Shrek 5: ce qu’on sait déjà... et ce qu’on imagine
La chronique vidéo
L’article écrit
Revenir sur les suites de films d’animation, ce n’est pas seulement observer une tendance du moment : c’est regarder comment les studios prolongent des univers qui ont marqué des générations entières. Avec FollowUp, j’ai voulu créer un espace où l’on peut à la fois rassembler ce qui a été officiellement annoncé… et s’amuser à imaginer ce qui pourrait arriver ensuite. Une chronique hybride, entre analyse et projection, qui n’a d’autre ambition que de nourrir le plaisir de spéculer.
Note au lecteur : cette chronique contient évidemment des spoilers.
Après un premier épisode consacré à Toy Story 5, il était difficile de ne pas enchaîner avec une autre saga incontournable, mais cette fois du côté de DreamWorks : Shrek. Plus de vingt ans après sa création, l’ogre vert reste un phénomène, un personnage qui a bousculé l’animation par son insolence, son humour et sa capacité à parodier les contes de fées. Aujourd’hui, un nouveau chapitre est officiellement en préparation, et il soulève autant d’excitation que de questions.
Que peut raconter Shrek 5 dans un monde qui a changé depuis le premier volet de 2001 ? Que sait-on déjà du projet ? Et jusqu’où peut-on s’autoriser à extrapoler ? C’est précisément ce que nous allons explorer dans ce deuxième numéro de FollowUp.
Spoilers
Avant d’imaginer ce que pourrait raconter un nouveau Shrek, il faut revenir sur le parcours de l’ogre le plus célèbre du cinéma, et sur l’évolution de son univers au fil des films. Car derrière les couches d’oignons et les blagues méta, la franchise raconte surtout le cheminement d’un personnage qui passe de l’isolement assumé à la vie de famille, en traversant toutes les crises possibles : identitaires, amoureuses, royales et même existentielles.
Dans Shrek, premier du nom, l'ogre solitaire ne rêve que de tranquillité dans son marais, jusqu’au jour où Lord Farquaad y exile toutes les créatures de contes de fées. Pour récupérer son territoire, Shrek accepte de sauver la princesse Fiona, enfermée dans une tour et promise au seigneur. Accompagné de l’Âne, il découvre une princesse bien moins “classique” qu’il n’y paraît, marquée par une malédiction qui la transforme en ogresse la nuit. Après quiproquos et aveux tardifs, Fiona choisit finalement Shrek, le sort se scelle… et elle reste ogresse pour toujours. Le conte de fées est détourné : le “happy end” se trouve dans l’acceptation de soi, pas dans la perfection.
Dans Shrek 2, le couple est de retour de lune de miel, et est invité au royaume de Fort Fort Lointain pour rencontrer les parents de Fiona, le roi Harold et la reine Lillian. Le choc est total : leur fille est ogresse et son mari aussi. En coulisses, la Marraine la Bonne Fée et son fils, le Prince Charmant, complotent pour évincer Shrek et rétablir le plan “princesse + prince”. Une potion transforme temporairement Shrek en humain et Fiona en princesse, mais la supercherie orchestrée par la Marraine échoue : Harold se sacrifie pour réparer ses erreurs, Fiona refuse de rester humaine et choisit à nouveau sa forme d’ogresse, et Shrek retrouve sa place à ses côtés. Le film confirme que la “normalité” n’est pas une fin en soi, et que le couple assume pleinement sa différence.
Quand le roi Harold meurt, dans Shrek le troisième, l'ogre se retrouve héritier de la couronne de Fort Fort Lointain, un rôle dont il ne veut à aucun prix. Il part donc chercher un successeur légitime, Artie, ado maladroit et mal aimé, qu’il espère convaincre de devenir roi à sa place. Pendant ce temps, le Prince Charmant fédère une armée de méchants frustrés pour prendre le pouvoir et se venger. Entre la pression de la paternité à venir (Fiona est enceinte) et la crise de légitimité d’Artie, Shrek doit accepter une nouvelle forme de responsabilité. Finalement, Artie trouve la confiance nécessaire pour devenir roi, Charmant est humilié une bonne fois pour toutes, et Shrek rentre au marais, désormais père de triplés ogres. L’ogre misanthrope est devenu chef de famille à part entière.
