balerdi) accompagne 17 mois de peinture sur pellicule, pour un total de 108 000 images qui n'apparaissent chacune qu'un 1/24e de seconde. Sistiaga en sortira une version négative en 2022.

 

 

Les points forts


Le film intrigue autant qu'il fascine. Sistiaga impose ses propres règles sans tenir compte des attentes, pour se plonger pleinement dans un projet qui lui tient à cœur. L'œuvre se veut purement personnelle, mais aussi purement cinématographique grâce à l'utilisation brute du matériel filmique et l'accumulation de multiples couches de peinture sur 17 mois.

Le film possède une réelle valeur historique : il marque la renaissance de la technique cinématographique ancienne de la peinture sur pellicule, initiée par les auteurs et peintres futuristes au cours des années 1910. Ces œuvres pionnières ont souvent été perdues avec le temps (sans oublier la dérive tragique de ce mouvement artistique vers la censure au service du fascisme mussolinien). C'était une époque où le cinéma se cherchait encore une place légitime en tant qu'art, et plus seulement en tant que gadget forain.

Sistiaga nous offre alors un retour aux sources brillant : un voyage psychédélique ultra-stimulant visuellement et hypnotisant par ses explosions de couleurs et ses craquelures. Le tout ressemble à des feux d'artifice ou à des tempêtes peintes mises en mouvement. On plonge dans une expérience unique, au cœur de ce que Hans Richter, peintre et cinéaste allemand, présentait comme le « cinéma pur ».

 

 

Les points faibles


Malgré une audace inégalable et une puissance artistique intime mise à la disposition du public pour rassasier les esprits curieux, le film peut paraître quelque peu superficiel. Même si les intentions sont liées au besoin de faire renaître un cinéma oublié, le film pâtit d'un certain manque de contenu émotionnel. L'œuvre n'en a pas forcément besoin, mais venant d'un travail qui émane entièrement des mains d'un artiste sur une si longue période, il est dommage de ne rien ressentir de plus qu'une attraction visuelle, aussi saisissante soit-elle.

Sistiaga ne permet pas à son œuvre de bénéficier d'une dimension sonore. Le film est complètement muet et semble l'être volontairement. Ce détail le rapproche davantage des travaux de Brakhage, autre grand cinéaste expérimental états-unien, qui proposait également des expériences « peintes », mais en y injectant des émotions moins subtiles. C'est une comparaison qui pourrait malheureusement faire paraître le film de Sistiaga plus froid ou distant.

 

 

En conclusion


… ere erera baleibu izik subua aruaren… est un film dont on n'a pas besoin d'avoir vu les images pour ressentir, dès le titre, l'avant-gardisme et la destruction des codes traditionnels du cinéma jusqu'à ses fondements. Sistiaga touche à la source même du cinéma abstrait de ses prédécesseurs des années 1910. C'est grâce à ce mariage entre peinture et pellicule que le film est devenu une référence absolue pour beaucoup d'adeptes du contre-cinéma. Il est considéré comme l'un des meilleurs films expérimentaux pour beaucoup.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale