Dozens of Norths
Dozens of Norths
Infos techniques du film d'animation "Dozens of Norths"
Titre original
Durée
Date de projection en festival
Pays d'origine
Réalisation
Société de production
Synopsis du film d'animation "Dozens of Norths"
Ici, tout est le Nord. Ceci est un compte-rendu des personnes que j’ai rencontrées dans le Nord. Cependant, ma mémoire est fragmentée et ne saisit absolument pas l’essentiel.
Critique du film d'animation "Dozens of Norths"
Dozens of Norths est un film d’animation expérimental réalisé par Koji Yamamura, l’un des plus grands noms de l’animation indépendante japonaise, notamment grâce à son court-métrage Le Mont Chef, ayant été récompensé dans de nombreux festivals d’animation à travers le monde, dont une sélection pour les Oscars en 2003. Yamamura réalise ses premiers films d’animation à l’âge de 13 ans, avant de suivre des études artistiques de peinture entre 1983 et 1987, période durant laquelle il travaillera pour le cinéma en tant qu’artiste sur des modélisations d’effets spéciaux. Dozens of Norths est donc un film d’une soixantaine de minutes, sorti en 2021. Il s’agit d’une série de tableaux poétiques s’inscrivant dans une veine surréaliste, influencée par les illustrations du recueil de poèmes éponyme de Shuntarō Tanikawa, sur lequel se base la narration déconstruite du film, à la manière de cartons de cinéma muet.

Les points forts
Le trait brut, nerveux et parfois désordonné exprime avec finesse mais aussi chaos la souffrance et l’aliénation que subit notre existence, dépeinte par les poèmes de Tanikawa, qui interviennent vers par vers comme des cartons de texte. Chaque illustration, surprenante et marquante, compose une fresque sombre et poétique, pleine de métaphores, de symboles et de tension. Tension provoquée par une approche conceptuelle originale. En effet, le film ne s’ancre pas dans une narration traditionnelle, mais dans une déconstruction de celle-ci, avec une suite d’images mentales nées d’angoisses universelles liées à un monde post-apocalyptique inévitable. Les coups de crayon violents, les textures proches de la gravure ou de l’encre noire, et les paysages mentaux créent un univers cauchemardesque, presque tactile, offrant une prolongation visuelle puissante au recueil.

Les points faibles
La narration est dépendante des poèmes. Sans les textes, les images peinent à exister de manière autonome, ou du moins seraient beaucoup plus difficiles à décrypter. Elles ne sont d’ailleurs que très peu animées et se contentent d’être comme des images dans un livre, auxquelles on aurait ajouté de la musique classique sans aucune respiration sonore.
De plus, les textes apparaissent en blanc, avec une simple jauge de temps avant qu’ils ne disparaissent. Ce procédé manque d’harmonie avec les illustrations et donne un côté diaporama à l’œuvre, assez déplaisant.

En conclusion
Récompensé dans plusieurs festivals et salué pour sa puissance évocatrice, Dozens of Norths est une œuvre difficile d’accès, mais d’une richesse symbolique rare, qui continue de résonner bien après le visionnage. Cependant, ce film dépend beaucoup trop du recueil sur lequel il s’appuie — autant visuellement, par ses influences issues des illustrations déjà existantes, que sur le fond. Un film qui pourrait alors repousser par son manque de mouvement, sa lenteur ou son absence de distance sur le texte, mais aussi attirer par la fresque remarquable qu’il propose et cet arrière-goût glaçant sur notre existence.