Dans Shrek 4 : Il était une fin, Shrek est désormais père de famille, entouré, aimé… et pourtant en plein ras-le-bol. Nostalgique de ses jours d’ogre craint et libre, il signe un pacte avec Tracassin : une journée où il retrouve son ancienne vie, en échange d’un jour de son passé. Sauf que le nain rusé choisit le jour de sa naissance : dans cette réalité alternative, Shrek n’a jamais existé, Tracassin règne sur Fort Fort Lointain, Fiona est une guerrière ogresse qui ne le connaît pas, l’Âne et Potté ont des vies radicalement différentes, et Shrek disparaîtra au lever du soleil. Pour annuler le contrat, il doit obtenir un baiser d’amour véritable… d’une Fiona qui ne l’aime pas (encore). En se sacrifiant pour libérer les autres ogres, il finit par gagner son cœur une seconde fois et rompre le sort. De retour dans “sa” réalité, Shrek réalise enfin la valeur de ce qu’il avait, et choisit pleinement sa vie de père, de mari et d’ogre de famille.
Après quatre longs-métrages consacrés à Shrek, DreamWorks a choisi d’étendre l’univers en ouvrant de nouvelles portes narratives avec des aventures dérivées qui permettent de s’éloigner du marais pour explorer des horizons inédits, notamment à travers la figure devenue culte du Chat Potté.
Premier spin-off de la saga, Le Chat Potté remonte avant Shrek 2 pour raconter l’enfance d’orphelin du félin, son amitié brisée avec Humpty Dumpty et sa quête de rédemption. Recherché comme hors-la-loi, Potté s’associe malgré lui à Humpty et à Kitty Pattes-de-Velours pour récupérer les haricots magiques et atteindre le château du géant. L’aventure bascule en tragédie lorsque Humpty révèle avoir manipulé toute l’opération pour se venger de la ville natale qu’il accuse de l’avoir rejeté. Le film se conclut sur un sacrifice: Humpty donne sa vie pour sauver la cité, et sur la naissance du duo Potté/Kitty. Le spin-off élargit l’univers Shrek en lui donnant un ton de western félin, d’action et de romance, tout en creusant les thèmes du pardon et de l’honneur.
Acclamé pour son style visuel renouvelé et sa profondeur thématique, Le Chat Potté 2 : La dernière quête suit un chat vieillissant qui n’a plus qu’une seule vie sur les neuf qui lui étaient accordées. Traqué par un loup mystérieux, incarnation littérale de la Mort, il part à la recherche de l’Étoile à Vœu pour récupérer ses vies perdues. Il retrouve Kitty, rencontre Perrito, croise Boucle d’Or et les Trois Ours ainsi qu’un Jack Horner mégalomaniaque. Confronté à ses erreurs et à sa peur de mourir, Potté finit par renoncer à son vœu : il choisit d’assumer sa dernière vie plutôt que de fuir sa mortalité. Le film se termine sur un retour annoncé vers Fort Fort Lointain pour “revoir de vieux amis”, plantant implicitement la graine du futur Shrek 5.
En marge des longs-métrages, la saga s’est enrichie de courts spéciaux festifs. Joyeux Noël Shrek ! montre un Shrek paniqué à l’idée de célébrer Noël, une tradition qu’il ne connaît pas, tandis que l’Âne, Fiona et la bande attendent une fête parfaite. L’épisode explore l’adaptation maladroite de Shrek à la vie de famille et aux traditions humaines, dans un ton léger et chaleureux. Shrek, fais-moi peur ! adopte au contraire un style anthologique : pour Halloween, Shrek met au défi ses amis de passer la nuit dans le château de Farquaad en se racontant des histoires effrayantes, parodiant Frankenstein, Psychose et L’Exorciste. Ces spéciaux n’avancent pas la mythologie centrale, mais enrichissent la dynamique entre les personnages et prolongent l’univers dans sa veine parodique.
Shrek 5: ce qu’on sait déjà
Après des années de rumeurs et de faux départs, Shrek 5 est désormais une réalité… mais une réalité qui se fait attendre. Le film a d’abord été annoncé pour l’été 2026, puis décalé à décembre 2026, avant d’être à nouveau repoussé. À l’heure où j’écris ces lignes, la sortie est désormais prévue pour le 30 juin 2027, aux États-Unis comme en France. Un créneau estival stratégique, dans la continuité des gros succès d’animation des studios Universal et DreamWorks, mais qui place tout de même l’ogre vert en concurrence frontale avec Spider-Man: Beyond the Spider-Verse, attendu une semaine plus tôt.
