La technologie sur notre quotidien: un sujet abordé à hauteur d’enfant

Publié le 28 juillet 2026 par Joseph
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ThémaKid
L’animation au service de la transmission et de la pédagogie

Où que nous nous trouvions, il suffit souvent de lever la tête pour faire un constat simple : la technologie fait désormais partie intégrante de notre quotidien. Aujourd’hui, dès le plus jeune âge, nous sommes confrontés aux écrans d’une manière ou d’une autre. Dès l’adolescence, nos relations sont en partie structurées par les réseaux sociaux, et, jeunes comme adultes, nombreux sont ceux qui sollicitent l’IA quotidiennement. Alors que les adultes ont assisté à la révolution du numérique, ce dernier constitue simplement l’environnement naturel des plus jeunes.

 

Face à ce phénomène, nous ne savons pas toujours nous positionner, entre fascination et inquiétude. À l’heure où le débat s’invite même à l’Assemblée nationale à propos de l’autorisation du portable en établissement scolaire, les avis apparaissent plus tranchés que jamais, comme si l’on ne pouvait qu’être « pour » ou « contre » l’omniprésence de la technologie dans nos vies. 

Pourtant, une troisième voie existe, et de nombreux films d’animation peuvent nous aider – enfants comme adultes – à essayer de discerner les avantages et les inconvénients de la technologie, et de maîtriser la place que nous lui donnons dans notre vie. Mieux cerner l’impact du numérique dans nos vies devrait nous aider à mieux nous situer dans un débat où la radicalité du point de vue s’avère toujours contre-productive.

 

Toy Story 5

Avec le très récent Toy Story 5, les studios Pixar se confrontent pour la première fois à l’épineuse question de la révolution numérique. En nous y faisant assister à travers le regard des jouets, le film nous montre l’évolution de leur point de vue. Au début du film, les jouets s’opposent bien sûr farouchement à ce qui semble mettre en cause leur raison d’être. Le fait même d’avoir encore des jouets à l’âge de Bonnie est même un motif de moquerie chez tous ses camarades, tous passés à la tablette numérique éducative à la mode. C’est un changement de paradigme que le film d’Andrew Stanton et Kenna Harris met en scène : alors que les jouets permettent de développer la créativité et l’imagination d’un enfant (merveilleusement illustrées par quelques séquences en dessin type 2D), la tablette numérique vise un tout autre objectif en proposant des activités plus guidées, laissant de ce fait moins de place à l’imagination. Alors que les jouets aident l’enfant à recréer ce qu’il voit dans le monde, et donc, peut-être, à mieux appréhender les rôles sociaux et les règles du monde qui l’entoure, les outils numériques cherchent avant tout à développer des compétences relevant davantage de la logique ou de la connaissance pure.

 

 

Là où le film touche, c’est justement dans sa reconnaissance des intérêts de chaque type d’apprentissage. Nous n’avons pas affaire à un mal et son remède, mais à deux conceptions différentes de l’enfance. Toy Story 5 ne critique pas la légitimité de la tablette éducative, mais il montre comment on peut se laisser dépasser par un outil technologique conçu pour capter l’attention. Ce simple plan sur le quartier de Bonnie, où l’on voit l’éclairage bleu des écrans à chaque fenêtre, sauf du côté de la chambre de la petite fille, éclairée d’un jaune bien plus chaleureux, est une illustration simple et accessible à tous de la manière dont on peut facilement devenir l’esclave de la technologie. Avec la stimulation permanente des outils numériques et leur système de récompense, on se laisse facilement dominer. C’est d’ailleurs ce qui arrive à Bonnie à partir du moment où ses parents lui offrent la tablette Lilypad.

Ce qui change rapidement notre regard, c’est quand on découvre que Lilypad ne cherche que le bien de Bonnie et est persuadée de le lui fournir. Elle poursuit ainsi le même but que les jouets, mais avec des moyens différents. C’est tout le chemin que les différents personnages du récit vont faire : en découvrant qu’ils œuvrent tous dans le même sens, ils comprennent qu’ils doivent guider Bonnie non loin de la technologie, mais loin de ceux qui l’utilisent dans un mauvais but. Ainsi, ce n’est pas la technologie le problème en elle-même, mais les enfants qui l’utilisent pour se moquer ouvertement de Bonnie et la faire se sentir différente des autres. À l’inverse, Blaze (une enfant que Bonnie rencontre au cours du film) se révèle l’amie idéale, car si elle est connectée, elle connaît encore le plaisir d’inventer des histoires à l’aide de ses jouets.

