Super Mario Galaxy, le film : ce qu’on imaginait… et la réalité

Publié le 4 avril 2026 par Guillaume
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FollowUp
Une suite annoncée, un futur à imaginer

Dans la chronique FollowUp Super Mario Galaxy, le film: ce qu’on sait déjà... et ce qu’on imagine, je m’étais prêté à l’exercice habituel : partir des premiers éléments connus, décrypter les intentions de Nintendo et Illumination, et projeter ce que pourrait être cette suite en m’appuyant sur la logique de la franchise. À partir de là, j’avais formulé plusieurs hypothèses. Certaines assez évidentes, presque dictées par la stratégie du studio. D’autres un peu plus spéculatives, mais toujours construites autour de ce que l’univers Mario laissait entrevoir. Aujourd’hui, le film est sorti. Il est donc temps de passer à la seconde étape : celle de la confrontation des idées à la réalité.

 

Comme annoncé, cet exercice avait vocation à évoluer : imaginer, anticiper… puis revenir sur ces hypothèses une fois le film découvert. Dans le cas de Super Mario Galaxy, le film, cette démarche avait quelque chose d’un peu particulier. Contrairement à d’autres projets plus imprévisibles, cette suite s’inscrivait dans une logique assez lisible. Tout laissait penser que Nintendo et Illumination poursuivraient la formule du premier opus, en élargissant simplement l’univers sans en bouleverser les fondations. L’objectif de cette mise à jour est donc simple : revenir sur ces intuitions, mesurer leur pertinence, et observer dans quelle mesure le film a confirmé, ou contredit, ces projections.

 

 

Hypothèses en synthèse

Dans la chronique initiale, je m’étais moins attardé sur l’intrigue elle-même que sur la stratégie globale de la franchise. L’idée était assez claire : Super Mario Galaxy, le film ne devait pas être une simple suite, mais une étape clé dans la construction d’un univers étendu.

Plusieurs hypothèses structuraient cette réflexion. D’abord, le choix d’adapter l’univers Galaxy dès le deuxième film me semblait particulièrement révélateur. Plutôt que de suivre une progression fidèle aux jeux, Nintendo et Illumination paraissaient privilégier une approche plus libre, en convoquant les éléments les plus iconiques selon leur efficacité immédiate. Une logique presque “compilatoire”, où différentes époques de la licence viennent se télescoper.

 

Super Mario Galaxy, le film - Aaron Horvath, Michael Jelenic - 2026

 

Dans cette optique, l’introduction simultanée de personnages comme Yoshi ou Bowser Jr. allait dans le même sens. J’y voyais une volonté d’accélérer le mouvement : là où une construction plus progressive aurait pu étaler ces figures sur plusieurs films, la saga semblait préférer une intégration rapide, quitte à brûler certaines étapes. Cela soulevait une question plus large : jusqu’où pouvait s’étendre cette franchise si elle exploitait dès maintenant ses éléments les plus emblématiques ?

Sur le plan narratif, mes attentes restaient volontairement mesurées. J’imaginais avant tout une continuité assumée : une intrigue simple, structurée autour d’une mission claire, avec une succession de mondes inspirés des jeux. L’objectif me paraissait évident : privilégier le spectacle, l’humour et le rythme, dans la droite ligne du premier opus.

Concrètement, plusieurs idées revenaient : une aventure élargie à l’échelle de la galaxie, une structure proche d’un enchaînement de “niveaux”, un rôle central pour Yoshi, intégré comme nouveau compagnon, une menace portée par Bowser Jr., cherchant à ramener son père ou à provoquer un nouveau chaos. Enfin, au-delà du scénario, une conviction dominait : si évolution il devait y avoir, elle viendrait moins d’un bouleversement narratif que d’un gain en ambition visuelle et en ouverture d’univers.

 

Super Mario Galaxy, le film - Aaron Horvath, Michael Jelenic - 2026

 

L’épreuve du réel

Super Mario Galaxy, le film s’inscrit dans la continuité directe des aventures de Mario et Luigi au Royaume Champignon. Les deux frères se lancent cette fois dans une mission intergalactique, explorant de nouveaux mondes tout en levant partiellement le voile sur le passé de la princesse Peach.