Côté mise en scène, le projet est confié à des vétérans de la maison : Walt Dohrn et Conrad Vernon réalisent ensemble ce cinquième opus, avec Brad Ableson à la co-réalisation. Dohrn connaît intimement la saga : il a travaillé sur le scénario de Shrek 2 et Shrek le troisième, supervisé l’histoire de Shrek 4. Vernon, de son côté, a co-réalisé Shrek 2. Ableson vient de l’écurie Illumination (Les Minions 2). À la production, on retrouve Gina Shay (déjà présente sur Shrek 4 et la franchise Les Trolls) et Chris Meledandri, patron d’Illumination (Moi, moche et méchant, Super Mario Bros. – le film), preuve que DreamWorks et Illumination coordonnent très étroitement leur stratégie autour de l’animation grand public.
Le scénario de ce cinquième film est confié à Michael McCullers, déjà à l’œuvre sur Baby Boss et sa suite. Officiellement, aucun synopsis détaillé n’a encore été révélé, mais les studios présentent Shrek 5 comme une suite directe de Shrek 4 : Il était une fin, qui porte très mal son nom (du coup). Plus de 17 ans séparent ce nouvel épisode du précédent long métrage consacré à l’ogre, ce qui en fait autant un retour qu’une forme de “reboot générationnel”.
Sur le plan du casting, la continuité est assumée : Mike Myers, Eddie Murphy et Cameron Diaz reprennent leurs rôles iconiques de Shrek, de l’Âne et de Fiona en version originale. La grande nouveauté vient de Zendaya, qui rejoint la franchise pour prêter sa voix à Felicia, la fille adolescente de Shrek et Fiona, les triplés introduits dans Shrek le troisième ne seront donc plus de simples bébés de fond de plan.
Fergus et Farkle, les deux fils, ont eux aussi été “promus” au rang de rôles importants. Tout laisse penser que la nouvelle génération d’ogres sera au cœur de la dynamique du film, avec une famille au complet : parents emblématiques d’un côté, ados-ogres turbulents de l’autre. Les articles laissent clairement entendre que Felicia devrait être la vraie « star » de ce nouvel opus.
Pour l’instant, l’histoire exacte reste volontairement mystérieuse, mais quelques certitudes se dessinent : retour du trio Shrek/Fiona/Âne, passage de relais (au moins symbolique) à leurs enfants, regard plus contemporain sur le royaume de Fort Fort Lointain… et la promesse d’une “nouvelle aventure palpitante” selon le communiqué officiel. Reste à savoir si ce cinquième film sera une simple relance commerciale d’une licence culte, ou le début d’un véritable nouveau chapitre. Réponse à l’été 2027.
Sur le plan industriel, l’enjeu est énorme. Les quatre premiers films ont rapporté plus de 2,9 milliards de dollars au box-office mondial et donné naissance à un “Shrekverse” entier : spin-off du Chat Potté, comédie musicale à Broadway, attractions dans les parcs Universal, émissions spéciales TV, produits dérivés en cascade… Avec le succès critique et public du film Le Chat Potté 2 : La Dernière Quête, DreamWorks a prouvé qu’il pouvait réinventer visuellement et thématiquement cet univers. Shrek 5 arrive donc à un moment charnière : il doit à la fois parler à un public nostalgique qui a grandi avec le premier film en 2001, et séduire une nouvelle génération qui a découvert la franchise via les plateformes et les spin-offs.
Un point s’impose sur la polémique née autour des tout premiers visuels de Shrek 5. Une controverse que, pour être tout à fait honnête, je ne comprends pas. Un grand nombre d'internautes ont affirmé que l’animation était « en décalage » ou « dénaturée », comme si la nouvelle direction artistique trahissait l’identité de la saga. Pourtant, rien n’est plus faux : Shrek a toujours évolué technologiquement, film après film, et DreamWorks n’a jamais produit deux opus identiques d’un point de vue visuel. Ce que j’ai vu, au contraire, m’a semblé plus beau que jamais : un rendu modernisé, plus expressif, plus texturé, qui respecte totalement l’esprit des films tout en l’adaptant à une industrie qui, depuis 2010, a fait des bonds vertigineux. Refuser cette évolution reviendrait à figer Shrek dans un musée, un non-sens pour une franchise qui a toujours revendiqué son irrévérence.
