Abruptio

Long métrage
Streaming

Abruptio

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Infos techniques

Titre original

Abruptio

Durée

94 minutes

Date de sortie en France

Pays d'origine

États-Unis : sortie le

Réalisation

Evan Marlowe

Société de production

HellBent Pictures LLC
Sweet Home Films

Synopsis

Les Hackel est un type malchanceux qui se réveille un jour avec un engin explosif implanté dans le cou.

Critique

Honorable

Abruptio est un film d'animation hybride qui mélange prise de vue réelle et animation en volume, évoquant un spectacle de marionnettes à taille réelle. Il a été écrit et réalisé par Evan Marlowe, un créateur indépendant connu pour son approche expérimentale et son attachement à la psychologie dans l'horreur. C'est d'ailleurs le cas de ce film, Abruptio, un long métrage explorant les thèmes de la folie, de la perte de contrôle et, bien entendu, de l'angoisse psychologique. Le récit suit un homme contrôlé par un système : un employé de bureau obligé de suivre les ordres qu'il reçoit, peu importe leur gravité, sous peine de voir sa tête exploser, une bombe étant insérée dans sa nuque. Cette perte de libre arbitre fera peu à peu basculer l'employé dans la folie, voyant tout son entourage s'effondrer.

 

 

Les points forts


Ce projet brille par son originalité et sa capacité à instaurer un malaise psychologique maîtrisé. Marlowe réussit à traduire visuellement la conscience aiguë du personnage face à la perte de son libre arbitre. Son intention est claire : dénoncer une société qui s'abaisse pour suivre plutôt que se révolter, transformant les humains en pantins. Pour cela, il ne se contente pas d'un récit de science-fiction déjanté ; il montre la chose directement. Les visages animés, vidés de toute humanité, reflètent cette vacuité. Cet écart, harmonisé par des couleurs et des décors choisis, crée un malaise palpable. La bande-son, avec ses sonorités étranges, renforce l'horrifique sans avoir besoin de s'appuyer uniquement sur le gore visuel. D'ailleurs, les teintes utilisées rappellent l'âge d'or du cinéma gore, à l'image des films d'Herschell Gordon Lewis (Orgie sanglante, 2000 Maniaques), avec leur traitement artisanal du sang et de la violence sur des corps qui ne sont pas réels. On y retrouve cette esthétique où, malgré des images graphiques fortes, on perçoit clairement qu'il s'agit de mannequins et de faux sang, assumant ainsi un manque de budget qui devient une force stylistique.

 

 

Les points faibles


La mise en scène et les choix de cadrage souffrent parfois d'un manque de spatialisation. Lors des champs-contre-champs ou des plans d'établissement, la position des caméras et les valeurs de plans rendent difficile la compréhension de la disposition des personnages entre eux ou par rapport aux objets. Cette difficulté est accentuée par les regards des personnages : si les visages animés créent une étrangeté puissante, leur manque d'expression les rend difficiles à cerner, au-delà du simple doublage. De plus, bien que l'ambition soit d'ancrer ce spectacle de marionnettes dans le monde réel, des choix de couleurs trop naturels, combinés à des plans larges et d'ensemble, effacent la distinction entre humains et pantins. Sur certains plans, le film perd ainsi son impact malsain pour devenir une simple prise de vue réelle banale. Certains mouvements de caméra, comme des travellings ou des panoramas trop rapides, semblent aussi là pour une touche stylistique qui ne convainc pas totalement. Les mouvements des pantins, parfois répétitifs et coupés brutalement, créent un effet de raccord malaisant, probablement volontaire pour un effet humoristique, mais qui frustre davantage qu'il ne divertit.

Un autre point faible réside dans la brutalité narrative. Alors que la scène de meurtre dans la maison suscite un fort impact émotionnel, la suite du film manque cruellement de violence à l'écran. La brutalité naissante du personnage est suggérée par des répliques plutôt que montrée, et ce n'est que lors de la séquence des ventilateurs, où des cadavres sont broyés, que la déviance du personnage se matérialise esthétiquement. Une fois la folie pleinement exprimée par des sujets de plus en plus loufoques, la qualité des effets spéciaux chute drastiquement, notamment avec des incrustations d'aliens ou de cadavres broyés à l'esthétique "série Z" rappelant Birdemic : Shock and Terror. Amusant certes, mais qui dilue l’impact psychologique censé être à son apogée.

 

 

En conclusion


Abruptio recevra inévitablement des éloges pour son originalité et son audace esthétique, cette volonté d'illustrer le marionnettisme sociétal par des marionnettes elles-mêmes, tout en assumant ses défauts techniques. Néanmoins, sa notoriété restera probablement cantonnée aux festivals de cinéma de genre, sans jamais toucher un public plus large.

 

 

Avis rédigé par Camille le d'après une version originale

Distributeur