Sur le papier, beaucoup d’éléments correspondaient à ce que j’avais anticipé. L’aventure s’étend bien à l’échelle de la galaxie, les décors emblématiques sont présents, et le film confirme cette volonté de piocher librement dans différentes époques du jeu vidéo. Mais très vite, ce qui pouvait apparaître comme une richesse devient un problème central. Car oui, le mélange des univers est bien là… mais il dépasse complètement le cadre narratif, au point de littéralement étouffer le film.

Le premier constat, c’est celui d’un spectacle permanent. L’énergie est constante, le rythme soutenu, et l’animation, fidèle aux standards d’Illumination, reste solide. Les environnements s’enchaînent sans temps mort, multipliant les couleurs, les idées visuelles et les références. Sur ce point, difficile de nier une certaine efficacité.

Mais tout le reste s’effondre.

 

Super Mario Galaxy, le film - Aaron Horvath, Michael Jelenic - 2026

 

Là où j’imaginais une intrigue simple mais lisible, je me retrouve face à un empilement désordonné de situations, de personnages et de concepts. L’histoire est bien basique, presque convenue, mais l’accumulation permanente donne une illusion de complexité qui finit par rendre l’ensemble confus et indigeste. Rien n’a vraiment le temps d’exister.

L’humour, qui aurait pu servir de liant, est étonnamment absent. Ou plutôt inefficace. Les tentatives tombent à plat, parfois même de manière gênante, et ne parviennent jamais à compenser le vide narratif. C’était pourtant l’un des leviers possibles pour sauver le film. Il ne fonctionne jamais.

Même constat du côté des personnages. Yoshi, que j’imaginais central, est relégué au rang de simple figurant. Sa présence n’a quasiment aucun impact, et surtout, elle n’est jamais expliquée. Le film ne prend même pas le temps de dire d’où il vient, ni où mène ce fameux tuyau par lequel Mario et Luigi le découvrent. Un pan entier de l’univers est laissé en suspens, sans justification.

Bowser Jr., de son côté, ne parvient pas davantage à porter une véritable menace. Quant à la relation entre Peach et Harmonie, elle repose sur un lien sororal artificiel, sans subtilité ni véritable développement émotionnel.

 

Super Mario Galaxy, le film - Aaron Horvath, Michael Jelenic - 2026

 

J’avais aussi évoqué l’hypothèse d’une quête autour d’artefacts stellaires. Le film semble brièvement s’engager dans cette direction avec les étoiles d’Harmonie… avant de l’abandonner presque immédiatement au profit d’une fuite en avant permanente dans l’action. Il n’y a ni montée en tension, ni véritable enjeu dramatique.

Ce qui domine, au final, c’est une impression de précipitation constante. Le rythme, beaucoup trop rapide, empêche toute respiration. Les arcs narratifs sont esquissés puis abandonnés (romance entre Peach et Mario). Même la première demi-heure, largement dévoilée dans les bandes-annonces, annihile toute forme de surprise, jusque dans une scène post-générique partiellement révélée en amont. Le film donne alors l’impression d’un produit pensé comme une vitrine plutôt que comme une œuvre évolutive.

Et c’est sans doute là que je ne m’étais pas trompé : l’idée d’un "Nintendo Cinematic Universe" est bel et bien au cœur du projet. L’apparition de personnages comme Fox McCloud, et les explications autour de failles entre les mondes, confirment une volonté claire d’ouvrir vers un système de mondes parallèles. Une logique déjà amorcée dans le premier film, mais ici poussée de manière beaucoup plus frontale. Le problème, c’est que cette ambition industrielle prend le pas sur tout le reste. Il y a trop de tout, partout, tout le temps. Les références deviennent envahissantes, les effets sonores tirés des jeux vidéo finissent par lasser, et même certaines mises en scène, comme les ralentis, paraissent datées. Le film ne respire jamais.

Au final, Super Mario Galaxy, le film ressemble moins à une suite qu’à un assemblage précipité d’idées, pensé pour préparer la suite plutôt que pour exister par lui-même. Et c’est sans doute ce qui le rend aussi frustrant. Parce qu’au milieu de ce chaos, on devine ce que le film aurait pu être.

Quelle déception, en tant que joueur, de voir un tel gâchis.

 

Super Mario Galaxy, le film - Aaron Horvath, Michael Jelenic - 2026

 

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