Je suis loin d’être un fan inconditionnel de la saga, et je n’ai aucun intérêt à défendre coûte que coûte chaque choix artistique. Au contraire : je fais partie de ceux qui s’interrogent vraiment sur la nécessité de ressusciter une franchise qui, selon moi, aurait très bien pu rester endormie sur ses succès. Si certaines inquiétudes contextuelles me parlent, je refuse de m’accrocher à n’importe quelle polémique à charge. Les critiques techniques qui sous-entendraient que Shrek devrait impérativement conserver l’esthétique de ses premières années, comme figé dans l’identité visuelle de la 3D des années 2000, n’ont aucun sens. Au contraire : si la saga décide de survivre, alors elle doit le faire avec son temps.
Shrek 5: ce qu’on imagine
Autant être transparent dès le départ : je n’attends pas particulièrement ce cinquième volet, et plutôt même, pas du tout. Je n’ai jamais été un grand fan de la franchise Shrek, et ce n’est pas faute d’avoir essayé d’y adhérer. Si je reconnais son importance culturelle et l’impact qu’elle a eu sur l’animation au début des années 2000, je n’ai jamais réussi à être pleinement séduit. Mais cela ne m’empêchera pas d’en analyser chaque détail et d’essayer d’en comprendre les enjeux.
Si la franchise me laisse presque indifférent, c’est d’abord parce que je n’ai jamais oublié le contexte dans lequel elle est née. Le premier film débarque en 2001 avec une intention très claire : dépoussiérer les contes de fées… mais aussi bousculer, voire ridiculiser, l’héritage Disney à un moment où le studio traversait une zone de turbulence créative et commerciale. L’humour décapant et la parodie assumée faisaient mouche, mais la démarche avait parfois des airs de règlement de comptes. Shrek ne se contentait pas de revisiter les mythes : il s’attaquait frontalement à celui qui les popularisait depuis près d’un siècle.
Cela ne signifie pas pour autant que le film manquait de qualités, bien au contraire. Il proposait un humour jubilatoire, une modernité rafraîchissante, une animation 3D alors révolutionnaire et une réflexion touchante sur l’acceptation de soi. Mais cette réussite reposait en partie sur une stratégie discutable : frapper fort sur un rival affaibli, tout en prétendant ensuite qu’il s’agissait d’un hommage ironique. Lorsque l’on se souvient que DreamWorks avait déjà flirté avec le plagiat sur Fourmiz, la posture dissidente du studio a parfois des allures de posture opportuniste.
Pour autant, Shrek a indéniablement changé le paysage de l’animation. Il a donné une voix à un public lassé des récits trop sages et trop polis, en proposant une alternative plus impertinente, plus contemporaine, presque contestataire. Cette irrévérence a véritablement fait du bien au public, à un moment où l’animation occidentale avait besoin de diversité.
Mais l’histoire est pleine d’ironie : aujourd’hui, Disney et DreamWorks n’entretiennent plus cette rivalité de façade. Mieux encore, les trois premiers films Shrek sont disponibles sur... Disney+. Un clin d’œil délicieux du destin, qui transforme en curiosité patrimoniale ce qui fut autrefois présenté comme un pied de nez. Est-ce un signe de paix ? Une absorption symbolique ? Ou un ultime jeu d’échecs entre géants ? Difficile à dire. Mais ce basculement montre bien que les tensions idéologiques qui entouraient Shrek relèvent désormais du passé.
Ce constat posé, il devient passionnant de se demander ce que Shrek 5 peut proposer en 2027. Car si la franchise est née d’un acte de rébellion, entre autres, elle doit aujourd’hui trouver une nouvelle raison d’exister, sans se contenter de parodier un pseudo-adversaire qui ne joue plus du tout dans la même catégorie.
Les premiers teasers ont déjà donné quelques indices de ton et de thème. On y aperçoit Felicia en ado bien de son époque, piercing au nez, confrontée à des images de son père retouchées par une sorte “d’intelligence artificielle” via le miroir magique. Le gag joue à la fois sur l’obsession de l’image parfaite et sur le décalage entre la réputation de Shrek et ce qu’il est réellement. Ces extraits suggèrent un récit qui interrogera la manière dont une nouvelle génération perçoit son héritage… et ce que veut dire grandir dans l’ombre (et la légende) d’un ogre devenu iconique.
