Amour et Pissenlit

Long métrage
Festival

Amour et Pissenlit

Long métrage
Festival

Infos techniques

Titre original

Amour et Pissenlit

Durée

78 minutes

Date de projection en festival

(estimation)

Pays d'origine

France : sortie le

Réalisation

Zoun

Synopsis

Une animatrice de pâte à modeler, un auteur de bande-dessinée et un duo de cinéma muet tentent de vaincre leur solitude grâce à leurs créations artistiques.

Critique

Honorable

Amour et Pissenlit, sorti en 2022, est un film d'animation hybride et « humain », qualifié de « pixilation » dans le récit. Il s'agit d'un long métrage écrit et réalisé par Zoun, auteur-réalisateur autodidacte français spécialisé dans l'animation image par image. Avec un style naviguant entre néoréalisme poétique à la Jean-Pierre Jeunet, un burlesque assumé et les capacités plastiques d’un Michel Gondry, Amour et Pissenlit est un projet ambitieux : près de 30 000 photographies assemblées après huit ans de travail indépendant sur des acteurs et des figures en pâte. Nous suivons le récit d'une petite poignée de personnages, marqués par leur personnalité lunaire ou solaire, dans un format quasi épistolaire (lettres, vidéos, mails virtuels), explorant leurs difficultés à forger des liens.

 

 

Les points forts


Un joli mélange de bric-à-brac plastique et humain, mêlant toutes sortes d'idées mignonnes et révélant une maîtrise palpable dans son achèvement (pour un si petit budget). Que ce soit dans la matérialisation des éléments du décor en carton et peinture ou la gestion des espaces urbains que le film se réapproprie sans souci. Avec peu de dialogues, le film arrive à créer un monde sensible et attachant grâce à une palette de personnages vibrante, même sans couleurs. Ces derniers sont nourris les uns par les autres autour de la notion d'amour et de créativité (cinéma muet, bande dessinée ou bien « pixilation », terme dont la définition est intrinsèque au film : ce type d'animation image par image, même avec des acteurs de chair, où la seule limite est « l'imagination »). On y voit alors des personnages se chercher dans le monde par diverses formes d'art et par la pixilation, ou simplement tenter de trouver leur place. Cette quête, tout bonnement touchante, est rythmée par des notes mélancoliques au piano ou des coups de flûte, portés par une texture sonore légère (ils sont sonorisés comme le serait un personnage en pâte à modeler ou en papier). Tout cela est sensiblement restitué par un humour et une esthétique très proches de la « French Touch » type Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, une esthétique qui a pu inspirer des cinéastes comme Wes Anderson, dont les mouvements des personnages dans Amour et Pissenlit rappellent ceux de Fantastic Mr. Fox ou L'Île aux chiens.

 

 

Les points faibles


Bien que le film dispose de plusieurs atouts qui en font une œuvre touchante, il peut vite lasser avec son noir et blanc cruel, qui rend le récit plus déprimant même quand il cherche à en sortir. Cela rend l'apparition des couleurs (comme les séquences entières en tons d'automne) beaucoup plus percutante, mais renforce aussi la tristesse de retourner au gris, même lorsque les personnages sont heureux. Même si la gestion du décor est agréable, il reste souvent vide. Sans texture à l'image ni musique pour combler ce vide, le plan crée un trou ou ne nous donne rien émotionnellement. Enfin, même si les séquences parlées, de type publicité volontairement kitsch, sont assez drôles, l'ajout de la séquence entière de l'appel « PotenCiel » casse beaucoup avec le style général du film, comme une simple blague (très drôle, mais qui rompt le rythme). D'autant plus que les personnages parlent beaucoup plus que dans le reste du film, ce qui dérange pour l’harmonie.

 

 

En conclusion


Passé inaperçu, Amour et Pissenlit est un film touchant qui mérite d'être découvert. Malgré quelques lourdeurs narratives et une esthétique parfois déprimante, sa démarche artistique reste une prouesse technique et émotionnelle rare. Zoun réussit le pari de créer un univers unique où l'humain et le plastique fusionnent pour raconter la quête d'appartenance avec une poésie visuelle envoûtante. C'est une œuvre de cœur, imparfaite mais sincère, qui rappelle que le cinéma peut être avant tout une question d'imagination et de passion.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version française