 

 

Toy Story 5 illustre donc frontalement les dérives que peut entraîner la technologie, tout en rappelant que les mauvais usages qu’on en fait sont toujours dus aux humains et jamais aux outils en eux-mêmes. Pour autant, le film nous montre avec l’équilibre propre à Pixar que les jouets et la technologie peuvent et doivent être complémentaires, afin d’aider un enfant à grandir de la manière la plus complète possible. Il pourrait même se montrer un film particulièrement utile à des parents ne sachant comment aborder le sujet avec leur enfant. Andrew Stanton et Kenna Harris brassent des thèmes si vastes avec tant de profondeur qu’on ne peut que louer le caractère éminemment pédagogique du film, qui ne cesse d’inciter au dialogue entre enfants et parents, montrant qu’un rapport sain à la technologie ne peut passer que par une confiance mutuelle entre les uns et les autres. Avec son univers entraînant, son humour constant et ses personnages attachants, Toy Story 5 a le mérite d’être visible par le plus large public possible, et d’offrir un film intelligent et profondément réflexif dès 6 ou 7 ans. Sans aucun doute, il aidera de nombreux parents à trouver une voie mesurée dans leur rapport à la technologie et à trouver les mots justes pour en parler à leurs enfants.

 

 

Ralph 2.0

Toy Story 5 nous propose donc une vision équilibrée de l’impact de la technologie sur notre quotidien, et s’intéresse à des sujets complexes comme le cyberharcèlement et les dérives d’Internet. Un autre film s’y confronte plus frontalement encore : il s’agit du Classique Disney Ralph 2.0.

En effet, le film de Rich Moore et Phil Johnston s’intéresse plus précisément à Internet. Les personnages de jeux vidéo que sont Ralph et Vanellope découvrent un tout nouvel univers, ce qui permet au jeune public de s’identifier à eux, mais aussi d’être sensibilisé aux problématiques posées par Internet de manière ludique et accessible. Là encore, Internet n’est jamais vu comme un problème en soi, mais comme un outil permettant d’accélérer les échanges et de connecter tout le monde. Mais cet outil est à double tranchant si l’on ne sait pas s’en servir... C’est la découverte que fait Ralph lorsqu’il lit les commentaires négatifs sur le contenu qu’il a créé pour essayer de gagner de l’argent. Il comprend alors que la popularité proposée par Internet est illusoire, et que le sentiment d’addiction provoqué par le système de récompense instantanée du Web détruit sa propre identité.

 

 

Internet n’est pas mauvais en soi, mais il agit comme un amplificateur de sentiments. Le virus ne se contente pas de détruire des fichiers informatiques, mais il amplifie les émotions de Ralph au point de créer une copie gigantesque et monstrueuse du personnage dans la dernière partie du film, nourrie par les discours haineux. Ralph doit alors lutter contre une version déformée de lui-même, entièrement créée par ceux qui lui ont voulu du mal en ligne. Cette métaphore illustre à merveille le principal danger d’Internet, qui n’est pas l’outil en lui-même, mais l’aliénation qu’il risque d’entraîner si l’on se soumet aux diktats engendrés par le regard des autres et la malveillance de certains utilisateurs en ligne.

 

 

Là encore, Ralph 2.0 se montre assez pédagogique en montrant bien qu’un outil n’est jamais mauvais par essence, mais peut le devenir selon l’usage qu’on en fait. Il s’agit donc de ne pas être naïf, d’avoir conscience des dérives possibles et de se responsabiliser quand on utilise Internet. Un discours construit et réfléchi, susceptible de donner lieu à de riches échanges en famille, et qu’on pourra voir avec profit à partir de 8 ans environ, à un âge où il devient nécessaire de construire son jugement critique et son discernement à propos d’Internet et des dérives graves qu’on peut y trouver.

 

 

Belle

Pour les grands enfants et les adolescents, on pourra poursuivre la réflexion entamée par Ralph 2.0 avec le merveilleux Belle de Mamoru Hosoda. Dans ce film, Hosoda choisit volontairement de n’aborder le numérique que sous un angle positif, ou presque. S’il n’oublie pas que la technologie peut nous éloigner de nous-mêmes, il fait le choix de nous montrer comment elle peut nous aider à mieux nous révéler, voire comment elle peut aider à créer du lien social.

Le réseau social fictif U permet ainsi à chacun de mener virtuellement la vie qu’il souhaite. Ainsi, Suzu est dans la vie réelle une adolescente discrète et traumatisée par la mort de sa mère, alors que sur U, elle est une chanteuse admirée par des millions d’utilisateurs. Au-delà d’être un outil, le réseau social est donc vu comme un lieu où l’on passe littéralement une partie de sa vie. Le numérique est vu ici comme un espace qui donne une voix à ceux qui n’osent pas prendre la parole, à des gens isolés en recherche de communauté.

 

 

C’est ce qui éclate dans les révélations finales du film : derrière la Bête, cet utilisateur qui vient semer le chaos dans l’ordre de U, se cache en réalité un jeune garçon victime de violences familiales. Ici, Internet se voit donc être le révélateur d’un problème malheureusement bien humain. D’un côté, Mamoru Hosoda illustre bien les réactions habituelles que l’on trouve sur les réseaux sociaux : chercher à supprimer le symptôme sans essayer d’en comprendre la cause. D’un autre côté, il choisit de nous montrer qu’il faut toujours espérer en l’humain, à travers la magnifique réaction de Suzu, qui fait tout pour retrouver le jeune homme et le sauver des violences familiales dont il est victime.