Compte tenu de ce que nous connaissons de la franchise, on peut sans difficulté se projeter vers un cinquième scénario toujours placé sous le signe de la parodie et fidèle aux thématiques fondatrices : le vivre-ensemble, l’acceptation de soi et le regard que les autres nous renvoient. Vingt ans ont passé. Shrek est devenu un père grognon, anxieux, protecteur. Sa fille Felicia, adolescente rebelle et brillante, étouffe dans le marais et rêve d’ailleurs. Lorsque Fort Fort Lointain se retrouve menacé (par une nouvelle technologie magique, un souverain émergent ou tout autre bouleversement) ce n’est plus Shrek que l’on vient chercher. Ni Fiona. Les deux se persuadent qu’ils ont “déjà donné”, qu’ils ne sont plus les héros attendus pour régler un conflit d’envergure. Ils sont pourtant loin d’imaginer que c’est leur propre fille, vaillante et déterminée, qui endossera cette responsabilité. Soucieux de sa sécurité, Shrek et Fiona se retrouvent malgré eux replongés dans l’action, déterminés à ramener leur enfant à la maison. Shrek, Fiona et l’Âne deviennent alors des personnages secondaires… mais essentiels : des mentors fatigués, dépassés, maladroits, mais touchants.
Le film opterait ainsi pour un passage de flambeau clair, ou du moins développant l’idée qu’il est temps de le préparer. Shrek a eu sa fin (Il était une fin), mais l’univers peut très bien continuer sans renier la conclusion du quatrième volet. Shrek souhaite désormais une vie tranquille, loin des intrigues. Mais ses enfants en décident autrement, et c’est sans doute la piste la plus logique pour relancer la saga : une quête qui réactive chez lui toutes ses peurs, l’obligeant à retrouver confiance, à accepter que ses enfants grandissent et à comprendre qu’il n’est plus le héros qu’il était. Un postulat qui reprend l’essence du premier film : un ogre qui ne voulait rien entendre, refusait l’aventure, mais devait sortir de sa zone de confort. Une boucle thématique cohérente, vingt ans après.
Une autre piste, suggérée par la bande-annonce, pourrait nous mener vers un terrain plus moderne. Dans Shrek 2 et 3, on découvrait déjà un royaume fragile, obsédé par les apparences. Vingt ans plus tard, il pourrait être devenu… pire. Un dirigeant charismatique, populiste, très au fait des codes des réseaux sociaux magiques, prend le pouvoir. Felicia se révolte. Fiona prône la diplomatie. Shrek veut juste protéger les siens. Quant à l’Âne, il pousse tout le monde à se jeter dans la mêlée. Le film deviendrait alors un commentaire contemporain sur les dérives politiques, l’obsession de l’image, la post-vérité, et les manipulations numériques (déjà introduites par le teaser où Felicia découvre des images retouchées de son père par une IA magique). On retrouverait alors la satire sociale, ADN profond de Shrek, mais mise au goût du jour.
Le schéma narratif le plus simple (et sans doute le plus probable) serait une histoire centrée sur la famille Shrek confrontée à une menace qui touche directement leur intimité : un immense bad buzz sur l'internet magique. Felicia, star montante d’un YouTube médiéval-magique, est une créatrice de contenu suivie et admirée. Son père, vexé de la voir le considérer comme un ogre ringard, publie une vidéo qu’il croit “tendance”. Or Shrek ne maîtrise absolument pas les codes des réseaux. Le résultat est catastrophique : la vidéo devient virale, mais pour de mauvaises raisons, détournée en mème humiliant. La famille se retrouve ridiculisée, voire perçue comme une menace. Felicia porte alors l’intrigue émotionnelle, tandis que Shrek doit racheter ses erreurs et apprendre à devenir un père moins envahissant, moins anxieux, moins maladroit dans sa volonté de bien faire.
Enfin, la question du titre s’impose. La sortie d’un cinquième film rend le titre Shrek 4 : Il était une fin terriblement anachronique, presque embarrassant. DreamWorks a des solutions. Assumer la numérotation casse-gueule avec un franc Shrek 5 : oui, on continue, et alors ? Opter pour un soft reboot masqué, comme Le Chat Potté 2, qui revendique un nouvel arc narratif. Ou encore, présenter le quatrième film comme la fin d’un cycle, non pas de la saga entière. Dans tous les cas, Shrek 5 ne peut pas prétendre à une continuité directe. Le dernier film date de 2010, son message final a vieilli et l’industrie a profondément changé. La seule voie cohérente consiste à relancer la saga sur un nouvel axe, incarné par la descendance de Shrek, et plus particulièrement Felicia, qui semble destinée à devenir la véritable héroïne de cette nouvelle ère.