 

 

Tout en dénonçant l’aspect néfaste des réseaux sociaux, Mamoru Hosoda nous livre toutefois un message plein d’espoir en nous montrant qu’Internet n’est que la prolongation virtuelle de notre monde réel, et que si les réseaux sociaux peuvent participer à créer du lien social et même à nous rendre meilleurs, c’est à nous d’agir en conséquence dans le monde réel. Une très belle leçon qui ne pourra que forger la maturité du spectateur qui se mettra à l’écoute de Belle. On le conseillera à une tranche d’âge qui commence déjà à être sensibilisée à ces problématiques, donc souvent en début de collège, vers 11 ou 12 ans.

 

 

Les Mitchell contre les machines

Finalement, un film synthétise toutes ces problématiques en opposant directement l’humain à la machine, jusque dans son titre : Les Mitchell contre les machines. Produite par Phil Lord et Chris Miller, cette comédie familiale illustre le parcours d’une famille atypique contrainte de sauver le monde lorsque la technologie s’est révoltée contre l’humain pour l’esclavagiser.

Au-delà de la comédie loufoque parfois hilarante, Les Mitchell contre les machines nous met face à nos propres démons. Dès le début du récit, on voit Rick, le père, échouer à nouer un vrai contact avec sa famille car tout le monde est sur son portable. Si, là encore, le rôle positif des écrans est souligné (ils permettent de sauvegarder les souvenirs familiaux), le film nous montre ce qui se passe lorsque l’humain remet tout entre les mains de la technologie. Au point de le considérer comme un membre du foyer à part entière, comme dans l’effrayant discours du fondateur de Pal au début du film...

 

 

C’est là où le film de Mike Rianda et Jeff Rowe se montre particulièrement génial : alors qu’il nous montre une population entière se mettre plus ou moins consciemment sous la dépendance de la technologie, il renverse la tendance en montrant que le propre de l’être humain, c’est précisément cette interdépendance des uns envers les autres. Alors que la méchante IA emprisonne les humains dans des cellules où ils sont isolés les uns des autres, deux robots défaillants croient pouvoir devenir humains et ne cessent d’appeler Mme Mitchell « maman ». Peut-être ont-ils compris, même sans l’avoir théorisé, que les humains ont besoin les uns des autres, qu’ils ont besoin d’un lien qui les unit entre eux.

 

 

En outre, Les Mitchell contre les machines n’oppose pas vraiment la technologie à l’humain, mais la perfection à l’imperfection. Ce qui sauve finalement la famille Mitchell, ce sont précisément leurs imperfections. Ils se disputent, ils font des erreurs, ils sont désorganisés, et c’est grâce à cette imprévisibilité qu’ils réussissent à détruire l’IA qui veut que tout soit parfait. Ainsi, le film nous montre que la technologie peut être un outil d’épanouissement (Katie qui laisse libre cours à sa créativité grâce aux outils numériques), mais qu’elle n’est dangereuse que dans la mesure où l’humain est prêt à se laisser enfermer par elle. À l’inverse, un humain qui refuse de se soumettre à la technologie garde son indépendance d’esprit et, aussi imparfait soit-il, il vaudra toujours plus que celui qui a consenti à se laisser dominer par les machines qui l’entourent. Ce qui rend l’humain unique, c’est précisément sa capacité à ne pas être parfait et à pouvoir chercher à s’améliorer et à se dépasser constamment. Ultime qualité du film, la dimension familiale des Les Mitchell contre les machines lui permet de diffuser ce propos très sain à un large public, à partir de 7-8 ans.

 

 

Ainsi, ces différents films dissèquent avec beaucoup de subtilité le rapport ambivalent que nous entretenons avec la technologie. Ils nous apprennent que la technologie est désormais inévitable et que ce n’est pas contre elle que nous devons lutter, mais finalement, contre nous-mêmes. Un outil n’est jamais mauvais en soi, c’est l’usage qu’on en fait qui peut devenir mauvais. Qu’il s’agisse d’Internet, des réseaux sociaux ou du numérique en général, c’est la grande leçon de ces différents films, de Toy Story 5 aux Mitchell contre les machines. Le risque posé par la technologie est en fait inhérent à nous-mêmes : c’est celui de confier une partie ou toute notre identité à l’outil numérique. Pour préserver au mieux ce qui nous définit nous-mêmes, il est donc primordial de faire la part des choses entre ce qui peut être confié à la technologie et ce qui doit rester inhérent à notre nature humaine.

Et à l’heure où la présence de l’IA effraie différentes branches du cinéma, et notamment du cinéma d’animation, peut-être cette révolution technologique arrive-t-elle à point nommé pour nous permettre de repenser notre rôle. Car si l’IA pourra toujours singer la créativité humaine, jamais elle n’arrivera à la reproduire fidèlement. Et si certains « créateurs » paresseux croient pouvoir tout faire faire par une IA, c’est parce qu’ils ont oublié le principe le plus fondamental qui soit : ce qui permet à l’humain de rêver et faire rêver, c’est ce qu’il ne pourra jamais intégrer à une IA... Son âme.

 

 

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