Shrek 6 : Et ils vécurent boueux…
L’avenir de la franchise Shrek n'a pas finis de nous étonner, tant Dreamworks affiche sa volonté de prolonger ce royaume de conte de fées déglingué. Alors bien au-delà de Shrek 5, l'univers semble prêt à s’étendre davantage. Et forcément, tous les regards se tournent vers ce qui pourrait suivre.
Un Chat Potté 3 ? Évidemment. Après le succès critique et public colossal du Chat Potté 2 : La Dernière Quête, DreamWorks aurait tort de s’arrêter en si bon chemin. Le deuxième opus a prouvé que cet univers pouvait se renouveler avec audace, grâce à une approche artistique hybride et un ton plus mature, presque épique. Un Chat Potté 3 formerait une trilogie cohérente, davantage centrée sur l’action et l’aventure, exactement ce que réclame le public. Le félin botté est aujourd’hui l’un des personnages les plus populaires de DreamWorks. Autant dire qu’un troisième volet relève plus de la formalité que de l’hypothèse.
Un autre spin-off fait parler. Depuis des années on évoque la possibilité d’un film solo consacré à l’Âne. Désormais, ce n’est plus une rumeur : Eddie Murphy lui-même a confirmé la mise en chantier du projet. DreamWorks a officiellement lancé la production, avec un tournage prévu pour débuter en septembre et une sortie envisagée pour 2028. Le choix a du sens. L’Âne est le sidekick par excellence : comique, charismatique, émotionnellement attachant. Lui offrir son propre film, c’est prolonger la franchise sans dépendre totalement de Shrek (et tester de nouvelles dynamiques narratives, comme l’a fait Le Chat Potté en son temps). Reste à voir si ce nouveau dérivé saura retrouver la même magie. Le défi est réel, mais pas impossible.
DreamWorks adore les suites, c’est un fait. La société n’a jamais caché son goût pour les franchises extensibles, qu’il s’agisse de Dragons, Kung Fu Panda, Les Trolls ou Les Croods. L’univers de Shrek, lui, possède un avantage supplémentaire : il est inépuisable. Il peut absorber la parodie, la satire, le commentaire social, et même l’aventure héroïque. La marque Shrek n’a jamais été conçue pour s’éteindre. Elle se régénère, se réinvente, mute, change de ton… et le public est toujours au rendez-vous. Mais attention toutefois à l’overdose et, dans une plus large mesure, à l’ennui et à la paresse qui s’installent, insidieusement mais sûrement, au fil des productions.
Shrek 5 n’est pas la fin, ni un simple retour nostalgique. C’est sans doute le début d’un nouveau cycle, et Dreamworks mise parfaitement là dessus.
Rendez-vous en juillet 2026
J’admets sans détour que je n’attends absolument rien de cette suite. Un Shrek 5 ne m’inspire rien, ni excitation, ni curiosité particulière, seulement une forme de perplexité devant la résurrection d’une saga qui, selon moi, avait déjà dit l’essentiel. Pour autant, j’ai joué le jeu. J’ai spéculé, anticipé, tordu les fragments d’informations disponibles pour tenter d’entrevoir ce que DreamWorks pourrait bien concocter. Entre intuition, interprétation et quelques divagations assumées, j'ai projeté ce que pourrait devenir cette nouvelle aventure, même si, personnellement, je ne ressens pas le moindre frémissement d’impatience. C’est aussi ça, FollowUp : essayer d’imaginer, même quand le cœur n’y est pas tout à fait.
Rédigée en décembre 2025, cette chronique n’a évidemment rien de définitif. Elle donnera naissance, après la sortie du film, à un chapitre “Mise à jour”, où je reviendrai confronter mes suppositions au produit fini, histoire de mesurer où j’avais visé juste, et où je m’étais joyeusement fourvoyé. J’espère au moins ne pas avoir trop divagué, et peut-être avoir offert un éclairage utile sur les enjeux et les directions possibles de cette suite inattendue.
Rendez-vous en juillet 2026, donc. Non pas pour célébrer un film que j’attends fébrilement mais pour découvrir ce que DreamWorks aura réellement à raconter… et vérifier si ce Shrek 5 avait véritablement une raison d’être, ou si l’ogre vert aurait mieux fait de continuer sa sieste dans son marais.